‹ L'occasion; comédie-proverbeChapitre 8 sur 10 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

LE MARQUIS, LA BARONiNE.

LE MARQUIS

Baronne, accourez vite.

LA BAROiNNE.

Qu'y a-t-il?

LE MARQUIS

Si vous saviez ?

LA BARONNE

Q loi ! dites-lcj je le saurai...

LE MARQUIS

Un malheur déplorable !

LA BARONNE

Ah ! mon Dieu! vous m'eflrayezl

LE MARQUIS

Et que vous seule pouvez empêcher.

LA BARONNE

Moil et comment cela?

LE MARQUIS

Mais, surtout ue me refusez pas!

Je ne vous refuse pas. . . mais parlez!

LE MARQUIS

Songez qu'il y aurait peut - être mort d'homme!

LA BARONNE

Mort d'homme ! il me fait bouillir !

LE MARQUIS

Et de quel homme, grand Ditu !

LA BARONNE

Oui au fait, de quel homme?

LE MARQUIS

Jeune, tendre, aimable... mourir à vingt ans!

LA BARONNE

Ce serait dommage... mais pourquoi?

LE MARQUIS

Il est fou !

LA B RONNE.

Ah!

Li: MARQUIS.

D'amour !

LA BARO^'NE

A la bonne heure !... mais qu'y puis-je?

Comment? je ne vous l'ai pas dit?

LA BARONNE

Mais non !

LE MARQUIS

Vous connaissez la femme qu'il aime.

LA BARONNE

Je la connais ?

LE MARQUIS

Beaucoup, et vous avez une grande influence sur son esprit. . .

LA BARONNE

Vraiment !

LE MARQUIS

Et si VOUS lui conseillez de se dévouer pour sauver la vie de mon malheureux ami, elle se dévouera...

LA BARONNE

Vous croyez?...

LE MARQUIS

J'en suis sûr !...

LA BARONNE

Mais'enfîn cette femme ?...

Est jeunf, belle, pleine de séiuctions. .. j'en sais quelque chose...

LA BARONNE

Ah ! vraiment et vous la nommez?. . .

LE MARQUIS

Son nom?... j'ai mii;ux que cela... je vais vous

faire voir son portrait.

LA BARONNE

Voyons!..

LE MARQUIS (prenant sur la cheminée un chassemouches de plume au milieu duquel il y a un miroir).

Regardez !

LA BARONNE

Mais, c'est un miroir !

LE MARQUIS

Eh bien ?

LA BARONNE {minaudant).

E» vérité, marquis, vous plaisantez...

LE MARQUIS

Croyez-vous qu'elle consente ?

LA BARONNE

Est-ce nécessaire ? vous m'avez conté quelque fable . . .

LE MARQUIS

Fable !... Mou fou existe très-réellement...

Et sincèrement il aurait quelque (disposition à aimer une femme de mou âge ?...

LE MARQUIS

Votre âge!... Et qui sait voire âge ? Il tous adore à ce point quM en est devenu poëte !

LA BARONNE

Poëte 1 Pauvre garçon 1

LE MARQUIS

Il plture la nuit, il rime le jour en votre honneur.

LA BARONNE

Mais que ne parle-t-il?

LE MARQUIS

C'est ce que je lui répète sans cesse : Que ne parles-tu, chevalier?

LA BARONNE

Quoi ? c'est le chevalier !

LE MARQUIS

Vous l'avez dit, baronne.

LA BARONNE

Il est charmant, oui, en vérité, il est charmant.

LE MARQUIS [à part).

Elle ne boudera pas, elle, du moins {haut). Et quelle élégance , quelle tournure, quels yeux, quelles dents, quelle main, quel nez!... Il promet beaucoup.

LA BARONNE

Mais il est si jeune !...

LE MARQUIS

Bah l est-ce un défaut ? Il est bien un peu novice, mais vous le formerez...

LA BARO>'NE

Ah! oui, jfc. .. c'est à dire...

LE MARQUIS

Je vous préviens qu'il a besoin d'eucourage- Tnents catégoriques...

LA BARONNE

Mais . . .

LE MARQUIS

11 est d'une timidité ridicule...

LA BARONNE

Il a tort !

LE MARQUIS

Que de grâces, de charmes et d'attraits, me disait-il, mais quel superbe port! Quelle majesté imposante !

Eu vérité, il a dit cela?

LE MARQUIS

Vous lui apparaissez comme Jnnon... Liî jour où elle emprunta la ceinlure de Véiuis. Aussi il ose à peine lever les yeux sur vous, et lui qui tout à l'heure se ré[)andait en exclamations passionnées sur votre compte... Eb bien ! je parie que s'il était là, je ne pourrais pas lui faire avouer qu'il vous adore...

LA BARO?iNE.

Mais il faut lai faire entendre raison.

LE MARQUIS

A notis deux nous y arriverons... mais c'est à ce point que tous les vers qu'il fait pour voas... etil en pond jour et nuit... Il les brûle à mesure parce ru'il n'ose pas vous les donner, et aujourd'hui j'ai dû employer la violence pour empêcher un nouvel auto-da-ié (à part). En avant les vers du chevalier {haut). Tenez, lisez-moi ça. Hein ! comme c'est senti ! quel feu ! quelle passion délicate et discrète !... le voici.

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