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GLORIA

L'homme demeure insatisfait, malgré que ses besoins physiques soient repus; son bonheur demande d'autres éléments et si la magie paraît réaliser l'attente du petit nombre, la religion seule livre à la masse les apparences de mystère conforme à son aspiration.

L'individu primitif, opprimé par des nécessités immédiates, ne se posa aucun problème d'au-delà. Au sortir de la nécessité, il s'occupa de son devenir. Les êtres de loisir seuls ont interrogé le mystère; l'impérieuse voix des contingences doit se taire pour que se manifeste l'impériosité de l'âme. Soumis à des pressions différentes dont la force actuelle constitue la hiérarchie, l'homme, tant que son corps a faim ou soif, sera incapable d'idéal ou de pensée ; pendant une accalmie de l'instinct, le problème du devenir se

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présentera : il le résoudra suivant son éducation et ses idiosyncrasies. Paracelse prétend que nous sommes subordonnés à trois nécessités et que la plus inférieure est aussi la plus despotique : tant que l'homme éprouve un besoin physique caractérisé, il est incapable de besoin moral, et une passion occupâtt-elle son âme, il ne perçoit pas les latentes appatences de son esprit. Donc, que le besoin soit satisfait, le sentiment silencieux, alors l'esprit s'active et résoud les problèmes qui lui sont propres. Composé de corps, d'âme et d'esprit conformément à la trinité personnelle de son unique Créateur, l'homme, dans la sphère où nous vivons, dépend delà norme actuelle, c'est-à-dire que son corps est plus immédiat que son âme et son âme plus immédiate que son esprit. Le corps limite le sentiment et l'idée, condition de la vie telle que nous la connaissons; la vie se trouve niée dès que cette transition est contestée. Au monde des rapports, le plus immédiat est aussi le plus pressant, et si nous passons des mois sans passions, des années sans pensée, nous ne passons pas deux jours sans nourriture. Beaucoup de mystiques se sont trompés en niant, la nécessité du corps ; nombre de mages ont erré, en niant les fatalités de l'âme. On ne satisfait à l'esprit qu'après avoir satisfait à la chair ; la pensée se lève, lorsque l'amour et la haine se taisent en nous. Dans ce silence du besoin et du

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sentiment, l'impériosité supérieure se manifeste; et alors, en présence de l'au-delà, nous éprouvons l'infaillible vertige de relatif à absolu et, troublés, nous cherchons comment notre imperfection opérera son raccord avec l'éternel parfait.

La Révélation apparaîtra plus lumineuse que la science, non pas cette révélation du Sinaï où se manifestait un Dieu national, mais la véritable, celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que l'Evangile manifeste : destinée à l'universalité et des castes et des races, l'Evangile ne présente le mystère qu'à l'état réalisé; il n'y a point d'abstraction, et la lumière ici est de la chaleur ; Jésus a dédaigné d'éblouir, il a sauvé, il sauve, il sauvera simplement, et cette simplicité est de Dieu.

Nul, dans l'Eglise, ne conteste l'excellence de l'Evangile selon saint Jean. Portant, devant la postérité, le titre de disciple bien aimé il avait suivi Jésus après avoir suivi Jean-Baptiste, présent à la Gène, présent au Calvaire, son Apocalypse reste encore un défi aux plus subtils, et le commencement de son Evangile qui termine toute messe représentait l'initiation dans la primitive Eglise. A Vite missaest la foule des chrétiens s'écoulait et alors seulement le célébrant disait, pour le clergé présent et pour lui, ces prodigieuses paroles. Eh bien, il renferme en ses quatorze versets toute la religion et toute la ma-

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gie. Les commentateurs ne l'ont pas vu, sans en excepter Bossuet.

Ait commencement on a traduit à tort par « dans le Principe » ; il faut lire, au point où l'intelligence humaine peut remonter, au point de compréhensibilité était le Verbe. Le Verbe, c'est la volonté de Dieu, la volonté est à la fois la matière et la loi du monde ; cette volonté en s'extériorisant est d'abord une puissance d'être indescriptible, parce qu'elle contient en devenir toutes les modalités de l'être. Le Verbe est extérieur à Dieu comme la parole extérieure à la bouche, comme la pensée distincte du cerveau qui l'engendre. Au commencement était la pensée divine et la pensée était avec Dieu et elle était Dieu sous forme de mouvement; et ce mouvement ne se détacha pas tout de suite de son auteur, opérant sur Lui-même une gestation formidable où le plus contenait le moins, en un amalgame harmonique. C'est la molécule divine contenant en puissance toute la parabole créatrice, qui reste un instant suspendue comme la bulle de savon à la paille, comme l'harmonique d'une parole prononcée. Dès que l'ombilication est coupée entre Dieu et sa pensée, une formidable distance s'établit entre Lui et son Verbe, car le mouvement de ce Verbe est un mouvement de descente, d'involution, d'incarnation. C'est ce Verbe qui esl le Créateur, qui a tout

fait ; ce Verbe contenait la nonne, la pensée, la série spirituelle et enfin la vie. La vie est la lumière de l'homme puisque c'est le seul phénomène dont il soit conscient. La vie explique le néant comme toute chose explique son contraire, mais le contraire n'ayant pas d'existence propre, n'étant pas même un principe existant, mais seulement une déficience de principe, les ténèbres, c'est-à-dire les imperfections sérielles, demeurèrent la conséquence logique de la hiérarchie décroissante des modalités verbales. Les imperfections sérielles offrant une contradiction apparente au Verbe, il fut donné à certains hommes d'apporter le témoignage de leur volonté en faveur de la lumière afin que, réalisée par eux, c'est-à-dire humanisée, elle parut plus proche et par conséquent plus évidente. Nul homme ne peut être la lumière, mais plusieurs en ont été les témoins. Cette lumière manifestée par les témoignages est une évidence que tout homme peut retrouver dans sa conscience, car le Verbe est manifesté à tous les degrés de sa création ; le Verbe est le Créateur du monde, mais l'inconscience humaine assiste à l'effet sans concevoir la cause. Vainement le Verbe a voulu se faire reconnaître de ses créatures : il n'a pu outre-passer le degré de manifestation qu'il contenait, et les élus sont ceux en qui le silence des passions a permis au Verbe de se faire entendre, ceux-là du reste ne sont

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point des mortels ordinaires, quoique tous les mortels soient conviés au divin profit; ceux-là ne sont point de la famille humaine, par la forme fils de la femme, ils incarnent la volonté divine : ce sont les daimons qui ont fait sur la terre tout le bien qui a précédé la venue de Jésus.

Mais voici que le Verbe s'est incarné, nous l'avons vu des yeux du corps, nous l'avons touché de nos mains, nous avons senti le souffle de son baiser sur notre front, et comme nous l'avons vu sous sa forme humaine, nous l'avons vu aussi dans sa gloire: car celui-là est vraiment le fils unique du Père, et il n'était pas contenu dans le Verbe primitif qui contenait tout, et tous ses précurseurs étaient des enfants du Verbe et des témoins. Lui seul est le Fils de Dieu, Lui seul manifeste toute la vérité et apporte toute la grâce.

Or, il est incontestable que la Magie enferme une part de la vérité et une portion de la grâce, et nous devons les découvrir dans le Verbe du Christ, si nous savons écarter de notre vision du Calvaire, les voiles épais de la Thorah hébraïque. Sabaoth est l'antinomie de YAgnus Dei, Sabaoth est synonyme de Allah, Sabaoth est un blasphème : et le successeur de Mosché, hélas, c'est Mohammed.

Qui donc s'est élevé pour dire que l'idée de Patrie était la grande prostituée universelle, et l'homi-

cide toujours l'homicide même commis par cent mille sur cent mille? Est-ce le Pape, non, mais Tolstoï : et tous deux sont chrétiens : mais l'un a senti le cœur de l'Agneau battre dans son cœur : il y a donc une bonne nouvelle à annoncer que le catholiscisme n'annonce pas ; les uns senlent la présence et la toute-puissance des lois cosmiques ; les autres, rudimentaires ou dégénérés, ne la sentent point.

L'Inops ne perçoit pas, sur lui et autour de lui, l'immanence d'une volonté éternelle, mais l'Ops ne ferme pas son esprit aux évidences métaphysiques, et pour lui, le problème est immédiatement posé : ou bien un principe d'ordre régit l'univers et l'individu, et toute transgression de la norme implique une représaille, c'est-à-dire un châtiment, ou bien l'harmonie est un accident de la vie générale.

Même dans le doute, l'individu réfléchi réalisera en soi le principe harmonique : la plus courte expérience enseigne que l'harmonie est un principe consommant à la santé, à la durée, enfin à la confirmation de toute matière où elle se manifeste.

Quiconque interroge le mystère par l'adoration ou par l'effort intellectuel fait, par son interrogation même, un acte de foi à l'Au-delà, auquel il s'identifie par la pensée ou l'oraison.

Il ne faut pas trop s'étonner de la place que tient

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le diable dans la magie, il occupe une haute situation dans la religion.

Le mystique et le sorcier, c'est-à-dire l'homme de bien et l'homme de mal, ont des notions parallèles et également irréfléchies.

Le dualisme, qui a été une déformation de la doctrine Mazdéiste, se retrouve dans l'hérésie deManès.

Au milieu du second siècle, ce Manès ou Manichée formula l'existence de deux principes primordiaux, idée puérile qui ne supporte aucune critique et reproduit simplement les tendances de l'instinclivité. De ces fausses prémices se dégageaient de louables conclusions.

« La fin de l'homme consistait — pour eux — à dégager la substance divine de la matière brute. Ils rejetaient l'Ancien Testament et un titre d'honneur pour eux, était la détestation des empereurs. De 285 à 491, ces sectateurs furent bannis, dépouillés et tués. La mère de l'empereur Anastase à la fin du ve siècle, Gallinis au vne siècle protégèrent cette communion.il se fît une sorte d'entente entre eux et les mahométans. Au xie siècle ils reparurent en France sous le nom d'Albigeois, et c'est dans leur rang que Jean Huss recruta ses premiers adeptes.

Notre époque, incapable de se passionner pour une question théologique, se figure difficilement le fanatisme des périodes primitives. Rien n'est plus diffî-

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cile que d'instruire le procès des anciennes sectes. Les passions locales une fois écartées, il reste une doctrine intolérante parce qu'elle exagère une vérité.

L'opinion, en matière occulte, est restée manichéenne par la division de la matière : Théurgie et Goëtie, magie et sorcellerie. Une démarcation primordiale paraît à l'analyse : le goëte passionnel, ignorant, procède par l'exaltation de la sensibilité ; le théurge, toujours intellectuel, savant, opère par le développement rationnel de l'intelligence. Toute la propension vers la magie vient de cette idée qu'elle permet l'injuste et le facilite.

Lorsque Eliphas Levynous dit dans son rituel : « II faut être prompt et actif comme les sylphes, flexible et attentif aux images comme les ondins, énergique et fort comme les salamandres, laborieux et patient, comme les gnomes, pour dompter et asservir les esprits élémentaires. » Cela est exquis d'évocation, mais cet homme si prompt et actif, si flexible et attentif, si énergique et fort, si laborieux et patient, sera extraordinaire ; et cependant, on doute que le monde entier soit à son service, que la pluie ne puisse le mouiller, ni le vent déranger un pli de son vêtement.

« Il traversera le feu sans être brûlé, marchera sur l'eau, et verra les diamants dans l'épaisseur de la terre. »

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Voilà qui est fort douteux ; mais ce qui l'est aussi c'est qu'un homme, à ce degré d'évolution, aille par distraction marcher sur les flots et s'inquiéter des diamants; autres, seront ses préoccupations.

Les Mages ont trop promis de biens positifs que la Magie ne donnera pas, car au physique que l'impuissance de l'homme éclate. Aucun pouvoir ne permane dans l'homme : sa volonté a les relâches et les stérilités du génie. Inspiré à certaines heures, il retombe en des dépressions proportionnelles à son exaltation.

Quelles sont les mémoires que l'humanité garde en son cœur, quand il ne s'obscurcit de bas in térêts : celles des daïmons, de ces êtres intermédiaires entre l'homme et l'ange et qui réalisent du ciel sur la • terre, semant de l'idéal comme on sème du blé, et sans lesquels nous serions inférieurs aux brutes. La terre ne produit que des instincts; la renonciation, le dévouement, la lumière viennent du ciel par les daïmons.

La hiérarchie a son sommet dans les fondateurs de religion, ceux que la légende appelle de noms divins, les Oannes, les Trimegiste, les Orphée, les Moïse, lesManou, lesZoroastre : ceux-là ont rendu témoignage à la lumière et ils l'ont fait voir à des races entières. Après eux, viennent les occultistes, les

mages, les philosophes, tous ceux qui ont enseigné la sagesse et recherché la conception du mystère.

L'Eglise, au lieu de les honorer, les ignore, elle veut donner au christianisme une floraison instantanée et conçoit comme dans le dessin de Chenavard, le dernier triomphe romain qui passe sur une catacombe où se célèbre la messe. Jésus l'a dit luimême : comme Dieu il disposait des légions angéliques ou plutôt de sa propre divinité et, dès lors, il pouvait vaincre même les cœurs et y pénétrer, lui créateur; mais il était dans l'essence de la Rédemption, qu'elle s'opérât humainement, et, dès lors, pourquoi s'inquiéter comme d'une diminution de gloire de l'Essenisme qui venait de la Perse, parcourue par les missionnaires boudhistes.

Pourquoi veut-on sans cesse déshonorer les aïeux et souligner son propre effort en niant celui des prédécesseurs.

Le mystère a encore d'autres pontifes, les génies; les architectes des temples sont les théologiens de la forme. Que reste-t-il de la religion admirable de l'Egypte : des temples en ruine et cela suffît pour témoigner d'elle. Combien d'esprits cultivés ne se souviendraient plus du catholicisme si la peinture ne leur remettait sans cesse les dogmes même sous les yeux.

Les prônes éloquents ont lieu dans les musées,

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qui seraient des églises si le choix des œuvres était plus sévère : le poète, le romancier même sont des artisans de lumière; ils émeuvent la sensibilité, et, audessus de toute autre manifestation littéraire, le théâtre grec apparaît un tremplin d'idéalité, une cérémonie morale où la pitié s'épanouit, l'âme étant provoquée à s'ouvrir par tous les prestiges réunis.

On s'étonne de trouver des artistes nominalement inférieurs à leur œuvre : et l'intellectuel induit une dépréciation de cette inconscience fréquente. La faculté de créer n'implique pas l'esprit de synthèse : Raphaël n'aurait pas commenté Platon, mais il a composé l'école d'Athènes : le chef-d'œuvre sera toujours le grand œuvre.

Evoquer des fantômes, recevoir des souffles froids, frissonner et même apercevoir des choses inouïes, cela reste une moindre opération que de fixer dans une œuvre immortelle un reflet divin.

ARCANES

DE

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