D'UN HOMME D'AFFAIRES
« Si vous tenez vraiment, en France, à ce que nos relations s'améliorent, soyez enfin pratiques. De grâce ! plus de toasts, ni de discours ; plus de banquets. Nous sommes saturés de toasts, saturés d'éloquence. Dans les manifestations qui n'ont pas de résultats concrets, immédiats, l'Italie ne voit pas seulement une rhétorique inutile ; elle les interprète comme une mainmise sur sa liberté. Sa susceptibilité, particulièrement ombrageuse à l'égard de la France, n'est guère moins vive à l'égard des autres nations, soyez-en sûrs. Voyez son attitude en politique étrangère : elle a été trop longtemps inféodée à une alliance pour se soumettre à un autre joug; elle veut garder farouchement sa liberté ; elle prétend réserver chaque fois sa décision, sans se lier à un pays plutôt qu'à un autre, et en ne tenant compte que de ses intérêts. Je ne sais pas si la chose est possible ; je ne veux même pas discuter la ques-
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tion de savoir si elle est souhaitable ; c'est ua état d'esprit que je constate sans le juger.
« Mais, étant donné les difficultés de toute nature où elle se débat, elle serait extrêmement sensible à un concours pratique, à une aide qui lui serait offerte à titre de réciprocité. Prêtez-lui votre appui, s'il est possible, dans son relèvement économique. Ayez ici des banques, qui trouveront leur avantage en faisant le sien. Avancez nous des capitaux à des conditions favorables. Considérez, par exemple, la question du change. Oui, je sais bien que le vôtre n'est pas fameux, que vous avez perdu votre position privilégiée ; je n'ignore pas que le problème est complexe, déconcertant. Mais enfin, supposez que, par miracle, la France montre à l'Italie qu'elle veut l'aider efficacement à sortir de son embarras : vous regagneriez en un jour plus de sympathies que vous n'en avez perdu en deux ans.
« Essayez de multiplier avec nous les relations commerciales ; de toutes les raisons d'aimer son voisin, la meilleure est encore l'intérêt bien entendu ; on n'en a pas trouvé d'autre qui dure. Déchirons le grand livre du passé ; ouvrons un compte nouveau sur une page blanche ; tâchons d'y inscrire des opérations qui soient favorables à tous les deux, et le reste viendra par surcroît. »