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KYRIE

Lorsque l'Eglise catholique fera son examen de conscience et prendra les fermes propos qui découlent d'une vraie contrition, elle changera sa façon imparfaite d'administrer le sacrement de confirmation. Les mieux partagés pour l'enseignement religieux, les élèves des jésuites, reçoivent la confirmation quelques mois après la communion, sans études ni exercices préalables. N'était l'injure du mot, on pourrait dire que la confirmation est un sacrement de surcroît : tandis que la première communion laisse un souvenir ineffaçable, la confirmation ne présente même à l'élève des ordres religieux qu'un souvenir confus. Or, le baptême ou sacrement des inconscients ne devient définitif que par la confirmation qui signifie l'acte libre de l'individu, acceptant ce que la tutelle morale lui avait imposé. Sauf

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le sacrement de l'Ordre, aucun ne concerne le Saint- Esprit, et même il faut s'étonner du silence catéchistique sur la plus puissante des personnes divines puisque c'est elle qui accomplit et parachève les actes des deux autres. Les sept dons constituent un apanage incomparable et d'ordinaire mal défini.

La crainte de Dieu est une israélite formule : il faut dire le sentiment de Dieu : il implique la vision de sa terribilité et de sa miséricorde.

La piété est l'acte qui correspond au sentiment de Dieu. Car du moment que Dieu est senti, comment ne serait-il pas servi ?

Dieu étant la clef haute de toute pensée, et la piété étant l'adhésion sentimentale au Verbe éternel, la science, c'est-à-dire la notion des rapports, se trouve toute formée dans l'esprit du fidèle.

De cette connaissance des relativités naît la force : car du moment que nous savons l'origine et l'aboutissement d'une chose, nous savons comment appuyer nos efforts.

Cette économie de la force constitue le don de conseil qui est le calcul d'abstraction à propos des contingences.

Et dès l'instant que l'homme s'abstrait des contingences, il possède l'intelligence.

La sagesse n'est que l'intelligence manifestée en actes.

La confirmation suppose le baptême puisqu'elle en est la perfection, et c'est avec étonnement que nous voyons dans la primitive Eglise les deux sacrements se succéder, comme il est d'usage actuellement, dans l'Eglise grecque. Même dans l'Eglise russe^ non content de simultanéiser la confirmation et le baptême, on communie les enfants encore aux bras des nourrices. L'inconscience du clergé éclate dans les raisons qu'il donne de retarder la confirmation : « parce que, en recevant ce sacrement avec connaissance, on s'en souvient et on est moins exposé à le recevoir deux fois ! » Le baptême vaut en exorcisme et la confirmation le continue. L'imposition des mains est un rite incantatoire bien antérieur au catholicisme ; quant au signe de croix que Févêque fait avec le pouce sur le front, il signifie que désormais le récipiendaire accepte consciemment les charges et les bénéfices du baptême, et qu'il portera la croix non seulement en son cœur par la pratique, mais encore dans la mêlée sociale par l'exemple.

La confirmation devrait être le sacrement de l'adulte et comporter un catéchisme spécial qui enseignerait à l'individu la rationalité de ses devoirs. Le Saint-Esprit, qui est'presque passé sous silence au domaine de la piété, est encore plus oublié à celui de l'enseignement; le clergé, entraîné par l'urgence de

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Ja police morale, oublie que son rôle dépasse l'endiguement des instincts et qu'il doit conduire les esprits après avoir harmonisé les mœurs; communément les rapports du fidèle et du prêtre se bornent à des contacts de débiteur à huissier; il a toujours existé pour les sacerdoces cette condition de prestige que l'enseignant dépasse l'enseigné et que le guide soit mieux averti que le guidé. Dans les décadences, la religiosité diminue chez le fidèle ; il faudrait que le prestige augmentât proportionnellement chez le clerc. Est-il dans le rôle contemporain du prêtre de présenter des séductions pour ainsi dire philosophiques? La satisfaction de l'esprit et celle de l'âme ne s'obtiennent pas aux mêmes éléments ; il serait hasardeux de demander au même individu des facultés qui se nient entre elles; la magie peut rendre à la religion des services sororaux, si la religion consent à reconnaître, ce qu'elle n'a jamais fait, ses lacunes devant l'individu. Le mysticisme ou ascétisme est un domaine surélevé où le sentiment à son plus haut point confine à l'intelligence. Chaque fois qu'une âme prend son essor, elle atteint simultanément le point d'intellectualité concordant à son point d'élan; et lorsque saint François d'Assise déclarait, à propos du loup du Gubbio, qu'aucune créature n'était méchante, il

disait vrai par rapport à lui puisqu'il transformait en chien le redoutable animal. L'homme de pensée aboutira toujours en dernier concapt à une formule de charité et d'altruisme. La discipline de l'Eglise a faibli parce qu'elle a visé le nombre plutôt que la qualité des fidèles. Ceci est dans l'esprit même de la religion instituée pour sauver les peuples et non pour satisfaire à la subtilité de quelques-uns ; mais ici l'utilité de l'occulte s'impose puisqu'il conserve immémorialement les formules satisfaisantes pour l'être d'exception. Celui qui enseigne à tout le monde que la morale est individuelle s'appelle un malfaiteur et cependant elle l'est : il importe davantage qu'un roi soit moral dans ses actes que dans son privé.

Si la charité sert de définition à la religion, l'harmonie définit l'occulte : Tune enseigne que Dieu vengera le prochain de tous les torts que nous lui avons faits et l'autre nous avertit que les normes agissent avec rimplacabilité d'un balancier et frappent perpétuellement des médailles à notre gloire ou à notre confusion et que nul n'est censé ignorer la norme : dans le domaine de l'occulte qui est celui du Saint- Esprit, les ignorances sont punies comme des fautes, voilà pourquoi l'Eglise, en mère pleine de sollicitude pour ses enfants, les détourne de ce domaine redou-

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table où chaque pas ressemble à une témérité.

Ceux qui s'adressent à l'occulte espèrent un accueil plus propice à leurs passions que s'ils les affrontaient avec la formule religieuse ; ils pensent trouver des sophistications pratiques pouraccommoder leur orgueil et leurs vices, comme si l'intelligence constituait par sa culture un droit à moins valoir. Les responsabilités augmentent en raison même de la conscience : plus un homme sait ce qu'il fait, plus il lui sera demandé un compte rigoureux de ses actes. L'intellectuel n'ignore pas le danger qu'il court à ne pas conformer ses mœurs à ses doctrines, tandis que l'animique, restreint dans sa conception, ne voit jamais l'extrême conséquence de ses fautes. Croire est plus doux que comprendre ; il y a plus de vraie joie dans la pratique religieuse que dans la magie, parce que la religion nous fait sentir Dieu et le rapproche de nous, tandis que l'occulte, en nous faisant mesurer les incommensurabilités qui séparent la créature quelle qu'elle soit, de son Créateur, nous décourage au lieu de nous consoler. Il faut que quelques-uns pensent ; il faut que tous prient.

L'humanité a besoin d'adhérer au Verbe divin bien plus que de le saisir d'une façon plus ou moins subtile. L'adoration de la cause est encore la meilleure voie pour attirer sur l'effort d'en bas, la bénédiction d'En-Haut.

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La légende nous montre toujours ceux qui s'adonnent à la magie en injustes qui espèrent trouver un biais et éluder la loi de Dieu, comme les habiles réussissent à se glisser impunément entre les articles d'un Code; cette idée enfantine ne peut pas être sérieusement formulée ; ou l'homme abdique sa raison et s'en remet au débat de son instinct et de ce qui s'appelle le hasard ; ou bien, reconnaissant la toute puissante loi de Dieu, il s'efforce d'en prévenir les arrêts et d'y satisfaire devant qu'elle éclate.

La magie augmente la conscience de l'individu, elle étend un cachet de déterminisme et de volonté à tous les mouvements de son âme. Là il n'y a pas de place pour la bonne volonté et la pureté d'intentions; la justification d'un acte gît dans son résultat, tandis que, en matières religieuses, il est moins demandé parce qu'il a été moins donné.

Pythagore,de tous les philosophes grecs, est certainement celui qui a osé la plus grande extension du compas de la pensée, et lui, comme Plotin, différenciait les vertus civiles ou nécessaires, des vertus supérieures ou surhumaines ; les unes, prudence, courage, tempérance et justice, constituent l'ensemble du devoir.

Transportée dans le domaine occulte, la prudence s'appelle la science ; la sagesse, la pensée ; la tempérance, l'équilibre ; la justice, l'accomplissement de

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sa personnalité. Il faut un fondement pour bâtir un édifice, il faut que les vertus existent déjà moralement pour qu'elles se réalisent sur le plan d'intellection. La religion défriche les âmes, elle est en môme temps la semeuse des ferments divins et l'occulte représente le perfectionnement de la piété en pensée et de l'illumination en logique. Saint Thomas d'Aquin sera toujours tenu en honneur égal par les dévots et les penseurs, car en lui sont satisfaites les deux tendances ; il est à la fois un père de l'Eglise et un père de l'esprit; il a raison comme théologien et aussi comme philosophe, et celui qui n'admettrait pas ses prémices devrait encore admirer la conduite du raisonnement; voilà pourquoi la conciliation de la gnose et de l'Eglise est vraiment la grande œuvre intellectuelle qui devra s'opérer au xxe siècle : tout est sorti de l'unité, il faut que tout y conflue. Trop longtemps la vérité a été semblable à un foyer divergent; le jour où toute la lumière ne formera qu'une seule nappe, elle deviendra évidente et obligera les pires volontés à la subir.

Celui qui nie l'inspiration divine de l'Ancien Testament, « anathema sit », dit le concile de Trente.

Celui qui nie l'inspiration divine de la Baghavat Gita, anathema sit », dit le concile des Mages. Un de ces deux anathèmes est dérisoire ! Lequel?

Toute parole de lumière, et qui engendre de la

vertu, chez qui la reçoit, est d'inspiration divine.

Le Saint-Esprit n'auraitdonc inspiré que quelques hommes, dans un seul peuple et à un seul moment du passé!

Lessainls Pères du concile ne connaissaient ni le Livre des morts, ni les lois de Manou, ni les Vedas, ni l'Avesta ; connaissaient-ils les vers dorés de Pythagore? du moins ils n'ignoraient ni Platon, ni Plotin, ni saint Denys, qui tous trois reçurent du Saint-Esprit quelques faveurs de plus que l'auteur du livre des proverbes.

Tout ce qui est beau, vrai et bon, vient de Dieu ; mais le Saint-Esprit était inconnu des hébreux, comme la Trinité elle-même. On chercherait vainement la doctrine incomparable du Karma dans le Mosaïsme et, chose colossale, l'Alcoran est plus précis que la Bible sur la vie future.

Recherchez le rôle de la religion auprès des génies chrétiens et vous verrez comme la paresse du prêtre a préféré exorciser l'art que le sanctifier, et le théâtre est devenu l'antichambre de l'enfer.

Ah! quand il faut disputer, à coups de génie, un terrain au mal, le prêtre se récuse, et l'abandonne sans combat, et lorsque un inspiré du Saint-Esprit parait et réalise en toute splendeur, les plus saints mystères, les malheureux ne reconnaissent plus leur dogme parce qu'ils sont revêtus de beauté.

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La musique de l'Evangile, les artistes l'ont entendue dans ParsifaI, mais les ministres de l'Evangile n'ont point compris. En revanche, leur paresse se limite à leur fatuité : ils appellent parole de Dieu, le prône assommant dont ils embarrassent la messe. Ils n'ont point de honte à interrompre le plus saint des mystères pour bafouiller les petites affaires de la paroisse. Ils font servir la divine Eucharistie à maintenir en place des auditeurs qui ne se soucient pas, certes, d'interrompre la commémoration du Calvaire pour apprendre qu'il y a promesse de mariage entre Marinette et gros René.

Le prône n'est autre chose que la parole d'un homme qui parle médiocrement et pense par routine ; il en est de la parole de Dieu comme de l'inspiration du Saint-Esprit, ce sont des expressions téméraires, dès qu'elles ne s'appliquent pas exactement à l'Evangile. Spiritus fluatubi vult.

Les prônes du Saint-Esprit sont prêchés à l'Acropole d'Athènes comme aux temples de Thèbes, et Léonard de Vinci et Raphaël apparaissent en curés d'éternité.

Les périodes de décadence sont propres à réduire les antinomies, les personnalités étant moins virtuelles. Nous ne concevons aucune idée à l'état vraiment abstrait; elle nous arrive décomposée par le prisme d'intelligence. Nous la décomposons

à notre tour, et ce qui fait notre incompréhension ou notre adhésion est souvent une imperceptible coloration qui différencie à nos yeux un objet déjà connu.

Rien ne peut mesurer l'abîme qui sépare une idée, de l'action logique qui en découle. Il faut avoir connu les plus hauts représentants d'une époque et avoir étudié la dissemblance d'un homme avec sa doctrine pour se bien démontrer l'inanité pratique de la philosophie. Elle est complète et providentielle : si le cerveau pouvait prendre la place de la sensibilité, le grand problème de la perfection humaine serait à moitié résolu ; tel n'est pas l'ordre normal, nous devons évoluer en toutes nos tendances : de leur conflit naissent nos combats et nos mérites.

Il y a un écart énorme pour l'imagination entre ce qui est possible et ce qui est ordinaire ; le possible comprend tous les phénomènes relatés par l'histoire. On ne peut pas plus nier les revenants que les vampires, les possessions que les stigmates; on leur applique un déterminisme différent suivant l'école à laquelle on appartient ; mais pour le penseur, les problèmes apparaissent dans le phénoménisme régulier et la merveille phénoménisme s'appelle le génie.

Il est plus extraordinaire que l'homme primitif,

commençant par un langage à peine articulé, soi I parvenu aux discours pour Ctésiphon et au Credo de Palestrina que de voir une foulure reboutée-

La magie est susceptible de plusieurs définitions, et, comme il faut tenir compte de l'acception actuelle des mots quand on veut être entendu, je la définirai la pratique de l'occulte et l'occulte, la connaissance des potentialités humaines mobilisées par la volonté consciente. L'orientation de l'homme par rapport au mystère se décompose en quatre séries phénoménales: l'action du mage sur lui-même, sur les autres hommes, sur la nature et son intrusion dans l'invisible. La sortie du corps astral ou biloeation, l'envoûtement, l'accélération de croissance d'une graine et l'évocation des esprits sont des phénomènes typiques de chaque zone.

Le mystère est en nous et il s'appelle la conscience ; le mystère est autour de nous et il s'appelle la nature ou l'ambiance; le mystère est dans nos semblables et il s'appelle attraction ou répulsion, domination ou obéissance ; enfin, le mystère est audessus de nous et il s'appelle théodicée, pneumatologie,théurgie. La religion et l'occulte se proposent ces résultats qu'on pourrait appeler les quatre fins présentes par rapport aux quatre fins dernières. La véritable destinée de l'homme est de s'accomplir en lui, en autrui, en conquête sur la matière et en obédience sous

v. — l'occulte catholique 49

l'esprit. L'accomplissement religieux de l'homme en lui-même c'est la sainteté ; en autrui, c'est la charité en face de la matière, c'est le renoncement ; et devant Dieu, l'extase.

Magiquement l'accomplissement de l'individu en soi c'est la subtilité; en autrui c'est la puissance; sur la nature la domination et en face de Dieu l'interrogation. Il n'existe pas deux choses également bonnes. Il n'y a qu'un seul cas d'égalité : c'est le ternaire divin ; hors de lui, toute chose quelle qu'elle soit, est supérieure ou inférieure : il faut donc, sous peine de renoncer à la logique, préférer entre les deux voies menant à un même but. Comme il est incontestable que la magie contient des éléments rejetés par la -religion et que cette dernière fait souvent double emploi avec l'occulte, il faut établir la critique de deux formules afin d'en préférer une.

La religion est le pain et la magie le vin qui substantent l'homme de mystère. Le pain étant plus indispensable reste la base de l'alimentation morale, mais le vin est nécessaire à ceux qui veulent augmenter en eux la vie intelligente ; et ce que je me propose de préciser dans ce livre, c'est une délimitation de frontière entre la religion et la magie. La méthode analogique rigoureuse effraie ; elle trace des parallèles et des syncronismes de bas en

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haut, c'est-à-dire elle détermine l'inconnu en considérant le connu comme sa cristallisation réflexe.

L'analogie appelle l'homme le petit monde et le monde l'homme universel pour exprimer la similitude de leur constitution : ils ne diffèrent que par la différence d'individu à collectif et de quantité moindre à quantité totale. Le cosmos a un esprit, une âme et un corps comme l'homme et toute collectivité : race, peuple, congrégation est un homme collectif ou une sorte de cosmos.

La moitié d'un diptyque que l'on possède, soit le monde phénoménal, établit la partie absente du diptyque, par des parallèles. Ainsi l'homme est l'apogée de la vie organique, mais la vie forme au-dessous de lui une série décroissante qui va jusqu'à l'infusoire et au batibius. Par conséquent, il existe une autre série invisible dont l'homme est le plus bas échelon et cette création spirituelle remonte jusqu'aux archétypes. Une autre application qui fera comprendre la puissante audace de cette méthode c'est l'analogie microbienne, bacillène. La vie étant un principe distinct de l'organisme, comme la vapeur est un principe distinct de la machine ; et la vie n'étant pas toute contenue dans les phénomènes sensoriels ou locaux, elle se manifeste par des exhalaisons d'un ordre fluidiforme qui constitue l'atmosphère morale. Cette atmosphère est réceptive d'une

v. — l'occulte catholique

sorte de sudation et d'arôme des sentiments ; l'air se charge de haine comme d'émanations chimiquement délétères, il y a une pureté ou impureté de cette atmosphère seconde qui agit sur l'âme comme l'atmosphère gazeuse agit sur le corps.

Le grand secret de la magie pratique, Tunique, est la connaissance de ce fluide appelé lumière astrale, médiateur plastique, matière radiante, télesme, énormon et qui est à la fois la matière de la vie sentimentale et le moyen de toutes les actions morales, car rien ne se produit dans une sphère qui contredise à ses normes propres. L'homme, limité par ses organes, agit sur ses semblables, réagit sur lui-même, surtout se raccorde momentanément à sa cause, par ces causes secondes qui sont la limite de sa puissance ; et ce sont ces causes secondes qui forment toute la matière de la magie pratique, ce sont elles qui font les miracles ; ce sont elles qui relient la Providence à la nécessité, ce sont elles qui contiennent à la fois la fatalité et la liberté de l'homme. On les appelle secondes parce qu'elles sont la dilulion des normes, filles de l'archétypes. C'est la dernière zone où la miséricorde puisse descendre, c'est la plus haute où le désir de l'homme puisse monter; plan intermédiaire où se joue la tragédie sacrée entre Zeus et Prométhée, où les allégories des poètes à l'état

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d'entité verbale sont en conflit, comme les dieux de l'Olympe, ces représentants des sous divinités, c'està-dire des divinités déléguées que nous appelons des anges en leur attribuant l'intémérabilité.

Le plus court chemin de l'homme à Dieu c'est la prière; mais la prière exprime l'une des trois natures de l'homme et non son intégralité, et l'Eglise a tort de croire que la prière suffit à l'œuvre de Dieu comme si l'accumulation des forces, leur exaltation même en était la direction. La précation est d'autant plus puissante qu'elle est plus enthousiaste ; et l'enthousiasme crée de l'aveuglement et des excès. Il est indéniable que des crimes ont été commis par la foi; notre nature imparfaite, chaque fois qu'elle s'exagère, est en sédition devant quelque règle et dès lors la chaleur en soi vivifiante devient homicide et la charité nous apparaît, la torche du bûcher à la main ; ce qui constitue le chef-d'œuvre c'est la mesure, la convenance parfaite, la proportion de l'idée aux mots. Principe restreint en lui-même, l'occulte est incapable de satisfaire à la substantation générale: l'occulte suppose le complet développement de la personnalité et une application qui n'a besoin ni de surveillance, ni d'excitateur. Le principe religieux par excellence, est l'obéissance militaire ; l'ascèse monastique, type le plus accompli de la re-

ligion s'efforce de briser la volonté ; au contraire, la magie exalte cette faculté ; le mage n'abdique jamais son raisonnement et ne cède qu'à sa propre pensée : il n'a d'autres supérieurs que ceux qu'il reconnaît, sa foi c'est sa conception et le prêtre n'est pour lui que ce qu'il vaut individuellement.

En retour, le mage reconnaît au prêtre son caractère d'huissier de l'au-delà; il en reçoit les sacrements, non les instructions.

Les susceptibilités se retrouvent les mêmes aux matières sacrées qu'aux profanes, et, comme il y a rivalité entre le mage et le curé, il y a hostilité.

Le clergé méprise les laïques et quand le laïque est un théologien, le clergé le hait comme un concurrent. Cependant ces deux hommes n'agissent pas dans la même sphère et n'ont pas plus de rapport entre eux que le citoyen n'en a avec l'Etat. Dans l'extériorité, le mage doit du respect au prêtre, dans l'intimité ils sont indépendants l'un de l'autre, à peine même peuvent-ils se comprendre, alors qu'ils devraient s'aimer. La perfection du prêtre c'est d'émouvoir la sensibilité dans le sens du divin. Le mage représente l'abstrait, il peut occuper les plus hauts pouvoirs, mais seulement ceux-là. A peine pourrait-il être évêque, mais il devrait constituer à lui seul le sacré collège : seul homme d'Etat représentant la Providence, et précisé-

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ment parce qu'il cultive en son esprit avec un soin perpétuel les antinomies, il est désigné pour résoudre toutes les questions d'ordre général. La méconnaissance commencée à Alexandrie entre les premiers pères et les néoplatoniciens a continué à travers tous les événements sans jamais se résoudre; cependant, un homme apparut dont l'œuvre est un concordat entre la magie et le dogme : Saint Thomas d'Aquin qui était l'élève de l'occulte. Tlne faut jamais oublier qu'Albert-le-Grand a été le promoteur de l'Aristotélisme, qu'il étudia dans des traductions faites sur l'arabe. Depuis, le tribunal Vémique, en passant par les ordres de l'hôpital et du temple, les fidèles d'amour de Toscane et de Sicile, les Rose-Croix et les Illuminés d'Allemagne pour arriver aux franc-maçons et aux sociétés secrètes exclusivement politiques, dans toutes les ruines on retrouve comme principal facteur, cette dissension du prêtre et du mage : l'un ne veut pas comprendre qu'il existe à côté du pastorat des âmes le pastorat des esprits ; l'autre se voyant repoussé .de son rôle légitime tente par représailles de créer une religion intellectuelle — double et simultanée erreur qui pourrait cesser le jour où chacun renonçant sa propre injustice reconnaîtrait son adversaire pour en être reconnu. — Cet effroyable conflit entre 1 ame et l'esprit de l'humanité, quand se résoudra-t-il? et

l'heure actuelle, où tous les intérêts supérieurs sont également en péril, n'est-elle pas le moment désigné pour une entente entre ces frères-ennemis. Ce qui manque en ce monde c'est la bonne volonté; l'être humain transportant ses passions, dans sa foi ou dans sa doctrine, devient d'autant plus irréductible qu'il s'entête sur une matière plus élevée : âne porteur de reliques, ébloui de sa pensée, il oublie son essence et s'identifie aux idées les plus hautes, socle qui se croirait la statue, acteur qui pense avoir créé le poème qu'il récite.

Malgré le témoignage de Platon et de Xénophon, Socrate, le citoyen idéal, qui eut même le suffrage de la Pythie, n'est pas le modèle qu'on croit communément : cet esprit lucide comme l'horizon grec, luimême était borné par Athènes. Quel intellectuel, quel esthète n'eût pas adoré ce prodigieux coin de terre, qui produisit la beauté comme si elle sourdait naturellement; mais entre Pythagore et le fils de l'accoucheuse, il y a une distance prodigieuse. L'un est pontife, l'autre est philosophe ; le mystère auréole le premier, la raison seule nimbe le second.

L'occultiste ne peut être un citoyen : il lui faudrait se solidariser avec des intérêts collectifs qui inclinent perpétuellement à l'injustice.

L'intérêt de la France est peut-être de posséder l'Algérie, la doctrine occulte n'admet pas, comme lé-

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gitime, la conquête militaire : et s'il s'agit de prendre parti, d'agir, le mage, qui oublie la justice abstraite au profit de son pays, est le dernier des misérables.

Théoricien ou praticien du mystère, nul hermétiste n'a le droit de servir une passion, surtout nationale, et la servir avec les armes célestes serait l'abomination des abominations.

Le rôle providentiel de l'hermétisme est de tempérer, par la présentation perpétuelle de la justice, les violences et les infamies de l'intérêt individuel ou collectif.

Il est juge, il ne peut être partie : il est arbitre quelle complicité accepterait-il, lui fiancé à la pure lumière?

L'occultisme est un sacrement qui engage la neutralité de l'homme dans les conflits sociaux, s'il n'est pas en lui d'être le chevalier de l'idée et d'en prendre le parti.

Parler, agir, combattre et mourir contre ses dieux, serait le plus lamentable sort, celui de l'occultiste citoyen.

ARCANES

DU

MACROGOSME

L 'occulte est non pas une religion, une science ou un art, mais la partie de la religion, de la science et de l'art, que l'Antiquité cachait au peuple d'alors.

V occulte est, non pas telle doctrine, car chaque cycle humain a modifié la vérité pour se l 'assimiler, mais une méthode probatique applicable à tonte doctrine, et on V appelle V analogie.

V analogie procède du connu a l'inconnu, du corps à l'âme, du phénomène au noumène, de l'homme au monde et du monde à Dieu : du visible à l'invisible, du fini à l'indéfini.

Mieux vaut implorer les sept dons du Saint-Esprit que conjurer les génies des sept planètes.

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Concevoir Dieu, l'honorer, c'est déjà savoir la grande relativité dont tout découle et cela constitue une force et le premier de tous les conseils ; V intelligence s'éclaire alors et se manifeste en sagesse.

En Magie, il n'y a pas de miséricorde, toute ignorance, toute omission est implacablement punie. Il est donc insensé d'y apporter des passions ou des intérêts.

L'homme ne pouvant se diviniser par son désir, humanise Dieu pour le sentir. Il V appelle « mon Père ».

Le Mage trop conscient et trop abstracteur pour oser la sainte familiarité se flatte de commander à la nature, en s1 adressant à des forces indéfinies, et à une série spirituelle inconnue :

La Magie ne connaît ni la bonne volonté, ni la pureté dy intention mais le seul résultat.

Celui qui nie V autorité des conciles est ana thème, mais cette autorité n'existe qu'en matière connue des conciliaires. Or, les Pères de Trente ignoraient tous les livres sacrés de l Orient,

v. — l'occulte catholique

comment pouvait-il reconnaître l'inspiration divine, sans aucun point de comparaison ?

L'Eglise est bien apostolique, mais non pas catholique : le sens de V universalité manque absolument à la Papauté prise abstraitement. Le Mahométisme est le fils du Mosaïsme : et le fils de David empêche le rayonnement du Fils de Dieu. C'est en matière religieuse que V antisémitisme serait une nouvelle vertu cardinalice.

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