‹ L'obstacle, pièce en 4 actes. Illus. de Bieler, Gambard, Marold et MontégutChapitre 28 sur 57 · ESTELLE · texte numérisé non relu

ESTELLE

— Mon Dieu ! c'est assez embarrassant à expliquer, d'autant qu'on ne vous a pas prévenu, à ce que je vois... (cherchant le regard de la Marquise qui se détourne) quoique au fond, cependant, rien de plus naturel.

Didier.

— Que de préambules ! qu'y a-t-il r Voyons, cousine

Estelle.

— Mon ami, les jeunes filles ont des caprices, vous le savez.

Didier .

— Des caprices >...

Estelle.

— Ça va, ça vient, comme un écureuil dans sa cage. On n'est jamais sûr de rien

avec elles.... Depuis quelque temps, je voyais ■

la nôtre inquiète, agitée.... Comme je lui ai

dit : « Ne te rends pas malheureuse.... Si tu

crains de ne pas faire son bonheur..., c'est

un garçon de sens..., il comprendra tout de

suite. »

Didier, nerveux.

— Mais c'est qu'au contraire, je ne comprends pas du tout, mais du tout.

Estelle.

— Allons, mon ami, remettez-vous; vous tremblez comme la feuille de l'arbre....

La M.vrquise, à Estelle d'une voix profonde.

— Ah! je vous en prie, finissons-en.

Didier, s'ex.iltJiit.

— Finir' quoir... voyons... quoi?

La Marql'i?e.

— Didier, mon enfant, la jeune fille que tu aimes, celle que tu as choisie, te dégage de ta parole.

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Didier, avec un cri.

— Allons donc ! Qui a dit cela? Est-ce que c'est possible)... Me dégage de ma parole!... Mais moi, j'ai la sienne et je ne la lui rends pas.

Estelle.

— Pourtant vous êtes un homme d'honneur, monsieur le marquis, et c'est la seule façon d'agir dans cette circonstance.

Didier, éclatant.

— Bon sang- de Dieu 1 Qu'est-ce qui m'arrive là?

Estelle.

^ Mais ce qui est arrivé à tant d'autres, qui ne se sont pas bouleversés comme vous faites.

Didier, à vii-voi.x.

— Oh ! c'est affreux.... Je rêve, je rêve ! {A sa mère brusquement.) Tu savais ça, toi?

La Marquise.

— Oui....

Didier.

— Et tu ne m"as rien ditr... Ah! c"c:t mal....

La Marquise.

— Je ne voulais pas croire... J'espérais toujours.

Didier.

— Alors, ce départ de Nice, cette soidisant maladie..., tout cela était convenu entre vous?

La xMarquise.

— .Mon enfant I.., Didier.

— Non, vraiment, je ne te comprends pas.... Il fallait me prévenir. Je me serais expliqué, défendu. [Se tournant vers Estelle. ) Car enfin, mademoiselle, que me reprochet-onrDe quelle basse calomnie suis-je victime?

Estelle, innocemment.

— -ALiis pas du tout. Il n'y a pas l'ombre de calomnie. Eh! que voulez-vous qu'on re-

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proche à un brave g-arçon, un parfait "-entilhommc comme vous, mon cher Didier?...

Dans la noblesse de .Montpellier, ce n'est qu'un cri : « Il est charmant! » Cro3-ez-moi, mon ami, vous prenez au trag-ique un de ces malentendus comme il en arrive tous les jours!... Pensez un peu; pour les futurs mariés, les fiançailles sont un apprentissag-e. On se surveille, on se guette, et naturellement, si les goûts, les caractères ne s'accordent pas.... Il vaut mieux avant qu'après, hé?

Didier.

— C'est horrible ! horrible !

Estelle.

— En définitive, qu'y a-t-ii eu entre vous?... Des paroles, quelques lettres.... Vous lui rendrez les siennes. {Prenant les objets à côté d'elle.) Yo'ûix les vôtres..., sa bague... (croyant qu'il ne comprend pas) la petite bague que vous lui avez donnée....

Didier, navré, presque avec une voix d'enfant.

— Oh! elle me rend ma bague!

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Estelle, tenant toujours l'écrin et se tournant vers la Marquise.

— Je ne sais pas comment cela se passe à Paris, mais chez nous ces sortes d'objets ne s'achètent qu'à condition. Tous nos bijoutiers les reprennent, ils y sont habitués. {A Didier, triomphante. ) Ainsi, vous voyez!

Didier, à sa mère, à demi-voix.

— Ah! écoute, emmène-la; je crois que je vais la tuer!

Estelle, effarée.

— Qu'est-ce qu'il dit) Didier, éclatant.

— Je dis que c'est une infamie, un mensong-e abominable, et que je ne crois pas un mot de tout ce que vous me racontez.

Estelle, suffoquée.

— Par exemple! Est-ce que vous nous croiriez capables, moi, le Conseiller mon tYèrc....

DlDIEP.

— Parbleu! \'ous, pauvre inconsciente...

La -MAKonsi:.

— Prends g'arde.

Didier.

— On vous envoie parce qu'on n'a pas osj venir.

La Marquise.

— Mon enfant, je t'en prie!

Didier.

— Ali! laisse-moi.... (Montrant Estelle.) Cette lâcheté de me mettre en face d'une femme! Il savait bien, lui, que je ne lui permettrais pas de finir; que dès le premier mot, je lui aurais fendu la figure en quatre. {Il fait siffler sa badine qiCil a prise sur le piano. A Estelle.) Allez-vous-en, tenez, allez-vous-en, je ne sais pas où j'en arriverais....

La Marquise.

Estelle, gagnant la porte.

— Miséricorde!

io8 L'OtsLicle

Didier, jetant sa canne et n'élançant vers

Estelle.

— Non, non, Estelle, mon amie, ne partez pas, ne me quittez pas ainsi. (// la ramène.) Voyons, vous êtes une bonne créature que j'aime, que je respecte, pardonnez-moi! J'ai parlé dans la colère. . . . on ne sait plus ce qu'on dit, ce qu"on fait.... il ne faut pas m"en vouloir..., tout cela est si terrible, si imprévu..., song-ez donc, j "étais tout près de mon bonheur, je m"en croyais sûr! et puis.... et puis....

{L'émotion Vétouffe, la Marquise se détourne et pleure.)

Estelle, gagnée par l'émotion, essuyant ses yeu.x.

— iAlais, mon pauvre enfant, vous me retournez avec vos larmes. Vous allez me faire pleurer, moi aussi. iNloi qui aime tant voir les gens heureux, tous bien ensemble. Vous comprenez, je ne serais pas venue, si j: m'étais doutée.... Non, la main sur la conscience, je ne croyais pas vous faire tant de peine.

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Didier, bondissant.

— De la peine! On m'emporte mon espoir, ma joie, mon cœur, mon sang-, ma vie..., tout ce que j'ai, ce qui est à moi, à moi, rien qu'à moi, on me le vole, on me l'arrache, et on appelle ça me faire de la peine.

(// rit nerveusement .)

Estelle.

— Quelle exaltation, mon Dieu!

Didier. ljpren.int violemment par le bras.

— .Alais, malheureuse femme, regardez donc autour de vous. Cette maison, c'est la sienne, c'est la nôtre..., ces meubles sont pour elle, nous les avons choisis ensemble. . . , tout est prêt, tout l'attend.... son piano..., ses livres.... et maintenant vous m'apprenez qu'elle ne veut plus, qu'elle ne viendra pas... . Mais ce n'est pas possible. Oh! dites-moi que ça n'est pas, que ça ne peut pas être... ma mère ! . . . Madeleine !

(// se jette sur le divan oii il étouffe ses cris, ses sanç!;lots dars les coussins.)

no

VObslsuic

Estelle, bas, éponrautcc.

— Mais c'est un acccs. un VL-ritableaccls '. (La silhouclle S Hormis se dresse an fon.i sur le perron . )

La Marquise, poussant doucement Estelle vers la porte.

— Allez, alLv..., laissez-lc....

Estelle.

— Ah! mon Dieu!... et quand je pense que notre pauvre Madeleine!... {Elle s'en va les bras au ciel, en causant avec Hornus.)

L'Oht.nle

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