LA MARQUISE, HORNUS
{Un grand temps.)
HoRNUS.
— Hé bien?
La Marquise.
— Fini!
HORNUS
— Je l'avais compris rien qu'en vous voyant.... Alors c'est non?
92 U Obstacle
I La Marquise.
— Absolu..., définitif....
HORNUS
— Et toujours le même prétexter... l'héritage paternel?
La Marquise.
— Oui! Pour lui, le père était malade avant de partir ; et la fièvre prise au Sénégal ....
HORNUS
— N'a été que l'occasion, la déterminante... Oui, je m'y attendais.... Et vous avez répondu?
La Marquise.
— Que pouvais je répondre, mon ami?
Puisque cette pensée-là jel'ai eue, moi aussi . . . qu'elle m'a fait trembler si longtemps pour Didier, et qu'aujourd'hui encore, dans cet horrible doute, je ne voudrais pour rien au monde que mon fils soupçonnât la vérité.
HoRNUS.
— C'est égal! Il Ta menée rondement, son enquête, AL le Conseiller..., trois jours!
L'Obsiaclc 9!
— \'oiis ne le croyez pas sincère?
HORXLS.
— Oh! non.
La Marquise.
— Ce sont de braves gens cependant.
HORNUS
— Elle, je ne dis pas: cette grosse chatte innocente et gourmande..., mais l'autre, le Conseiller son frère....
La Marquise.
— Ainsi, vous pensez?
IIORNUS.
— Je pense que du jour où sa femme est morte, M. de Castillan n'a plus songé qu"à rompre le mariage de Didier et à garder pour lui cette jolie fille et sa belle dot.
La Marquise.
— Hornus!
HORNUS
— C'était écrit sur sa fiorure en lettres
comme ça!... Ce qui m"ctoniic, c'est Madeleine; elle ne dit rien, elle ne proteste pas?
La Marquise.
— Mais non....
— Ici, je ne comprends plus.... Connaîtelle le motif de la rupture?
La Marquise.
— Certainement ! C'est avec cela qu'on l'a terrifiée : l'effroyable perspective d'une existence semblable à la mienne, la folie du mari en menace sur les enfants.... Et puis, je vous le répète, ?iLadeleine est la vraie jeune fille, élevée selon la loi mondaine.... Que voulez-vous qu'elle fasse? elle peut pleurer, pas trop fort, et protester, bien platoniquement, puisqu'elle n'est pas majeure.
IlORXUS.
— Pourtant elle l'aime..., un amour tranquille, je veux bien; parce que jusqu'à présent, le chemin était uni comme un miroir. Mais je comptais sur l'obstacle, le divin obstacle qui fait le dJsir, qui fait la passion....
Avec un £;-arçon comme le iK'ilre. que diable! et ce qu'il y a dans les yeux de cette petilelà, j'espérais un départ, une révolte.... le coup de la banquette pour les chevaux de sang"! IIop!
La M.\rquise.
— Hé bien! non, rien. Je n'ai pas même pu la voir.
HORNUS
— Alors, qu'allez-vous faire? Apprendre à Didier....
— Moi.oh!jamais....Jenepourraispas....
.Mon pauvre enfant! Qu'un coup pareil lui vienne de sa mère! Je les ai prévenus : « Faites votre commission vous-mêmes ».
HORNUS
— Ils vont la faire) La Marquise.
— La sœur, pas lui.
IIoRNus, entre ses dents.
— Ah! tant mieux. (Haut.) Et quand cela>
La Marquise.
— Tout de suite.... J"ai amené Mlle de Castillan dans ma voiture.
HORNUS
— Et où est-elle?
La Marquise.
— Je l'ai laissée à la laiterie, en train de se bourrer de crème.... pas plus émue.... Tenez, la voilà.... Elle ne se doute vraiment pas de ce qu'elle vient faire.
L'Ohlr.clc