L.\ .Marqiise
— Ce braconnier dont il a iiiit un gardechasse.
Didier.
— Lui-même.
IIORNUS.
— Et comment s'en tirc-t-il. de ses nouvelles fonctions >
Didier.
— A men'eille.
La AL\rquise.
— Oui, mais dans le pays, quelles clameurs !
Didier.
— Bah! ma réputation d"orig-inal était déjà faite.
La Marquise.
— Peut-être même un peu trop.
Didier.
— N'aie pas peur, maman. Une fois marié, tu verras quel homme raisonnable.
Sautecœur, dcJwrs sur le ferron.
— -Monsieur Didier, je suis là.
Didier.
— Mais entre donc, mon vieux.... Qu'estce qu'il y a>
Sautecœur, se découvrant.
— Messieurs, madame, la compagne!
Avant d'emmener les chiens, je voulais savoir si monsieur le marquis était toujours décidé.
— Décidé?... mais je crois bien!
Hornus.
— Comment! tu renvoies tes chiens r...
Didier.
— Oui, Madeleine en a peur, une peur nerveuse.... Je lui fais ce petit sacrifice, et je suis content de le lui faire.
La Marquise.
— Attends un peu.
Didier, virement.
— Attendre > Pourquoi?
La Marquise, gênée.
— Tant qu'elle n"est pas là....
Didier.
— Elle y sera bientôt.
HORNIS.
— Mais c'est une vraie privation.... Toi sans tes chiens!
Didier.
— Oh! pas pour longtemps. D'abord je les aurai pendant la chasse, puis nous irons les voir chez le garde; elle s'habituera.
Sautecœur.
— Peut-être bien qu'eux ne s'habitueront pas à se passer de vous, monsieur Didier. Il y a surtout Miraclette.... Elle a du sentiment, allez, cette bête-là! Je ne sais pas comment nous allons la tenir. Enfin, puisque c'est la consig-ne....
Didier.
— Ah! dame! il faut s'y faire à la consigne,
88 L'Obslacle
maintenant que tu représentes la loi.... Estce qu'il te semble pénible, ton métier de g-arder
S.VUTECŒUR.
— Ce n'est pas qu'il me soit pénible.... Seulement ça me chang-e un peu.
lioRXL'S.
— Je comprends : ça doit le changer, puisque c'est tout le contraire.
Didier.
— Voyons, tu dois être content... le couvert toujours mis, une bonne soupe; tu dors la conscience tranquille ...
Sautecœur, regard de complaisance à son costume battant neuf.
— C'est vrai qu"on est mieux tenu....
Tout de même ça me semble drôle quand il faut mettre la main sur un... sur un délinquant.
Didier.
— Pas de faiblesse, dis donc!
L'Obs'.adc \V)
— Pas trop de scvéritc non plus.
La .Marqi se
— Il ne faut pas qu'il lui arrive niallieui"! Sautecœur.
— Ah! madame... Ça braconne, mais ça n'est pas méchant. S'ils étaient méchants... j'aimerais mieux, parce qu'alors on irait de sa colère, et chacun pour sa peau. Non! je vas vous dire, monsieur le marquis, ce qui me gêne, c'est que je connais trop les trucs de ce pauvre monde-là. Ça n'est pas juste.... Non, je sens bien que ça n'est pas juste.
Didier.
— Pourquoi?
Sâutecœltr.
— Parce que les g-ardes... les gendarmes... faut pas que ce soit trop malin.... Ils ont déjà la loi pour eux.... Si les chiens se mêlent d'avoir autant de nez que les lièvres... ah^rs, il n'y a plus de bon Dieu, vous comprenez....
Didier.
— Ça ne fait rien; coiirag'C, mon brave, pense à ta femme, pense à tes enfants; il faut faire souche nouvelle, souche de braves gens.
Sautecœur.
— J'essayerai, monsieur le marquis, mais nom de nom! j'aurais cru que c'était plus facile. . . . Messieurs, madame, la compagne. . . . {Il sort.)
Didier.
— Va, mon bonhomme! {A Hormis, en regardant Sautecœur descendre le perron.) 11 n'a pas mauvaise tournure.
IlORNUS.
— Ma foi, pour un voleur habillé en gendarme....
Didier, gaiement.
— N'est-ce pas que c'est à s'y tromper?... Maintenant, voyons ce tapissier. Je reviens, mère. (// sort par la gauche.)