LES OULED NAIL
Pour qui sait voir, il n’y a qu’à regarder, l’interprétation occulte à donner aux choses crève les yeux.
Je crois inutile de revenir sur les excellents articles consacrés à ce sujet dans VInitiation^ cependant j’ajouterai que les Ouled-Naïl qui accompagnent les Aïssaouahs sont bien des Algériennes du Sud et qu’elles exécutent les vraies danses arabes. Or c’est un art complet, qui de religieux est devenu profane.
Les pas, les gestes, le rythme, tout aune signification, ce sont les mots d’une langue mimée. Le costume des danseuses n’est-il pas celui de Salâmbo légèrement modifié ? et ne sommes-nous pas en présence des restes de danses phéniciennes et égyptiennes, des balancements de nouvelles Salomé. Chorégraphies diverses qui n’étaient déjà que l’écho d’un lointain passé ; ce n’est que chez les Incas que le rythme pur primitif subsista le plus longtemps.
L’Islamisme passa et à son tour modifia les formes mais fort peu le fond. Au lieu d’une danse à la Divinité, il demanda une danse à TAmour.
Puisque nous sommes en Afrique, je citerai les
chiromanciens arabes établis en plusieurs points de l’Exposition. Ils— prédisent (?) — l’avenir par l’inspection des traces laissées sur le sable par les mains de leurs clients ; antique manièred’opérer, paraît-il.
L’association des idées nous fait revenir sur la question des — mains-talismans. — On en voit partout et de toutes les manières.
La main de Fathma avec doigts égaux ou inégaux» avec signes hiéroglyphiques ou avec enroulements à jour divers. Le plus souvent la fantaisie a détruit tout symbolisme. La vraie main doit être revêtue désignés fixes comtne ceux marqués sur la trace du pied de Bouddha, de Gautama. C’est ce qui expliquerait pourquoi les trois grands doigts de la main sont alors égaux, le pouce et le petit doigt semblables de chaque côté comme dans les pieds-amulettes cités.
La main pour les Orientaux est le signe de laffirmation, de l’existence, de la parole ; elle sert à éloigner le mauvais Esprit, la Malchance. Aussi, la voyons-nous sur beaucoup de boutiques d’Orientaux peinte à la porte d’entrée. Chez les musulmans et les juifs du Levant, elle est toujours ainsi placée à l’ouverture du gourbi, du bazar, de la tente. •
Le Sarrasin l’importa dans les pays dont il fît la conquête, aussi les Italiens nous en vendent soit en nacre, soit en corail, sans préjudice des cornes de mêmes substances qu’ils débitent et qui chassent, perçent le mauvais œil. Leurs mains ont, soit l’index et le petit doigt levés, les autres fermés; c’est le signe destiné à crever les yeux de celui qui vous regarde — mal; — parfois la main est simplement fermée ou bien
le pouce émerge entre l’index et le majeur. Pour l’Arabe, cette dernière manière de fermer la main est un signe de mépris.
Les Romains et autres peuples antiques firent un grand usage de la main de bronze et d’amulettes à figurations semblables sous le nom de mains panthées. (Voir au Louvre la salle XXXIV.)
Le chercheur peut dans les sébiles aux vieilleries un peu délaissées des marchands venant du Levant trouver des richesses pour collections. Pour ma part, sans parler des scarabées, des carrés avec signes, des dieux égyptiens et autres débris d’hypogées où le faux moderne se mélange aux vieilleries authentiques, j’ai trouvé des cylindres chaldéens, des cachets gnostiqiies, des colombes en argent, porte-fétiche, des os à doubles pointes (une variante des cornes de corail), des pièces de monnaies amulettes, des perles antiques, vrais talismans et dont plusieurs en forme dè croissants de lune provenaient de fouilles faites en Asie Mineure. Puis des pierres avecdes carrés magiqueset des incantations gravées. Au pavillon de la Perse, on voit des turquoises porte-bonheur avec inscriptions pour bagues, broches et surtout comme ornements de bonnet des enfants des riches Persans.
Pour acheter dans de bonnes conditions, il faut choisir son moment. L’Oriental est fataliste ; si vous arrivez à une heure relativement avancée de la journée et qu’il n’ait pas encore — étrenné — pour faire tourner la chance, souvent il vendra à petit profit, même à perte. 11 se figure que, ce sacrifice accompli, les affaires vont marcher, et avec la pièce que vous lui
remettez en paiement de votre achat il fait parfois un signe, une croix ; - c’^est le signe des quatre Élé¬
ments des Bômes (Bohémiens).
Les serpents symboliques se rencontrent partout. L’Inde en regorge, Bornéo, le Cambodge de même. Ils figurent monstrueux sur les toits des pagodes, ils grimpent sous les balcons au Dahomey. Seuls les dragons leur disputent la place sur les édifices de la Chine, du Japon, de l’Annam. Le dragon, c’est le serpent ailé, et n’oublions pas qu’un rapport officiel en aurait signalé quelques types vivants dans la baie d’Alony. (Rapport envoyé à M. le gouverneur Doumer en 1899.)
Puisque nous abordons les temps préhistoriques, il ne faut pas oublier de voir au pavillon sud de l’axpositîon des colonies hollandaises le Pithécantropus de l’île de Bornéo reconstitué par le Dubois. Ce serait, paraît-il, l’ancêtre de l’homme. Il tient en effet du gorille et de l’homme. Pour un spiritualiste évolutionniste, la chose n’a rien de choquant.
A la section russe du Trocadéro est fort bien figuré un Chamade dansant devant un groupe de Samoyèdes, le tambour que tient ce sorcier à la main est surtout à signaler, car il est couvert de signes magiques; son habit est un vrai tissu de gris-gris et de clochettes.
L’exposition boréale russe nous montre des crânes d’animaux divers déposés comme fétiches à certains endroits, or l’Australie nous offrira même coutume, également l’Afrique centrale et plus près de nous l’Algérie où à des troncs de palmiers on attache par-
fois des crânes de chameaux pour les préserver de certains maléfices.
Au palais de TOptique, nous prenons contact avec le monde officiel. Néanmoins Flammarion y est bien vu, il a cependant jeté parfois quelques regards dans des profondeurs où les instruments ordinaires d'optique ne sauraient rien découvrir.
On promettait merveille, les journaux avaient annoncé l’impossible, une lune à la portée de la main.
Il faut en rabattre. Les sélénites restent invisibles, et les grossissements les plus complets ne nous font voir qu’un roc stérile et rebelle, séparé de la terre par sa propre volonté, comme dit Michel de Figanières.
Une magnifique collection de météorites est rassemblée au rez-de-chaussée. Nous pouvons ainsi voir les corps qui constituaient les mondes maintenant morts qui nous ont entourés.
De tout temps — les pierres tombées du ciel — furent portées comme amulettes ; or au palais de rOptique on peut s’en procurer à bon compte de grosseurs diverses et de plus contrôlées par des savants, paraît-il.
D’un goût plus douteux est cette statue d’actrice de New-York, toute faite d’or et valant un million. Le cabotinage ne perd jamais ses droits et pour le philanthrope cette grosse somme immobilisée serait sûrement mieux placée dans un hospice pour secourir les infortunes si nombreuses à notre époque.
La danse des spectres est fort captivante et pourrait jeter un jour nouveau sur certaines apparitions plus v ou moins réelles. Les danseuses sont enveloppées de
vêtements flottants enduits de substances à radiations lumineuses, tout se passe dans Tobscurité absolue, les habits paraissent blancs et les corps cependant revêtus de maillots couleur chair paraissent noirs tout en étant visibles.
Dans toutes les salles du palais, nous voyons les découvertes les plus récentes faites avec les substances radio-actives. — Crookes, Roentgen, Gessler, d’Arsonval, Tresla s’y donnent la main, et la lumière froide y est indiquée comme la lumière éclairante de l’avenir. Cette lumière froide — et elle Test en eflPet — ne nous donne-t-elle pas une des raisons probantes pour laquelle certains fakirs passent sur un brasier ardent. C’est question de vitesse dans les vibrations éthérées. Avec les radiations de l’uranium, le mystère est encore plus impénétrable. C’est pour ainsi dire la lumière perpétuelle sans perte de substance ou d’énergie appréciable.
N’oublions pas que ces dernières découvertes de la science, connues des hermétistes depuis longtemps, sont des manifestations les plus délicates de l’astral sur le plan physique, presque le lien du troisième et du second plan.
Quand les savants attaqueront la projection du son astral, l’alliance du son et des couleurs, saisiront les formes flottantes dans l’astral, en un mot tout ce que les songes creux d’occultistes voient depuis longtemps, le progrès aura marché grand train, et les expositions de l’an 2000 et au delà nous réservent encore des merveilles ; en ces temps futurs, la théorie des corps simples aura vécu et peut-être osera-t-on enfin sou-
tenir que la matière n’est qu'illusion et que seules ridée et l’âme existent réellement. Surmontant le tout, la Tour Eiffel s’élève gigantesque. Nouvelle Babel, elle semble défier le ciel, pareille au squelette d’une girafe géante, digne pendant du léviathan de la Kabbale. Mais, la nuit, elle devient vraiment intéressante lorsque son sommet sert de champs d’expériences à des projections électriques. Certaines sont des plus surprenantes, des plus puissantes, c’est un vrai soleil luisant dans la nuit, dont on ne peut à peine soutenir l’éclat. Mais fixez longtemps, bientôt flottera devant vous comme un dragon noir, démesuré,, et grâce à la persistance des images sur la rétine on le voit voler longtemps dans l’air comme un élémental puissant et grimaçant, lors même que le rayon lumineux a disparu.
On a essayé quelque chose pour établir la liaison existant entre le son et la lumière colorée, avec l’orgue à couleurs du palais de l’Optique, maisla tentative me semble bien enfantine; on aurait pu trouver beaucoup mieux. Ainsi le palais des Illusions qui se revêt successivement de teintes à éclat variable aurait pu être éclairé progressivement suivant les indications d’un morceau de musique choisi et qu’on aurait fait entendre en même temps.
Au monde souterrain, au palais de l’Optique et en d’autres lieux on voit la formation de la terre, l’évolution de la forme animée, mais si nous interrogeons les expositions de l’Inde, du Japon, de l’Océanie même dans leurs productions artistiques, nous percevons par une autre voie toutes ces formes comme sorties
<ies cerveaux des artistes et si péniblement retrouvées par les savants... elles flotteiît donc dans l’invisible ?
Il ne nous a pas été donné de voir une collection •complète d’attributs de sociétés secrètes — et pour cause ! — Cependant, comme marques de fabrique, les triangles mac.*., les mains entrelacées, les étoiles à cinq ou six pointes abondent. Enfin, dans la splendide reproduction des costumes de l’armée allemande, on voit un cavalier-garde de la fin du xvii® siècle tout de blanc habillé avec sur la poitrine un immense soleil d’or portant au centre en lettres hébraïques brodées en argent le mot : lEVE.
N’oublions pas que nous sommes aux origines de la puissance prussienne et qu’elle s’appuya longtemps sur les loges diverses.
L’exposition des Missions catholiques nous offre groupés les types des fétiches et amulettes de presque toutes les régions du globe. On peut ainsi faire de faciles et fructueux rapprochements. Juste en face d’un beau portrait de Léon XIII, qui, comme pape de la catholicité, s’intitule le représentant de Dieu sur terre et semble présider d’un visage satisfait à cette exhibition, s’étale une vitrine pleine de bouddhas indiens d’une grande valeur. Pour la plupart des visiteurs, ces bouddhas sont une des incarnations du diable et non l’image d’une première union du Principe divin avec le principe humain.... Introduisons la religion du Christ, mais ne brisons les soi-disant idoles qu’avec respect, par elle est passée autrefois l’invocation à l’invisible, les formes changent, seule la source de tout est et restera invariable.
Dans ces boutiques chinoises, on voit travailler la jagodiie, sorte d’albâtre, elle se transforme en loupes, animaux, dieux, etc., mais on en fait aussi une sorte de petite lampe (nommée ici encrier), absolument dans les formes des lampes antiques de Rome ou de l’Asie Mineure. On voit que tous les peuples ont puisé les premières formes de leurs arts à une source unique, et je terminerai en émettant une idée qui m’est venue en examinant les cailloux du sable grossier répandu à profusion dans toutes les allées del’Exposition. 11 doit y avoir eu un âge avant même celui de la pierre éclatée précédant lui-même Tâge de la pierre polie, car on trouve très souvent parmi ces silex naturels de vraies pointes triangulaires à formes diverses. Lorsque les hommes tendirent le premier arc, ils durent d’abord fixer au bout de leurs flèches des pierres semblables à celles dont je parle, et ce n’est que plus tard qu’ils en taillèrent de pareilles, par esprit d’imitation. Ils copièrent une forme, car toutes les formes fixées sont éparses dans les productions de la nature, et celles non encore réalisées flottent en astral prêtes à éclore — le voyant les perçoit.