‹ L'obélisque de Louqsor transporté a ParisChapitre 8 sur 17 · I. Idée générale · texte numérisé non relu

I. Idée générale

L’entrée principale du palais de Louqsor, qui est tournée vers le septentrion, consiste, coiïmie celle de tous les temples et palais égyptiens, en un pylône y composé de deux massifs pyramidaux entre lesquels une porte est ménagée; celle du palais de Louqsor n’a pas moins de 62 pieds de hauteur; elle est surmontée d’une corniche élégante; les pylônes ont 18 pieds de , plus d’élévation et 92 pieds d’étendue de chaque côté de cette porte {Voyez le plan des édifices de Louqsor, planche n® i ; pyloné e, f; porte G.). Une inscription hiéroglyphique . sculptée au-dessous de la corniche du pylône contient la dédicace du palais à la grande divinité de Thèbes (Voyez suprày page 7, le texte de cette .dédicace). »

En avant du pylône étaient quatre statues colossales chacune d’environ 4o pieds de hauteur et d’un seul bloc , et en avant des deux colosses c et D, deux obélisques de granit rose (a et b) : voici la description sommaire de l’ensemble de ces monuments , écrite sur les lieux « •

par Charapollion le jeune

L^OBEtlSQUE

a C’est devant le pylône nord du Rhamesséion (palais de Rhainsès-Sésostris) que s’élevaient autrefois quatre colosses, et les deux célèbres obélisques de granit rosse, d’un travail si pur et d’une si belle conservation. Ces deux masses énormes, véritables joyaux de plus de 70 pieds de hauteur, ont été érigées à cette place par Bhamsès-le*Grand , qui a voulu en décorer son Rhamesséion^ comme cela est dit textuellement dans les inscriptions hiéroglyphiques.

« Je possède des copies exactes de ces deux beaux monolithes. Je les ai prises avec un soin extrême , en corrigeant les erreurs des gravures déjà connues, en les complétant par les fouilles que nous avons faites jusqu’à la base des obélisques. Malheureusement il est impossible d’avoir la fin de la face ouest de l’obélisque de droite, et de la face est de l’obélisque de gauche : il aurait fallu abattre pour cela quelques maisons de terre et faire déménager plusieurs pauvres familles de fellah (1).

a Les sujets sculptés en bas-reliefs sur le pylône sont d’un très -grand intérêt historique. L’immense surface de chacun de ces deux mas-

(i) On a eu depuis les dessins de la partie de la face ouest de l’obélisque de droite ; c’est aux soins de M. l'ingénieur Lebas que Champoliion le jeune en fut redevable, ainsi que des dessins des bas-reliefs du dé qui porte cet obélisque.

DE LODQSOR. 47

sifs est couverte de sculptures d’un très-bon style, sujets tous militaires et composés de plusieurs centaines de personnages. Massif de droite : le roi Rharasès-le-Grand , assis sur son trône au milieu de son camp, reçoit les chefs militaires et des envoyés étrangers; détails du camp, bagages, tentes, fourgons, etc., etc.; en dehors, l’armée égyptienne est rangée en bataille : chars de guerre à l’avant, à l’arrière et sur les flancs; au centre, les fantassins régulièrement formés en carrés. Massif de gauche : bataille sanglante, défaite des ennemis, leur poursuite, passage d’un fleuve, prise d’une ville; on amène ensuite les prisonniers.

« Voilà le sujet général de ces deux tableaux, d’environ 5o pieds chacun; nous en avons des dessins fort exacts , ainsi que du peu d’inscriptions entremêlées aux scènes militaires. Les grands textes relatifs à cette campagne de Sésostris sont au-dessous des bas-reliefs. Malheureusement il faudrait abattre une partie du village de Louqsor pour en avoir des copies. Il a donc fallu me contenter d’apprendre par le haut des lignes encore visibles, que cette guerre avait eu lieu en l’an V* du règne du conquérant, et que la bataille s'était donnée le 5 du mois d’épiphi. Ces dates me prouvent qu’il s’agit ici de la même guerre que celle dont on a sculpté les

48 L’oBÉLISQrE

événements sur la paroi droite du grand monu-^ ment à' Ibsamboul, et qui porte aussi la date de l’an V. La bataille figurée dans ce dernier temple est aussi du mois d’épiphi, mais du 9 et non pas du 5. 11 s’agit donc évidemment de deux ai'fiiires de la même campagne. Les peuples que les Égyptiens avaient à combattre sont des Asiatiques, qu’à leur costume on peut reconnaître pour des Ractriens, des Mèdes et des Babyloniens. Le pays de ces derniers est expressément nommé {Naharaina-Kah, le pays de Naharaïna, la Mésopotamie) dans les inscriptions d’ibsamboul , ainsi que les contrées de Schôt, R.obschi, Schabatoun, Marou, Bachoua, qu’il faut chercher nécessaireraeut dans la géographie primitive de l’Asie occidentale.

ul^s obélisques, les quatre colosses, le pylône, et te veste péristyle ou cour environnée de colonnes , qui s’y rattachent (h du plsui), forment tout ce qui reste du Rhamesséion de la rive droite, et on lit partoux les dédicaces de Rhamsès-le-Grand , deux seuls points exceptés de ce grand édifice , qui ont été restaurés postérieurement. »

Les deux obélisques frappent d’abord l’esprit du voyageur ; on peut se faire une idée, quoique bien faible, de leur effet dans l’ensemble de ces immenses constructions, par les deux vues réu-

nies sur notre T' planche : le n“ a représente le palais de Louqsor obstrué et défiguré par les maisons et les colombiers modernes; le n“ 3 est une vue restaurée de la façade du monument telle qu’elle était aux temps de la splendeur de l’Égypte.

Une carrière de granit rose de la plus belle qualité, située à Syène , vers la frontière méridionale de rÉgypte , à la première cataracte , a fourni la matière des deux obélisques. Ils sont tous deux d’un seul morceau ou monolithes. I^es surfaces ont reçu un poli parfait et brillant; les arêtes sont vives et bien dressées, mais les faces de l’obélisque ne sont point exactement planes. Elles ont à l’extérieur une convexité de i5 lignes, et si régulièrement exécutée, qu’on ne saurait y voir une méprise de l’architecte. Les Egyptiens, attentifs et minutieux observateurs des phénomènes naturels, s’étaient aperçus que, par l’effet d’une lumière brillante et de l’illusion que produit le contraste de parties voisines qui sont plus éclairées les unes que les autres, la surface parfaitement plane d’un obélisque devait paraître concave. La légère convexité que les Égyptiens donnaient à l’extérieur des faces des obélisques, prévenait donc cet inconvénient. Cette pratique est constatée à la fois par les deux obélisques de Louqsor (MM. Jollois

5o l’obélisque

et Devillier ont mentionné ce fait dans la Description générale de Thèbes, pag. 187 et i88), et par les obélisques Mahutæiis et de Saint-Jeande-I^atran à Rome, comme le docte Zoëga en avait fait l’observation, consignée dans son grand ouvrage, pag. i 3 a.

Les deux obélisques de Louqsor ne sont pas de dimensions parfaitement égales. Celui qui est à gauche est plus long, d’environ un mètre et demi, que celui de droite. Placés devant le même édifice , en pendant l’un de l’autre , et vus en même temps par l’observateur, cette inégalité devait le frapper désagréablement, inattentif qu’il était aux immenses difficultés que présentait l’extraction, d’une carrière de granit, d’un fût de 70 pieds et plus de longueur sur 7 à 8 d’équarrissage : l’art n’avait par lui-méme aucune garantie de plein succès dans une pareille entreprise, et tant de hasards pouvaient la contrarier, qu’il n’y a plus qu’à admirer les prodigieux résultats qui nous restent encore de sa puissance. On employait le bloc de granit dans toute- sa longueur, et comme elle était le principal mérite de ce genre de monument, on ne songea jamais à égaliser deux obélisques accouplés, en réduisant le plus long et le plus large aux dimensions plus petites de l’autre.

Les Égyptiens ne méconnurent cependant pas les inconvénients de cette inégalité de hau-

DE LOUQSOR. 5l

teur et de largeur de deux obélisques accouplés, et ils s’appliquèrent à la dissimuler partout ailleurs , sans doute comme ils le firent à Louqsor, i° en plaçant le plus petit des deux obélisques sur un socle plus élevé que celui de l’autre; a° en plaçant encore le petit obélisque plus en avant que le grand, forçant ainsi en quelque sorte ses dimensions et les rapprochant par de tels artifices, de celles du plus grand. Telle était à Louqsor la position des deux obélisques de Sésostris. Nous n’avons plus à nous occuper que de celui dont la munificence nationale et le zèle persévérant du gouvernement ont enfin doté la capitale de la France.

a. Matériel de l’obélisque.

On peut diviser l’obélisque en deux parties : i“ le prisme quadrangulaire ou fût, comprenant toute la partie du monument depuis sa base jusqu’au pyramidion; a” le pyramidion , qui est la portion taillée en forme de pyramide et qui surmonte le prisme ou fût. Sur notre planche le pyramidion est figuré dans sa forme régulière; des points indiquent les altérations qu’il a pu subir dans cette forme et même dans sa hauteur par une cause qu’il faudra deviner, si on ne veut pas supposer qu’en élevant le monument , on passa sur l’inconvénient de l’altération

l’obélisqüe

des formes du pyramidion, afin de conserver à l’obélisque entier plus de hauteur.

Ou a d’ailleurs remarqué (et c’est à M. de Verninac que je suis redevable de ce renseignement entièrement neuf ) que la base du pyramidion est un peu en retraite sur les quatre faces de l’obélisque : ce qui permet de supposer qu’un revêtement quelconque enveloppait le pyramidion et lui rendait sa forme régulière en hauteur et en largeur; il ne reste, toutefois, aucun exemple de ce procédé.

Voici les dimensions exactes de l’obélisque; M. l’ingénieur Lebas a eu l’extrême bonté de me les communiquer :

Page 1