Des cartouches en général
On a remarqué, il y a long-temps, dans les inscriptions en caractères hiéroglyphiques, des groupes de signes enfermés dans de petits encadrements composés de deux lignes verticales ou horizontales , arrondis par le haut et par le bas et posés sur une base rectangulaire. On a donné à cet encadrement le nom de cartouche ou de cartel. On peut le considérer comme une imitation du plat du scarabée , figuré de plein relief en toute sorte de matière solide, de dimensions diverses, et posé sur une plinthe elliptique, dont le dessous est ordinairement occupé par une inscription.
Le cartouche a une expression grammaticale qui lui est propre; il est le signe déterminatif des noms des souverains qui composèrent les nombreuses dynasties égyptiennes , divines et humaines. On trouve en effet enfermés dans les cartouches : i° les noms propres des divinités ou djrnastes qui furent considérés comme ayant gouverné l’Egypte , et le monde terrestre à l’origine des choses ; a° les noms propres et les prénoms royaux des rois et des reines qui régnè-
DK LOUQSOR. 65
rent en Égypte , soit nationaux , soit étrangers ( Éthiopiens, Persans, Grecs et Romains).
Les cartouches contenant des noms de rois ou de reines ajoutent à toute inscription égyptienne où il s’en trouve, un intérêt du premier ordre : il y a, en effet, dans chacun d’eux, une donnée historique certaine, le nom d’un souverain étant à lui seul une véritable date ; souvent l’année même de son règne suit ou précède le cartouche; on détermine donc, par ces divers éléments, la date même du monument où ils sont tracés , ou celle des faits que l’inscription rapporte.
La figure seule du cartouche vide est un signe de l’écriture égyptienne ; il représente dans tous les textes l’idée du mot nom , et s’y lit phonétiquement r an, nomen. Dans l’écriture hiératique, cette figure est abrégée par la forme de nos deux parenthèses, suivies de deux traits perpendiculaires qui la complètent. L’usage du cartouche, avec les diverses acceptions qui viennent d’être indiquées, se retrouve dans les textes égyptiens de toutes les époques; il ne cessa en Egypte qu’avec celui des écritures nationales.
Le plus ordinairement les cartouches sont accouplés, étant placés l’un à côté de l’autre ou de suite horizontalement, ou l’un au-dessous l’autre verticalement et séparés par un petit nombre de
G6 l'obélisque
signes. Ceci s’explique par l’usage constamment suivi en Egypte, d’attribuer à chaque souverain deux noms, dont un rappelait celui de la famille d’où il était issu ; il était de fait son nom propre ; et dont l’autre, conséquence légale de son avènement au trône, était son prénom royal ou dynastique, celui sous lequel il était inscrit dans les annales publiques, et que consacrait l’autorité des cérémonies religieuses (i).
Dans celui-ci, dans le prénom royal, c’est une idée religieuse qui dominait d’ordinaire ; le prince y est assimilé au dieu Soleil : Soleil bienfaisant ou gracieux. Soleil gardien de la vérité, etc., etc.; et ce cartouche prénom, composé de signes purement idéographiques, est caractérisé, i° par la figure de l’ abeille qui se voit toujours dans le groupe de signes précédant immédiatement ce cartouche ; a" par le disque du soleil, qui est le premier des signes qu’on voit inscrits dans ce cartouche prénom.
(i) Il y avait aussi on Égypte un sacre, une intronisation religieuse des rois : c’est là qu'ils recevaient le prénom royal. L’inscription de Rosette n’est que le procès-verbal de cette cérémonie, célébrée à Memphis, à l'avénement de Ptolémée, Gis de Philopator : il y fut surnommé Épiphanc; dans les monuments antérieurs, il ne porte que le prénom Euchariste ; il les a tous les deux après son sacre. J’ai exposé et expliqué ces circonstances historiques dans ma Notice sur un papyrus égyptien , publiée en i8a3.
Dans le cartouche nom propre , les signes inscrits sont , en tout ou en partie , phonétiques; un groupe, formé de la figure d'une oie surmontée du disque du soleil, le précède; ce groupe signifie le fils du Soleil , autre qualification royale, et l’intérieur du cartouche donne le nom propre du roi, tel qu’il le reçut de sa famille.
On s'attacha à diversifier les prénoms royaux de manière à prévenir toute confusion de noms, de personnes et de temps; le même nom propre, au contraire, fut commun à plusieurs rois: il y eut des Rhamsès, des Améuophis; leurs cartouches noms propres ont entre eux des ressemblances sensibles dans la forme et l’arrangement des signes qui les expriment; mais leurs cartouches prénoms diffèrent essentiellement et 11e peuvent être pris l’un pour l’autre. Lne telle distinction ne doit point surprendre : l’Égypte fut dans tous les temps très-attentive à l’ordre et à la conservation de ses propres annales.