‹ L'obstacle, pièce en 4 actes. Illus. de Bieler, Gambard, Marold et MontégutChapitre 43 sur 57 · L.v SUPÉRIEURE; gaiement · texte numérisé non relu

L.v SUPÉRIEURE; gaiement

— En voiUi, du nouveau !

Madeleine.

— Je suis rentrée dans ce couvent, et je suis décidée à n'en plus sortir.

Estelle, virement.

— x\h! mais non, par exemple!

HoRNUS, à part.

— Elle est sincère au moins celle-là.

La Supérieure, à Estelle.

— Rassurez-vous, mademoiselle, les vocations chez nous ne se décident pas aussi vite. [A Madeleine.) Tu comprends bien, ma chère petite, que je ne peux pas, pour le moment, prendre ta parole au sérieux. Nous

■ aurions trop l'air de nous tourner vers le bon Dieu pour nous sortir d'embarras. Seulement, il est temps d'en finir.... Voyons, il est bien convenu, n'est-ce pas, que tu ne veux plus ce mariag-er

Madeleine, nerveuse.

— Non, ma mère, ce n'est pas ainsi qu'il

faut dire. 11 me semble bien, au contraire, que cette union me convenait, que nous aurions pu être heureux ensemble; mais on m'a dit, on m'a fait comprendre que ce n'était pas possible, on m"a montre un avenir si sombre, si elTroyablc....

HoRNUs. violemment .

— On vous a trompée, je vous le jure.... Oh ! chère petite Madeleine, dire que vous avez eu ce bonheur, que Dieu vous a fait cette o-râce de trouver ce qui est si rare aujourd'hui, ce que vous ne rencontrerez plus jamais peut-être, l'amour dans le mariage, et le vrai, le grand amour, jeune, charmant, passionné, fidèle..., ce rêve de l'honnête femme, vous le teniez et vous le laissez fuir!

La Supérieure, souriant.

— Ah! mon Dieu, mon cher Hornus. mais jene vous reconnais plus.... Tant de flamme, de véhémence!...

Estelle.

— Quelques prédicateurs de ce genre, les couvents seraient vite déserts.

L'Ohsl.u'lc 171

Le Conseiller, à Madeleine.

-~ Des phrases, mon enfant, rien que des phrases; et au bout de tout cela l'existence de la marquise d'Alein, quinze ans de martyre et de larmes dans l'épouvante et la solitude.

La Supérieure.

— Le fait est que c'est bien terrible aussi. {Serrant Madeleine contre elle.) Chère fille!

Le Conseiller.

— Mais son tuteur était là. madame, et si mon affection n'avait pas suffi à l'éclairer, J'étais bien décidé à employer contre ce mariag-e toute l'autorité que me donne la loi encore pour quelque temps.

La Supérieure.

— Alors, mon enfant, tu r'as plus qu'une chose à faire.... Accorde à ce malheureux, car il est vraiment à plaindre....

HORNUS

— Ohl oui. bien à plaindre.

La Supérieure.

— Accorde-lui les cinq minutes qu'il te demande, aie ce courage, et vous n'entendrez plus jamais parler de lui.

Le Conseiller.

— En y songeant, ma foi. c'est encore ce qu'il y aurait de plus simple.

HoRNUS, railleur.

— ^'oyez, M. le Conseiller lui-même est de cet avis, maintenant.

iM.vDELEixE, après lui silence.

— Je recevrai ce jeune homme quand vous voudrez, ma mère.

La Supérieure.

— Mais tout de suite.

ÎMadeleixe, surprise.

— Comment > La Supérieure

— Il est là... chez moi..., il attend. -Madeleine.

— Soit, je suis prête!

L'Obslacle

La Supérieure.

(Elle sonne deux coups à la cloche pendue sous l'un des arceaux, puis s'ad ressaut à Hormis et aux autres.) Nous allons entrer à côtL-, dans le parloir, si vous voulez bien. {A la iSœur tourière qui est venue à l'appel de la cloche.) Dites à la personne qui est chez moi de se rendre ici, dans le cloître.

Estelle, bas, au Conseiller.

— Je trouve ma mère bien imprudente...

Voyez-vous qu'il lui vienne un de ses accès!

HoRxrs. comiquement, pour leffrayer.

— Le terrible, c'est que ça se gagne.. . (Geste d'épouvante de la vieille fille.) Oui, mademoiselle..., même à distance!... (Us sortent.)

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