L'INSPIRATION
Croire au Saint-Esprit, c'est le reconnaître dans toutes les traditions, même en majeure partie erronées, et à la fois le pressentir dans la gestation actuelle ; c'est, surtout, le discerner dans les hommes imparfaits, dans les œuvres souvent perverses.
L'Absolu de l'erreur n'existe pas : non plus, chez aucun homme, la méchanceté radicale. Mais la paresse intellectuelle préfère décerner des couronnes ou lancer des anathèmes que de séparer studieusement l'ivraie du froment, dans une doctrine.
Le Saint-Esprit n'admet pas ces appellations ridicules, les Gentils, les Païens? Qu'est-ce qu'un gentil, un homme qui n'est pas juif, et quelle place numérique était celle de la Judée ? la moindre de tout l'univers.
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La Force est nécessaire au triomphe du Droit, mais elle ne se manifeste jamais sans abus : chacun, suivant qu'il sera bilieux ou nerveux, décidera son rejet ou son règne et chacun aura tort. Rien ne possède en ce moment des caractères si tranchés et il faut choisir non entre deux choses également bonnes, mais entre les parties de chacune.
Le bien ne s'opère que par combinaison avec un accident d'opposition : la vertu n'existera que par la victoire de la volonté sur l'instinct ou le personnel intérêt.
La difficulté est donc constitutive de l'œuvre et la tentation, de la sainteté : cette matière est une des plus obscures de l'occulte, elle bouleverse nos catégories d'entendement et nous force à ne pas trancher au vif et superficiellement.
Pour le simple, l'humanité se divise, depuis son aurore, en deux parts : Israélisme et Gentilité, un peuple de Dieu et les autres peuples : cela ne fatigue point l'esprit.
Mais cela n'est pas vrai : le catéchisme ment ?Le mensonge n'existerait que si on le proposait à qui peut le percer ; quand on dit à l'enfant que le petit Jésus le surveille, est-ce un mensonge ? or, les hommes sont des enfants et les pasteurs doivent proportionner leur parole à ceux qui les écoutent.
La dévote persuadée qu'elle verra Dieu ne sera pas
v. — l'occulte catholique
déçue, l'ombre de l'aile d'un ange suffira à l'extasier.
Dans une civilisation où tout le monde prétend à tout savoir, à tout faire et à tout être, il est difficile de faire accepter la hiérarchie des êtres.
Egalité est le mot le plus affiché même sur les Eglises et il veut dire ignorance incurable. Les Latins ont même perdu la faculté d'admirer, peuple de rois, écoles de maîtres, tels les pays d'Occident : les plus grands hommes du passé n'y trouveraient ni sujet, ni disciple.
L'œuvre providentielle s'élabore avec des éléments plus dispersés et mélangés qu'autrefois : il y a encore de l'ordre par la coercition, mais il n'y a plus d'obéissance véritable, faute d'autorité légitime.
Depuis la mort de Lacordaire et de Gratry, l'inspiration abandonne les clercs et passe aux laïcs. Parsifal, l'Evangile même en musique, l'Eucharistie réalisée en art est l'œuvre d'un homme sans religion et dont la dalle ne porte aucun signe de rédemption. Un autre génie, moindre certes, mais croyant, Franck qui a fait de l'art mystique n'a pas rencontré la gloire, car les catholiques de ce siècle sont les ennemis de la pensée et de la beauté, les fervents sectateurs delà niaiserie. Mois de Marie ou statue d 'autel , images ou méditations, églises même et apologétique, tout cela est sans soin, sans art, sans beauté : à l'œuvre de Dieu, point d'efforts et il a fallu qu'un acteur lut
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en public du Massillon, pour révéler à beaucoup, ce que fut et ce que pourrait être l'éloquence de la chaire.
La parole de Dieu dédaigne les artifices et les vains ornements : et le curé Bottom fait son prosne avec moins de soin que le journaliste son article.
Illisible, la littérature pieuse ferait croire à la stu pidité de tout ce qui est dévot ; et combien, je ne dis pas d'intellectuels, mais de femmes qui ne trouvent plus un directeur, voire un confesseur.
L'Art seul fait encore sa prière de façon à être écouté par les anges et ils en témoignent au Très- Haut. Les pasteurs ne savent plus paître leur troupeau, ils sont modernes et administrateurs, fonctionnaires d'Etat, non pas apôtres, commissaires de la religion et non évêques.
Le don de subtilité est le don le plus essentiel de l'Esprit-Saint ; il permet de découvrir des trésors sacrés enfouis en terre profane et des objets profanes instaurés indûment en office sacré : il permet de se nourrir l'âme et l'esprit de tous les fruits défendus au reste des mortels; il constitue une élite dans l'élection même : à travers les modifications transitoires de la race et du lieu, il marque l'unité essentielle qui relie les religions entre elles et les philosophies'aux religions ; par ce don seulement, l'homme s'élève au-dessus de la sentimentalité, il
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pense, il conçoit au lieu de sentir et d'éprouver, c'est l'archi-don.
Il y a encore des persécutions mais il n'y a plus de martyrs : on a pu, dans toute la France, chasser les moines de leur couvent sans avoir de procès véritable à faire aux défenseurs. Entre le fanatisme qui attaque et la foi qui se défend, il y a un abîme et le sentiment de Tolstoï, qui est de laisser libre cours au scélérat aboutirait à l'anarchie et aux pires maux. Socrate a bu la ciguë pour obéir aux lois, mais les gentilshommes qu'on venait chercher pour l'échafaud n'obéissaient qu'à la stupeur.
Personne n'a quelque étendue dans les desseins : le parti de l'ordre ne connaît ni son devoir ni son droit, c'est un gendarme qui ne garderait que sa caserne. L'autre parti se manifeste par des crises d'aliénés. Quelques explosions stupides ont suffi à précipiter la bourgeoisie terrifiée dans les bras de l'armée et en attendant l'ère des prétoriens, on voit l'homicide national se tourner comme un ogre lâche sur le Petit Poucet national, proie facile, gloire sans péril ; — fusiller quelques manifestants. De conduite, de plan, de pensée rectrice, nulle ombre, ni en haut, ni en bas, on dirait un peuple d'avortons et d'idiots : et depuis bientôt trente ans, ce qui fut la France et qui n'est plus que le garni d'un tanneur, manque à l'équilibre du monde,
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facteur ancien et vénérable qui va s'annihilant.
La Providence n'emploie à son œuvre que les éléments donnés par le libre arbitre et à cette heure, elle est impuissante littéralement à distiller quelque bien de l'humaine fange : non que l'époque soit criminelle, mais elle ne livre rien de caractérisé et d'intense.
L'allégorique combat de la vérité et de l'erreur ne s'observe plus : ce sont des duels d'erreur à erreur et la victoire est toujours une défaite pour l'idéal.
La Turquie vit littéralement de ses ennemis, chacun à son tour la soutient par haine du compétiteur, et la curée de Constantinople est indéfiniment différée, parce que les chiens politiques se gardent entre eux, plus ennemis du partage qu'avides de la proie.
Un demi-million de cadavres chrétiens n'a pas dérangé le moindre ministre occidental. Il n'y a plus d'autre solidarité d'homme à homme et de peuple à peuple que celle de l'intérêt et les sociétés épuisent la force acquise pour durer, sans prévoir le prochain moment où elles se découvriront sans idéal et sans mœurs.
D'après ce qu'on voit de l'individu sans science ni générosité, on se figure le sort des races qui proclament l'ignorance et se cantonnent dans le plus bas intérêt.
Calame, ciseau, pinceau, burin, il faut une matière
v. — l'occulte catholique
aux mains de l'artiste : et si celui de la rénovation paraissait, il chercherait vainement la matière de son œuvre.
La civilisation latine ressemble à Titania magnétisée, elle couronne de roses et couvre de caresse, la brute immémoriale, le nombre qui est Bottom en art, et la stupidité en politique, et la routine en religion !
ARCANES
DE