A NICE
Un après-midi de dimanclic pendant le cai naval. Le salon dj l'appartement qu'occupa la Marquise d'Alcin au rez-de-chaussee de l'hôte! Bcllevuc, sur la promenade des An triais. Dan<s le fond, balcon de pierre et véranda fleurie a laquelle on arrive par deux marches dans toute la largeur du salon. De grands stores baissés pend m t la première partie de Pacte cachent le splendide horizon. Porte à droite, au fond, donnant sur la chambre de la Marquise. A gauche, premier plan, porte d^cntrée.
Quand le rideau se lève, Coffîneau, le garçon d'hôtel, est en train d'installer un lunch sur une table au premier plan. Impression de fraîcheur et de dcmi-joîir, en contraste avec Véclalante lumière qu'on devine au dehors.
SCExNE PREMIERE
MAGUELOXXE, COFFIXEAU.
Magueloxne. coiffure provinciale, assisect regardant Coffineau avec slupéfaclion.
— Bonne mire des ang-es! monsieur Coffineau, en voilà des événements... et c'est vrai, tout ça>
CoFFiNEAu, geste majestueux et imbécile, tout en disposant son lunch.
— Vrai comme l'Histoire du Consulat et de l'Empire.
Maguelonne, ejjarée.
— L'histoire du.... Qu'est-ce que c'est donc encore que cette alTaire-Ià?
COFFINEAU.
— Quelque chose de magnifique à lire, mademoiselle .Maguelonne, et qui figure dans la bibliothèque de Thôtel. Vingtquatre volumes de cette dimension!... Si le cœur vous en dit, pendant votre séjour à Nice....
.Maguelonne.
— .Mille fois aimable, monsieur Coffincau. Coffineau.
— .Mais de rien, de rien, mon enfant.... vous êtes si gentille sous ce petit bonnet.... Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour vousr (// se rapproche.) C'est de .Montpellier, ce genre de coiffure?
U Obstacle 7
-Maguelonne, râcarlanl sans avoir l'air.
— Oui, c'est de Montpellier. Mais, préparez donc votre lunch.
COFFINEAU.
— Oh! rien ne presse. La cavalcade ne sera guère ici que vers quatre heures.... Est-ce que vous viendrez voir ça avec vos
dames r
.Maguelonne, souriant.
— Non, la marquise ne m'a pas invitée, et comme nos fenêtres sont à l'autre bout de l'hôtel....
CoFFINEAU.
— Ile bien! moi je vous invite.... pas ici..., mais dans un coin du jardin où nous serons très bien pour tout voir, tout....
.Maguelonxe. minaudant.
— Je ne suis pas si curieuse.
Coffineau.
— \'raimcnt> Et gourmande... r Êtesvous g-ourmande? (Lui offrant du raisin.) Voyons, une grappe de muscat?
Maguelonxe, regard vers le fond.
— Ohî non, si on venait....
COFFINEAU.
— Laissez donc; la marquise fait sa sieste.
Magueloxne.
— Mâtin! le licau muscat....
COFFINEAU.
— Mordez là-dedans, qu'on voie vos jolies quenottes.
Maguelox.xe . grappilla n ! .
— Et autrement, ça s'appelait, cet endroit que vous disiez:
CoFFixEAU, attaquant la grappe de l'autre côte.
— Il est bon. heinV Magueloxxe.
— Du vrai sucre.
Coffixeau, la bouche pleine.
— Quel endroit:
L'Obstacle g
iMaguelonne.
— Ce château où la marquise a vécu si long-temps enfermée avec son mari.
COFFINEAU.
— Et vous dites que vous n"êtes pas curieuser
Magueloxne.
— Oh! ce n'est pas pour moi..., c'est pour ma maîtresse et sa cousine, que cette histoire amusera joliment.
COFFINEAU.
— Ça s'appelait Mry..., le château de \'iry-sur- Seine.
.Magl'eloxxe, s'ciitrant le nom srlLibe par syllabe.
— \'iry-sur-Seine !
COFFINEAU.
— Il y avait une long-ue charmille en terrasse au bord de l'eau. C'est là qu'ils marchaient des heures, des journées, toujours dans la même allée, et tous deux seuls, car la marquise ne voulait le secours de personne pour g-arder et soigner son malade.
lo L'Obstacle
Maguelonne.
— Est-ce qu'il était méchant? C'est qu'un homme dans cet état-là....
COFFINEAU.
— Pas méchant si vousa"Ou1cz; seulement l'air sournois et ne disant pas deux paroles dans un jour..., et puis, est-ce qu'on savait, une fois dans leur chambre....
.Maguelonne.
— C'est vrai que dans les chambres on ne sait jamais.... : Elle rit.)
CoFFixEAi". riant.
— \'oyez-vous ces petits bonnets de .Montpellier.... Hé bien, où allc.^-vous donc?
.Maguelonne. .jui s'est levée.
— Il faut que je remonte, ces dames vont rentrer.
Coffineau.
— Point du tout.... vos dames sont à vêpres, n'est-ce pas? Alors vous avez le temps..., il y a un sermon du père... comment donc?... ce fameux capucin qui vient prêcher tous les carnavals à Nice.
ir
iMagueloxne.
— Ça ne fait rien, je me sauve. (Elle gagne la porte.)
CoFFiNEAU. la retenant par la taille.
— Et la fin de mon histoire, vous ne voulez pas la savoir?
(La porte s'ouvre violemment.)