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LA RÉSURRECTION

La résurrection de la chair, selon le catéchisme, est incompréhensible, elle suppose chez les élus quatre grâces : l'impassibilité, la clarté, l'agilité et la subtilité, toutes qualités négatrices du corps, cet ensemble organique.

Comme si l'obscurité de cet article ne suffisait point, il a fallu qu'on le rendît absurde. « La résurrection de la chair est un avantage de l'Eglise, parce que les vrais fidèles ressusciteront seuls pour vivre éternellement avec Dieu.

« Quels sont les vrais fidèles? Ceux qui sont morts après avoir reçu de l'Eglise la rémission de leurs péchés. »

Ceux donc qui sont morts avant l'Eglise et en ignorant l'Eglise, ne sont point vrais fidèles, et ne vivront point avec Dieu !

AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES

Voilà la conception du fameux Gaume, brefié par Grégoire XVI, approuvé par le cardinal Lambruschini et le corps épiscopal. Ces blasphèmes qui défient à la fois et la raison et l'Eglise, s'inspirent d'un sentiment politique et mosaïque.

Si vraiment l'Eglise distribue tant de lumière à ses fils, combien sont admirables ceux qui, sans la connaître, l'ont précédée et devinée dans leurs vertus et dans leurs œuvres.

Bellarmin insiste : « les mêmes corps que nous avons maintenant ressusciteront ». La science a montré que le corps vivant, molécule par molécule, se renouvelle en sept années, et on évoque les plaisanteries de Voltaire sur la résurrection du missionnaire mangé par le Huron. Tout cela vient de cette inconséquence d'avoir fait un binaire de la créature, quand le Créateur est un Trinôme. L'homme est composé de corps, d'âme et d'esprit : le corps est passible, il n'est que la forme des deux autres éléments ; l'esprit est essentiellement immortel, il faut donc que la résurrection soit un phénomène animique, portant sur la partie médiane du composé humain.

Toute médialité tient de deux termes; l'âme chez les uns se spiritualise, elle se matérialise chez les autres : l'esprit figuré par la baguette du caducée emblématique, équilibre les deux serpents, le senti-

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ment et l'instinct en opposition pondérée. Le devenir exige que l'un l'emporte et dévore l'autre. Le péché corrode l'âme comme la maladie le corps, et la période purgative est littéralement une cure mystérieuse des blessures de la vie, de toutes les maladies nées de la concupiscence et des passions terrestres non réprimées.

L'âme prend fatalement des habitudes corporelles, elle épouse les instincts : dans la volupté, par exemple, la participation de l'âme est éclatante. Que serait donc une sensation dégagée de sentimentalité?

La résurrection de la chair sera donc l'âme épurée au point de n'avoir plus qu'une forme corporelle au lieu d'un corps. On ne peut concevoir l'informe; les esprits sont formels et la forme de la résurrection sera l'analogue du corps. Mais quel est l'analogue d'un noir et salissant morceau de houille, le pur et étincelant diamant : l'hymne des Rose-Croix, le proclame : Gemmatus resurgam !

Oui, le corps actuel est au corps ressuscité, comme le carbone est au diamant ; c'est donc une transfiguration plutôt qu'une résurrection ; au reste, Tépithète de corps glorieux le fait supposer.

Pendant la vie, il se fait un perpétuel travail de repoussé entre l'âme et le corps; le vertueux modèle son corps, l'assouplit, il en est vêtu et non opprimé; le pécheur, au contraire, est semblable à un homme

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armé de toutes pièces et dont la chair céderait sous les coups qui bossèlent le fer.

Pour entendre le mystère de la résurrection, il faut avoir pénétré celui de la mort et le théologien ne l'a point fait, pour simplifier l'énonciation.

S'il n'y a qu'une mort, celle que nous connaissons, la résurrection fera revivre ce que nous avons vu mourir : la chair. Mais outre que la chair ne saurait existera l'état impassible et subtil, la résurrection ne s'applique qu'à une mort future, astrale ou animique qui est la dernière épreuve de la vie purgative et après laquelle nous sommes confirmés dans la grâce. On a trop l'habitude de considérer que la confession in articulo mortis nous refait une pureté, elle nous rouvre un crédit miséricordieux.

Eh! quoi! demandera-t-on, est-ce que celui qui ne s'est point damné, pendant la vie, se pourrait damner après la mort; est-ce que l'âme du purgatoire garde du libre arbitre pour se précipiter au néant? Toute réponse serait téméraire, et ce sont là des questions insolubles, puisque la Foi n'a point de révélation, ni la science d'expérience possible.

Mais il est indubitable que le passage de la vie organique à la vie astrale ne se fait pas aisément et que le désincarné ne s'accoutume qu'avec lenteur et douleur à son nouveau sort.

Natura non fecil saltum, il y a donc une enfance,

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une adolescence, un âge mûr, une vieillesse et une mort après la vie terrestre, et les hindous ont pris cette évolution vitale pour des superpositions indéfinies d'existence. Il y a des esprits qui fuient la précision comme une borne de l'esprit et d'autres qui précisent afin de s'avancer plus avant, et de faire du point évident un point d'appui pour des ins^estigations plus hardies encore. La vie pourrait être représenté par un tryptique, le volet de gauche représenterait la vie terrestre, l'autre, la vie astrale et le panneau central serait consacré à la résurrection. On y verrait d'abord l'homme analogue au ver, puis chenille, enfin, magnifique papillon. Le ver vit dans la terre, la chenille sur l'arbre, le papillon se joue libre et harmonieux dans l'air et la lumière.

Le Dante, ce très grand initié l'a dit avec une précision rigoureuse : « Nous sommes les vers nés pour former la farfale d'éternité. »

La résurrection de l'homme ne ressemblera pas plus à son ancienne image que le papillon ne ressemble au ver : mais il sera le même individu doué d'essor, au lieu de ramper par un pénible mouvement de ses anneaux.

Qu'admirons-nous dans l'œuvre d'art, sinon une résurrection des corps; cette harmonie d'idée de l'Ecole d'Athènes, ce frémissement de justice du Jugement Dernier, cette joie sainte et forte de l'As-

somption du Titien, ce sont des apothéoses. Tout ce qui n'est pas en hauteur n'est pas de l'art, pas plus les Vélasquez, que les Syndics de Rembrandt. La vie dans l'œuvre ne suffit pas : donnerait-elle l'illusion de la réalité, elle ne donnerait rien ; l'artiste doit des visions et non des vues.

Il faut une particule d'imbécillité dans sa nature, pour regarder sans ennui un Hondekoeter, de même pour supporter au théâtre le fac-similé de la vie quotidienne ; ce sont des goûts d'avortés ou de dégénérés.

La Beauté est la moralité de la forme : le laid et le vulgaire sont immoraux et corrupteurs. Les êtres vraiment beaux ne sont pas vicieux et je ne crois pas à la splendeur des anciennes courtisanes, ni à leur charme.

Celle qui passe de main en main, devient vite le total de ses amants et les riches de tout temps furent médiocres. L'amour lui-même serait une résurrection nerveuse, s'il réunissait deux virtualités d'idéal.

Il est un mystère que Ton n'aborde pas, quoiqu'il résulte des lois admises du complémentarisme, c'est la question du sexe dans l'éternité. Le sexe moral disparaît dans la seconde mort, le couple est une idée inconcevable à l'état paradisiaque, ce serait le mariage sans enfant.

Non, Dante et Béatrice, au jour de la résurrection

ne seront qu'un même être, et Wagner, par l'intuition du génie a deviné le dogme Eleusien de l'androgyne final, dans Tristan et Yseult.

Quelle confusion surgit d'une pareille idée, qu'elle évoque d'angoisses et de susceptibilités ! Ceux qui mourront sans connaître « leur moitié » selon le terme d'Aristophane la trouveront-ils et consentante? Comment se fera cette prodigieuse réunion d'êtres si apparemment dispersés? La matière est pleine de ténèbres, mais derrière elles, il y a une vérité, regardons-la, même sans la voir, afin de la supposer dès à présent.

ARCANES

DE LA

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