L'EGLISE
La Magie enseigne, comme moyen non pareil de la puissance réalisatrice, la formation d'une chaîne de volontés étroitement rivées Tune à l'autre par un unique vœu : et tous les maîtres de l'occulte engagent leur disciple à former cette chaîne, formule ironique, car nul ne crée de tels courants sans incarner un événement providentiel, formule erronée car cette chaîne existe et telle qu'on ne la rêverait pas; ses anneaux passent et courent de l'outre monde au ciel même et elle s'appelle l'église militante, l'église souffrante et l'église triomphante. Les prières du Purgatoire (qui ne peut prier pour lui-même) et les bénédictions sans cesse répandues par les élus sur la terre, constituent un armement formidable et auquel rien ne résiste qu'en apparence et un court moment.
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Pourquoi donc rassembler une douteuse bande quand on a trois formidables armées? Parce que même les podestats prennent des instruments spéciaux pour leurs plus mauvais coups, et que Toccultiste rêve d'armer ses passions pour les mieux assouvir, enfin parce que l'orgueil humain préfère commander que d'obéir, et diriger que suivre.
L'occultiste est un féodal qui voudrait ériger un burg inexpugnable ou enfermer son orgueil et mettre ses secrets désirs en sécurité et en joie. Eh bien ! si l'on veut me croire, je le dis à tous : la Magie est inemployable aux intérêts individuels, et si quelqu'un y parvient, la punition ne tarde jamais.
Quel est le péché d'Amfortas? Est-ce d'avoir faibli aux tentations de Koundry? Non, mais de s'être servi de la sainte lance pour se défendre de Klingsor.
Les armes sacrées sont fatales aux combats profanes, voire à assurer l'impunité des fautes. A l'extase du Vendredi Saint, Parsifal a soin de nous dire, lui pur et qui cherche le chemin du Graal, qu'il ne s'est jamais servi pour sa. défense de la lance auguste.
Le prêtre qui trouble une âme dans l'acte de la confession est plus coupable que Tibère à Gaprée : car il s'abrite de Dieu même pour attenter au pro-
chain. Je l'ai dit ailleurs, el je dois le répéter ici (1). En face de la communion des saints, il y a la communion des pervers : à côté des traditions vénérables, il y a les errements sempiternels et l'église contient d'une façon latente un fanatisme musulman tisonneur d'autodafés et incendiaire de bibliothèques.
Or, jamais, nul au monde, fut-il hiérophante ou pape, n'a eu et n'aura le droit d'assommer au nom de l'Esprit; un bûcher ne prouve rien contre la victime, si la victime n'a point commis de crime matériel.
Certes, l'homme qui s'attaque aux âmes, est le pire assassin, et les attentats contre la Foi sont incommensurablement plus coupables que contre les personnes : il y a moins de sacrilège à tuer un prêtre qu'à insulter l'Eucharistie, mais l'homme ne connaît comme juge que des choses humaines, il a qualité pour venger l'humanité : non la Divinité. L'inquisition même en principe est infâme : elle supposerait une parfaite compétence et le moindre des rabbins brûlés en Espagne l'emportait en savoir sur Torquemada.
Au Verbe même pervers, on ne peut opposer que
(1) Le prochain Conclave. Instructions aux cardinaux, 1 vol. de 336, p. 3 fr. 50, Dentu.
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le Verbe, sinon toute religion ayant les mômes droits, puisqu'elle est la vraie pour ses sectateurs, serait une religion armée.
Certes, la vérité s'abdiquerait, à ne se pas défendre, mais dans la proportion et la nature même de l'attaque : et le feu de peloton ne sera jamais une preuve.
La répression théocratique s'écarte trop aisément de l'humanité pour qu'on l'autorise. Le bûcher où périrent après Savonarole, Jean Huss, Jérôme de Prague, Arnauld de Brescia servit de piédestal au médiocre Luther.
Les deux premiers étaient gens austères et éloquents : leur idée s'incarna dans le moine allemand tout à fait médiocre. L'initial mouvement d'une doctrine, à la contradiction, c'est d'invoquer le bourreau : celui qui ne conçoit pas Dieu à notre façon, blasphème! Non, j'ai vu tourner des derviches en extase, dont le visage réverbérait le ciel et simultanément rire des Franciscains aux trognes pantagruéliques et suant la bêtise et le péché.
Il y a dans le catéchisme de ma première communion, à cette question :
« Il y a-t-il eu des saints, parmi les Gentils?
— « Oui, mais en petit nombre ».
Quel que soit le poids qu'on accorde à mon témoignage, je n'ai vu en Orient d'autres saints que des
v. — l'occulte catholique
Gentils : et si on me posait la question catéchistique : Y a-t-il des saints catholiques, en Orient? je répondrais : « Peut-être, mais en petit nombre. »
La Communion des saints comprend les saints de Memphis et de Thèbes, les saints du Gange et de l'Oxus, les saints de l'Euphrate et de l'Eurotas.
Les Oannès, les Manou, les Orphée, les Zorastre, les Çakya Mouni ont engendré des légions de saints et de toute éternité ils se sont reconnus frères du même père et ont partagé leurs couronnes, aux applaudissements des neuf chœurs.
Faites agréer du vulgaire, clergé et fidèle, une fresque où saint Thomas et saint Augustin ôtent leur nimbe et [les mettent à Aristote et à Platon. Encore le sentiment religieux tolère-t-il les philosophes I Mais figurez les apôtres se levant pour céder la place à des brahmanes, à des lamas, à des mages, et les fondateurs de religion plus près du trône divin que les saints eux-mêmes : ajoutez les élus de l'Esprit, les génies, mettez-les au-dessus de tous les fidèles ; montrez Raphaël, Léonard, Michel Ange, embrassés, caressés par les Anges et enfin le Paradis en entier en admiration devant les poètes et les artistes ; mêlez le Parnasse, et Y Ecole d'Athènes à la Dispute du Saint Sacrement, et vous verrez les Franciscains serrer les poings et penser à vous assommer, car cette vision qui est certes la réalité
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céleste, confond l'ignare et rejette la crasse, l'ignorance, la routine, toutes les voies où marche, hébété, le bétail de la foi.
Chaque période a une dominante de direction divine : celle d'aujourd'hui est l'unification.
Les étonnantes découvertes récentes portent un caractère de diffusion des idées et de pénétration des races. Les expressions « internationale, cosmopolite, » sont des faits spirituels, il n'y a pas d'autre frontière véritable que la culture : il y a les civilisés qui se comprennent entre eux et les barbares ou les ignares qui sont forcément bornés par leur intimité.
Tel Prince persan, tel kabbaliste de Jérusalem, tel brarnahtchari de Benarès est mon vrai compatriote, tandis que j'ignore la peuplade sauvage à laquelle appartient le président de la République française.
Les hommes de savoir et en môme temps de bonne volonté sont frères possiblement, quels que soient le lieu et la race : tandis que les ignorants et les fanatiques s'avouent les ennemis de tout bien et entre eux même les plus féroces.
Le Saint-Esprit a ses hommes qui ne relèvent que de lui : on les reconnaît à ce signe, qu'ils sont puissants en œuvre, et qu'au lieu d'emprunter leur prestige à la religion, ils lui en apportent !
v. — l'occulte catholique
Des relations se peuvent établir par l'amour ou l'enthousiasme entre les esprits purs et les esprits immortels.
Gomment douter que l'intelligence ne se réponde d'un monde à l'autre, puisque Dieu même accorde le miracle à la prière.
Les conjurations n'agissent que sur l'esprit du conjurateur : un pur désir seul atteint le monde supérieur. Qui s'inquiète de savoir s'il est digne de cette communion ne l'obtient pas et qui l'implore, la reçoit.
L'oraison mentale est la voie de l'extase, et la méditation celle de la vérité.
Quant à l'Hénosis, c'est un saint mystère dont il ne faut point parler : il n'advient qu'aux purs ingénus ou aux aigles de l'esprit, mais tous peuvent choisir leur aimantation ; et la placer haut, c'est se prédestiner.
ARCANES
DE