‹ L'Obélisque de Louqsor transporté à ParisChapitre 6 sur 16 · I. OBI.MSQUK · texte numérisé non relu

I. OBI.MSQUK

a Le Louxor, destiné à transporter lesobélisques de Thèbes, est un bâtiment d’une construction telle, qu’il ne peut naviguer avec sûreté et sans l’escorte d’un bâtiment à vapeur dans la saison que nous allons prendre, la mer entre Candie et l’Égypte n’étant pas tenable pour cette sorte de navire, vers le mois de novenbre.

« En supposant même que le Louxor arrivât sain et sauf à Alexandrie, au milieu de novembre, il faudrait encore une quinzaine de jours pour s’alléger de deux ou trois pieds : alors il ne serait plus possible de se présenter à l’embouchure du Nil, le boghaz de ltosette étant déjà devenu impraticable à cette époque, même pour de bien moins fortes embarcations.

« il serait donc convenable, pour la sûreté du bâtiment et la réussite de l’expédition , que le Louxor ne partit de Toulon que dans les premiers jours du printemps.

« Arrivés à Alexandrie , l’ingénieur maritime et le commandant du Louxor se rendraient de suite à Thèbes, au moyen d’un bâtiment du pays : l’ingénieur pour étudier le terrain , renverser les obélisques, et les conduire sur le bord du fleuve ; le commandant du Louxor, pour étudier de visu la navigation du Nil, et connaître par lui-tnêine le lit du fleuve, afin de faire remonter ensuite le Louxor avec sûreté

jusqu’à Thébes, au mois de juillet, à l’époque des grandes eaux.

« Ainsi le Louxor partant de Toulon fin de mars, les mois de mai, juin et juillet suffiraient à l’ingénieur pour les travaux préparatoires; le Louxor remonterait le Nil en juillet, et l’embarquement étant opéré en août, le bâtiment chargé descendrait le Nil en septembre.

« J’ai l’honneur de soumettre ces vues à votre décision, et de vous prier, etc. »

Le i3 octobre, M. le ministre de la marine voulut bien adhérer à ces propositions, et répondre en ces termes :

'< Paris, le i3 octobre i83o.

a Monsieur,

« J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, le 8 de ce mois.

« Vous m’y entreteniez des difficultés qu’éprouverait la navigation du Louxor , si ce bâtiment était expédié dans cette saison pour Alexandrie, de l’impossibilité de lui faire remonter le Nil avant le printemps prochain , et de la convenance de le faire partir de Toulon seulement à cette époque.

« Je vous remercie beaucoup d’avoir bien voulu me transmettre, à ce sujet, les observa-

/,o l’obélisque

tions que vous ont suggérées votre zèle et la connaissance que vous avez acquise des lieux où le Louxor doit être conduit.

« J’ai donné des ordres pour que ce bâtiment soit retenu à Toulon jusqu’à la fin de l’hiver.

« Je recevrai avec reconnaissance toutes les communications que vous jugeriez utile de me faire , dans l’intérêt de cette expédition dont, mieux que personne, vous pouvez apprécier les difficultés.

« Recevez , monsieur , l’assurance de ma considération distinguée.

■■ Le ministre secrétaire d’état de la marine et des colonies,

« Horace Sébastiani. »

Au mois de mars 1 83 1 , le Louxor partit de Toulon , muni d’instructions en tout conformes aux vues proposées par Champollion, en ce qui touche aux obélisques et à leurs accessoires : c’est l’obélisque occidental de Louqsor qu’il avait dé* signé; c’est celui qui a été transporté en France

La navigation du Louxor ne fut que de i 8 jours; la remonte du Nil présentant de grands obstacles à un bâtiment qui ne pouvait tirer moins de 6 pieds d’eau, il fallait attendre les eaux de l’inondation.

M. Lebas prit des djermes du pays, et appa-

reilla d’Alexandrie le la juin i83i ; il parvint, après avoir subi et surmonté bien des traverses , au village même de Louqsor, le 3i juillet. *

Le i5du même mois, M. deVerninac, parti d’Aiexandrie , remorqué par le brick de guerre le d’ylssas, mouillait devant la barre de Rosette. Le lendemain 16 , à midi, après une manœuvre des plus hardies, il avait franchi cette barre en la labourant , et était amarré devant la grande place de Rosette. Dans sa relation de cette dangereuse navigation, M. de Verninac attribue à la fortune un succès qui n’est dû qu’à son habileté, secondée par le zèle des officiers, par la patience et la bonne volonté de l’équipage.

Le Louxor arriva le 17 juillet au Kaire, le a5 à Siout, et le i5 août au village de Louqsor. Tous les Français de l’expédition furent dès lors réunis, et dans une seule pensée, celle d’accomplir la mémorable mission confiée à leur dévouement.

Tous les bras y concouraient, quand lecholéra vint les frapper. Les naturels furent atteints les premiers; mais, dès le 4 octobre, dix matelots du Louxor étaient en proie à l’épidémie. Les chefs de l'expédition lui opposèrent un régime plus sévère, beaucoup de sérénité, et une gaîté constante ; quinze Français furent malades ;

M. Angelin, chirurgien de la marine, leur prodi-

L \i l’obélisque

gua des soins infatigables : pas un ne succomba. ïhèbes y perdit le septième de sa population indigène.

Les opérations furent continuées comme si le choléra n’avait pas été présent, et cette sécurité fut une sorte de préservatif.

L’obélisque fut abattu le 3i octobre 1 83 1 ; il fut placé à bord du Louxor le 19 décembre suivant.

C’est à celui qui a dirigé avec tant d’habileté cette grande opération, à faire l’exposé des moyens qu’il a si heureusement employés. M. Lebas doit à l’bistoire des sciences la relation de ses travaux et de ses succès.

« Lorsqu’on compare, a déjà dit M. Ch.

« Dupin, les difficultés qu’il fallait surmonter, « avec le zèle constant, l’esprit de ressource, « le génie inventif, le courage, la concorde , « l’amitié . qui font agir comme une seule fart mille tous ces Français qui veulent doter leur « patrie d’un monument digne de sa gloire, on « éprouve pour les auteurs de telles entreprises « un sentiment qui rend plus fier d’appartenir à « la France. »

Le Louxor quitta enfin la Thébaïde avec sa riche conquête, et se trouva de nouveau, le i tr octobre 1 83a , à Rosette, en présence des obsta-

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clés naturels que le Nil présente en cet endroit à la navigation ; ils furent aussi surmontés , et le bâtiment était de retour à Alexandrie le a janvier 1 833.

Il en partit le I er avril suivant, et rentra enfin dans la rade de Toulon le 11 mai, après avoir traversé l’Archipel, et mouillé dans diverses îles. M. de Verninac voulut bien me donner cette bonne nouvelle , en y mêlant des souvenirs dont je dois m’honorer.

• Rade de Toulon , le 1 1 mai i833.

« Monsieur,

« Je vous annonce avec plaisir et à la hâte l’heureuse arrivée du Louxor à Toulon. Je crois devoir vous en instruire des premiers, parce que, j’en suis sûr, cette nouvelle vous intéressera plus que personne en France. Voilà une conception gigantesque de votre illustre frère accomplie; et le résultat heureux de notre opération a renouvelé toute la douleur que sa mort m’a causée, en pensant que lui seul, si digne appréciateur de la valeur de ce monument, serait le seul à ne pas jouir de sa vue à Paris. »

Le voyage du Louxor appartient déjà à l’histoire littéraire de la France ; elle dira combien les' sciences , les arts et l’honneur national sont redevables à ceux qui ont dirigé avec tant de sa-

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voir et de succès cette mémorable et périlleuse entreprise; et la justice du roi acquittera, on n’en peut douter, cette dette de la patrie (i).

(i) Voici la suite de la navigation du Louxor: il partit de Toulon pour Paris le aa juin; mouilla i p à Gibraltar le 3n pour renouveler le charbon du bateau à vapeur le Sphinx , a° au cap St.-Vincent, le ta juillet, par la force du vent , 3° le 3o juillet à la Corogne pour s'approvisionner de charbon , et il entra à Cherbourg le ta août; il en partit le ta septembre ; arriva <t Rouen le 14 au matin; il est attendu à Paris pour la lin du mois de novembre.

Description de l'obélisque transporté à Paris, x. Idée générale.

L’entrée principale d» palais de Louqsor, qui est tournée vers le septentrion, consiste, comme celle de tous les temples et palais égyptiens, et» un pylône, composé de deux massifs pyramidaux entre lesquels une porte est ménagée; celle du palais de Louqsor n’a pas moins de 5 a pieds de hauteur; elle est surmontée d’une corniche élégante; les pylônes ont 18 pieds de plus d’élévation et ga pieds d’étendue de chaque côté de cette porte ( Voyez le plan des édifices de Louqsor, planche I re , n° r ; pylône k, f; porte g.). Une inscription hiéroglyphique sculptée au-dessous de la corniche du pylône contient la dédicace du palais à la grande divinité de Thèbes (Voyez suprà, page 7, le texte de cette dédicace).

En avant du pylône étaient quatre statues colossales chacune d’environ l \ o pieds de hauteur et d’un seul bloc, et en avant des deux colosses c et d, deux obélisques de granit rose (a et b) : voici la description sommaire de l’ensemble de ces monuments, écrite sur les lieux par Champollion le jeune.

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« C’est devant le pylône nord du Rhainesséion (palais de Rhamsès-Sésostris) que s’élevaient autrefois quatre colosses, et les deux célèbres obélisques de granit rosse, d’un travail si pur et d’une si belle conservation. Ces deux masses énormes, véritables joyaux de plus de 70 pieds de hauteur, ont été érigées à cette place par Rhamsès-le-Grand , qui a voulu en décorer son Rhamcsséion , comme cela est dit textuellement dans les inscriptions hiéroglyphiques.

« Je possède des copies exactes de ces deux beaux monolithes. Je les ai prises avec un soin extrême , en corrigeant les erreurs des gravures déjà connues, en les complétant par les fouilles que nous avons faites jusqu’à la base des obélisques. Malheureusement il est impossible d’avoir la fin de la face ouest de l’obélisque de droite, et de la face est de l’obélisque de gauche : il aurait fallu abattre pour cela quelques maisons de terre et faire déménager plusieurs pauvres familles de fellah (1).

« Les sujets sculptés en bas-reliefs sur le pylône sont d’un très -grand intérêt historique. L'immense surface de chacun de ces deux inas-

( 1 ) On a eu depuis les dessins de la partie de la face ouest de l’obélisque de droite; c’est aux soins de M. l’ingénieur I.ebas que Champollion le jeune en fut redevable, ainsi que des dessins des bas-reliefs du dé qui porte cet obélisque.

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sifs est couverte de sculptures d’un très-bon style, sujets tous militaires et composés de plusieurs centaines de personnages. Massif de droite : le roi Rhamsès-le-Grand , assis sur son trône au milieu de son camp, reçoit les chefs militaires et des envoyés étrangers; détails du camp, bagages, tentes, fourgons, etc., etc.; en dehors, l’armée égyptienne est rangée en bataille : chars de guerre à l’avant, à l’arrière et sur les flancs; au centre, les fantassins régulièrement formés en carrés. Massif de gauche : bataille sanglante, défaite des ennemis, leur poursuite, passage d’un fleuve, prise d’une ville; on amène ensuite les prisonniers.

« Voilà le sujet général de ces deux tableaux, d’environ 5o pieds chacun; nous en avons des dessins fort exacts, ainsi que du peu d’inscriptions entremêlées aux scènes militaires. Les grands textes relatifs à cette campagne de Sésostris sont au-dessous des bas-reliefs. Malheureusement il faudrait abattre une partie du village de Louqsor pour en avoir des copies. 11 a donc fallu me contenter d’apprendre par le haut des lignes encore visibles, que cette guerre avait eu lieu en l’an V e du règne du conquérant, et que la bataille s’était donnée le 5 du mois d’épiphi. Ces dates me prouvent qu’il s’agit ici de la même guerre que celle dont on a sculpté les

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événements sur la paroi droite du grand monument d’ lbsamboul, et qui porte aussi la date de l’an V. La bataille figurée dans ce dernier temple est aussi du mois d’épiphi, mais du 9 et non pas du 5. Il s’agit donc évidemment de deux affaires de la même campagne. Les peuples que les Égyptiens avaient à combattre sont des Asiatiques, qu’à leur costume on peut reconnaître pour des Bactriens, des Mèdes et des Babyloniens. Le pays de ces derniers est expressément nommé ( Naharaina-Kah , le pays de Na lia raina , la Mésopotamie) dans les inscriptions d’ibsamboul , ainsi que les contrées de Schôt, Robschi, Schabatoun, Marou, Bachoua, qu’il faut chercher nécessairement dans la géographie primitive de l’Asie occidentale.

«Les obélisques, les quatre colosses, le pylône, et le vaste péristyle ou cour environnée de colonnes , qui s’y rattachent (h du plan), forment tout ce qui reste du Rhamesséion de la rive droite, et on lit partout les dédicaces de Rhamsès-le-Grand , deux seuls points exceptés de ce grand édifice , qui ont été restaurés postérieurement. »

Les deux obélisques frappent d’abord l’esprit du voyageur; on peut se faire une idée, quoique bien faible, de leur effet dans l’ensemble de ces immenses constructions, par les deux vues réu-

nies sur notre I re planche : le n° a représente le palais de Louqsor obstrué et défiguré par les maisons et les colombiers modernes; le n° 3 est une vue restaurée de la façade du monument telle qu’elle était aux temps de la splendeur de l’Égypte.

Une carrière de granit rose de la plus belle qualité, située à Syène, vers la frontière méridionale de l’Égypte , à la première cataracte , a fourni la matière des deux obélisques. Ils sont tous deux d’un seul morceau ou monolithes. Les surfaces ont reçu un poli parfait et brillant; les arêtes sont vives et bien dressées, mais les faces de l’obélisque ne sont point exactement planes. Elles ont à l’extérieur une convexité de 1 5 lignes, et si régulièrement exécutée , qu’on ne saurait y voir une méprise de l’architecte.

Égyptiens, attentifs et minutieux observateurs des phénomènes naturels, s’étaient aperçus que, par l’effet d’une lumière brillante et de l’illusion que produit le contraste de parties voisines qui sont plus éclairées les unes que les autres, la surface parfaitement plane d’un obélisque devait paraître concave. La légère convexité que les Égyptiens donnaient à l’extérieur des faces des obélisques, prévenait donc cet inconvénient. Cette pratique est constatée à la fois par les deux obélisques de Louqsor (MM. Jollois

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et Devillier ont mentionné ce fait dans la Description générale de Thèbes , pag. 187 et 188), et par les obélisques Mahutæus et de Saint-Jeande-I>alran à Rome, comme le docte Zoêga en avait fait l’observation, consignée dans son grand ouvrage, pag. i 3 a.

Les deux obélisques de Louqsor ne sont pas de dimensions parfaitement égales. Celui qui est à gauche est plus long, d’environ un mètre et demi, que celui de droite. Placés devant le même édifice, en pendant l’un de l’autre, et vus en même temps par l’observateur, cette inégalité devait le frapper désagréablement, inattentif qu’il était aux immenses difficultés que présentait l’extraction, d’une carrière de granit, d’un fût de 70 pieds et plus de longueur sur 7 à 8 d’équarrissage : l’art n’avait par lui-même aucune garantie de plein succès dans une pareille entreprise, et tant de hasards pouvaient la contrarier, qu’il n’y a plus qu’à admirer les prodigieux résultats qui nous restent encore de sa puissance. On employait le bloc de granit dans toute sa longueur, et comme elle était le principal mérite de ce genre de monument, on ne songea jamais à égaliser deux obélisques accouplés, en réduisant le plus long et le plus large aux dimensions plus petites de l’autre.

Les Égyptiens ne méconnurent cependant pas les inconvénients de cette inégalité de hau-

DF. LOL'QSOfc.

teur et de largeur de deux obélisques accouplés, et ils s’appliquèrent à la dissimuler partout ailleurs , sans doute comme ils le firent à Louqsor, i° en plaçant le plus petit des deux obélisques sur un socle plus élevé que celui de l’autre; a° en plaçant encore le petit obélisque plus en avant que le grand , forçant ainsi en quelque sorte ses dimensions et les rapprochant par de tels artifices, de celles du plus grand. Telle était à Louqsor la position des deux obélisques de Sésostris. Nous n’avons plus à nous occuper que de celui dont la munificence nationale et le zèle persévérant du gouvernement ont enfin doté la capitale de la France.

a. Matériel de l’obélisque.

On peut diviser l’obélisque en deux parties : i° le prisme quadrangulaire ou fût, comprenant toute la partie du monument depuis sa base jusqu’au pyramidion ; a° le pyramidion, qui est la portion taillée en forme de pyramide et qui surmonte le prisme ou fût. Sur notre planche le pyramidion est figuré dans sa forme régulière; des points indiquent les altérations qu’il a pu subir dans cette forme et même dans sa hauteur par une cause qu’il faudra deviner, si on ne veut pas supposer qu’en élevant le monument, on passa sur l’inconvénient de l’altération

l’obéusque

des formes du pyraraidion , afin de conserver à l’obélisque entier plus de hauteur.

On a d’ailleurs remarqué (et c’est à M. de Yerninac que je suis redevable de ce renseignement entièrement neuf ) que la base du pyramidion est un peu en retraite sur les quatre faces de l’obélisque : ce qui permet de supposer qu’un revêtement quelconque enveloppait le pyramidion et lui rendait sa forme régulière en hauteur et en largeur; il ne reste, toutefois, aucun exemple de ce procédé.

Voici les dimensions exactes de l'obélisque; M. l’ingénieur Lebas a eu l’extrême bonté de me les communiquer :

hauteurs. .

mètrrs. rertt.

Hauteur du prisme ou fût. ...... ao 89

— du pyramidion altéré. ... 1 94

Hauteur totale de l’obélisque aa 83

ou 70 pieds 3 pouces 5 lignes.

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