‹ L'obstacle, pièce en 4 actes. Illus. de Bieler, Gambard, Marold et MontégutChapitre 25 sur 57 · LA MARQUISE, HORNUS · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, HORNUS

{Un grand temps.)

HoRNUS.

— Hé bien?

La Marquise.

— Fini!

HORNUS

— Je l'avais compris rien qu'en vous voyant.... Alors c'est non?

92 U Obstacle

I La Marquise.

— Absolu..., définitif....

HORNUS

— Et toujours le même prétexter... l'héritage paternel?

La Marquise.

— Oui! Pour lui, le père était malade avant de partir ; et la fièvre prise au Sénégal ....

HORNUS

— N'a été que l'occasion, la déterminante... Oui, je m'y attendais.... Et vous avez répondu?

La Marquise.

— Que pouvais je répondre, mon ami?

Puisque cette pensée-là jel'ai eue, moi aussi . . . qu'elle m'a fait trembler si longtemps pour Didier, et qu'aujourd'hui encore, dans cet horrible doute, je ne voudrais pour rien au monde que mon fils soupçonnât la vérité.

HoRNUS.

— C'est égal! Il Ta menée rondement, son enquête, AL le Conseiller..., trois jours!

L'Obsiaclc 9!

— \'oiis ne le croyez pas sincère?

HORXLS.

— Oh! non.

La Marquise.

— Ce sont de braves gens cependant.

HORNUS

— Elle, je ne dis pas: cette grosse chatte innocente et gourmande..., mais l'autre, le Conseiller son frère....

La Marquise.

— Ainsi, vous pensez?

IIORNUS.

— Je pense que du jour où sa femme est morte, M. de Castillan n'a plus songé qu"à rompre le mariage de Didier et à garder pour lui cette jolie fille et sa belle dot.

La Marquise.

— Hornus!

HORNUS

— C'était écrit sur sa fiorure en lettres

comme ça!... Ce qui m"ctoniic, c'est Madeleine; elle ne dit rien, elle ne proteste pas?

La Marquise.

— Mais non....

— Ici, je ne comprends plus.... Connaîtelle le motif de la rupture?

La Marquise.

— Certainement ! C'est avec cela qu'on l'a terrifiée : l'effroyable perspective d'une existence semblable à la mienne, la folie du mari en menace sur les enfants.... Et puis, je vous le répète, ?iLadeleine est la vraie jeune fille, élevée selon la loi mondaine.... Que voulez-vous qu'elle fasse? elle peut pleurer, pas trop fort, et protester, bien platoniquement, puisqu'elle n'est pas majeure.

IlORXUS.

— Pourtant elle l'aime..., un amour tranquille, je veux bien; parce que jusqu'à présent, le chemin était uni comme un miroir. Mais je comptais sur l'obstacle, le divin obstacle qui fait le dJsir, qui fait la passion....

Avec un £;-arçon comme le iK'ilre. que diable! et ce qu'il y a dans les yeux de cette petilelà, j'espérais un départ, une révolte.... le coup de la banquette pour les chevaux de sang"! IIop!

La M.\rquise.

— Hé bien! non, rien. Je n'ai pas même pu la voir.

HORNUS

— Alors, qu'allez-vous faire? Apprendre à Didier....

— Moi.oh!jamais....Jenepourraispas....

.Mon pauvre enfant! Qu'un coup pareil lui vienne de sa mère! Je les ai prévenus : « Faites votre commission vous-mêmes ».

HORNUS

— Ils vont la faire) La Marquise.

— La sœur, pas lui.

IIoRNus, entre ses dents.

— Ah! tant mieux. (Haut.) Et quand cela>

La Marquise.

— Tout de suite.... J"ai amené Mlle de Castillan dans ma voiture.

HORNUS

— Et où est-elle?

La Marquise.

— Je l'ai laissée à la laiterie, en train de se bourrer de crème.... pas plus émue.... Tenez, la voilà.... Elle ne se doute vraiment pas de ce qu'elle vient faire.

L'Ohlr.clc

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