Des cartouches de l'Obétisque. Ils désignent deux rois
On ne compte pas moins de quarante-huit cartouches sur le fût même de l’obélisque; ils sont placés dans un ordre facile à saisir :
Huit distribués deux à deux dans le tableau des ojfrandes gravé immédiatement au-dessous
68 l’obhlisquk
du pyramidion,sur chacune des quatre faces de
l’obélisque;
Quarante dans le texte même des inscriptions , savoir, dix sur chaque face, distribués par séries de deux à chaque colonne médiale, et de quatre à chacune des colonnes latérales. Les cartouches gravés sur les diverses parties du piédestal sont en sus de ce nombre.
De ces quarante-huit cartouches, les uns contiennent les prénoms royaux , les autres les noms propres ; ces deux sortes de cartouches étant en nombre égal sur l’obélisque, ils nous donnent vingt-quatre fois des noms et des prénoms de souverains de l’Égypte.
Ces cartouches accouplés ne se ressemblent pas tous : on y remarque distinctement deux variétés déterminées par l’espèce, l’ordre et le nombre des signes, et ces variétés nous avertissent que deux rois sont nommés dans les inscriptions de l’obélisque.
Ces deux variétés de cartouches sont représentées, isolées l’une de l’autre, sous les numéros 6 et 7 de notre planche II.
Le prénom royal n° 6 a est composé de quatre signes : le disque du soleil, le sceptre à tète de chacal, la figure assise de la déesse Salé (la Vérité), et le signe phonétique S; ils expriment les idées Soleil, gardien de la vérité .
Le nom propre n° 6 b renferme huit signes
phonétiques AMNMRMSS, qui se lisent, en suppléant les voyelles omises, selon un usage constant, Amon mai Ramsès , et signifient le chéri d’ Ammon Rhumsès.
Le prénom royal n° 7 a est exprimé par six signes : le disque du soleil, le sceptre à tète de chacal, la figure assise de la déesse Saté (la Vérité), encore le disque du soleil, et les signes de l’idée approuvé par. L’ensemble de ces signes exprime les idées : Soleil, gardien de la vérité, approuvé par Phré (le soleil). Le nom propre n° 7 b est composé de six signes, la figure du soleil caractérisée par son disque sur la tête et qui se lit RE, la figure d’Ammon avec ses deux plumes sur sa tête, le signe M déjà connu, une autre forme du M et celles de deux S : tout ceci se lit Amon mai Ramsès, et signifie le chéri A Ammon, Rhamsès.
Cette analyse des deux cartouches accouplés nous fait donc connaître que deux rois sont mentionnés dans les inscriptions de l’obélisque. Tous les deux se nommaient Rhamsès ; mais des qualifications tout-à-fait individuelles les distinguaient très-clairement l’un de l’autre, et non moins certainement des autres souverains de l’Egypte de la famille et du nom de Rhamsès.
Des deux Rhamsès mentionnés dans l’obélisque, le prénom de l’un était Soleil Gardien de
7« l’obélisque
la vérité ( n° 6); et celui de l’autre, Soleil Gardien de la vérité , approuvé par Phrè ( n° 7 ).
Le nom propre du premier était Amon mai Bhamsès (le chéri d’Ammon, Rhamsès); celui du second était le même; mais la présence du cartouche prénom , dont chacun formait une dénomination très-distincte, prévenait, dans les annales publiques , toute confusion de temps , de faits et de personnages.
I^es cartouches n° 6 se trouvent sur les monuments égyptiens des Calabsché , de Beit- Oually , de Rarnac et de Louqsor ; et les cartouches n° 7, à Ibsamboul, Calabsché, Derry, Ghirché, Ouady-Essébona, en Nubie; au prétendu tombeau d’Osymandyas , à Rarnac, Louqsor , Éiéphantine , Abydos et Bubaste , en Égypte; sur les obélisques de Tanis, sur le Flaminien , les Sallustien , Mahutaeus et Médicis, à Rome; dans une inscription bilingue, hiéroglyphique et cunéiforme, à Nahar-el-Reb, en Syrie, près de l’ancienne Bérythus. Les deux rois que ces deux cartouches désignent , élevèrent ou agrandirent des édifices dont les ruines existent encore dans ces lieux divers; ils illustrèrent leur règne par ces travaux d’utilité publique.
Le cartouche n° 6 est celui du pharaon Bhamsès II, delà XVIII e dynastie égyptienne.
petit-fils de Rhamsès I er , et que les Grecs appelèrent aussi Armais.
Le cartouche n° 7 désigne Rhamsès III , frère de Rhamsès II, fils de Ménephtha I er et de la reine Twéa , le Sésostris de l’antiquité grecque et romaine.
C’est à Champollion le jeune qu’on estredevable, et depuis dix années, de la détermination de l’ordre dynastique de ces cartouches, et du nom des princes qu’ils désignent spécialement dans la série nombreuse et si variée des personnages qui composent les listes royales égyptiennes; un intérêt puissant nous porte à exposer ici les preuves de notre assertion.
Deux cartouches accouplés, en tout semblables à ceux que nous avons désignés par le n° 6, sont gravés sous le u° 11a du tableau des signes joint à la première édition du Précis du système hiéroglyphique , publié en i8a4, et on lit dans l’Explication de ces tableaux , page 1 a , que ces cartouches sont ceux du pharaon Rhamsès Armais , de la XVIII e dynastie. On lit aussi dans la même page , que les cartouches du même tableau , numérotés 1 i4, et qui sont exactement notre n° 7 de l’obélisque, appartiennent à Rhamsès Sésostris.
Ces mêmes cartouches, avec ces mêmes numéros , et leur attribution dans les mêmes
~ j-x l’obklisque
termes, à Rhamsés Armais et à Rhamsés Sésostris , se retrouvent encore dans la deuxième édition de ce même Précis , publiée en 1828.
À la page a^9 de cet ouvrage ( édition de i 8 a 4 ), Champollion dit textuellement : a La a légende de ce prince ( de Rhamsés Armais ) « se montre dans la colonne médiale des deux « faces de l’obélisque occidental de Louqsor « ( celui de Paris ) ; mais les colonnes latérales « de ces faces, comme les trois colonnes de la « troisième face de ce monolithe (1), offrent les « légendes de Rhamsès-le-Grand (Sésostris ) . . .
« Et il résulte (ajonte-t-il page a 3 o) de la place « qu’occupent les deux légendes royales gravées « sur les obélisques de Louqsor, que le Rhamsés « dont nous trouvons le nom dans les colonnes « médiales (Armais) est antérieur à Rhamsès- « le-Grand (Sésostris (a). »
Dans la première Lettre de Champollion le jeune à M. le duc de Blacas, relative aux monuments historiques du Musée de Turin et publiée en i8a/|, notre cartouche n°6, celui de Rhamsès Armais, est gravé sous le n° 16, et il est
(1) II ne parle pas de la quatrième face, qui était alors cachée par des constructions modernes.
(a) Ces mêmes mots, cette même distinction des deux Rhamsés, se lisent aussi aux pages 279 et 180 de la deuxième édition du Précis, 18x8.
écrit dessous : Cartouche de Rhamsès II; il est écrit aussi sous le cartouche n° 18 des planches de la même Lettre , et qui est notre n° 7 : Car~ touche de Rhamsès Sésostris.
Dans les autres ouvrages de Chatnpoliion le jeune, imprimés et manuscrits , la même détermination, la même distinction des deux cartouches de Rhamsès II Armais, et de Rhamsès III Sésostris, y sont non moins clairement exprimées (1). Ses Lettres écrites d'Égypte en 1828 et 1829 mentionnent assez souvent ce Rhamsès II (2), plus souvent encore Sésostris
( 1 ) Je cite aussi les ouvrages manuscrits , parce que la libéralité bien connue de l’auteur les laissait à la discrétion de tous ceux qui venaient les consulter. On en a cruellement abusé : des travaux du plus haut intérêt ont disparu de son cabinet ; des copies de quelques autres ont été faites, et on en use audacieusement comme de découvertes propres. Un résumé public de tous ces plagiats, parfois bien malheureux, restituera bientôt à Champollion les fruits de ses recherches, et signalera en même temps à l’attention générale ceux qui , à l’égard de Champollion, oublient tout, excepté de le détrousser. Il y a aussi, dans la république des lettres , un pilori pour cet attentat à la propriété.
On trouve du moins un vernis de probité dans les ambitions qui se bornent au modeste désir de faire quelques pas vers la postérité, en se jetant en croupe du savant qui a payé de sa vie sa juste et durable renommée.
(a) Voyez XI e lettre, page 161 ; XII e lettre, page i83; XX e lettre , pages 388 et 38g.
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fthamsès III ; enlin , dans la lettre relative à Fé* clifice de Kourna à Thèbes (t), il annonce qu’il a remarqué, k la suite des cartouches du roi Ménephtha 1 er , ceux d’un Rhamsès, « qu’il « ne faut pas confondre , dit-il , avec Rham- « sès III ( Sésostris ). Une série de faits incon-? a testables, recueillis dans les monuments origL « naux, m’ont démontré, ajoute-t-il, que ce « nouveau Rhamsès, le Rhamsès II du canon « royal, succéda immédiatement à Ménephtha I er « son père, et fut remplacé, après un règne fort « court, par son frère Rhamsès 111 le Grand, « qui est le Sésostris de l’histoire. »
L’ordre de succession de ces trois princes fut donc Ménephtha I er , Rhamsès II et Rhamsès III; il est ainsi énoncé dans le Prospectus publié en i83i,et dont le manuscrit, tout entier de la main de Champollion, existe encore; c’est donc à lui qu’appartiennent la détermination nominale et dynastique des cartouches inscrits sur l’obélisque français, ainsi que leur attribution , savoir : le n° 6 de notre planche , à Rhamsès II Armais, le n° 7 à Rhamsès III Sésostris, qui succéda k Rhamsès II, successeur de Ménephtha I er , tous les trois de la XVIII e
(1) XX* lettre, de Thèbes (palais de Kourna), le 6 juillet 1829, page 388 de l’éditinu.
dynastie égyptienne. Cette conclusion a pour elle trop d’évidence, et trop de témoignages la corroborent à la fois pour nous arrêter à l’examen de récentes prétentions qui ne pourraient avoir quelque crédit dans le monde savant que si tous les travaux de Champollion le jeune étaient oubliés ou détruits.
Les deux variétés de cartouches accouplés une fois reconnues, il nous reste à tirer de la place que chacune d’elles occupe sur l’obélisque, les données intéressantes et singulières quelles fournissent à son histoire.
Les cartouches n° 6, ceux de Bhamsès II, existent dans le bas-relief des offrandes et dans l’inscription médiale de chacune des faces 1 , 3 et 4 de l’obélisque; ils ne se trouvent sur aucune autre partie du monument.
Les cartouches n° 7, ceux de Rhamsès III Sésostris, se lisent dans les deux inscriptions latérales de ces mêmes faces 1, 3 et 4 » ils se trouvent dans le bas-relief des offrandes ainsi que dans les trois inscriptions de la face n° a ; Rhamsès II n’est point nommé sur cette même i e face.
O11 trouve encore les cartouches de Sésostris, i° Sur le plan de la base même de l’obélisque; il est reproduit sur notre planche II, n° 5 ; a° Sur les bas-reliefs qui ornent encore les
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faces ouest et sud (a et 3) du dé en granit rose
de l’obélisque;
3° Dans l'inscription qui décore le soubassement en grès sur lequel ce dé de granit était posé.
Ainsi les cartouches de Rhatnsès II et ceux de Rhamsès III se trouvent ensemble sur les faces 1 , 3 et 4 de l’obélisque; et le cartouche de Rhamsès 111 seul existe sur la face n° a et le plan de la base du monument, sur les bas-reliefs et les autres parties du dé qui le porte.
En considérant que les deux rois nommés dans les cartouches étaient frères, et se succédèrent dans l’autorité royale; que le nom du premier des deux, celui de Rhamsès Armais, occupe les colonnes médiales des trois faces de l’obélisque, et celui du second , Rhamsès Sésostris, les colonnes latérales de ces mêmes faces et la quatrième face tout entière; que le cartouche de ce même Sésostris , gravé sur le plan de la base du monolithe , n’a pu l’être qu’avant qu’il fût dressé sur son piédestal ; enfin que toutes les parties de ce piédestal portent le nom de ce même Sésostris, comme les trois inscriptions de la face n° 2 , on connaît dans tout leur détail les circonstances relatives à l’origine et à l’édification de l’obélisque occidental de Louqsor; nous présentons ici sommairement les faits historiques qui s’y rattachent.
Ménephtha 1^, l’un des derniers rois de la dix-huitième dynastie égyptienne , eut pour successeur au trône son fils aîné, Rhamsès II (Armais ). Selon un usage assez général en Égypte, ce prince portait le nom de son grand-père, Rhamsès I er . Rhamsès II mourut après un règne de i5 années environ; et comme il ne laissait point de lignée, son frère fut revêtu de l’autorité royale et appelé aussi Rhamsès; il fut le troisième de ce nom ; c’est le Sésostris des écrivains anciens.
Il subsiste encore un monument du plus haut intérêt pour l’histoire et la généalogie de ces trois princes, c’est le palais de Kourna à Thèbes. Les tableaux et les inscriptions qui le décorent nous apprennent que cet édifice , à la fois civil et religieux, fut fondé par Ménephtha I er , d’où il fut appelé le Menephtheum. Ce prince en éleva les masses ; ses deux successeurs en terminèrent les décorations , l’environnèrent d’une enceinte ornée de propylons , et y firent représenter les principales actions de leur règne. Le sacre de Rhamsès II, succédant à son père, est figuré dans la salle principale ; et les sujets de l’intérieur du portique sont consacrés à la gloire de Rhamsès III ; les dieux le dotent à l’envi d’une foule d’avantages terrestres. Enfin dans d’autres tableaux , Rhamsès II et Rhamsès III rendent à
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la mémoire et à l’image de Ménephtha 1" les honneurs qu’ils lui doivent comme à leur père et leur prédécesseur ( 1 ).
Un autre monument existant à Beit-Oually, en Nubie (a), offre l’histoire, en tableaux sculptés, des entreprises militaires de Bhamsès II en Asie contre les Arabes, et en Afrique où il soumet les Ethiopiens , les Bisehari et des tribus de Nègres. Aux scènes variées de cette campagne mémorable, dont l’antiquité classique parait avoir recueilli la tradition (3), succède le tableau des tributs nombreux et variés portés aux pieds du vainqueur, par les nations africaines qu’il a soumises. Elles lui offrent des chaînes d’or, des peaux de panthère, de l’or en poudre, des troncs de bois d’ébène , «les dents d’éléphant, des plumes d’autruche, des meubles en matière précieuse, et des animaux vivants, les plus curieux de l’intérieur de l’Afrique, le lion, la panthère, des singes et la girafe : témoignages certains de l’influence égyptienne sur le continent africain, plus de quinze cents ans avant l’ère chrétienne. D’autres monuments du règne de
(i)Voyer lu description du monument de Kourna , dans les Lettres écrites d'Égypte et de Nubie , par Champollion le jeune , pag. 38i et suiv.
(a) Ibid., pag. i5g et suiv.
(3) Diodore de Sicile.
DE I.OUQSOR. 79
Rhamsès II existent encore en quelques cantons de l’Égypte; on en trouve partout du règne et de la gloire de Sésostris, son successeur.
L’obélisque de Paris rappelle en même temps les noms et les actions des deux rois; mais l’équité de l'histoire peut faire la part à chacun d’eux. C’est Rhamsès II qui fit extraire l’obélisque des carrières de Syène, qui le fit transporter à Thèbes , qui le destina à la décoration d’un grand édifice; et il est difficile de le désigner aujourd’hui. Ce ne fut pas celui de Louqsor, le nom de Rhamsès II n’est rappelé sur aucune des parties de ce palais. Serait-il , avec ses fondations, encore caché dans la terre, et, à cette supposition, faudrait-il en ajouter une seconde, en attribuant à ce roi la construction des niasses principales du Rhamesséion de Louqsor, que Sésostris aurait décoré et terminé? Mais toutes les conjectures possibles seraient également oiseuses, chacune d’elles pouvant réunir en sa faveur une somme presque égale de probabilités.
Il est certain que les deux obéliques devaient consacrer par huit inscriptions et transmettre jusqu’à nous le souvenir de la gloire et de la piété de Rhamsès II; quatre de ces inscriptions furent seules terminées, trois sur l’obélisque transporté à Paris, une sur celui qui reste isolé à Louqsor. Comment ces chants de victoire fti-
8o l’obélisque
rent-ils interrompus? La mort surprit Rhamsès H au milieu de ses trophées; ses victoires sur les impurs ( les étrangers ) y sont en effet mentionnées. Les obélisques sont donc postérieurs à ses campagnes en Asie et en Afrique, et ne peuvent appartenir qu’à la fin de son règne, qui fut d’assez courte durée.
Sésostris survint, qui édifia ou termina le Rhamesséion de Louqsor, adopta les obélisques commencés par son prédécesseur, employa à y rappeler sa propre gloire toute la place que la mort de Rhamsès II laissait inoccupée, c’est-àdire trois faces entières de l’obélisque qui est encore à Louqsor, une face entière de l’obélisque de Paris, et sur chacune des trois autres faces terminées, comme sur la seule que le nom de Rhamsès occupait sur l’autre , la place nécessaire aux deux inscriptions latérales qui subsistent sur toutes les faces également.
Sur l’obélisque de Paris les travaux des deux rois sont ainsi distribués :
/ Rhamsès II , l’inscription médiale ;
Rhamsès 111, les deux inscrip- \ tions latérales.
Face ouest , Rhamsès III , les 3 inscriptions.
De plus, Rhamsès 111 fit dresser cet obélisque et graver son nom sous le plan de la base, et
Faces
DE LOUQSOR. '8l
sur toutes les parties du piédestal où ce nom pouvait être placé comme ornement ou comme renseignement historique.
Enfin, et pour multiplier encore ces renseignements pour une postérité qui devait s’étendre jusqu’à la génération présente, et qu’il était dans la destinée de la France de perpétuer par sa munificence, Sésostris fit écrire sur la face nord du monolithe laissé à Louqsor, que lui, seigneur de la région d’en haut et de la région d’en bas (la Haute et la Basse-Égypte), Germe (fils) des dieux et des déesses, Seigneur du monde , Soleil gardien de la vérité, approuvé par Phré, a fait ces travaux (le Rhamesséion de Louqsor) pour son père Amon-Ra , et qu’il a érigé
CES DEUX GRANDS OBÉLISQUES EN PIERRE devant
le Rhamesséion de la ville d’Ammon (Thèbes)(i).
Sésostris termina donc ce grand ouvrage commencé par son prédécesseur, et ce concours de deux rois à l’achèvement de ces admirables monuments fournit pour leur histoire des notions chronologiques assez précises.
Le règne de Rhamsès II , qui fit commencer
(x) Voyez planche I, n° 4 , a et b, le texte hiéroglyphique des deux phrases en italique; la traduction française est tirée des notes manuscrites de Champollion le jeune ; elle est aussi dans ses Lettres écrites d’ Égypte et de Nubie, page ai 5 , lettre du a 5 mars 1829.
8a l’obélisque
ces obélisques , remonte à l’an 1 58o avant l’ère chrétienne; il n’existe pas de monument avec des dates postérieures à la quatorzième année de ce règne qui finit bientôt après; ce fut donc vers l’an 1570 que ces obélisques furent entrepris par Rhamsès II, après qu’il eut châtié les impurs en Afrique et en Asie, comme le disent ses inscriptions.
Sésostris succéda à son frère vers j 565 ; il édifia ou continua le palais de Louqsor, et un tel ouvrage exigea bien des années ; sur les basreliefs du pylône, qui est le frontispice même du palais, Sésostris fit sculpter en grand sa campagne contre les Asiatiques; et les inscriptions lui donnent pour date la cinquième année du règne de ce roi ; les obélisques ne furent élevés qu’après ce pylône; on peut donc les supposer, dès l’an i55o, à la place où ils ont bravé, pendant près de 34oo ans, le temps et les hommes.
Qu’il nous soit permis de dire que leur destin est bien changé : monuments nationaux et sacrés sur les rives du Nil , iis ne seront plus, sur celles de la Seine , que des aiguilles de granit dont l’antiquité , l’origine et la magnificence peuvent concourir à l’éclat que les prodiges des arts répandent sur une civilisation éclairée.
DE LOÜQSOR.