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L’INDO-CHINE

Nous conseillons à Tamaleur de symboles de commencer sa visite par le Trocadéro, Entrer par la porte de droite, du côté du Sénégal, et voir d’abord en détail la très belle exposition de Tlndo-Chine française et du Cambodge, à laquelle nous consacrerons cette première étude.

La Pagode de Cho-Lon et, surtout, le Pnom doivent être Tobjet d’un examen tout particulier.

En abordant le Pnom cambodgien parla droite, on voit un très beau Bouddha doré assis sur une fleur de Lotus finement sculptée. Un grand Serpent à la tête levée orne la statue de chaque côté. Les marches qui conduisent vers la Statue sont bordées de Dragons. Voyons le symbolisme le plus élémentaire de ces diverses représentations.

Le Bouddha représente l’Esprit humain possesseur d3S lois d’immortalité par la Sagesse. C’est un symbole plus intellectuel que mystique. Placé sur la fleur solaire, le Bouddha flotte sur les grandes eaux

astrales; il domine ce plan astral des « Grandes Eaux sur lesquelles règne la force des Eloïm. C’est ridéal du développement mental présenté à l’être humain en Orient.

A droite et à gauche le Seyyent Astral^ représentation du Temps et de l’Espace, centre du Plan de Divination des faits du Destin (Pythonisme), montre comment l’Esprit équilibré a atteint un domaine dont les approches sont gardées par les replis de l’Océan astral, domaine des Archons ou des Esprits sombres du Destin.

Remarquons bien cette représentation des forces astrales par le Serpent, soit seul et la tête levée [iovces astrales, individuelles), soit enroulé sur lui-même et mordant sa queue (anneau, année), cycle de fatalité, domaine personnel de l’Astral, soit à Sept têtes sur un corps pour représenter la différenciation des sept modalités des forces astrales planétaires — dans leurs analogies. — Nous retrouverons ce symbole dans les pays les plus divers avec la même signification.

Les Dragons placés sur le côté des escaliers représentent les gardiens du pian astral presque dans la forme exacte où ils apparaissent dans le plan astral le plus matériel (partie terre de l’Astral).

En Chine ou dans l’antique Égypte nous verrons les figurations des êtres astraux des domaines air et feu. Dans les vieilles images russes nous retrouverons les êtres astraux du domaine eau.

Montons l’escalier placé à la droite du Bouddha et nous nous trouvons sur la terrasse dominée par le

Pfiom,sortt de campanile de 47 mètres de hauteur.

Un nouveau symbole important retient tout de suite notre attention. Aux quatre points cardinaux nous apercevons, semblant garder l’immense cloche, un gardien à figure humaine armé d’une massue. Ces gardiens à figure humaine représentent les Esprits divins en action dans le plan astral et ne doivent pas être confondus avec les êtres à formes animales, correspondant aux Esprits astraux proprement dits.

Au sommet du campanile principal comme au sommet de chacun des campaniles secondaires qui s’étagent sur le tertre, depuis le bas de l’escalier monumental aboutissant à la Pagode de Cho-Lon, l’air fait directement tinter de petites clochettes, symbolisant ainsi l’action incessante des forces divines dans le plan humain, comme nous l’enseignent les philosophes chinois.

Entrons maintenant dans les entrailles de la Terre en descendant l’escalier à larges marches creusé sous le Pnom et, dès l’entrée, nous rencontrons la représentation la plus intense qu’il soit donné de voir de l’action secrète des êtres astraux qui président à la matérialisation du plan physique.

Dans un demi-jour mystérieux nous apercevons, sortant directement de la Roche, huit grandes têtes humaines, les unes illuminées de la tiare, les autres à peine esquissées, d’autres encore, pas encore sculptées ou déjà disparues, rongées parle temps. Le voyant qui a été à même de suivre la création des Eggrégores dans le plan astral ne peut qu’être vivement frappé de l’exactitude de la représentation due à l’art des

K’mers (les K’mers sont des initiés d’origine brahmanique, c’est-à-dire de tradition régulière et pure), et soit dans cet escalier, où les êtres du plan divin, les prières et leur action vivante, les éléphants brahmaniques, sont représentés, soit dans le temple souterrain auquel aboutit cet escalier, les symboles sont de la plus grande élévation et méritent un examen approfondi.

Quel dommage, pour l’occultiste, que cet admirable temple souterrain ait été orné(I) de dioramas représentant des villes modernes au lieu de scènes de l’antique initiation, comme celles que décrit le prince Karageorgewitch dans son beau et récent livre sur l’Inde — que nous recommandons à tous nos lecteurs. Il y a même dans ce temple... un cinématographe; mais nous conseillons d’y aller le matin quand il ne fonctionne pas.

Sortons du souterrain et montons l’escalier monumental bordé de gardiens astraux de divers ordres. Nous arrivons, après une série de marches alternées en nombres décroissants, devant la Pagode de Cho- Lon qui renferme une exposition intéressante d’objets se référant à l’art religieux et pour l’étude desquels suffisent le catalogue du musée Guimet et les guides de M. de Milloué. Inutile donc de les analyser trop longuement. Remarquons toutefois les détails très beaux de l’ornementation symbolique de la Pagode et surtout les spirales qui ornent les colonnes sur le devant du monument de l’Exposition officielle de l’Indo-Chine, Toute l’évolution des êtres est décrite sur cette spirale.

En bas le chaos et les êtres minéraux, puis appa-

raissent les végétaux, ensuite les animaux et enfin rhomme. Mais la spirale ne s’arrête pas là, comme le ferait un vulgaire Darwinien. Elle poursuit son enroulement par la création des Dieux et des Esprits célestes.

Contournons le Pnom à gauche et descendons pour gagner une allée bord^^e de constructions annamites dans une desquelles se tiennent nos soldats indigènes. Nous trouvons encore là une reproduction symbolique digne des plus grands éloges. Quatre têtes humaines sortent d’une masse rocheuse aux quatre points cardinaux. Des lianes et des rochers complètent cet ensemble, qui figure d’une manière remarquable la création des trois plans d’existence en astral : existence élémentale, existence élémentaire, existence spirituelle.

Dans cette allée nous trouvons encore de grands mâts ornés de sept tentes et terminés par une coupe. — Ils symbolisent la circulation des forces astrales actives (mât) et passives (coupe) dans les sept plans d’existence, subdivision delà grande Trinité, indiquée par la couleur des mâts.

Nulle part peut-être le plan astral et ses divers mystères ne nous apparaîtront plus nettement que dans cette partie de l’Exposition, — reconstituée d’après les ordres de M. Doumer, qui a droit à toute la gratitude des amateurs de haute science, pour ce fait.

LES AISSAOUAHS

La légende raconte que Sidi-Ben-Aïssa, le fondateur de la confrérie des Aïssaouahs, fonda son ordre en appelant à lui ceux qui avaient un tel mépris de la mort, qu’après avoir vu couler le sang et entendu les râles des hommes entrés dans la tente un par un, avant eux, ils avaient voulu sans crainte subir le même sort. Vingt se présentèrent ainsi sur 2.000 assistants. La cérémonie terminée, la tente s’ouvrit et on aperçut, vivants, ceux que l’on croyait égorgés. Un mouton avait chaque fois remplacé chacun des futurs initiés, et son sang avait ruisselé au dehors pour éloigner ceux qui craignaient la mort.

Grâce aux paroles secrètes et aux pratiques transmises, de génération en génération, par Sidi-Ben-Aïssa, ces hommes et leurs initiés peuvent dominer la souffrance physique et l’annihiler.

En 1889, j’avais commencé une étude sur les Aïssaouahs et j’avais été appelé, comme médecin, à constater que l’un d’eux sortait bien son œil hors de l’orbite au moyen d’un poignard, alors que

quelques « beaux esprits » prétendaient que c’était un œil de verre.

Justement cet opérateur, alors simple membre, est devenu le chef de la petite section de six hommes envoyés à l’Exposition de 1900. Il m’a été d’autant plus facile de renouveler connaissance que le jeune chef, très intelligent, parle couramment le français et l’espagnol.

C’est ainsi que, dans nos conversations préparatoires à l’organisation d'une séance réservée à nos élèves de l’École hermétique, j’ai pu obtenir d’intéressants détails sur l’entrée dans l’ordre et l’affirmation de ce fait que les chrétiens comme les musulmans peuvent y être initiés et acquérir les pouvoirs des adeptes, en presque totalité composés de musulmans. « Un de nos membres, ayant la plus grande foi en Sidi-Ben-Aïssa, a même été. un Français (chrétien), » m’a dit mon interlocuteur.

Quoi qu'il en soit, étudions non pas les théories, mais les faits et décrivons la séance tout à fait spéciale organisée pour nos élèves, le dimanche 24 juin. J’y joindrai mes remarques antérieures et, s’il est nécessaire, je reviendrai plus tard sur cet intéressant sujet.

La préparation à la séance se fait de la façon suivante : les six membres, assis à l’ombre en demicercle et faisant face aux spectateurs, font la prière, les paumes des mains tournées en dehors.

C’est après cela que commence la séance proprement dite et qu’il est procédé à la mise en état d’insensibilité d’un des opérateurs. Je ne dis pas hypnc-

tisation ; car il s’agit ici d’autres faits que de ceux de l’hypnotisme classiqüe, et nous allons noter les diverses phases du phénomène.

A. En premier lieu, la musique formée de grands tambours plats que manient les opérateurs et sur lesquels ils frappent avec leurs doigts, comme on joue sur le tambour de basque.

Le rythme de cette musique est d’abord lent, puis il s’accentue progressivement jusqu’à entraîner le cerveau de l’opérateur dans un vertige particulier.

B. La musique est accompagnée de litanies en arabe et de psalmodies de versets du Coran, ainsi que de la récitation, par les adeptes, des formules secrètes de l’ordre.

C. Celui qui doit opérer sort alors du demi-cercle ; il s’accroupit devant un réchaud placé en face du chef et contenant du charbon allumé sur lequel on répand du benjoin. L’opérateur, aspirant violemment la fumée du benjoin, ralentit son expiration et agit exactement comme le yogui dans la première phase de son entraînement.

Après avoir aspiré le benjoin et reçu l’attouchement du chef, l’opérateur se relève et, toujours soutenu par les chants et la musique, il commence une danse pendant laquelle il secoue la tête et le corps d’avant en arrière, de manière à transmettre ses secousses rythmiques au cervelet et aux centres sympathiques.

Après quelques minutes de cette danse, un cri annonce que l’insensibilité est obtenue et la musique s’arrête. C’est alors que l’opérateur fait des exercices

parmi lesquels nous choisirons les principaux pour les décrire.

Tout d’abord un opérateur se traverse la peau du ventre avec une pointe effilée. Aucune goutte de sang ne surgit, aucune marque de douleur. Il mange un morceau de la feuille si piquante de la figue de Barbarie.

Un autre opérateur prend un sabre examiné d’abord minutieusement par les spectateurs et dont le tranchant est spécialement bien affilé. Il fait tenir ce sabre par deux collègues et, pieds nus, il se dresse de toute sa hauteur sur le tranchant de la lame. De même il se couche sur le sabre, tout le poids du corps portant sur le ventre placé sur le tranchant de la lame.

Le troisième opérateur, voulant montrer que le sang peut surgir à volonté, laisse saigner dans les deux expériences qu’il nous présente. La première, c’est de projeter l’œil en avant en introduisant une lame affilée dans l’orbite; la seconde, c’est de se faire enfoncer par un assistant un sabre dans le ventre de près de o“, 10. L’assistant avait l’air plus mal à son aise que l’opérateur parfaitement calme et gardant le souvenir de toutes ses expérieyices.

C’est alors que le chef entre en scène. Il débute en arrachant avec ses dents la tête d’un serpent vivant introduite dans sa bouche. Puis il mange la moitié d’un verre à boire et fait suivre cette opération de la déglutition de quelques cailloux. Enfin il éteint dans sa bouche de petites torches dont il promène impunément la flamme sur ses bras.

Le dernier opérateur que nous avons vu expéri-

menter fait peut-être Texpérience la plus saisissante. Il s’enfonce dans la tête, au niveau de la rencontre de l’occipital et des pariétaux, une longue pointe d’acier. Il y allait de si bon cœur qu’ayant commencé à enfoncer le clou avec des briques, il en a cassé deux et a dû terminer l’opération avec un objet plus solide.

Nous avons mesuré la pointe quand elle a été enfoncée et nous l’avons remesurée après l’opération ; elle était entrée de 120 millimètres dans la tête, le double, à peu près, de l’épaisseur de la boîte crânienne à ce niveau.

Après chaque expérience, l’opérateur vient se faire réveiller par le chef ou celui qui en fâit fonction et, pour le réveil comme pour la mise en sommeil, la musique et les litanies sont nécessaires.

Ce qu’il faut surtout remarquer, c’est la fermeture, sous les yeux des spectateurs, et progressivement, des plaies faites par les divers instruments employés. La vie apparaît là dans ses lois les plus secrètes.

Telles sont les expériences présentées; nous allons maintenant les analyser au point de vue des objections qu’on peut présenter.

Est-ce delà simple jonglerie?

Est-ce de Thallucination collective ?

Est-ce le résultat d‘un entraînement purement physiologique ?

C’est ce que nous allons nous demander.

Dans l’Inde, on voit fréquemment des yoguis mettre

un enfant dans un panier, percer ce panier de tous côtés avec des sabres. Le sang coule ; mais quand on ouvre le panier, Tenfant sort sain et sauf.

Trois ofliciers anglais, voulant se rendre compte de la certitude du phénomène, firent l’expérience suivante : Tun écrivit ce qu’il voyait^ le second le dessina et le troisième en prit des photographies. Cest ce dernier qui trouva la clef de l’énigme en démontrant que la plaque n’était pas impressionnée et qu’il s’agissait d’un simple fait de suggestion mentale.

Aussi, après avoir éliminé l’hypothèse de jonglerie,, en examinant avec soin les instruments employés et les plaies produites, nous sommes amenés à nous demander s’il ne s’agit pas d'hallucination collective.

Voilà pourquoi nous avons prié notre ami Rosabis d’assister à la séance avec un appareil photographique susceptible de prendre des instantanés au I/I20 de seconde, même dans cette faible lumière.

Tous les faits produits ont pu être enregistrés photographiquement, et leur réalité est ainsi prouvée.

Voyons un peu ce qui a rapport à l’entraînement physiologique.

Les diverses méthodes de la Yoga ont pour but de dynamiser les élémentaux des plans inférieurs en mettant à leur disposition des forces des plans supérieurs arrêtées un moment dans leur évolution.

Ainsi l’arrêt de l’expiration est un des moyens d’entraînement les plus usités dans les écoles orientales. En joignant les modifications de la circulation par les attitudes et l’illumination des idées par la tension méditative, on arrive à certains pouvoirs se rap-

prochant plus de la gymnastique psychique que des pouvoirs théurgiques réels.

De ces diverses méthodes, les Aïssaouahs ont retenu seulement le retard de l’expiration, qu’ils produisent en aspirant les vapeurs de benjoin. Pour le reste, ils tirent leurs pratiques de la théurgie plus que de la magie.

Il y a cependant, pour le physiologiste, une étude très intéressante à faire sur l’action des secousses de la boîte crânienne dans la production de l’hypnose ou, plutôt, de l’insensibilité spéciale développée par les Aïssaouahs.

Car, ainsi que j’ai pu le contrôler, l’opérateur se souvient parfaitement de tout ce qu’il a fait à l’état de transe ; il a, de plus, la possibilité, dans cet état, d’arrêter ou de faire couler le sang pendant son expérience.

Cela prouve l’action directe sur le centre astral et cela nous permet de rattacher les pratiques des Aïssaouahs à celles des derviches et de poser ainsi les bases du maniement des forces occultes en Orient.

De ce que, dans la séance qu’ils nous ont donnée, les Aïssaouahs semblent avoir écarté toute jonglerie de leurs expériences, il ne s’ensuit pas que toujours le même fait se produise. Il est fort possible que les bains d’alun soient employés pour rendre les pieds et le ventre rebelles à la coupure, et la bouche ou les bras rebelles au feu ; mais le charme des serpents, le verre brisé avec les dents, la feuille de cactus restent encore pour défier toute jonglerie.

Nous avons eu Tidée de vérifier, non seulement le

côté patent, mais encore le côté occulte des faits produits par ces Arabes et nous avons fait examiner avec soin les réactions produites en astral par ces divers phénomènes.

Au premier aspect, il est indéniable que les Aïssaouahs sont assistés d’entités astrales farouches. Ces êtres astraux, à lumière rouge, sont des esprits de bataille, de haine et de discorde. Ils ont, en général, des aspects d’animaux et, seuls, ceux qui assistent le chef de la séance ont des têtes humaines. Chacun des sens des Aïssaouahs a un esprit particulier.

Pendant la séance, voici ce qui se passe. Sous l’influence de la musique, des psaumes et des paroles magiques, une sorte de vapeur blanchâtre monte des centres terrestres, s’insinue le long de la colonne vertébrale de l’opérateur et gagne le cervelet; c’est alors que l’hypnose spéciale commence.

Quand les faits sont produits et qu’ils ne sont pas dus à la jonglerie, le sang qui ne sort pas sur le plan physique coule au contraire en astral, et les opérateurs on sont inondés.

Quand les expériences sont terminées, une vapeur noire descend du cervelet et gagne les centres terrestres en suivant la moelle épinière et les plexus sympathiques.

Une fois à l’état normal, les Aïssaouahs sont les meilleurs garçons du monde, et l’on ne peut qu’être intéressé par leur conversation vive et enjouée.

Les noms des opérateurs sont les suivants :

Hadj Ali fait les expériences avec le feu et les serpents.

Hadj Abdelkader se transperce avec des aiguilles, s’introduit un bistouri dans l’orbite, danse sur un sabre, avale des scorpions vivants, marche sur une pelle rougie au feu et la lèche.

Hadj Mohamed plante le clou dans sa tête.

Abdelkader charme les serpents, avale des pierres et mâche le verre.

Nous aurons peut-être à revenir sur cette question, mais nous pensons que les renseignements ci-dessus intéresseront assez nos lecteurs pour le moment.

Papus.

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