‹ L'Italie sous la domination autrichienneChapitre 21 sur 28 · LENTEUR · texte numérisé non relu

LENTEUR

L'ignorance , qui ne connaît point le prix du temps, et la mal/aisance soupçonneuse, qui cherche à s'envelopper du mystère, marchent avec lenteur.

Anonyme.

§ 2o3. — Nous répétons que , sur ce chapitre ? le gouvernement ne trompe personne par de fausses apparences. Les Italiens lui attribuent la célérité proverbiale de la tortue ; et , si nous ne nous trompons pas, il n'a jamais cherché à prouver le contraire.

§ 304. — Une foule de faits démontrent son excessive lenteur ; il suffira d'en citer quelques uns.

$ 2o5. — En 1814 ? lors de l'arrivée des

Autrichiens à Milan , le conservatoire de musique demanda à être confirmé par S. M. La réponse arriva de Vienne treize ans après , en septembre

{ 206. — En 1827, le corps des officiers de santé la de Lombardie obtint la réponse à la pétition dont nous avons parlé à la page i5 , et qu'il avait adressée en 1820.

§ 207. — La nomination du docteur Buccinelli comme directeur du grand hôpital de Mi- j lan arriva en 1825, deux ans après son enterrement.

§ 208. — Toutes les administrations envoyèrent à Vienne, en 1814 , le projet de leur organisation , ainsi que l'état pour la nomination définitive des employés. Jusqu'à ce jour on n'a fait de réponse qu'au conservatoire de musique , à la direction de comptabilité en partie , et à quelques autres dicastères. Ces organisations n'ont produit d'autre effet que le renvoi d'une quantité d'individus , et par conséquent la misère d'un nombre considérable de familles, et un retard toujours plus funeste dans la marche des affaires , faute d'employés.

§ 209. — Tous les livres ou manuscrits que la censure de Milan envoie à Vienne pour être examinés ne reviennent qu'au bout de huit ,

dix, douze ans, et il y en eut même dont on n'entendit plus parler , etc. , etc. , etc.

$ a 10. Les causes de cette lenteur sont :

a. — L'ignora?ice , qui ne connaît pas la valeur du temps, et qui ne sait pas que la lenteur des décisions arrête plusieurs mouvements de la machine sociale , et détruit les forces actives de la nation.

h. — La défiance, fille et compagne de l'ignorance, qui , sortant du cours ordinaire des événements , s'égare dans les probabilités , et , donnant de la réalité aux chimères, entraîne la nécessité de vérifications, garanties, témoignages sans fin-.

L'ignorance et la défiance ont tellement multiplié les formalités dans les bureaux , le mouvement des pièces, les enregistrements, les visa, les examens, que les pétitions, s'accumulant, et effrayant Findolence des employés , restent des années dans les bureaux intermédiaires , avant de parvenir dans celui qui doit péremptoirement en. décider.

c. — L'avarice, qui se propose deux gains distincts :

i° L'économie sur les appointements attachés aux emplois et aux charges, pendant tout le temps de leur vacance : ce qui n'a pas lieu seulement dans

l'ordre civil, mais aussi dans Tordre ecclésiastique: Durant la vacance des bénéfices , l'administration des domaines jouit de leurs revenus. Aussi les prébendes , les canonicats , les évèchés , restent-ils vacants pendant plusieurs années. Enavril 1827, douze places de chanoines dans la cathédrale de Milan étaient vacantes depuis quatre ans.

2 0 Le profit de la taxe du timbre. Pendant que le gouvernement diffère les décisions soit pour la nomination des emplois , soit, pour le débrouillement des affaires, les pétitionnaires s'impatientent, multiplient les requêtes, renouvellent les documents , s'adressent à plusieurs bureaux , et de cette manière la lenteur du gouvernement fait augmenter la consommation du papier timbré.

d. — Le dernier but de cette lenteur est d'humilier les citoyens, en les forçant soit de courir d'antichambre en antichambre , pour obtenir des recommandations, soit de mendier la protection d'employés qui , manquant de tout droit à l'estime publique , deviennent toutefois des gens importants , en ce qu'ils peuvent ou refuser, ou faire du mal.

$ 211. — Du reste la lenteur du gouvernement autrichien cesse dans les deux cas suivants :

Quand il s'agit d'impôts, — Les avis pour la perception précèdent toujours l'échéance ; et il n'est à la connaissance de personne que lescontri-

buables n'aient pas payé à cause de la lenteur du gouvernement.

Quand il s'agit de persécuter quelque galant homme , la police autrichienne n'observe pas même la règle gradative tracée par l'Inquisition : Ohservetur ; stricte ohservetur; strictissime ohservetur ; capiatur. Elle commence toujours par arrêter, se réservant de vérifier plus tard ses soupçons , surtout quand il est question de délits politiques.

Mais si elle est prompte à arrêter , elle est infiniment lente quand il faut mettre en liberté. En effet, pour ne pas dévoiler l'impudence, l'immoralité , l'injustice de ses arrestations, elle en prolonge la durée à trois, quatre, six ans et plus; ensuite elle fait mille sermons aux personnes qu'elle rend à la liberté, prétendant ainsi faire croire au public qu'il existait contre celles-ci une foule de soupçons et des accusations très graves , et qu'en conséquence il a fallu bien du temps pour épurer leur conduite.

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