CONCLUSION
Voilà le gouvernement autrichien , et voilà le sort des peuples qu'il traîne sous son joug ! En considérant les vices , les difformités , l'absurdité et les rigueurs de son administration , on s'étonne d'abord qu'il puisse se soutenir au milieu de tant de populations éparses sur tant de contrées et sous tant de climats différents. C'est un corps composé de membres hétérogènes , naturellement et irrésistiblement entraîné à sa dissolution. Mais c'est sur ces diversités, sur ces oppositions mêmes, que la tyrannie a eu l'art de baser sa puissance ; c'est là qu'elle trouve les moyens d'aggraver, de perpétuer le malheur des peuples; et, pour elle, des éléments de ruine deviennent des éléments de conservation.
Ainsi le gouvernement autrichien se soutient en rivaut les fers de la Hongrie , de la Bohême , de la Gallicic , par des mains italiennes , tandis qu'il envoie des régiments hongrois , bohémiens, galliciens, affermir l'oppression et l'esclavage des
belles contrées de L'Italie. Ainsi on parvient non seulement à faire méconnaître aux peuples ce lien de fraternité commune qu'ils devraient tous resserrer, mais encore on crée chez un même peuple des armées fratricides, et quinze ou seize individus peuvent en Europe disposer du sort décent soixante-trois millions d'habitants! !
Ce déplorable aveuglement doit pourtant se dissiper ; quelque effort qu'on fasse pour exhéréder l'espèce humaine de ses droits, elle est plus près que jamais de les recouvrer. L'Europe est en mouvement, et les peuples ne sont pas loin de cette heureuse époque où il leur suffira de vouloir pour triompher.
A la* vérité il n'y eut jamais en Europe autant d'armées sur pied qu'à présent; mais ce n'est plus pour une guerre de puissance à puissa nce, c'est pou r la guerredesprincescontre lespeuples ; et, malheureusement pour les premiers, jamais il n'y eut dans les soldats plus de disposition à être citoyens , et dans les citoyens à être soldats. Tout ami de la liberté, de la justice et de l'humanité, doit donc, dans un pareil état de choses , se préparer aux combats contre le despotisme. Quant à nous, nous avons cherché à remplir notre devoir en déroulant l'affreux tableau de la tyrannie personnifiée dans le gouvernement autrichien , et en démontrant par son exemple que le plus absolu
des gouvernements est aussi le plus vicieux et le plus absurde. Nous espérons avoir rempli notre lâche: et si les actes dont nous veno "achever le récit ont dû exciter plus d'une fou nation de nos lecteurs , qu'ils se rappellent . sont les actes de ce gouvernement auquel l'Eu • rope doit tous les maux qui l'agitent depuis 18 14: car c'est lui qui prétendit alors la reconstruire sur les débris de l'ancienne servitude, comme s'il était dans le pouvoir des hommes de faire reculer la grande ère sociale présentée au monde par la révolution française de quatre-vingt-neuf.