‹ L'Obélisque de Louqsor transporté à ParisChapitre 5 sur 16 · OBÉLISQUES ÉGYPTIENS A TRANSPORTER A PARIS · texte numérisé non relu

OBÉLISQUES ÉGYPTIENS A TRANSPORTER A PARIS

«L’idée de transporter à Paris l’obélisque d’Alexandrie , vulgairement connu sous le nom d 'Aiguille de Cléopâtre , avait été adoptée par l’ancien gouvernement , dans la simple intention d’orner la capitale d’une décoration nouvelle, et d’y ériger au moins un de ces monuments que

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l’Europe ne montre que sur les seules places

publiques de Rome.

«Mais aujourd’hui le gouvernement national doit se proposer un but et plus élevé et plus grand. Il lui appartient de marquer ses premiers pas en éternisant la mémoire des glorieux triomphes de nos armées pendant les guerres de la république. Ces souvenirs, noble patrimoine de la génération qui, la première, a combattu pour la liberté française, attendent encore leur consécration par des monuments publics. Ce n’est point sans étonnement, par exemple, que l’étranger parcourt notre capitale sans y rencontrer quelque part un seul monument qui rappelle, même indirectement, notre étonnante campagne d’Égypte , et la conquête de ce pays célèbre , dans lequel notre armée a laissé des semences de civilisation qui germent déjà et se développeront dans l’avenir.

«Aucun genre de monument n’est plus propre à perpétuer la mémoire de cette grande expédition qu'un ou plusieurs obélisques égyptiens, transportés dans la capitale de la France ; et, sous ce rapport , f obélisque d’ Alexandrie ne remplirait nullement le but proposé.

« i" Cet obélisque, d’abord , est très-inférieur dans ses proportions à la plupart de ceux de Rome. a° Il est très fruste à la base , et deux de

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ses faces, au moins, sont tellement rongées par l’air salin de la mer, que toutes les sculptures en ont disparu à très-peu de chose près. 3° Enfin, son embarquement offre des difficultés plus grandes, en réalité, que celui des obélisques de Thèbes qui lui sont infiniment préférables.

« Tout concourt au contraire à appeler l’attention du gouvernement sur les deux magnifiques obélisques qui décorent l’entrée du palais de Louqsor k Thèbes. Ces monolithes qui, à eux seuls, feraient l’ornement d’une capitale, sont remarquables par la beauté de la matière, la grandeur des proportions, la richesse des seul* ptures qui les couvrent, le poli de leurs faces et leur admirable conservation.

a Sous le rapport historique, ce sont des mo-*numents élevés à la gloire du plus célèbre des conquérants égyptiens, Sésostris, dont les inscriptions contiennent les louanges et énumèrent les travaux. Il serait beau que de tels obélisques devinssent, dans Paris, des monuments commémoratifs de nos victoires en Égypte.

« Leur place est naturellement marquée , soit aux deux côtés du fronton et en avant de la colonnade du Louvre, soit en avant du portique île la Madeleine, si, comme on l’espère, ce dernier édifice reprend son nom et sa destination de Temple de la gloire française. Ainsi employés,

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ces obélisques conserveraient leur caractère primitif, et produiraient l’effet le plus imposant et le plus grandiose.

« Le transport à Paris de ces deux monolithes est reconnu possible, et la gloire nationale est intéressée à ce qu’il soit exécuté.

«Situé sur une butte factice, le palais de Louqsor est à une très-petite distance du Nil; la pente même de la butte facilitera beaucoup le transport vers le fleuve, et l’embarquement des obélisques.

« L’ingénieur chargé de ces opérations trouvera sur les lieux tous les secours désirables en hommes pour mouvoir ses machines et pour tous les travaux préparatoires. Un habitant du pays, travaillant depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, est bien payé à raison de 4 sous de France par jour , sans aucun frais de nourriture quelconque.

« S’ildevientnécessaired’abattreplusieurs maisons du village, soit pour renverser, soit pour mener les obélisques au Nil, les frais <1 achat de ces cahuttes,en simplelimon, seront une somme tellement minime qu’il devient presque inutile de s'en occuper.

« A l’exception des hommes, soit pour manœuvrer les machines, soit pour creuser ou niveler |« terrain , on ne trouvera à Thèbes aucune au-

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tre sorte de secours en ustensiles, en matériaux ou en instruments. L ingénieur • maritime doit donc s’en pourvoir et embarquer avec lui tout ce qui pourra être nécessaire pour l’exécution de son plan, cordages, planches, pièces de bois, leviers, ferrements, savon, etc., etc., etc.

«Quant aux vivres, le pays en fournit assez abondamment.

« La personne chargée de l’opération devra s’entendre avec les beys et cachefs, gouverneurs de la province et des divers cantons, pour l’époque à laquelle il voudra prendre à sa solde et employer les gens du pays, afin de ne point entreprendre son opération dans le mois où les paysans sont obligés de travailler les terres cultivées. Il s’exposerait à manquer de mains.

« Cette personne doit également se concilier, par des égards et quelques petits présents, les' ehéîks des principaux villages de Thèbes, qui sont Karnac , Louqsor et Kourna : les chéïks lui fourniront des travailleurs, distribueront euxmêmes la solde aux ouvriers, et feront la police. On peut s’adresser avec confiance au chéïk de Karnac, nommé chéïk Aouéda , homme de sens, probe, ayant une grande influence dans le pays, et Français dans l ame.

«Il est important de veiller constamment à ce que chaque ouvrier égyptien touche lui-même

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sa solde, et qu’il la reçoive immédiatement de ses cheiks. Il faut défendre à ceux-ci de remettre l’argent gagné par les ouvriers aux cachefs ou autres agentsdirects du pacha; la rapacité extrême de ces agents emploie toute sorte de moyens pour dépouiller les paysans du peu d’argent qu’ils gagnent à la sueur de leur corps. Il faut payer ces ouvriers directement, et ne point s’immiscer dans leurs querelles avec le fisc , et avec les autorités militaires chargées de la rentrée du tribut ou miry : on doit toujours être juste, mais ferme, avec les Arabes.

a Si, malheureusement , on devait se réduire à n’emporter qu’un 9eul des obélisques de Louqsor, il faut, sans aucun doute, prendre l’obélisque occidental , celui de droite en entrant dans le palais. Le pyramidion a un peu souffert, il est vrai, mais le corps entier de cet obélisque est intact , et d’une admirable conservation; tandis que l’obélisque de gpuche , comme je m’en suis convaincu par des fouilles, a éprouvé une grande fracture vers la base.

« En enlevant les obélisques, dont on déchaussera d’abord les bases, il devient indispensable d’emporter aussi les dés ou piédestaux sur lesquels ils sont placés; et s’ils ont en outre reçu un soubassement de quelque autre nature, il est nécessaire d’enlever ce soubassement, ou toutau

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moins d’en prendre les dimensions exactes, pour le reconstruire à Paris, et y montrer enfin des obélisques égyptiens avec tous leurs accessoires, et conservant leur destination et leur caractère primitifs. On évitera ainsi la faute commise jusqu’ici en Europe, de jucher ces beaux monuments sur une base ridicule d’architecture moderne, et de les dresser dans de vastes espaces qui les dévorent, et qui détruisent ainsi leur grandeur et toute leur majesté. » =

Au mois d octobre même année ( i83o), le Louxor était prêt à prendre la mer; le commandement en fut donné à M. de Verninac de Saint- Maur, lieutenant de vaisseau, qui avait ramené d’Égypte, sur V Astrolabe , Champollion et ses compagnons de voyage.

M. Lebas, ingénieur de la marine, fut chargé de tous les travaux de la mission.

Champollion écrivit encore à M. lé ministre de la marine la lettre suivante , le 8 du même mois :

Monsieur le comte,

«J’apprends à l’instant que le Louxor n’est point encore parti de Toulon, et que ce départ ne peut s’effectuér que d’ici à quelques jours ; je crois donc devoir appeler votre attention sur les considérations suivantes.

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