LA RÉDEMPTION
Le premier article du Symbole constitue le déisme; il confesse l'unité principielle, il équivaut à l'Alcoran « il n'y a d'autre Dieu que Dieu » ; le second contient le christianisme, il reconnaît à Jésus les caractères de seconde personne divine.
Dans les commentaires autorisés du symbole, on ne mentionne pas l'étonnante signification de la parole Joannite. « Il y eut des témoins qui rendirent témoignage à la lumière, mais aucun n'était la lumière elle-même, quoique la vie morale, c'est-à-dire la conscience, fût au cœur de l'homme. Le verbe était présent dans ce monde qu'il avait créé et on ne le sentait pas; il se présentait chez ses vassaux et il n'était point reconnu; mais de tout temps, en tout lieu, ceux qui l'ont reconnu se sont révélés par cette reconnaissance même, fils de Dieu : ceux qui ont
AMPHITHÉÂTRE DES SCIENCES MORTES
parlé au nom du Verbe et conformément au Verbe sont, mieux que des élus, les précurseurs du Christ; et ceux-là il ne faut pas demander de quel sang ils sont sortis, à quelle race ils appartiennent, ni d'où ils viennent, par leur adhésion au Verbe ils sont nés une seconde fois, et nés de Dieu, intermédiaires entre l'homme et le Verbe. Ces mômes daimons, dieux de la gentilité, les cardinaux les appellent malins esprits. Quelle sublimité : cet apôtre, familier de la Divinité avec laquelle il a matériellement vécu, rend encore un solennel hommage à ceux qui n'étaient pas la lumière mais qui rendirent témoignage à la lumière. Imposante salutation que celle du disciple bien-aimé aux Oannès, aux Moïse, aux Zarathoustra, aux Orphée, aux Manou, aux Krisnah, aux Bouddha, à ceux plus nombreux encore qui n'eurent pas une race pour l'écho de leurs paroles mais qui illuminèrent de leur lucidité les notions abstraites de l'au-delà. Pourquoi l'Eglise méconnaît-elle des mérites que son fondateur a reconnus ; pourquoi ce mépris du catholicisme envers les autres témoignages à la lumière que constituent les dogmes et les philosophies ?
Certes, Jésus réalise la perfection religieuse et l'imagination ne conçoit aucune entreprise de foi comparable; il n'est pas chrétien celui qui voit le christianisme comme une religion parmi les autres.
On n'oppose pas des dogmes entre eux. Un dogme
v. — l'occulte catholique
esL une vérité présentée sous l'angle de réfraction qui convient à une race. L'Occident ne contient pas un seul bouddhiste et je ne suis pas bien sûr des conversions que l'on fait en Asie ; je ne parle pas des missions anglaises ; le pasteur protestant est une caricature sinistre ; le sacerdote grec est aussi attristant.
Repousser une partie de la tradition ou refuser la discipline sont plus que des absurdités, des négations de toute religion. Le péché de Satan, le péché des plus grands hommes qui se sont manifestés hors de la foi, a été l'entêtement dans des vérités inopportunes.
La thèse, la plus simple, la plus légitime, poussée à l'excès et réalisée hors de propos, engendrera des crimes épouvantables malgré que les prémices soient célestes.
Oui, Jésus-Christ est Dieu, Il Test devant l'intelligence comme devant la foi, mais devant l'intelligence sa divinité n'éclate que par comparaison. Celui qui connaît les grandes religions du passé seul est rationellement convaincu de la divinité du Christ : l'étude amène une certitude absolue.
Jésus est à moité masqué par Jéhovha, comme les lieux saints par les mosquées; si on s'embarrasse dans l'interprétation des prophètes, si on suit les errements cathéchistiques, la divinité de Jésus reste
172 AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES
douteuse, cor l'esprit ne conçoit une chose que par son contraire: il est absolument impossible de penser sans dualisme, une formule ne s'éclaire que par antinomie : sans ombre, pas de lumière, pas de relief. La distinction, procédé élémentaire de l'entendement, porte au moins sur deux termes. Saint Jean, qui avait, certes, aussi à cœur qu'un catéchiste la gloire de son Dieu, au lieu de l'isoler dans une conception étroitement habile, a pensé à l'avenir, à l'universalité des lieux et des races et il s'est conquis d'un coup la confiance de tous les esprits en les conviant à comparer Jésus avec ceux qui avant Lui tentèrent la culture de l'âme humaine.
Oui, le Verbe s'est fait chair et c'est là le seul mystère vraiment effroyable de l'enseignement.
Dès qu'il y a pénétration entre deux séries, il va des zones frontières et ces zones comportent des êtres médians. Or, l'homme universel a toujours tenté d'établir des rapports réguliers entre lui et le monde supérieur ; qu'il conçût l'unité ou la pluralité créatrice, un instinct l'avertissait qu'un pacte était nécessaire entre le visible et l'invisible ;. la religion considérée comme phénomène exprime l'instinct concordataire de l'homme avec sa Cause. La prière fut l'expression instinctive de ce besoin pour conquérir la bienveillance de son roi céleste, et l'effet, suivant l'acte, consolation, miracle ayant répondu
v. — l'occulte catholique
d'une façon positive aux demandes, il fut expérimentalement démontré que l'homme, après épuisement des ressources de son expérience, de sa force, de sa raison, peut encore espérer un recours en s'adressant à l'invisible. Ainsi, le prêtre qui a pour unique mission de cultiver les rapports humains avec l'au-delà, devint l'être le plus qualifié de la civilisation, l'être intermédiaire entre ses frères et le Créateur.
Isolée de la gangue qui se forme toujours sur n'importe quelle idée réalisée, l'institution sacerdotale apparaît la seule magistrature de l'humanité indispensable à son développement, et qui représente sa lumière morale. Quelle limite attribuer à la montée de la prière et à la descente de la miséricorde ?La projection de l'âme humaine se borne aux lois de la création ; la descente de la miséricorde également se limite par la justice, c'est-à-dire que la puissance de Dieu étant concentrique à sa prescience, la réponse à notre question, à notre prière de l'instant est faite depuis le commencement des siècles, conception difficile à notre esprit qui matérialise tout ce qu'il conçoit et qui s'obstine à voir Dieu intervenant dans les circonstances tragiques comme l'exempt de Louis XIV. Le problème de la religion consiste à rendre Dieu présent aux fidèles; les religions incarnent de la divinité, la
174 AMPHITHEATRE LES SCIENCES MORTES
logique de l'âme veut la bonté simultanée avec la puissance, et que le Très-Haut se penche vers le très bas qui veut monter. Pour combler la distance du fini à l'infini, il faut que Dieu se réalise, c'est-àdire s'humanise, et II ne peut s'humaniser que d'une façon indirecte et déléguée sous la forme de son Verbe qu'il incarne dans l'être choisi devenu alors le véhicule de la volonté divine. La bible entend par cette expression que Jahvé fait alliance avec l'Israël sous les traits d'un Moïse. Une religion a deux problèmes à résoudre : celui du bien et du mal, et celui de l'autre vie. Le mal étant un désordre, une diminution, une obscuration du bien, n'est que transitoire, tandis que le bien s'annonce éternel.
Cette vie ne présente pas d'une façon évidente les traits d'une justice exactement distributive ; elle est considérée comme une étape du devenir. Et quel devenir proposer à l'homme, sinon son ascension vers le Parfait, vers la Cause? La rédemption est une conception presque neuve en matière religieuse, car les Juifs attendaient un Barko-Kheba vainqueur, un David guerrier, héros national ; or, Jésus revêt, comme principal caractère, l'universalité. Il n'est pas venu pour une caste, ni pour une race, Il est venu pour l'humanité et son Verbe n'empruntant rien aux expressions d'un lieu est virtuel partout et auprès de tous. Le scribe ne trouve aucun dé-
saccord entre son enseignement et les livres, et l'homme sans lettres le comprend et peut le suivre.
Quel miracle que l'Evangile où le génie et l'ingénu également s'éblouissent ; devant ce livre, comme devant le berceau de Bethléem, les rois mages et les bergers s'agenouillent et adorent. Que vient faire ici la race de David : que viendrait faire la race des Hohenzollern dans la splendeur de Wagner, et celle des Bourbon dans la perfection de Racine et les Stuarts dans l'origine d'un Shakespeare ! Nous dédaignons la descendance royale quand il s'agit d'un grand artiste et on nous la mentionne quand il s'agit de Dieu ! Dérision !
Ouvrez un catéchisme de persévérance, il y a dixhuit figures du Messie : Oh! c'est approuvé par le Pape Grégoire XVI. Dieu n'a fait connaître que par degrés le mystère de la Rédemption et les promesses nationales d'Israël nous manifestent le peuple, la tribu, la famille d'où devait sortir le Messie.
Adam est une figure du Messie, parce qu'il est le père 'de tous les hommes selon la chair, et N.-S. le père selon l'esprit. A propos d'Abraham, il y a des parallélismes de cette force « Isaac porte le bois qui doit le consumer, et N.-S. porte sa croix. Joseph, ce héros d'un conte, et Jonas sont des précurseurs?
Comment un Pascal a-t-il pu trouver dans les prophéties d'Israël, la preuve de la divinité du Christ?
AMPHITHÉÂTRE DES SCIENCES MORTES
Il n'est pas d'invraisemblance, de folies, d'inutiles et absurdes miracles qu'il ne faille justifier pour souder les livres d'Israël au livre universel.
L'Evangile n'est jamais irrationnel : la résurrection de Lazare est le grand miracle ; le reste, c'est de la divinité humanisée, le Logos dans sa pure irradiance.
Si on soutenait que les ruines assyriennes de Ninive expriment la môme race que l'acropole d'Athènes, on ferait rire; et cependant on veut voir dans la cathédrale ogivale le développement du Temple de Salomon, ouvrage phénicien, au figuré.
J'ai dit que la Rédemption avait coexisté avec la Création en puissance, et j'en ai donné les raisons Aristotéliques. On se demande, sans réponse satisfaisante, pourquoi la Messiation se réalisa à Jérusalem, qui n'a jamais élé ni le centre de TOrient, ni le lieu d'une civilisation rayonnante? Israël n'a que son livre : il n'a ni art, ni surtout les qualités qui font d'un peuple le civilisateur des autres. 11 n'a rien donné, jamais : farouche, égoïste, hautain, cruel, aïeul de l'arabe, il a exterminé tout ce qu'il a pu, et s'est conservé avec un entêtement prodigieux que les malheurs ont rendu sublime, il a résisté à tout, tandis qu'il est resté dans son Ghetto; aujourd'hui le juif n'existe qu'à la Bourse, et on ne quitte pas ce temple pour reconstruire celui de Salomon. Quelle
v. — l'occulte catholique
autre raison eut Jésus de choisir Jérusalem que la cruauté fanatique de ses habitants? Aux bords du Gange, jamais le Galiléen n'aurait trouvé cette mort infamante, il fallait des brutes plus féroces que des sauvages, des brutes telles que le fanatisme sémitique seul en produit, il fallait de futurs mahométans, il fallait la race de Mohammed pour que l'Agneau de Dieu fut sacrifié.
Jésus a été condamné au nom de Moïse et de sa loi, par de mauvais cohènes, mais qui étaient de bons juifs. En leur âme et conscience pouvaientils reconnaître le Messie en cet homme suave et doux, qui venait ruiner leur séculaire croyance ?
Il serait absurde et impie d'établir aucune comparaison entre Savonarole et le Christ : mais ce moine, d'un zèle furieux exagérait seulement la vérité, énergumène et insoumis au sens militaire de la discipline, mais d'une foi de feu et d'une vertu certaine. Cependant le pontife romain» fît brûler ce dominicain qu'il aurait pu également canoniser quelques années plus tard. Et l'on s'étonne que le peuple juif et ses cohènes aient méconnu le Christ qui proférait une parole inassimilable à leur race, contradictoire à leurs traditions. Le sermon sur la montagne insulte au génie mosaïque, tandis que les races prêchées par le Boudha le recevraient en leur cœur, sans effort.
178 AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES
Pilate, le fonctionnaire, se lave les mains devant le peuple ; c'est bien l'âme d'Israël qui hurle non Jesum sed Barrabam, c'est bien le peuple de Dieu qui crucifie le fils de Dieu, c'est bien la Thorah qui fournit la sentence et non le pouvoir central.
Un seul homme a pitié, le latin Pilate, l'arya, il veut délivrer Jésus, il l'essaie à plusieurs reprises.
Un militaire, un fonctionnaire, a plus de sensibilité et de discernement que les scribes et le sanhédrion? Non ; mais au nom de Moïse le sanhedrion livre Jésus à la plèbe :
Jésus mort, le Christianisme né, qui sera cause de la scission entre les néo-platoniciens et les chrétiens, l'élément sémitique du sacerdoce?
Le dogme fondé, la forme catholique florissante, qui va, au début du vne siècle, arrêter l'essor de la Croix et mettre en péril les races chrétiennes, les petits-fils de Moïse, les hommes du Koran. Mohammed a continué» Moïse, moins le vrai génie : mais ni le plagiaire ni le prodigieux législateur n'a travaillé au bien de l'humanité et Israël comme l'islam ont été les ennemis du genre humain tout entier.
L'étude des religions date presque du xixe siècle, née des traductions et des fouilles, elle ne permet plus de supporter que l'adorable Christ ait aucune solidarité avec les haïssables gens de Jéru-
v. — l'occulte catholique
salem. Ils furent choisis pour bourreaux de la sainte victime, et voilà tout leur rôle.
Qui aime Jésus, studieusement, ne peut sans colère penser que les lieux saints sont encore aux mains sémitiques. Si les peuples qui prétendent suivre l'Evangile, envoyaient seulement leurs ambassadeurs au Sultan, Jérusalem serait remise aux mains chrétiennes : mais la foi française, la foi anglaise, la foi russe sont imposture : le Christ ne leur sert que de manteau à hypocrisie, et ils se servent de l'Agneau de Dieu pour masquer leurs trames de loups dévorants.
Le Verbe de Jésus a trouvé un ennemi qui résume les scélératesses humaines sous un masque |rationnel, c'est la Patrie. D'un bout à l'autre de l'Occident, il n'y a pas un homme valide qui ne soit forcé sous peine de mort, de devenir assassin et voleur, selon l'intérêt de la Patrie. On s'efforce d'établir de la justice entre les individus, et le banditisme est officiellement le rapport avoué de peuple à peuple. L'Occident christianisé apparaît une série des hordes qui se guettent entre elles, et trop lâches pour s'entredévorer se précipitent sur l'Asie et l'Afrique, qu'elles pillent et dépeuplent.
La seule paix que l'Angleterre laisse au monde est celle que lui conseille sa sécurité : John Bull apporte la civilisation aux brahmanes, ce peuple
AMPHITHÉÂTRE DES SCIENCES MORTES
de pirates, de boxeurs, de sodomites, de protestants apporte l'Evangile au pays de la Baghavad : et dans les rues de Benarès, l'anglais du schoking et du cant arrache le voile de la femme hindoue qui passe au bras de son époux. La férocité du Français en Algérie et en Extrême-Orient est assyrienne. La Patrie, prétexte de tous les crimes, mère Gigogne de toutes les infamies, s'autorise du Pape : le Pape trahit son Dieu pour la péninsule : le Pape s'évanouit après la défaite d'Adouah, équitable châtiment : et il reçoit des leçons de christianisme et d'humanité du Négus, lui, vicaire du Christ. Perpétuellement, du haut de la chaire de vérité, on jette la poule d'eau, on parle jeûne, abstinence, mais on bénit les antropophages qui partent pour l'exercice de l'homicide et quand les Français ont massacré, volé, pillé, tué un petit peuple; le prêtre catholique célèbre le Dieu des armées ; les voyezvous, ces officiers qui approchent de la sainte table, ils ont tué. Oh! pas un homme mais cent ; ils ont volé. Oh ! pas un porte-monnaie, un pays; ils ont violé. Oh ! des femmes étrangères ; ils ont fait leurs ordures dans des temples. Oh ! ce n'étaient pas des temples protestants. Ils ont incendié. Oh ! pas une meule de foin, cent villages, ce sont des justes, des patriotes et ils reçoivent, ô sacrilège, le corps et le sang de l'Agneau.
v. — l'occulte catholique
Chrétien, l'Occident chrétien, Risée ! Madame la Patrie a remplacé Madame la Vierge, mais au jour du jugement, hommes de sang, bourreaux et bandits, armées entières, vous serez rejetés de l'éternité, car vous êtes le blasphème du Christ et l'abomination de la terre et du ciel.
Le péché de l'individu, qu'est-il auprès du péché national, et nul ne se lève pour le nommer. La casuistique a compté les plis du drap conjugal mais elle n'a pas vu encore les quinze millions de cadavres qui ferment l'horizon du siècle, avec au bas de cette pyramide de cadavres Bonaparte fecit. A la raison d'Etat aussi noire et scélérate que l'instinct, il faut opposer la raison d'humanité.
ARCANES
DE LA