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L'OCCULTE DU FILS OU THÉURGIE

L'Adoration des Mages n'est pas seulement la pensée consciente venant saluer le Mystère incarné, c'est la renonciation du pouvoir magique devant le grand œuvre de la Rédemption.

Avant Jésus, la Magie était légitime ; après Jésus, elle devient usurpatrice.

L'Agneau de la Suprême Cène a été le dernier sacrifice matériel : le lendemain, l'autel était renversé, car le Dieu qui s'est donné en victime, ne souffre plus qu'un sang animal soit versé, en propitiation après le sien : et l'Eglise, réalisation du Verbe chrétien devait, consciente ou guidée d'En-Haut, faire entrer dans la religion cette puissance qui était venue s'abdiquer au berceau de Jésus, et que Jésus avait implicitement accepté.

Or, la Magie est un sceptre au même titre qu'une

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tiare ; Jésus par sa mort réalisait seulement le symbole de la myrrhe ; de vainqueur du trépas.

Sa divinité reconnue, encensée, lui donnait seule le droit au spectre figuré par l'or : et son Eglise devait incarner le pouvoir magique, parce que ce pouvoir est une des puissances constitutives de l'univers.

Le plus grand écrivain latin de l'Occulte, Eliphas Lévy, dans une œuvre posthume, de toute splendeur, intitulé: le Grand Ar cane ou V Occultisme dévoilé, déclare urbi et orbi, ces vérités que j'ai défendues, un des premiers.

« Les anciens rites ont perdu leur efficacité, depuis que le christianisme a paru dans le monde. »

S'ils sont inefficaces, pourquoi les enseigner encore ?

« La religion chrétienne et catholique, en effet, est la fille légitime de Jésus, roi des Mages.

Son culte n'est pas autre chose que la haute Magie, soumise aux lois de la hiérarchie qui lui sont indispensables pour qu'elle soit raisonnable et efficace.

« Un simple scapulaire porté par une personne vraiment chrétienne est un talisman plus invincible què l'anneau et le pantacle de Salomon.

« La Messe est la plus prodigieuse des évocations. Les nécromanciens évoquent les morts, le sorcier évoque le diable et il tremble, mais le prêtre catho-

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lique ne tremble pas en évoquant le Dieu vivant.

« Les catholiques seuls ont des prêtres parce que seuls, ils ont l'autel et le sacrifice, c'est-à-dire toute la religion.

« Exercer la haute Magie, c'est faire concurrence au sacerdoce catholique, c'est être un prêtre dissident, Rome est la grande Thèbes de l'initiation nouvelle.

« Elle a pour cryptes, ses catacombes, pour talismans, ses chapelets et ses médailles ; pour chaînes niagiques, 'ses congrégations ; pour foyers magnétiques, ses couvents; pour centre d'attraction, ses confessionaux; pour moyen d'expansion, ses chaires et les mandats de ses évêques ; elle a son pape enfin, l'Homme-Dieu rendu visible. »

C'est à propos de l'index frappant le meilleur groupe hermétique que j'ai dû publiquement le quitter, non pas que les décisions de cette congrégation aient pour moi une valeur, mais parce que, elle fut reçue en mauvais termes. On peut confondre l'index, mais il faut vénérer l'Eglise.

On m'a accusé d'inventer la magie au lieu de l'étudier et de faire de la philosophie plutôt que de l'Occulte. Tandis que les traités classiques étaient résumés, expliqués par Papus, pourquoi l'aurai-je doublé dans un office où il excelle : je me suis dégagé des formules scolastiques afin d'être plus clair,

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plus précis et de ne pas prendre des images pour des notions.

La Vie Suprême contient une ànerie : j'y ai écrit « le Zohar, ce livre qui n'a qu'une page et dont les commentaires chargeraient un chameau ; » c'était en 1880, j'étais jeune on m'avait donné les trente-sept arcanes de Pistorius comme résumé du Zohar.

On s'est moqué aussi d'une expression : la tradition kaldéo grecque.

Or, Abraham, prétendu père de la Kabbale, était natif d'Our, le récit de la création du déluge, la série patriarcale sont de source kaldéenne, la superstition israélite et ses phytactères, ses incantations et sa médecine occulte viennent du Bas Euphrate : et enfin le Talmud, comme la Kabbala, Bereschit et Mercavah, et Hillel, et Akiba, et Philou helléuisent, platonisent et c'est par la langue et l'esprit grec que s'opère la transition de l'hégémonie passant du Sémite à l'Arya. Au sens orthodoxe de l'Occulte, le point de départ est bien kaldéen et le point d'aboutissement est bien grec et je garde mon expression, comme exacte.

Un des plus nobles esprits de la science, unissant à l'étendue des connaissances, une aménité charmante, Barlet, en me faisant l'honneur d'une critique pleine d'éloge sur « comment on devient Mage, » m'a fait parmi des reproches d'exécution qui ont leur

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vérité, un reproche de doctrine qui mérite une réponse, parce que ce sera Eliphas Lévy en personne qui la fera.

« Le but de l'Adepte, sera de se mettre en communication réelle et immédiate avec l'invisible universel, » a dit Barlet.

J'ignore ce que signifie l'invisible universel : estce l'âme cosmique, est-ce la série spirituelle immédiatement supérieure à nous : en sincérité, cette désignation ne concrétise rien. C'est un collectif de force, d'intelligence et de lumière, puisque Barlet explifîe que « l'adepte étend sa perception au-delà du zodiaque, aussi loin qu'il peut être permis à l'être humain dans l'infini. »

Gomme homme et nature d'esprit, Barlet est le Wolfram d'Eschembach de l'Occulte, noble esprit d'un idéalisme transcendant, mais donc la pensée a plus d'essor que de rigueur.

L'adepte étendra sa perception par une pratique qui sera forcément d'abord une exaltation d'astralité et ensuite une évocation de l'invisible universel ; dans l'esprit de l'écrivain, ce serait la consciente du monde : je cherche à le formuler vainement.

Que pouvons-nous percevoir de l'infini sinon notre conception ?

Communiquer c'est avoir momentanément quelque chose de commun : et qu'y a-t-il de possible en-

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tre l'homme corporel et l'invisible : est-ce l'homme qui se spiritualise au point de franchir la série, estce l'invisible qui se matérialise à l'appel de l'homme ?

Une mention aussi vague ne permet pas grande critique, il y a bien des êtres-choses dans l'universel invisible qui se précipiteront par instinct évolutif dans le courant de communication ; et pour tout dire, au lieu d'évoquer un mort, comme Apollonius, si on évoque l'indéfini, c'est encore une évocation.

« Une évocation est donc un appel à la Bête et la Bête seule peut y répondre. Ajoutons que pour faire apparaître la bête, il faut la former en soi, puis la projeter au dehors. »

« L'homme qui se décide à une évocation est un misérable que la raison gêne et qui veut agrandir en lui l'appétit bestial afin d'y créer un foyer magnétique doué d'une force fatale. Il veut être un aimant déréglé pour attirer à lui les vices et l'or qui les alimente.

« Les oracles demandés, soit au vertige d'un halluciné, soit au mouvement convulsif des choses inertes, sont aussi des évocations infernales, mais ils demandent seulement quelques conseils à la bête stupide pour servir d'auxiliaires à leur propre stupidité.»

Ces paroles du « Grand Arcane » ne s'appliquent pas, certes,àla conception deBarlet. Mais il est aussi insensé de vouloir faire apparaître l'esprit : l'esprit

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n'apparaît pas ou bien il n'est plus, en ce moment, l'esprit : il faut donc formuler sa conception et la projeter au dehors, comme fait la dévote qui arrive à voir Jésus et Marie.

L'homme qui se décide à une évocation est quelquefois un mystique, deshabitué de la religion et qui veut réaliser le miracle de la foi par des rites spirituels, qu'il croit tenir d'une tradition vénérable et qu'il invente; il veut être un aimant d'infinité pour attirer à soi des bénédictions illuminatives qui pieuvent dans ta simple pratique catholique.

Ecoutons encore Eliphas Levy en ses pensées définitives.

« Vous savez, enfants, car c'est à des enfants sans doute que j'ai à répondre, que je reconnais l'efficacité relative des formules, des herbes et des talismans. Mais ce sont là des petits moyens qui se rattachent aux petits mystères.

« Les cérémonies en elles-mêmes sont peu de chose et tout dépend de l'aspir et du respir.

Donc, cela est bien net, tout dépend de l'aspir et du respir : quels seront -ils en face de cette orientation indécise : l'invisible universel?

Le Mage, c'est Jésus; il ne sacrifie ni chevreau, ni poule noire, il se sacrifie lui-même : et si on peut devenir Dieu c'est en étant à la fois son propre sacrificateur et sa propre victime.

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Oui, Barlet a raison, mon ascèse n'est qu'une formulation d'individualisme, il faut d'abord être ; parvenir à la conscience, et ensuite, comme il le dit, se consacrer à la marche toujours si pénible de la société humaine en jetant dans son sein les germes de ses progrès futurs. »

Donc, le terme delà vraie Magie, c'est la charité, c'est l'imitation de N.-S. Jésus-Christ : et dès lors pourquoi chercher une hénosis vague et flottante,, quand l'Eucharistie est là, essence assimilable de l'invisible par excellence puisque Dieu y réside et signe de l'universalité, puisque l'humanité y tient.

L'Eglise catholique réalise la Magie pratique, d'une façon incomparable.

« Avec de l'eau et du sel, elle charme les démons, avec du pain et du vin elle évoque Dieu et le force à se rendre visible et palpable sur la terre ; avec de l'huile, elle donne la santé et le pardon.

« Elle fait plus encore, elle crée des prêtres et des rois. »

La communication avec l'universel invisible n'estelle pas établie, en haut par les intercesseurs, les médiateurs spirituels, parfaits patrons de notre faiblesse, puissants auxiliaires de notre évolution ; en bas, par les pauvres âmes luttant et peinant dans la vie purgative à qui notre charité peut apporter allégement et même délivrance.

Quelle communication que la communion des saints?

Quoique seul, parmi les occultistes, je puisse me passer de la magie pour avoir une œuvre, je ne le cèle pas : nous avons tous été séduits d'abord par l'esthétique de l'Occulte ; et épris de pittoresque et d'étrange on a souscrit à des amusements de femme nerveuse : on a cherché le frisson — le frisson de Tinvisible et de l'au-delà — on a demandé une sensation à l'incorporel.

Les sciences d'observation: Chiromancie, Phygnomonie ne sont pas plus mystérieuses que la physique ou la chimie : mais elles agissent sur l'imagination parce qu'elles sont aimantées de défense, et qu'elles ont été jumelles longtemps des noires pratiques.

D'Arpentigny, qui était seulement Chirognomoniste, qui étudiait la forme seule de la main, non les lignes, s'appelait un sorcier pour les mondains, tant l'attirance est grande vers cette ombre, on espère toujours tricher avec la Norme et satisfaire une manie ou un vice, compendieusement et [impunément.

Toi qui me lis, si tu as commis l'erreur de vouloir opérer les œuvres de magie selon les manuels, croismoi, disperse ton laboratoire : — le vrai laboratoire c'est toi-même.

C'est ton âme qu'il faut tendre de volonté droite et

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de pensées pures, et non une chambre avec des draps de lit.

Que ferais-tu d'un autel, toi n'es que le prêtre de ta curiosité, illégitime, il n'y a pas d'autel sans sacrifice. Quel serait le tien ? 11 te faut le sang d'un anima*! pour voir le plus fluide fantôme ; as-tu le droit de détruire une merveille vivante, fut-ce une souris, pour l'inepte satisfaction de coaguler quelques larves, méduses de l'atmosphère astrale, gélatine inconsistante et nauséeuse.

Un oratoire, pour prier quel Dieu, quand tu as les églises du Dieu vivant, magnifiques, aimantées!

Que verras-tu dans ton miroir? des grimaces, des courants ironiques parce qu'ils n'obéiront pas?

Avant que ton miroir te montre une tête d'ange de Léonard ou d'Àngelico, ou un diable de Michel- Ange, tu peux regarder : espères-tu que le hasard va mieux faire que le génie? Que verras-tu donc dans ton miroir : sinon la vision que tu y projettes ou le reflet de l'informe qui flotte et passe.

Quand tu dirigeras le rayon de la lampe à réflecteur sur une fumée immobile à force de densité ; quand ton réchaud vaporisera les aromates du jour, et que tu auras dit Agios, Athanatos, Beron, Ciel, Dedolois ou Eros, Poros, Oudis, Molis ou Raminagrobis : que se passera-t-il ? Qu'espères-tu? Voir? Quoi ? L'invisible universel.

Je serais curieux d'un graphisme, quel qu'il fût.

Personne, grand ou petit, n'a osé écrire une formule résultant des cérémonies magiques : on a raconté des scènes à l'Edgar Poë, on a noté des sensations, on a fait une page de littérature sur cette tentative de luxure.

Car c'est une luxure extraordinaire que le prurit de l'occultisme, on veut que l'inconnu se montre, que l'insensible vous impressionne. C'est la voie de la folie et du crime, et non celle de la lumière.

Saint François était certes un thaumaturge ; comment? il aimait son Dieu, et les œuvres de son Dieu.

La seule évocation qui soit possible est l'évocation d'amour : je ne dis pas qu'elle soit permise, je la dis possible, sans m'en expliquer. Toutefois, il ne faut entendre que la reine de Saba viendra à clochepied, ou Cléopâtre avec le pschent, ni même Mme Récamier : il faudrait les forces d'une passion longuement vécue et doublement ardente ; il faudrait que la volonté de l'opérateur rencontrât dans l'astral l'identique vouloir.

Eliphas Lévy, auquel il faut toujours en revenir, puisqu'il a restauré la magie cérémonielle, raconte le négatif résultat de son évocation.

11 vit une figure drapée et triste, et s'évanouit. « II lui sembla que les questions qu'il n'avait pu lui faire, s'étaient résolues d'elles-mêmes dans son es-

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prit : cela se bornait à savoir qu'une personne était morte et que deux autres resteraient séparées.

Malgré le respect profond que j'ai pour Kliphas, comment a-t-il pu croire que cet Apollonius qu'il appelle divin se soit dérangé de sa béatitude pour venir répondre à des interrogations seulement passionnelles.

En renouvelant les expériences, il eut un résultat : la révélation de deux secrets kabbalistiques, fait explicable par son propre génie et l'état de tension intellectuelle où il se trouvait.

La Rédemption a tout changé dans l'ordre religieux, parce qu'elle réalisait le grand œuvre magique de l'humanité. Elle opéra d'une façon permanente l'union de la créature au créateur, et par là fut accompli tout ce qui était légitime de FEros.

L'Eucharistie est tout le christianisme ; et par elle le Christianisme est devenu la magie vivante.

Depuis Jésus, il y a encore des sorciers : il y a plus de mages.

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