BEAUTÉS ARTISTIQUES
K II y avait une fois un ouvrier en bijoux d'or dans la ville étrusque d'Arezzo ; le métal précieux sortait de ses doigts tissé aussi fin que la toile de l'araignée II était pauvre et isolé, et néanmoins il était heu reux. Il y avait à sa porte un vieil olivier et" c'est à l'ombre de cet "olivier qu'il travaillait toute lajourlîéé ; l'or était entre ses doigts comme une chevelure de jeune fille ; il lui parlait, il le tissait et il l'aimait.
« Un jour la fille du roi passa près de sa maison et abreuva son cheval à la fontaine de l'artiste. Elle repar lit sans l'avoir remarqué ; mais, de ce jour-là, l'olivier ne fut plus pour lui l'arbre de la paix. Il se mit à hanter les temples où elle allait et les péristyles de ses palais ; les gens du roi finirent par le chasser en le battant de verges. Une pouvait plus travailler pour ses maîtres ; aussi tomba-V-il dans une affreuse misère ; l'olisier, pour compatir à ses peines, se flétrit et blanchit comme la barbe d'un vieillard mort.
«Alors il arriva qu'il y eût une famine en Etrurie : oui, dans ces vastes plaines de Toscane et d'Ombrie, où roulent les vagues dorées des moissons, il y eût une famine !
Et tout le peuple se mit à supplier la Bonne Déesse, dont la malédiction s'étendait sur la terre nue et improductive. Alors l'oracle du temple parla et dit : « Que l'on tresse une feuille de blé avec douze mille fils d'or plus fins que celui de l'araignée et aussitôt la terre fleurira et se couvrira d'une* abondante moisson. »
«L'Etrurie était pleine de bons ouvriers en or ; des centaines de mille tentèrent l'épreuve et tous échouèrent. Car qui aurait pu filer
un fil d'or plus fin et plus délicat que celui de l'araignée? Alors celnf qui s'était épris de la fille du roi sortit de son abattement et dit; «Qu'on me donne de l'or et j'essayerai.» On commença par se moquer de lui ; lui, un pauvre vagabond tout nu, qui pouvait à peine se traîner au soleil. Mais la famine allait croissant ; jour et unit la cité était pleine de lamentations : il y avait des femmes qui tuaient leurs enfants pour ne plus entendre leurs cris perçants.
« Le roi, tristement, descendit de son trône, et dit: «Qu'on essaye; nous ne pouvons pas être en plus triste état s'il échoue, puisque nous mourons de faim.» Alors on lui remit de l'or et il s'enferma pendant six jours; le septième jour, il ouvrit sa porte et apparut au milieu de la multitude qui n'osait respirer ; dans sa main, il tenait la feuille de blé, tressée avec douze mille fils auprès desquels ceux de l'araignée auraient parus grossiers.
« Le peuple gardait le silence, partagé entre une grande ioie et une grande crainte : par centaines de mille ils traînèrent à sa suite leurs membres amaigris vers le temple de la Bonne Déesse. La nielle avait tout envahi ; la terre en était malade et devenait toute noire : le peuple, affamé, regardait avec des yeux injectés de san^. Le tissu serait-il assez fin ? La déesse daignerait-elle accepter l'offrande ? Le silence le plus profond régnait dans le temple : le soleil brillait sur la feuille tissée de douze mille fils.
« Alors l'oracle parla et dit : « Par «cet or, r Etrurie vivra. Que la terre <i se réjouisse et devienne féconde I >. Aussitôt sur toute la terre soumise à r Etrurie les feuilles vertes du blé
percèrent le sol durci : elles p'^ussèrent et le blé miirit en un instant dans toutes les vallées et sur toutes les collines Alors la multitude ■s'écria tout d'une voix : « Portons le «au palais: couronnons le à lu «droite du roi? Qu'on lui accorde « tout ce qu'il voudra dans tout le «pays, car c'est Ini qui nous a déli- « vrés des liens de la mort. »
« Mais lui, encore agenouill-!; sur le seuil du temple, leva les yeux et dit: «Non. je n'ai besoin de rien.
A-telle seulement daigné sourire? »
Là-dessus, il étendit doucement la main vers le soleil et mourut. I.a fille du roi ne sut jamais que la feuille d'or avait été tissée pour l'amour d'elle. Mais les dieux le surent et dirent: «Que l'Etrurie « vive du travail de ses ouvriers en «or! Car l'amo'jr de cet homme « était grand, et il en restera un té- «moignage quand la nation tout «entière aura disparu de la terre et «que son souvenir même se sera «dissipé comme les vapeurs du « matin. »
« Aussi jusqu'à cette heure, dans la terre d'Etrurie, on retrouve pour toute tra«'e du peuple disparu, des chaînes d'or dans les tombeaux. L'or d'rtrurie est sans défaut, sans tache, sans égal, mais il sort des tombeaux, là où les oliviers frémissent à la brise d'été', là où flo'tent les panaches du maïs, sur les cités ensevelies. »
Voilà, Mesdames et Messieurs, dans toute sa simplicité et aussi dans toute son intégrité cette jolie légende que j'ai lue un jour en Italie. Vous la raconter c'est vous donner le secret de cette grandeur mystérieuse qui caractérise les œuvres des artistes italiens. L'art ne vit que de foi et d'amour, et c'est la grandeur de ses aspirations qui fait l'artiste et lui tresse son immortelle couronne. Abyssus abyssum invocat.
Les grandes aspirations appellent les grandes œuvres : c'est ainsi que l'art n'est autre chose que le travail glorifié par la pensée.
Un jour, dans un jardin qui fut célèbre, un artiste ramassa un peu du limon de la terre, le pétrit.
fnçonna ime statue, puis soufQa sur son visage un souffle de vie, et l'homme, dit l'Ecriture fut fait âme vivante. Dieu fut ainsi le premier des artistes et l'homme une création glorifiée par une pensée divine.
Depuis celte mémorable époque, l'homme a voulu copier son maître :
il s'est fait artiste ; mais jamais il n'a pu insuffler dans aucune des productions de son pinceau on de son (iseau ce souffle de vie qui anima la première des statues. Et cependant contemplez ces productions du génie de l'homme. La pierre disparait sous l'idée : *-lle ne reflète, plus dans ses lignes que la pensée et la vie de l'homme. Mais, même pour arriver à cette perfection relative, il faut que l'art ait sa racine dans la foi et qu'e'lelleurisse dans la charité. N'est artiste, a dit je ne sais plus quel écrivain, que celui qui a de hautes pensées dans l'esprit et de larges amours dans le cœur.
Le christianisme seul est capable de les donner et seul il a répandu sur les productions de l'homme ce souffle qui les immortalise. Voyez l'Italie; elle en est une preuve manifeste. N'est-ce pas aux successeurs des apôtres, aux glorieux po:itifes promoteurs et protecteurs de l'instruction, de la science, des lettres et des arts qu'elle drlt la couronne de ses artistes et la gloire de son propre nom ?
« L'idéal des gouvernements modernes, a dit Girardin, c'est d'aplatir tous les hommes sous un commun niveau de sorte que si quelque originalité arrive à se manifester pour un instant c'est au prix des plus violeuts efforts et quelquefois des plus grandes catastrophes. »
11 n'en fut jamais ainsi dans r Italie des Papes ; tout homme qui y naissait avec du génie, puisait dans l'air même qu'il respirait la force et l'audace de faire de grandes choses.
Que dis-je ? Ce ne sont pas seulement les grands hommes qui l'ont faite ce qu'elle est. Ce furent pardessus tout les hommes qui savaient qu'ils n'étaient pas grands, mais qui
avaient la patience et le désintéressement de travailler pour elle avec zèle et de mettre dans leur travail toute la perfection possible. Ce n'est pas seulement Orcagna traçant le plan de la Loggia, qui mit toute sa tête et tout son cœur au service de son œuvre ; tous les ouvriers qui sculptèrent les moindres détails y mettaient aussi toute leur intelligence et tout leur cœur Ce n'est pas seulement Michci-Ange dans son atelier, c'étaient encore jusqu'aux pauvres peintres qui apprenaient en pleine rue l'a. b. c. de leur art à leurs disciples qui faisaient avec puissance et avec respect le travail qu'on voulait bien leur confier.
Dans ce temps là, les serviteurs, aussi bien que les rois de l'art, étaient pénétrés de sa sainteté.
Celte masse patiente, intelligente, poétique et sincère de serviteurs de l'art, au lieu de se ronger le rœur par envie et par jalousie, cultivaient jusqu'à la perfection le seul talent qu'ils eussent ; aussi la médiocrité de cette époque aurait pu être l'excellence de toute autre. Ce n'est pas seulement des grands ateliers que la lumière rayonnait sur le peuple. Elle venait de partout : de tous les échafaudages où l'on peignait à fresque le plafond d' un palais ; de la moindre boutique, où les enfants des pauvres apprenaient à broyer et à mélanger les couleurs ; lie l'humble cellule, où quelque moine rêvait pour arriver à produire une otïrande digne de son Dieu ; de '"biaque coin de rue, où les jeunes gens se rassemblaient pour voir élever et mettre en place, dans les murs de la Cité quelque Annonciation ou quelque Ecce Homo. La lumière venait de partout, elle était partout.»)
Nous en avons vu les puissants reflets dans toutes les villes italiennes que nous avons visitées :
Gênes. Pise, Florence, Rome, Naples, Lorette, Bologne, Venise, Milan, Turin. Toutes, elles renferment quelques-unes de ces productions artistiques qui feraient la gloire de n'importe quel pays et qui seraient son orgueil. Vous les détailler ce
soir serait une impossibilité J il me suffira de n'en mentionner que les principales.
Chacune des villes que je viens de nommer possède son musée des beaux ai ts, ses galeries de peintures, de sculptures, de sarcophages, de gravures, de dessins, de médailles, de camées ; de riche- particuliers, des familles princières ont aussi leurs musées qu'ils ouvrent au public.
Les chefs d'œuvres de Cimabue, de (iiotto, de Léonard de Vinci, de Giotlino, de Paul Veronèse, de Brunelleschi, de Donatello, de Raphaël, de Michel Ange et de cent autres artistes sont là, exposés tous les jours, à l'admiration du monde entier.
Voilà ce qui est commun à la pluplart des villes italiennes ; mais, chacune d'elles possède aussi quelque chose de particulier qui la distingue des autres villes, qui lui donne son caciiet propre : c'est uu faisceau lumineux qui jaillit plus éclatant de sa couronne de gloire !
Voici tout d'abord Gênes la superbe, avec ses palais de marbre tant vantés, qui dois-je^ l'avouer ?
n'ont produit chez moi qu'une bien faible impression.
Près de la gare du chemin de fer, sur la place de l'Acquaverde, l'une des plus fréquentées de Gênes, j'ai admiré avec plaisir et presqu'avec l'orgueil d'un italien, le joli monument élevé à la mémoire de celui qui a découvert le ^iouveau Monde, sans pouvoir toutefois lui donner son nom. Debout sur une colonne rostrale, fièrement campé sur sa jambe droite, Christophe Colomb appuie sa main gauche sur une ancre, ce constant symbole de ses fortes espérances, tandis que de sa droite, il montre à ses côtés la personnification d'un continent nouveau : c'est une jeune indienne presqu' agenouillée, assise sur ses talons et tenant entre ses mains le signe sacré de la rédemption que ses yeux semblent contempler avec amour. Aux quatre coins du large piédestal sont les quatre Statues de la Piété, de la Prudence, de la Force et de la Navigation. Quatre bas-
i^liefs réunissent ces statues et nous montrent : le premier, Colomb à la cour d'Espagne, soumettant à iFerdinand et à Isabelle un plan que Gênes a rejeté et que le Portugal méprise;— le second^ la prise de possession du Nouveau-Monde et Colomb y plantant la croix de son Dieu et l'étendard de l'Espagne ;— le troisième, le retour de Colomb de son premier voyage et sa réception triomphale ;~le quatrième, et celuili est un petit Chef-d'œuvre en même temps que la très fidèle histoire de toutes les ingratitudes humaines, Colomb débarquant une seconde fois de son navire qui revient des Antilles, mais cette fois U est couvert des chaînes de la captivité; ce n'est plus ua amiral qui commande, c'est un esclave que l'on traîne. Sur l'une des faces du piédestal où lit Cette simple inscription : « A Cristoforo Colombo La Patria.»
Neuf artistes ont travaillé à ce monument qu'une admiration tardive vient de donner, il y a à peine dix-huit ans, au découvreur du Nouveau-Monde.
Ce témoignage de reconnaissance rendu à la mémoire d'un homme qui n'est plus, m'amène naturellement à V0U6 parler des monuments en général que la piété des vivants consacre à la mémoire des morts, et de ces vastes nécropoles où dorment dans le silence des tombeaux les générations qui nous ont précédé dans les « sentiers de la vie. »
Entre toutes les villes, Gènes se distingue dans cette manifestation tangible de son respect pour les morts. A trente minutes de marche de son enceinte fortifiée, au pied de la montagne, elle possède le pins beau cimetière que nous ayons vu.
On l'appelle le Campo Santo : c'est le champ béni, le champ des morts.
Qu'on se représente un vaste carré, entouré de superbes portiques ; une double galerie s'ouvre devant les pas du voyageur. Dans l'une, celle qui se trouve le plus à l'extérieur, vous marchez entre une double rangée de tombeaux. C'est un casier immense où, comme dans les cata-
combes, les cercueils sont étages leâ uns audessus des autres, sans toute^ fois se toucher. Chaque famille à sa case distincte, séparée de la cas?^ voisine; l'ouverture en est murée par une plaque en marbre dont r inscription, modeste dans sa forme, simple dans son langage, vous donne le nom du mort, la date de son passage à l'éternité. Dans l'autre galerie, qui court tout le long de l'enceinte intérieure, s'ouvrent des arcades magnifiques. La lumière s'y précipite à flots et vient éclairer une longue suite de splendides sarcophages. Dans ces interminables corridors que vous parcourez, sous vos pas, dorment du sommeil éternel, bien des illustrations italiennes, dont les noms vous sont inconnus.
A droite et à gauche, dans l'ouverture dés arcades et près du mur qui sépare cette galerie de la première^ le ciseau du sculpteur a taillé dans le marbre le plus éclatant les traits aimis d'an père, d'une mère, d'un enfant que l'ange delà mort vient d'enlever à la terre'; au pied de la tombe des âmes désolées y versent leur douleur, de pieuses mains y amoncèlent des couronnes d'im mortelles.
II y a là des groupes admirables.
Sur un lit de souffrances, voici, dans les étreintes suprêmes de l'ago nie, un homme qui se meurt. A son chevet sa famille éplorée cher, he dans les yeux du moribond ce dernier jaillissement de la flamine qui s'éteint. Le médecin est là : d'une main, il presse ce bras amaigri el demande vainement aux artères une pulsation que le cœur ne donne plus; de l'antre, il tient sa montre que ses yeux ne fixent même pas, car il vient de les tourner vers la famille en pleurs et dans sa physionomie tout entière on lit la confirmation de cette fatale nouvelle : il est mort.
Voilà ce que l'artiste fait dire à la froide pierre du sépulcre.
Plus loin, sur une tombe qui vient de se fermer prend place l'ange de la résurrection. Debout, dans tout l'éclat de sa blancheur de neige, les ailes à demi ployées, la tète légère--
ment inclinée de côté vers la terre, il embouche celte trompe'te dont le fanfare redoutable doit réveiller, à la fin des temps, les morts dans leurs tombeaux ; mais le clairon est sans voix ; l'ange attend, l'oreille tendue vers les cieux, que du haut de la nue descende l'ordre du Verbe éternel qui doit juger les vivants et les morts. Parents inconsolables, séchez vos larmes ; l'heure de la réunion approche, car l'ange de la ressurectiouf'st déjà prêt.
Brièveté de la vie, foi à la résurrection, voilà ce que proclame cette statue. Voilà ce que proclament la plupart des monuments funèbres dans tous les cimetières italiens.
Je ne sortirai pas de celui de Gênes sans vous montrer un autre chef-d'œuvre. Voyez cette statue de la douleur qui pleure sur une tombe. Un voile de pierre l'enveloppe, il nous cacherait certainement ses traits désolés, mais, si délicat est le travail de l'artiste, si puissant est son œuvre, que ce voile devient transparent et qu'à travers les fins tissus du crêpe funèbre, on distingue parfaitement et dans tous ses détails, cette figure abattue par les cruels chagrins, ces paupières demi-soulevées qui conservent encore la trace des dernières larmes.
Mais passons. Dans la cour intérieure formée par le vaste carré de cette double galerie de tombeaux, on enterre les pauvres, ceux qui n'ont pa? les moyens de se payer après leur mort le luxe d'une demeure parmi les sarcophages des riches de la terre, car il faut être fortuné pour avoir sa 'place dans cette galerie de la mort. 11 y a là, en eflet, des emplacements qui se vendent 30,000 francs et des tombeaux qui en coûtent 125,000.
La chapelle des morts qui se trouve au milieu de l'un des côtés du rectangle est un véritable bijou ; ses noires colonnes, monolithes taillées dans la lave du Vésuve, cou- Irastent admirablement avec la blancheur éclatante du marbre des statues qui ornent le saint lieu.
Sans contredit, le Campo sanio de
Gênes est le plus beau que nous ayons vu. Il y a peut être à Rome des tombeaux plus riches, à Paris des chapelles plus fastueuses, mais nulle part on ne trouve une disposition plus régulière, une mise en scène plus savante, un ordre plus admirable et, à mon avis, c'est là le plus riche joyau de Gênes qui en compte bien d'autres.
P\-e est la seconde ville italienne que nous avons visitée. Cette ancienne rivale de Gênes comptait aux jours de sa grandeur une population de 150,000 âmes ; elle en a maintenant à peine 25,000; aussi l'appelle-t-on la ville déserte. Quatre monuments attestent par leur ma^ gnifîcence de la grandeur passée de Pise : la Cathédrale, le Baptistère^ la Tour penchée et le Campo Santo>
La Cathédrale, mieux connue sous le nom du Dôme est un immense édifice, avant cinq nefs, mesurant 310 pieds de long. On y trouve encore aujourd'hui, suspendue à sa voûte, cette grande lampe de bronze dont les fameuses oscillations mirent Galilée, on s'en souvient, sur la voie de la théorie du pendule.
Près de la cathédrale est le Baptistè'^e dont la coupole s'élance ii 180 pieds du sol et qui présente dans son intérieur un rare phénomène d'acoustique. Lancez une note uelconque dans cette vaste coupole; les ondes sanores s'agitent, moulent, montent jusqu'au faite et redescendent vibrantes, vous rapportant le son que vous avez émis, avec son octave pour écho.
Mais la véritable curiosité de Pise c'est sa 'lour penchée. C'est le clocher même de la cathédrale; à Pise comme à Florence, à Florence comme à Venise, ce clocher est isolé de la cathédrale et porte plus spécialement le nom de Canlpanile. La Tour penchée a 180 pieds de haut et compte dans ses huit étages, 207 colonnes superposées.
Pendantsaconstruction,alorsqu'elle était à moitié bâtie, le terrain céda sous sa Dase et la tour pencha. On continua tout de môme l'ouvrage commencé en tenant compte de la
*plreniière inclinaison et maintenant dn haut de cette tour qui s'incline et se penche vers la terre sept grosses cloches lancent à toute volée leur joyeux carillon dans les airs. L'inclinaison est de treize pieds, ce qui jette le haut de la tour à celte dislance en dehors de sa verticale. C^ue i'on monte ou que Ton descende dans la tour, on s'aperçoit ae suite de son inclinaison sans la voir. Galilé3, c'est du moins ce que nous apprend l'histoire, s'en servit à faire îses expériences sur les lois de la gravitation.
Le dernier monument de Pise est son Campo Santo. Il ne vaut pas celui de Gènes sous le rapport de la beauté et de la richesse des tombeaux ; mais il y a là sur ces vieux murs qui datent du treizième siècle les fresques des vieux maîtres de la peinture, il y a là entr'aiitres le vélèbre jugement dernier d'Andr, Orcagna, immortalisé par ce geste sublime qu'il donne au Père Eternel, lorsque Gelui-ci se tournant vers les réprouvés, leur prononce l'irrévocable sentence: Allez, maudits!
.'lu feu éternel. Il y a là mille autres beautés [ui ne frappent peut-être pas le voyageur mais qui font les délices des hommes de l'art. Dernier détail : la terre du Gampo Santo de Pise vient de Jérusalem, c'est une terre doublement sainte !
Si vous voulez maintenant contenipler la fille dt^s fleurs, la cité des lis, la maîtresse de l'art, venez à Florence. « Assise dans une plaine « environnée de montagnes conver- :< tes jusqu'à mi-côte d'une riante « végétation, Florence, dit Mgr.
« Gaume, ressembl • à une perle dans « le calice d'une fleur dont les péta- « les fraîches à la base seraient flé- «) tries au sommet,» La comparaison est juste : Florence est une psrle.
Vous ne pouvez faire un seul pas dans cette cité merveilleuse sans rencontrer un objet d'an ou sans vous heurter à quelque souvenir historique. Et que peut-il y avoir d'étonnant ? Florence n'est-elle pas la patrie du Dante, de Mchel- Ange, de Brunelleschi, de Fra Bartolomeo, de Gimabuë, de Léon X
et de bien d'autres illustrations t Tous les peintres de renom, les sculpteurs célèbres, tous les princes de l'art ont passé par Florence et l'ont embellie des productions de leur génie.
ïci, sur la place du Dôme, création de l'immortel Giotto s'élance vers la nue à 275 pieds du sol ce merveilleux clocher orné de 54 bas reliefs et de 16 statues et qu'on appelle le Garapaniln-.
Tout à côté vient le Baptistère, dont les portes de bronze excitent à bon droit l'admiration d-i monde ; elles sont l'œuvre de Ghiberti et de André de Pise. Un jorir le prince des sculpteurs, Michel-Ange, s'arrêta devant la porte de l'est et après avoir examiné dans tous ses détails cette œuvre de génie que Ghiberti travailla pendant vingt ans: «Voilà « une porte, dit il, qui mériterait -( d'être celle du paradis.»
Une troisième merveille de Florence c'est l'église Santa Maria del Fiore. Elle mesure 467 pieds de long et son dôme, qui donne son nom à ia cathédrale, s'élève dans les airs à une hauteur de 371 pieds, (-'est Brunelleschi qui en fut l' audacieux architecte et qui, un siècle avant que Michel-Ange conçut la merveille de la coupole de Saint- Pierre, jetait haidiment sur la cathédr . le de Fii rence ce dôme majestueux dont le diamètre dépasse de sept pieds et deux pouces celui de St. Pierre de Rome. Michel-Ange le vit et de la coupole de Brunelleschi, Michel-Ange a dit : « Il est difficile de faire aussi bien il est impossible de faire mieux. »
Oh ! oui, Florence est une perle et sa beauté peut se résumer dans la beauté de son dôme, comme le dit un écrivain.
( Autour du dôme, la vie et le mouvement surabondent; des multitudes vont et viennent ; des hommes achètent et vendent ; des enfants rient et se battent ; on y voit en pyramides les fruits d'or et de pourpre ; sur les dégrôs, des gamins jouent aux dominos, des femmes donnent le sein à leurs nourrissons ;
les masques du carnaval y viennent rire et gambader.
« Au milieu de tout cela, le Dôme ne perd rien de sa beauté, ni de sa dignité ; c'est toujours à la fois un poëme et une prière, une chose si majestueuse dans sa force et si humaine dans sa tendresse que rien ne peut ni l'altérer ni l'égaler.
D'autres cités, etencore y en a til bien peu, ont une histoire aussi noble et d'aussi vastes trésors ; mais dans aucune cité, les trésors ne sont aussi vivants, aussi familiers, tellement rapprochés du passant, que le petit enfant les puisse toucher de sa main et que le passant les puisse fouler de son pied ; c'est ce qui a lieu à Florence. »
Et à Rome, devrons-nous ajouter.
Je viens de prononcer le nom de la ville éternelle.
Entrons maintenant dans l'enceinte ue cette vieille cité des Césars, que les empereurs romains ont abandonné et que la croix du Christ a conquise après trois siècles de persécutions.
De Home artistique que vous dirai je et à quelle autre ville peulhIU; être comparée ?
11 y a dans les bucoliques de Vir- ^nle un passage d'une naïveté chaiinante, et qui me semble répondre piécisément à cette question.
<( Urbem quam dicunt Romara — « Celte vi le qu'on appelle Rome, ô (I MéliDée, je la croyais, dans ma M simplicité, semblable à la ville voi- " sine, où ; ous avons coutume, nous 'I autres fergers. de conduire nos 'I tendres agneaux. Ainsi je voyais ' les jeunes chiens ressembler à <i leurs père», les chevreaux à leurs « mères ; ai si aux petites choses je » comparais les ^^andes. Mais Rome >i élève autant la tète fiarnn les au- '1 1res villes que les cyprès parmi « les viornes flexibles. « "
bien des fois déjà, Mesdames et Messieurs, ceux de nos compatriotes qui ont eu le bonheur d"aller coiilemplej- les mille grandeurs qr.e lenieime dans smj sein cette reine (lu moU' e, 01*1, à leur retour, fait pai t de leurs impressions aux habi lanls de voire bonne vile. 11 n'y a
(!) L'honorable Juge A. B. Kouthier.
pas encore bien longtemps que, sous les auspices mêmes du Cercle Catholique de Québec, l'un de ses membres honoraires les plus distingués, en même temps qu'il est une des gloires les plus pures de notre magistrature, (') vous donnait une conférence spéciale sur la ville éternelle. Vous avez alors applaudi à la profondeur et à l'originalité de son « coup d'œil, » à la sincérité de ses convictions, à la force et à la grâce de son langage, et, sous le pinceau d'un tel artiste, Rome vous est apparue telle que je voudrais pouvoir vous la mor.trer ce soir si le temps et les talents ne me faisaient défaut. Et cependant il est impossible de passer dans la ville sainte sans nous incliner devant la majesté de ses monuments et la puissance de sa royauté artistique.
Allons au Panthéon. Vingt-six ans avant la naissance du Christ, Agripna, gendre d'Auguste, voulant ajouter un calidariumk ses thermes, érigea ce superbe monument qu'il convertit ensuite en temple, le déiliaut à Jupiter vengeur. C'est une vaste rotonde dont la hauteur depuis le pavé jusqu'au sommet de la voûte mesure 143 pieds; son diamètre est égale à sa hauteur.
Pas une seule colonne n'aide à soutenir cette voûte immense où brillait dans les cinq rangs de ses caissons dorés l'airain de cent cinquante rosaces. Ces richesses ont disparu mais le tample reste encore deb mt ; une ouverture circulaire, pratiquée dans sa voûte et ayant un diamètre de vingt-neuf pieds laisse seule pénétrer la lumière dans ce prodigieux édi6ce. • omme architecture, c'est le plus insigne raonumeut que nous ait tiansinis la Rome des Césars. C'est une merveille que l'œil ne se fatigue jamais à contempler et c'est avec raison que Dion < assius prétendait que le Panthéon fjvait la lorme du ciel.
Un jour,— la Home païenne était alors vaincue, les dieux de l'Olympe avaient fui et la croix du Nazaréen dominait la ville au sept collines, — un architect'- chrétien passa devant le Panthéon. Celle merveille de
â'art paien attira son attention : il l'étudia « Mon Dieu, se dit-il, est-ce -que le génie du christianisme ne pourrait élever semblable monument à la gloire de votre nom!»
îl dit, et quelques anrées plus tard la majestueuse coupole de St. Pierre portait à 424 pieds du sol, presque dans la nue, audessus de Rome étonnée, la croix sainte du Rédempteur du monde. -Michel-Ange triomphait, l'art païen venait de trouver son maître, cnr la coupole de 3t. Pierre c'est le Panthéon luimême avec ses vastes dimensions, c'est le Panthéon assis sur le plus beau temple de l'univers. «Michel-Ange, s'écrient les romains, Michel-Ange a làti dans les airs ce qu'Agrippa construisit «ur la terre. »
La coupole esten tous points digne <3e l'édifice qu't-Ue couronne, et l'édifice lui-même est l'un des triomphes les plus étonnants de l'architecture moderne.
C'est \e temple le plus vaste, c'est la plus magnifique église du monde.
Elle a la forme d'une croix latine <iont l'arbre mesure 575 pieds de long ; les deux bras atteignent 419 pieds. Trois nefs divisent la basilique dans le sens de ?a longueur ; celle du milieu a 82 pieds de large, et audessus de nos têtes, à 142 pieds du sol, s'arrondit la voûte qu'enrichissent des caissons magnifiquement ornés. t?ous la coupole qui laisse entre son faîte et le parvis un espace libre de 321 pieds, au point d'intersection des bras et de l'arbre de la croix se trouve la confession des saints apôtres Pierre et Paul; •c'est le tombeau même qui renferme une partie des restes de ces rriuces de l'Eglise ; au dessus du tombeau, le maître autel que couronne un superbe baldaquin en bronze doré, supporté par quatre colonnes torses et haut de 86 pieds.
Pardon, Mesdames et Messieurs, mais je dois renoncer à vous décrire St Pierre de Rome si je veux ne pas vous retenir ici jusqu'à la pro chaîne aurore. 11 me suffira de vous ■dire avec i'hon. juge Ruuthier :
« Si Pierre, c'est la pétrification de
(( r Eglise catholique ! C est la grande « société divino-humaine faite mo- « nument ! L'épouse du Christ qui « a pris un corps, bâti en pierre, sur « la pierre, par Pierre et pour Pierre 1 « Cest le monument des monu- « ments et le plus beau temple que « la main de rho:vme ait jamais '< élevé à la Divinité. »
En d'autres termes, c'est la glorification de l'architecture par une pensée divine. Dans cette création la plus hardie que l'on connaisse, dit l'auteur des Trois Home, l'art chrétien a trouvé l'espace nécessaire pour développer dans toute sa magnificence l'idée de l'église catholique. Sur les vastes parois de la coupole de Michel Auge et dans son élévation de 300 pieds, la mosaïque, peinture immortelle, représente,sous les plus br. Hantes couleurs, l'église triomphante avec ses glorieuses hiérarchies : les saints, puis la Reine des saints et des anges,puis l'auguste Trinité, puis l'infini, puis la Croix dominant l'éternité et l'immensité, comme elle domine le temps ei l'espace.
Et ce n'est pas là le seul cheTd' œuvre que possède la ville éternelle. Sur toutes ses places publiques, dans ses innombrables églises, dans ses musées, dans ses palais, partout enfin, s'accumulent les trésors de la neinture, de la statuaire, de l'architecture. Les princes de l'art ont vécu dans son enceinte sacrée, et ous la haute et inteUigente protection des papes, le pinceau de l'artiste, le ciseau du sculpteur ont créé des prodiges et multiplié les chefs d'oeuvre. On a fouillé les ruines; on a exhumé les productions de l'art païen et Rome est non seulement devenue le centre de la catholicité, mais elle est restée le berceau et la p trie des beaux arts. C'est dans ses murs que vous trouverez l'Apo Ion d»- Bellevedère, le groupe du Laocoon, la statue de St-Bruno, le Moïse de Michel \nge, la Transfiguration, la Communion de St Jérôme, lit fontaine Pauline, celle de Trévi et de la place Navone, la royale façade de St-Jean de Latran et mille autres beautés que le génie de
l'homme a créées et qu'il me serait trop long d'énumérer.
Où port'^roiis-nous maintenant nos pas ? Voici Naples qui semble nous dire qu'à part de ses béantes naturelles, elle peut encore offrir à notre admiration de rares chefs d'œuvre artistiques. Herculanuni et Pompeï sont à ses portes, et ^ous le drap mortuaire qui recouvre ces deux villes détruites ou trouve tous les ans les productions d'un temps qui n'est plus. A ce point de vue, Naples est intéressante à visiter, car elle regorge de toutes les richesses qu'on retire de f'ompeï et d'Herculanum. Peintures à fresques, quadriges, statues en marbre ou en airain, mosaïques: Naples s'empare de tous ces trésors q^i deviennent l'ornement de ses vastes musées.
C'est à Naples qu'on peut voir, provenant des ruii;es de Pompeï cette célèbre mosaïque qui représente la bataille d'Issus et la victoire d'Alexandre sur Darius.
C'est l'un des plus admirables chefs d'œuvre de l'antiquité. On y voit aussi le T ureau Fornèsp^ groupe non moins admirable dû aux ciseaux d'Apollonius et de Tauriscus, artistes de Rhodes
Par elle-même la ville de Naples n'est rien et si elle n'avait pas au moins la musique qu'elle cultive avec un rare bonheur, elle serait certainement sur cette terre d'Italie, des beau.x arts la plus ingrate des élèves.
Ou a dit quelque part que l'histoire de l'aichiiecture n'est pas autre ••hose iiuf l'histoire de la ligne et de sou ascension progressive vers le ciel.
D'abord droite et horiiwntale, ruinme dans les anciens temples de la Grèce la ligne se ploie et se couibe i>our donner le plein cintre, forme gf^^nérale qu'adopte l'architeciure aux premiers âges de l'art clirêlien.
'f Mais levez les yeux, dit Ste Foie, et tenez les le plus haut que vous pourrez, si vous voulez suivre la Jigne dans son vol audacieux : elle ne monte plusseulemenr : elle court, elle s'élance, elle s'étend, elle s'al-
longe comme pour saisir le ciel', Auparav .nt, l'arc formé par la courbure de la ligne était comme débandé ; mais dans l'ogive l'arc est tendu et semble faire effort pour dérocher vers je ciel les prières que l'âme répand dans le temple du Seigneur. »
C'est l'impression nu- nous a produite la cathédrale de Milan, après St-Pierre de Rome la plus belle église du monde et l'une des plus grandes merveilles de la clrétienté.
C'est une croix latine à cinq nefs mesurant. 490 pieds de long, 18l> pieds de large, avec un transept de 286 pieds. La hauteur du pavé à la voiÀte est de 150 pieds; du sol à l'extrémité de la statue de laSte-Vierge au sommet de la grande aiguille il y a ^70 pieds.
Tout l'édifice est eu marbre blanc.
Six pilastres ornent sa façade qui contient 47 bas reliefs retraçant des S'ijets de l'Ancien Testament ; 250 statues la décorent.
Ou peut dire de la cathédrale de Milan qu'elle est l'église aux statues.
Les pilastres de sa façade et ceux qui entourent l'église à l'extérieur se terminent par de véritables aiguilles en marbre supportant autant de statues colossales ; certains pi liers de l'intérieur en contiennent jusqu'à quarante - huit. Bref, la cathédrale a 137 aiguilles qui jaillissent jusqu'à la nue et 7000 statues toutes en marbre comme le temple lui même.
"Vue à distance, la cathédrale de Milan vous apparaît avec toutes ses merveilles comme une véritable valencienne ; c'est le marbre fait dentelle.
Près à\\ maître autel il y a une magnifique chapelle souteraine où répose le corps de St-Charles Borromée dont tout Milan va célébrer dans un instant la fête glorieuse, car à l'heure au'il est l'aurore du quatre novembre succède aux om • bres de la nuit dans l'ancienne capitale de la Lombardie.
Je ne vous parlerai pas, Mesdames et Messieurs, des autres villes ita- 1 ennes, au point de vue de l'art.
Elles reproduisent toutes, plus ou
■moins, quelques unes des beautés •que nous venons d'admin^r. Assise Lorette. Bologne,' Venise, Padoue, Pavie, Turin concourent avec iGènes, Pise, Florence. Rome, Naples et Milan à faire de l'Italie la terre ■classique des beaux arts. Je la pein ture, de la sculpture, de l'architecture.
Mais c'est surtout dans l'architec ture religieuse que se déploie la magnificence du peuple italien <J'est là l'impression que reçoit ti.ut voyageur visitant ces contrées
Où le génie et \es arts pt la gloire Dans •curi'acc'.^u'S'é ecriseut K-cœnr.
Ci' est aussi celle que je voudrais vous communiquer en ajoutant, avec Hiancey,qui me p irilonnera de chaii ger un p^u ses par les pour les besoins de la ci constance : rien ne •coiîte aux Italiens pour les t-'mples du Seigneur.
Des confréries se forment, des confréries innombrables qui dispe»»^ sent leurs sculpteurs, leurs marous, leurs architectes. Quand les constructeurs habiles ne sont pas aasez forts, le peuple aiiivepar mille, par ■cent mille, et, tous ensemble, ils ■entassent, pierre sur pierre, ces gigantesques monuments qui moment jusqu'aux cieux. Ur, ce ii'esl i^s un amas confus, une agi^régatio^ pesante c-onime les pyramides : la catliéirnip^ c'est un poëme, c'est une harmonie religieuse, c'est uu diame qui compte ses statues et ses persounages par myriades, qui commence à la Nativité de la Sainte Vierge et se termine au jugement dernier, ou' bien qui prend l'humanité à son berceau entre les mains du créateur, pour la mener à travers une longue procession de patriarches, de rois, de saints, de martyrs, jusqu'à cette péripétie redoutable du dernier jour, jusqu'à la joie des élus, jusqu'aux angoisses éternelles des damnes.
Quelle merveille qu'une de ces majestueuses nefs lancées à quatre cents pieds dans les airs, toute parée de ses guirlandes de fleurs, toute percée de ces lumineuses ogives, toute vivante de ses innombrables statues, élevant ses flèches aiguës
comme un soupir d'amour et de reconnaiisance, portant au front la «jloriHUse bannière du Christ, signe de salut et d^^ rédem|jtiou, ou l'immorielle statue de la reiuH des cieux, et éiendimt sa grande om'>r<- prolectrice sur la cité agenonllée à ses pieds!
Que de pensées, ^ue de poésie répandues dans tous les inembr'5i de ce vaste corps, sur ses cornicheè.
sur ses chapiteaux, dans ses verrières inimitables, dans ses galeries, dans ses tours, dans ses coupoles, jusque dans les angles les plus obscurs !
Que de vies d'hommes enfouies sotm ces sculptures miraculeuses, q\}r d'àmes humbles et ardentes usée»
pour la gloire de Dieu à des travaux ignorés, à de mystérieux labeurs !
Qui dira le nom de tant d'hommes au génie exalté dont la pensée concevait le plan de ces immenses basiliques? Il fallait des siècles pour réaliser leur création, des générations entières se renouvelaient en apportant chacune sa pierre à l'édifice géant, et pour toute récompense, pour tout bonheur en ce monde, l'architecte demandait la faveur d'être enterré sous le seuil de son église ; et bien souvent sous la pierre sans nom, ses ossements oubliés avaient blanchi avant que Toeuvre fût à demi consommée.
Ils resteront toujours ces indestructibles chefs-d'œuvre de l'art, ils resteront comme un témoignage du passé, comme un espoir de l'avenir.
Le souffle du christianisme les em- -plit et ils respirent la foi et l'amour; ils se dégagent des affections et des entraînements de la terre : la matière est presque bannie de leurs ornements. Voyez ces statues, à peine ont-elles conservé la forme humaine ; elles sont tout sentiment, tout âme ; elles prient, elles souffrent, elles adorent. La pierre disparait sous l'idée, la forme sous le fond, la matière sous l'esprit. Et elles sont là depuis bien des siècles, les pieuses basiliques ; elles .s'élèvent comme un hymne incessant, comme une supplication perpétuelle; elles portent au Seigneuries mérites et les vertus de tant de saints dont
elles gardent les reliques, dont elles couvrent les tombeaux ; le Seigneur entendra leur prière et le temps n'est pas loin peut-être où, sous leurs voûtes antiques, se réveilleront les vieux enthousiasmes et les t)rûlantes convictions des vrais enfants de la Papauté.
Il est un autre temple que l'on retrouve partout dans le plus humble village comme dans la plus opulente cité de la vielle Ausonie : c'est celui du souvenir. A cette heure avancée de la nuit il n'est pas facile d'y pénétrer ; les portes en sont closes. Mais vienne un nouveau soleil, quelqu'éloigné qu'il puisse être, et si, ce dont je remercie Dieu pour aujourd'hui, un auditoire aussi bien- i ▼eillant et aussi sympathique m'est |
encore donné, nous pénétrerons en-' semble dans ce mystérieux sanctuaire. Nous y verrons inscrites sur le marbre des monuments, sur les sables des arènes et, mieux encore, dans le cœur de tout un peuple, ces mémorables actions du passé, ces nobles gloires d'une lutte gigantesque où le gladiateur chrétien^ armé de la seule croix de son Dieu, terrassa les lions du Gcllisée et brisa le sceptre des Césars.
Je vous laisse emportant avec moi cet espoir qui trouve son excuse dans ces généreux applaudissements, dans cette flatteuse approbation que vous avez bien voulu me donner, et pour lesquels je vous offre en retour l'expression de ma plus profonde gratitude.