LA CRÉATION
Le cardinal Bellarmin, le meilleur des catéchistes, enseigne qu'il est nécessaire de connaître Jésus- Christ pour obtenir le salut éternel : parole politique.
Qui refuse son adhésion à la vérité renonce l'éternité : mais la vérité ne s'appelle Jésus que depuis dix-neuf siècles et même actuellement elle porte d'autres noms, en d'autres lieux, comme elle en a porté pendant les sept mille ans de civilisation antérieurs au Messie. Les Israélites n'ont aucune supériorité morale sur les peuples qui les ont précédés ou environnés. Aux douze articles du Credo il n'est pas fait mention du peuple ni du dogme Juif.
« Je crois » signifie la double adhésion du raisonnement et de la volonté. Pour exprimer le comrnen-
cernent d'une chose qui a un grand cours, ridée de famille, et par conséquent l'idée de père, s'impose à notre esprit. Les termes appliqués à Dieu prennent leur réalité de nos habitudes intellectuelles et non pas de leur convenance à l'objet. Toute créature est engendrée, par conséquent la création elle-même est fille du Verbe. Si le Credo constitue la promulgation officielle de la foi, l'Evangile de saint Jean représente la conception exceptionnelle et magique du dogme ; or, Jésus est appelé par Jean le Fils unique du Père ; et, pour rapprocher ces deux textes, préférer cette version : Je crois en Dieu le Père, Créateur du Verbe.
Le Bereschit, compris en son vrai sens, satisfait mieux la raison que la Vulgate. Saint Jérôme, obéissant à un anthropomorphisme pratique, a traduit comme Michel-Ange a illustré. Le Jhoad de Moïse ressemble au Père Eternel du Florentin, conception sublime sur un mur, en fresque, déplorable en Théologie.
« Après la période des Archétypes, les êtres délégués par l'Etre (Elohim) modalisèrent la substance en mouvement et en matière (1) ».
« La terre était une latence de mouvement dans l'omnisubstance à l'état hyperconcentré. Aucun
(1) Les onze chapitres du Bareschit, traduits par le Sar Peladan.
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fluide n'était encore en vibration ; les semences et les germes se trouvaient comme annulés par la compression moléculaire. Le verbe divin, individualisé dans les Elohim, était seul vivant sur la totale passivité négative des forces. »
Il est doux à la créature de penser qu'elle a été modelée par l'Absolu et qu'à sa première faute elle a reçu le reproche direct et face à face de la divinité. Cette intimité entre Dieu et son œuvre ne soutient pas la critique. Saint Denis, seul, pourrait dire si les neuf chœurs étaient contenus dans le Logos primitif; pour le plus humble des théologiens, il est clair que dans la création des mondes et de l'humanité Dieu est absent en tant que personne. Il faut accepter, comme la meilleure traduction du mot Elohim celle-ci : les êtres délégués de l'Etre. Partout cette formule : le monde a été fait de rien ; il a été fait du Verbe divin ; car toute chose était en lui et rien n'était hors de lui. Seulement, avant la création organique que ce monde et nous-mêmes représentons il y eut la création des séries spirituelles. Dieu y choisit ses anges et les délégua à la création de l'homme. Gomment traduire ce passage du Psalmiste : « tous les dieux des nations sont des daimons, mais le Seigneur a fait les cieux », par ceci « que les dieux des nations sont des esprits malins et mauvais ». Ce sont des esprits intermédiaires et intéri-
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maires qui ont travaillé imparfaitement dans le sens de la perfection en attendant la venue du Parfait qui est Jésus. A partir du quatrième chapitre, la Genèse n'a plus de sens philosophique appréciable.
Les périodes de la création concorden t avec les découvertes scientifiques, si l'on traduit selon l'ésotérie. La Religion et la magie croient également à Dieu le Père, créateur du visible et de l'invisible, mais s'adressant à une faculté particulière de l'être humain : l'une prend les expressions au sens propre et l'autre au figuré ; l'une dit que Dieu fit l'homme du limon de la terre et la femme d'une côte de l'homme : l'autre remplace l'idée du limon par celle d'élément adamique et la côte par le côté passif ou réflexe de l'androgyne. Les meilleurs livres de piété fourmillent de niaiseries : un cardinal vous dira que la femme est tirée du côté d'Adam pour montrer qu'elle doit lui être collatérale.
Donc, le premier article du symbole affirme l'unité du principe créateur.
Le mystère a une orientation : il y a le mystère d'en haut, c'est-à-dire la théurgie et son ombre, le mystère d'en bas, c'est-à-dire la goëtie. Au niveau de l'homme se trouvent ses semblables et la nature. Si la mystique se définit l'établissement des plus intimes rapports entre l'homme et Dieu ; la magie se
v. — l'occulte catholique ICI
définirait l'établissement de rapports conscients entre l'homme et les hommes : l'homme et la nature et enfin, l'homme et Dieu. La formule pneumatologique de saint Denys plonge ses racines dans FAvesta; cela n'ôte rien aux origines cénobitiques de la mystique chrétienne, car la vie érémétique a eu son berceau dans la vallée du Nil et saint Antoine nous représente l'état du yoghi indien avec plus de rayonnement. Le pouvoir des cénobites sur les fauves et môme sur les éléments, est hors de doute. Saint Antoine passe le Zeus sans se mouiller, Théon va par le désert avec une escorte de fauves, saint Didyme marche sur les serpents : la plupart des solitaires devinent plusieurs mois à l'avance qui viendra les visiter et sont avertis à de grandes distances du trépas de leurs frères. Saint Antoine l'emportait dans des discussions publiques sur les néo-platoniciens et il était peu cultivé ; on lui attribue ces importantes paroles : « Mon livre, ce sont les créatures, je les ai toujours devant les yeux et j'y lis quand je veux la parole de Dieu qui y est écrite. » Gela est conforme à la gnose : les formes de la vie organique sont les signes de la loi supérieure, et l'intelligence théoriquement, et la prière pratiquement, perçoivent la cause dans l'effet, la loi dans l'événement et l'âme à travers le corps. Lorsque les solitaires de l'Oxyrinque réalisaient l'idéal mystique, simultanément, les Am-
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monios Saccas, Plotin, Porphyre, Jamblique s'efforçaient à constituer une mystique philosophique, un ascétisme intellectuel, poursuivant comme suprême idéal cette union théurgique que l'immense Plotin obtint quatre fois en sa longue existence. A ce moment et entre ces très grands personnages de l'histoire, s'accomplit la scission de la magie et de la religion. Un essai de mystique pratique au Moyen- Age, a été la chevalerie, magnifique mouvement, parfaitement conçu et qui a tiré du monde féodal toute la lumière dont il était capable ; la chevalerie fut un chef-d'œuvre d'idée incomparable, sauf au saint Temple ; quels qu'aient été ses abus, elle représente le plus haut idéal d'action de l'ère moderne. L'antiquité a Hercule et Thésée ; le monde chrétien a eu des générations entières de héros; de cette souche merveilleuse est sorti le rameau sacré du Temple, qui, s'il n'eût pas été tranché par l'inconscience de son chef spirituel, aurait sauvé l'univers de la double hégémonie juive et protestante.
Certes, les militaires enthousiastes qui furent en contact avec le Vieux de la montagne et les savants émirs prirent quelques teintes d'hérésie. Le Dante, qui a été l'Homère de l'idée chevaleresque, apparaît Albigeois en quelque chose ; avant de prendre cette épithète pour un blâme, il faudrait préciser la secrète doctrine des Trouba-
dours, problèmes d'histoire idéologique qui ne s'abordent pas incidemment; l'abominable Réforme n'a aucun rapport avec FAlbigéisme ou doctrine occitanique. Ce n'est pas toujours l'erreur qui se cache, c'est quelquefois la vérité qui attend. L'intellectuel rêve de réaliser religieusement sa pensée et le dévot, saturé de satisfaction par l'extase, repousse les formules intellectuelles, inutile superfétation aux évidences et aux satisfactions de la foi. Chacun ne comprend que son vide, borné dans sa volonté par ses seuls besoins. L'intellectualité ne doit attendre aucune justice de la sentimentalité parce que la première est en perpétuelle appétence, tandis que l'autre, plus ordinairement satisfaite, s'immobilise aux matières de foi. Hugues et Richard de Saint-Victor divisaient la mystique en trois étapes : institution ou prétendu état paradisiaque ; destitution, conséquence du péché originel et restitution, c'est-à-dire recouvrance de l'état de grâce. Ces formules, basées sur un texte mal compris, ne peuvent être adoptées par l'occulte •qui possède la théorie de l'évolution et de l'involution ; mais ces deux auteurs cités ont présenté un remarquable tableau de l'ascèse mystique. A leur sixième degré, l'homme passif sous le rayonnement divin, est possédé de Dieu ; sa volonté disparaît dans l'élan animique et l'occultiste, clas-
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sique ou moderne, ne saurait nier l'identité avec de Yhénosis, l' ineffable spasme divin.
Porphyre et Plotin étaient des intellectuels mystiques : ils ont réalisé la plus grande illusion possible à l'homme, l'union avec la cause: mais, le plus humble a dans l'Eucharistie, l'hénosis réalisable sans effort et à tous moments.
L'illusion de Porphyre et de Plotin réside en un point d'une importance transcendante. Y a-t-il une union d'intelligence avec la cause, différente et supérieure à l'union d'amour?
Je crois être allé assez haut dans l'abstraction pour opiner seul et négativement.
Hénosis ou période unitive de l'ascétique constitue un phénomène de la personnalité où l'àme et l'esprit, mêlés en une aspiration, cessent leur faculté respective pour se tendre en passivité adorante à la possession d'en haut. L'entendement est donc ici seulement appétant; l'ancien mythe de Sélémé : il n'y a rien à comprendre, il faut sentir le baiser du mystère et en prolonger les harmoniques.
L'œuvre de doctrine a son succès dans l'extrême clarté, obtenue même au détriment de la variété : en art, le motif dominant sera contrepointé à nouveau chaque fois qu'il paraît ; en métaphysique, la proposition revient identique, fatidique, toujours nue, afin de frapper par la permanence du primordial
aspect. La portée de ce livre réside entière en un théorème : l'occulte est le domaine de la pensée abstraite; la magie est l'art de la polémique surnaturelle ; la Religion, le lieu, le moyen et la forme des forces et des joies individuelles.
Religion et Gnose, exolérisme ou esolérisme sont filles de l'Orient, et les traditions essentielles en partie, en totalité, seraient de simples archaïsmes réfrac tdires aux réalisations.
La spécialisation, caractéristique de la science actuelle gouvernée par l'analytisme, relève l'occultiste des études secondaires : synthétisle en théorie, il doit l'être aussi en pratique et se refuser au morcellement d'activité qui est l'essence même du magisme des clavicules.
Les conjurations élémentaires se réduisent toutes à l'affranchissement l'opérateur : le reste est oiseux.
Les solitaires ont-ils fui les tentations ou ont-ils couru aux tentations? Jamais le citadin ne trouvera les pierres d'achoppement que la seule imagination fait surgir devant l'ermite. Entre la pensée et la nature, il y a une antinomie formidable; le grand Pan est si bien une réalité que les races exposées à une nature trop rayonnante sont devenues fatalistes ou irrémédiablement passives.
Les grandes productions de l'esprit viennent des régions tempérées : sous un climat, trop formel, la
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pensée rêve, le rêve halluciné, el l'Inde, malgré sa prodigieuse puissance métaphysique, a produit des œuvres où il y a plus de lianes que de cèdres, c'està-dire une surabondance d'incidences telle que l'Occident s'est rejeté sur la netteté rigoureuse du mosaïsme.
Du point qu'il occupe dans la création, sommet do l'organisme, extrémité inférieure de l'esprit, l'homme n'a qu'à regarder l'échelle descendante, qui se déroule au-dessous de lui, et, se considérant comme le zoophyte spirituel, de remonter en esprit la série inorganique jusqu'à l'archée. 11 découvrira alors toute la pneumatique : série qui s'élève en proportion croissante, commence au daïmon ou génie, se continue par range et monte les degrés des neuf chœurs, après lesquels l'entendement ébloui ne voit plus. L'erreur de l'Eglise reproduite et aggravée par la magie, a été d'enseigner l'existence d'un courant noir dans la série spirituelle : la substance se corrompt et l'essence s'obscure. II y a des esprits obscurés, il n'y a pas d'esprits mauvais.
ARCANES
DE LA