L.v SUPÉRIEURE; gaiement
— En voiUi, du nouveau !
Madeleine.
— Je suis rentrée dans ce couvent, et je suis décidée à n'en plus sortir.
Estelle, virement.
— x\h! mais non, par exemple!
HoRNUS, à part.
— Elle est sincère au moins celle-là.
La Supérieure, à Estelle.
— Rassurez-vous, mademoiselle, les vocations chez nous ne se décident pas aussi vite. [A Madeleine.) Tu comprends bien, ma chère petite, que je ne peux pas, pour le moment, prendre ta parole au sérieux. Nous
■ aurions trop l'air de nous tourner vers le bon Dieu pour nous sortir d'embarras. Seulement, il est temps d'en finir.... Voyons, il est bien convenu, n'est-ce pas, que tu ne veux plus ce mariag-er
Madeleine, nerveuse.
— Non, ma mère, ce n'est pas ainsi qu'il
faut dire. 11 me semble bien, au contraire, que cette union me convenait, que nous aurions pu être heureux ensemble; mais on m'a dit, on m'a fait comprendre que ce n'était pas possible, on m"a montre un avenir si sombre, si elTroyablc....
HoRNUs. violemment .
— On vous a trompée, je vous le jure.... Oh ! chère petite Madeleine, dire que vous avez eu ce bonheur, que Dieu vous a fait cette o-râce de trouver ce qui est si rare aujourd'hui, ce que vous ne rencontrerez plus jamais peut-être, l'amour dans le mariage, et le vrai, le grand amour, jeune, charmant, passionné, fidèle..., ce rêve de l'honnête femme, vous le teniez et vous le laissez fuir!
La Supérieure, souriant.
— Ah! mon Dieu, mon cher Hornus. mais jene vous reconnais plus.... Tant de flamme, de véhémence!...
Estelle.
— Quelques prédicateurs de ce genre, les couvents seraient vite déserts.
L'Ohsl.u'lc 171
Le Conseiller, à Madeleine.
-~ Des phrases, mon enfant, rien que des phrases; et au bout de tout cela l'existence de la marquise d'Alein, quinze ans de martyre et de larmes dans l'épouvante et la solitude.
La Supérieure.
— Le fait est que c'est bien terrible aussi. {Serrant Madeleine contre elle.) Chère fille!
Le Conseiller.
— Mais son tuteur était là. madame, et si mon affection n'avait pas suffi à l'éclairer, J'étais bien décidé à employer contre ce mariag-e toute l'autorité que me donne la loi encore pour quelque temps.
La Supérieure.
— Alors, mon enfant, tu r'as plus qu'une chose à faire.... Accorde à ce malheureux, car il est vraiment à plaindre....
HORNUS
— Ohl oui. bien à plaindre.
La Supérieure.
— Accorde-lui les cinq minutes qu'il te demande, aie ce courage, et vous n'entendrez plus jamais parler de lui.
Le Conseiller.
— En y songeant, ma foi. c'est encore ce qu'il y aurait de plus simple.
HoRNUS, railleur.
— ^'oyez, M. le Conseiller lui-même est de cet avis, maintenant.
iM.vDELEixE, après lui silence.
— Je recevrai ce jeune homme quand vous voudrez, ma mère.
La Supérieure.
— Mais tout de suite.
ÎMadeleixe, surprise.
— Comment > La Supérieure
— Il est là... chez moi..., il attend. -Madeleine.
— Soit, je suis prête!
L'Obslacle
La Supérieure.
(Elle sonne deux coups à la cloche pendue sous l'un des arceaux, puis s'ad ressaut à Hormis et aux autres.) Nous allons entrer à côtL-, dans le parloir, si vous voulez bien. {A la iSœur tourière qui est venue à l'appel de la cloche.) Dites à la personne qui est chez moi de se rendre ici, dans le cloître.
Estelle, bas, au Conseiller.
— Je trouve ma mère bien imprudente...
Voyez-vous qu'il lui vienne un de ses accès!
HoRxrs. comiquement, pour leffrayer.
— Le terrible, c'est que ça se gagne.. . (Geste d'épouvante de la vieille fille.) Oui, mademoiselle..., même à distance!... (Us sortent.)