‹ L'Italie vivanteChapitre 2 sur 30 · VII · texte numérisé non relu

VII

tant de nos voyageurs ont parcouru, dont nous croyons connaître toutes les villes et toutes les campagnes — et dont l'âme mobile nous échappe toujours.

Il faut y aller voir : c'est le meilleur moyen. Voilà pourquoi, en cette gare de Modane qui n'est elle-même qu'un couloir dans le couloir des Alpes, j'attends à la porte de l'Italie nouvelle.

Quand je pense à tous ceux qui m'ont précédé; quand j'évoque par l'imagination tant et tant de visiteurs, qui depuis des siècles s'en sont allés vers la Ville éternelle; quand je songe aux innombrables auteurs des Voyages en Italie qui, sur les rayons des bibliothèques, dorment doucement leur éternel sommeil, je suis confus. Seulement, l'Italie qu'ils ont décrite est morte, comme ils sont morts eux-mêmes; une autre Italie a surgi depuis la guerre ; et c'est à l'Italie vivante que je veux m'adresser.

Et puis, je sais bien comment je ferai. Je ne serai pas si présomptueux, que de vouloir tout comprendre sans rien me faire expliquer. J'ai la bonne fortune de posséder en Italie des amis qui ne s'étonnent jamais de me savoir là quand je frappe à leur porte. Ils me disent, sans manifester la moindre surprise : Te voilà donc revenu ! et ils

reprennent la conversation comme si nous nous étion« quittés l'avant- veille. Autant ils sont fermés devant des inconnus, s'entourant aussitôt d'une politesse infranchissable : autant ils se montrent faciles et ouverts, quand ils ont une fois donné leur confiance. Mes amis seront mes guides, à travers l'âme renouvelée de leur pays.

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