‹ L'occasion; comédie-proverbeChapitre 2 sur 10 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LE MARQUIS {seul).

Encore un à qui j'ai essayé d'apprendre la v!e et qui m'en sait mauvais gré. On leur dit ; Aimez avec la tète et vous plairez... Ils aiment avec le cœur et ils sont éconduiis. . . Je sentais qu'il me cachaitcpielquechose... Voyons un i»eu ce qu'il dit à sa belle et si cela vous a le sens commun ... (// ouvrele drageoir et prend le papier.) Des vers! Oh! Diable ! C'est Irès-sérieiix alors. . . On ne se casse la tète à ce petit ji'U de p.atience que lorsque l'amour e^t près de vous troubler la cervelle. . . (// lit des yeux.) Pas mal ! Mais voilà justement ce que je redoutais. C'est d'une sincérité dangereuse.

Une boutade sentimentale comme celle-là, venant de ma part, étonnerait et me servirait à merveille. Mais une coquette n'en saura nul gréa un amoureux mélancolique comme le chevalier. . . Décidément il sera bon que j'intervienne. . . Bah ! travaillons pour le compte des autres puisque pour mon propre compte la galanterie ne m'apporie plus aujourd'hui que lassitude et que dégoût. . . Mais à qui diable peut s'adresser ce soupir d'Apollon ? Ce drageoir ressemble niaisement à tous les drageoirs du monde... Pas de chififre... Pas le moindre écu... Ma foi, remettons-le sur cette table, et en surveillant un peu ce salon... (// s'apprête à replier la lettre.) Mais quel enfantillage ! Il a pour le moins fait copier cela par son prof e.=S'nir d'écriture. Une passion qui fait de si belles majuscules paraîtra toujours trop calme à une temme. . . Il serait prudent, je crois, d'y substituer un griffonnage plein de sensibilité et d'émotion... Oui, c'est un vrai service à lui rendre... et comme justement la nature m'a do!é des pattes de mouches les pins passionnées... je puis... où sont donc mes tab'ettes?... Ah! les voilà... (// écrit sur une feuille de ses tablettes en s'arrêtant à la fin de chaque strophe.) vos genoux.. . d'aimer... troisième strophe...' enivra, radieux! Ça n'est pas neuf. . . mais bast !. . . Là ! Point d'exclamation ! Allons, c'est parfait. . . Si la dame n'en est pas préoccupre au moins un

bon qnart-d'heure. . . C'est qu*elle a un cœar de silex !... Et maintenaut remeltons ce petit meubla CD place... {Il a déchiré la page de ses tablettes où il vient de transcrire les vers du chevalier, et pour la plier et la mettre dans le drageoir, il dépose ses tablettes à droite du vase de fleurs, puis place le drageoir à gauche, bien en vue, et se dirige vers le fond, en oubliant ses tablettes.) Eh! je ne me trompe pas, c'est bien ma cousine qui vient de ce côté... Ou', elle est avec sa belle-sœur la baronne. Pour sûr ce poulet ne les regarde ni l'une ni l'autre... ma cousine, une veuve de vingt ans qui n'a jamais fait parler d'elle, et la baronne, dont les ro:es s'efleuillent et qui enrage de n'être plus calomniée... Gen'istpas la piste... Cherchons aillenrs... (// sort par la droite au moment de Ventrée de la baronne et de la comtesse.)

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