L'OCCULTE DU SAINT-ESPRIT OU MAGIE ABSTRAITE
Création et Rédemption sont les mots usuels de mystères acceptés et relativement compris : mais sanctification a-t-il un sens, pour le commun des esprits?
L'acte de sanctifier consiste à ramener un être à Dieu, à harmoniser le relatif à la cause : la prière sanctifie et le sacrement aussi : mais recherchons ce que l'Eglise attribue au Saint-Esprit.
Il y a bien tout dans l'Ancien Testament et cependant on n'a pu y trouver un mot qui, torturé ou interprété abusivement, put s'appliquer au Saint- Esprit : cela n'empêche pas le Concile de Trente de lancer l'anathème, si on dit que le Saint-Esprit n'a pas inspiré cette Bible ou son existence est niée par la profession d'un Dieu unipersonnel.
L'Ange Gabriel parle le premier du Saint-Esprit à
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la Vierge; Jésus promet aux apôtres de leur envoyer l'esprit consolateur, il leur ordonne de baptiser au nom des trois personnes. Dans les Actes, il est parlé des dons.
Le Filioque procedii ou spi ration a été le prétexte de Photios et de Cérularius, il est évident qu'il y a là développement dans l'énonciation du dogme et non changement.
L'esprit, spiration réunie du Père et du Fils, s'appelle, en théologie, Amour : et dès lors les œuvres de justice du Père et les œuvres de souffrance consentie du Fils ne sont pas les siennes propres : non pas que l'amour n'ait sa manifestation dans la miséricorde part constituante de la justice, et dans le dévouement ; mais il s'agit de particulariser les personnes divines, et ce n'est pas attenter aux autres que de rechercher la spécialité de chacune : égales en essence, elles diffèrent en activité.
Avec le Père, on mérite ; avec le Fils on conquiert, le Saint-Esprit donne. Ces appropriations sont de saint Thomas.
Lacuria, dans ses Harmonies de l'Etre, est le plus éminent théologien du Saint-Esprit. Bossuet, en son Elévation, ne satisfait pas, il veut tirer de l'homme une identité qui est vraie de la constitution humaine et fausse' de son activité.
« J'ai vu en moi ces trois choses, être, entendre,
vouloir;... Si je ne voulais et n'entendais éternellement que la même chose, je n'aurais aussi qu'une seule connaissance et un seul vouloir. Cependant ma connaissance et mon amour n'en seraient pas pour cela moins distingués entre eux, ni moins identifiés... Et mon amour et ma volonté ne pourraient pas venir de ma connaissance ; et mon amour serait toujours une chose que je produirais en moi-même et je ne produirais pas moins ma connaissance, et toujours il y aurait en moi ces trois choses : l'être produisant la connaissance, la connaissance produite et l'amour aussi produit par l'un et par l'autre. Et si j'étais une nature incapable de tout accident survenu à ma substance et en qui il fallût que tout fût substantiel, ma connaissance et mon amour seraient quelque chose de substantiel et de subsistant et je serais trois personnes subsistantes dans une seule substance, c'est-à-dire je serais Dieu : Je suis seulement à l'image et ressemblance de Dieu et un crayon imparfait de cette unique substance qui est tout ensemble, Père, Fils et Saint-Esprit. »
Heureusement ,que cette page porte la plus grande signature de la langue française, sinon on ne la citerait pas.
L'homme a la faculté de concevoir Dieu ; lorsqu'il le conçoit vraiment, il lui dédie sa volonté et l'amour procède ainsi de la faculté et de la volonté. Dieu le
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Père est faculté, Dieu le fils est volonté et Dieu le Saint-Esprit réalise les deux en Amour et dès lors la spiration s'éclaircit : pouvoir, vouloir et faire : pour faire, il faut également avoir puissance et volonté. La volonté est générée par la puissance et à elles deux génèrent l'amour.
Humainement, je me meus et je meus selon mon vouloir et mon vouloir se détermine par mon amour ou attraction. Donc, en sa manifestation, la Trinité se nommerait, pouvoir, vouloir, aimer : le Fils est la volonté du Père et l'Esprit est l'amour des Deux.
Nous distinguons aisément ce que nous pouvons de ce que nous voulons; mais comment distinguer ce que nous voulons de ce que nous aimons : voilà où la formule pécherait et cependant cela est distinct dans la Trinité.
Per spiritum sanctum semetipsum obtulit, l'incarnation est l'apparition personnelle de l'Esprit, on ne le reverra qu'à la Pentecôte, chose singulière, sous une forme animale ou élémentaire, rayon ou colombe : « Viens, rayonne, dit la liturgie. Donneur de présents, lumière des cœurs et enfin le « Da perenne gaudium ».
Il est donc la joie finale et éternelle, il est donc la sainte ivresse ; et son salut se présente plus vermeil que la rigueur du Père, que l'expiation demandée par le Fils ; la pensée hésite ; toute expression est si
petite, surtout si inexacte et cependant le devoir de l'homme est de comprendre.
Le Verbe est immortel, mais sa forme, son expression, son corps meurent: malheur à celui qui enferme une idée dans un cadavre, ce cadavre, fût-il hiératique comme ceux que l'Egypte nous a légués, sera une prison pour l'idée.
Il y a deux formes idéologiques : les unes comme le Pentagramrne, des sortes blasons doctrinaires qui n'ont servi qu'aux individus; les autres sont des rites, qui jadis incarnèrent une race ou un peuple.
La forme spirituelle est peu aimantée. Celui qui la rénove la viole par la différence significative d'aujourd'hui avec les intentions d'autrefois.
L'ancienne forme religieuse est comparable à un temple dont le sol est près de s'abîmer dans la crypte, dont la voûte fléchit, dont les colonnes oscillent : et quel insensé y viendra célébrer ses mystères? Les symboles meurent : et le grand mot révélation signifie une symbolisation nouvelle des éternelles vérités.
Le Saint-Esprit étant le Dieu amorphe, son initiation sera plus abstraite que celle des deux autres personnes, nullement formaliste et réduite à l'essentiel. De plus, il est dans la propriété de l'amour unifié avec l'intelligence de tout pénétrer et de se produire là où on ne l'attendrait point. Tout le sacré mêlé au profane relève du Saint-Es-
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prit: il est la personne littéraire et esthétique, l'enchanteur, l'Eros antique du discours de Diotima, si j'ose dire, mais l'Eros-Dieu unique, l'Absolu du désir : ainsi les hymnes liturgiques le conçoivent. Villiers a dit : « Tout être ne se constitue que de son vide, » ou de son manque, ou de son Eros; ce qui équivaut à cette autre formule « Tout être se constitue de son appétence.
Le génie qui semble réaliser l'initiation de l'Esprit est le grand néo-Platonicien Plotin, rationnel comme Aristote, hardi comme saint Denys, mystique par l'essor, philosophe par la présentation.
« Quand les gnostiques — dit-il — prononcent des paroles magiques, et qu'ils les adressent, nonseulement à l'âme, mais aux principes qui lui sont supérieurs, que veulent-ils? les enchanter (gœtiser) les charmer, les toucher, répondront-ils : Ils croient donc que ces êtres divins nous prêtent l'oreille et qu'ils obéissent à celui qui prononce ces sons auxquels ils attribuent une puissance magique.
« La magie est fondée sur l'harmonie de l'univers ; elle agit au moyen des forces qui sont liées les unes aux autres par la sympathie.
« Les enchantements agissent sur la partie irrationnelle de l'âme, on leur résistera par d'autres enchan tements.
« Tout être qui a quelque relation avec un autre
être, peut être ensorcelé par lui, il n'y a que l'être concentré clans l'intelligible qui ne puisse être ensorcelé. »
Ainsi ce grand maître s'élève contre la magie cérémonielle et n'en contaste la puissance que dans le mai : en même temps, il énonce un point d'importance, que le métaphysicien est inenvoutable. Le monde intelligible, ce sommet défie le fluide de la haine.
Les hypostases néo-platoniciennes éclairent singulièrement le dogme de la Trinité.
Le premier principe est créateur ; le second est conscience ! enferme tout objet et la pensée même, et, se pensant, il génère les idées, non pas celles immobiles, entités verbales de Platon; mais les idées actives, les Archétypes agissants ou essences intelligibles. Le troisième s'appelle l'âme du monde, l'uranienne et la dynamique, cette âme est la puissance sanctifiante.
Gomment suivre son action et la décrire? Elle apparaît avec plus de richesse aux matières humanistes qu'aux sacrées. La conversion de l'école de Dusseldorfîau catholicisme, le sens profondément religieux de l'œuvre de Balzac en sont des exemples.
Dans l'autre sens, l'avilissement de l'art contemporain depuis qu'il a perdu tout mysticisme; l'ignominie résultant de l'instruction laïque et enfin la dé-
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inocratie méconnaissant ses intérêts de ce monde, comme elle a méconnu ceux de l'autre.
Aimer la vérité, aimer la beauté, c'est marcher vers la sanctification. Le Saint-Esprit aime l'amour dans l'homme, il le bénit, qu'il s'appelle gnose, orthodoxe, science ou art. Aucun enthousiasme élevé qui ne le trouve indulgent, car il est amour, il est l'âme du monde spirituel et l'admiration est sa forme préférée de la prière.
La divine colombe se pose sur Je front des génies et sur le cœur des saints, c'est même et sublime chose qu'une perfection de la pensée ou une perfection du cœur; on a séparé ces puissances idéales, qui sont les deux ailes divines : idéalité et charité, pensée et amour.
On m'a reproché de multiplier les définitions d'un même objet et d'en donner sept différentes de la magie dans un seul traité. A ces répétitions lassantes, je suis forcé.
L'Occulte est une théorie qui a la religion pour pratique légitime, voilà ce que j'ai voulu établir. Le Saint Concile de Trente peut me faire rétracter une proposition écrite; car l'Eglise a des droits et des devoirs de police spirituelle : les vérités mentent dès qu'elles sont néfastes, car le but de la vérité est le bien et qu'est-ce qu'une chose qui nie son objet?
Une vérité devient un mensonge par le défaut de
dénonciation, les discours qui l'environnent et même par le temps et le lieu où elle se produit.
La pensée exprimée est un acte et lorsqu'on appartient à une obédience verbale, on lui soumet ses actes ; mais ma pensée conçue ne relève pas des canons.
Il y a des règles pour vivre, écrire et parler; il y en a aussi pour penser, mais nul au monde n'a qualité pour les formuler et les exiger.
Quand je lis, dans Saint Thomas, que Sathan,! e père du mensonge, fait ceci ou cela ; je passe.
Mais quand je lis dans la quatrième session, tenue 8 avril 1546 : que Dieu est l'auteur de l'Ancien comme du Nouveau Testament : cura utruisque unus Deas sitauclor et que je dois les vénérer d'une égale piété pari pietatis affectu, je ne passe pas, parce que mon devoir est de résister. Dieu auteur des Proverbes et d'un Epithalame, Dieu plagiaire de l'Assyrie et de l'Egypte, Dieu émule de Mohamed ! Anathema sit dit le Concile. Il ne le dirait plus. Le Concile ne savait pas l'histoire et ne connaissait aucun texte d'Orient, il a canonisé l'Ancien Testament parce qu'il ne savait pas ce que c'était : l'intention était bonne, mais la compétence imparfaite ; c'est une erreur d'époque qui se prolonge en routine d'enseignement.
Vraiment, on aurait pu faire une différence en-
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tre la parole du Christ et celle de Moïse : c'esl-àcroire qu'ils n'avaient jamais lu les Testaments dans un sens d'analyse, ils en avaient tiré des textes et ronronné le reste comme des chantres, en été.
Si j'ai choisi cette décision du Concile de Trente pour la repousser, c'est afin de montrer que la formule d'occulte catholique, donnant à la religion toute la vie pratique, réserve à l'intelligence l'entière liberté de sa raison.
Les simples sont respectables, sacrés même, mais les simples se signeront; et le Saint-Esprit est encore plus sacré.
Je l'adore et ne puis souffrir qu'on lui attribue les sauvageries, les inepties et surtout les antéchrismes de Mosché.
Le Pape seul est infaillible ; qu'il parle et je me dédirai ; mais le Pape ne bullifiera jamais l'inspiration divine de la Thorah hébraïque ; quant aux congrégations, elles sont trop sages pour risquer une censure qu'il faudrait légitimer par des livres répondant à des livres et où la culture universelle serait le témoin du débat.
Le catholicisme est contenu au Credo et il n'y est pas question de Jéhovah ou de Juda. Des esprits peu réfléchis ont été désorientés par l'infaillibilité du pape, dogme magique et admirable qui annule les
tracasseries qu'un zèle ignorant susciterait à la pensée et à l'étude.
Quand je fais profession d'être chrétien, je fais acte de foi à la Trinité et non à Allah-Jéhovah, je me destine au Paradis et non au Schéol, j'accepte pour livres sacrés les Evangiles; mais toutcequi n'est pas né de la mort de mon Sauveur ne s'adresse pas à ma foi. Je crois au Christ et à l'Eglise ; mais je ne crois pas à Mosché, ni à laThorah, parce que je sais vingt autres Mosché et vingt autres Thorah.
L'Occulte est le domaine de vraie libre pensée, à condition d'observer ce qui est des actes et qui ne peut être libre. Il faut obéir en ses mœurs pour avoir le droit de sa toute intelligence.
Je n'ai, certainement, satisfait ni les catholiques qui ne comprendront pas mes revendications de libre recherche spirituelle; ni les occultistes qui n'admettront pas que j'aie renié la magie pratique.
Mais est-ce la mission de l'écrivain de satisfaire autre que l'Esprit? Si, par ce livre, un seul occultiste va à la messe et à la Sainte-Table ; si, par ce livre, un seul dévot va à l'occulte et à sa grande aération d'idée, j'aurai fait deux bonnes actions : et cela suffît pour compenser les fausses lueurs qui scandaliseront quelques-uns.
Madame la Vierge me fera tout pardonner parce
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que j'adore d'une adoration sans expression, sans comparaison et sans borne, son divin Fils.
Et le Saint-Esprit daignera peut-être bénir une chevalerie d'idée, qui a pu se tromper, mais non pas sur le désir immense, de le magnifier et d'ouvrir les esprits à son infinie lumière, que j'ai cherchée avec enthousiasme et que je désirerai éternellement.