‹ L'occasion; comédie-proverbeChapitre 5 sur 10 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LA COMTESSE {seule).

Qui a mis là ce papier? Eucore quelque fade déclaration comme il en pousse à chaque instant soui mes pas, . . Brûlons-là. . . Oui. . . m.iis quel peut en être l'imperlineut auteur?... Je voudrais bien savoir.. . Lisons d'abord. .. il sera toujours temps

de brûler après... Oh! ce n'est certes pas la curiosité qui me pouss;\ — Dieu! quelles pattes de mouches !.f. Ça ressemble à des vers... Oui, vraiment C'est quelque chose comme un madrigal en quatre couplets. .. mais pas de signature... {Elle lit).

Parfois quand le sommeil a fermé ma paupière, Un soDge bienheureux m'emporte auprès de vous : Je parle, et vous daignez m'écouter sans colère, Et sans vous courroucer je tombe h vos genoux.

Ma main presse la vôtre et je vous vois sourire. Votre regard est tendre et me dit d'espérer ; Vous prenez en pitié mon amoureux délire, Kt si vous n'aimez pas, vous permettez d'aimer.

Trompeuse ilhibion ! trop' séduisant mensonge! De mes sens abusés enfant audacieux !

Ah ! s'il fallait mourir pour voir durer ce songe Je mourrais souriant, enivré, radieux !

Madame, épargnez-moi, votre colère est vaine ; Le réveil à lui seul m'est un dur châtiment ; Si grand fut mon espoir, indicible est ma peine! Ce songe a fui !.. coulez mes larmes maintenant!

... Et rien qui trahisse le nom d'à coupable. . . Rien ! . . . En vérité, c'est fort délicat et cela paraît tout à fait sincère. . . Ce griffonnage ne m'est pas inconnu, il me s'^mble... Serûit- ce l'abbé? Oh!j'es[ère bien que non... Vous verrez que c'est quelque puëlereau de vingt ans qui aura voulu essayer sur moi l'effet de ses rime;§:^^^1#- ' Ions n'y pensons plus. . .au feu! . . . [Elle s'arrête,)

Cette feuille de papier s^nble arrachée de quelques tablettes. . . {apercevant celles du marquis). Des tablettes, mais en voici là d'oubliées sur celte table. . . si c'était. . . Voyons. . . Allons c'e.-tda la dernière indiscrétion... Bah! c'est de bonne guerre. . . Eb ! voilà la trace de la déchirure. . . Les morceaux s; r.ipporti.>nt parfaiteincut. . . {Lisant) « Demain mardi, envoyer Champagne avoc un bouquet à la petite Gaussin, pour la prior à souper pour le soir à ma maison d'Auteiiil. — Idem : la Rosalba, la Ghompré, la Giuletta. — Prévenir Noisy, Gharamante, Senoncourt et Vineuil. »... Et sur la première page le blason du marquis ! . . . Je m'y perds. . . Comment ! ce serait Thémines qui aurait dépensé pour moi tout ce sentiment, toute celte mélar.colie. . . Il a hâte, du reste, je le vois, de se rattraper au plus tôt, et il se prépare d'avance des consolations en cas d'échec... Et je vous demande un pu quel choix... La Gaussin, une courtisane vieille... (une pause) Thémines seutimcntal, Thémines devenu poëte par amour ! . . . Et j'ai fait ce miracle, moi! car enfin ces vers sont écrits de sa main. . . je reconnais fort bien maintenant son écriture. . . Ce u*est pas par mégarde ipi'il se trouvent dans mon drageoir. . . Son regard ct;iit singulier toutà-1 h^'ure quand il est sorti. . . Dois-je accepter la lutte? Oui, je veux venger tout slesfemme? qu'il a

tromiées. .. Je veux qu'il ablique son indépenflance h mes pieds. . . Hum ! c'i;st dangereux. . . II n'est pas prude-nt d^ jouer avec les fous. . . l's portent souvent la contagion avec eux... Mais est-il sincère? [Elle tourne autour de la table en relisant les vers, et se dirige à pas lents vers la gauche par où elle sortira). Tliémines amoureux!. . . Ces vers sonl tendres. . .

Ah! s'il fallait mourir pour voir durer ce songe, Je mourrais souriant^ cuivré, radieux...

[Elle sort.)

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