‹ L'occulte catholiqueChapitre 9 sur 41 · HIÉRARCHIE · texte numérisé non relu

HIÉRARCHIE

Il n'y a qu'un thème digne de V homme: Dieu; sa gloire est de le concevoir ; son honneur, de le servir; sa volupté, de le sentir.

L'occulte augmente cette conception, la magie donne des armes pour le combat, V Eglise est le lieu des joies divines.

XLXR

Veux-tu savoir le degré d'une civilisation ? regarde ce qu'est' le penseur, l'écrivain en face du guerrier.

Le pays où l'officier peut commander au mage et à l'artiste est un pays de sauvages.

Dès qu'on sort des grandes villes, et de leurs musées, on s'aperçoit que le temple est le burg de l'idéal.

Le jour où il y aura des villages sans église, la barbarie n'aura plus de bornes.

v. — l'occulte catholique 137

Le mystère est V aliment de l 'âme par excellence, que V homme cherche dans les passions.

Mais le mystère abstrait ou brut serait, au désir de l'homme, comme le blé en grains à sa faim.

Voilà pourquoi la religion est la forme logique du mystère.

lu

La curiosité est une passion et non une vertu : et c'est une vive faiblesse de ne pouvoir se substanter des choses excellentes parce qu'elles sont généralisées.

lui

La magie ou occulte mise en action a sa fonction dans les œuvres de justice. Elle peut, elle doit, conserver la vie des bons pasteurs et trancher celle des loups.

Il est absolument certain que l'Inde contient plusieurs hommes qui pourraient tuer à distance ta Reine; et elle vit. Si r Orient a oublié ses pouvoirs magiques, sera-ce l'Occident qui les restituera au monde ?

Quand l'inconnu se manifeste, ou sa volonté est supérieure à la nôtre et alors il vient de lui-même, ou elle est inférieure et alors quel bien en tirerons-nous?

AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES

Les mystiques appellent le ciel et le voient : on les comprend. Les magiciens appellent tout ce qui se traîne dans V intermonde; et cela n'est point beau, étant hors série. Comment les comprendre ?

EVANGEL1VM

Le mariage a été étudié par des hommes infatués de leur continence.

Du séminaire où la femme s'appelle le péché, tout court, jusqu'à l'ascétisme qui inspire un véritable dédain pour l'amour sexuel, l'Eglise, a manqué d'expérience : elle n'a eu, à ses confessionnaux, que les péchés du mariage et ses plaies : elle n'a pas songé, dans son horreur de la concupiscence, à la hauteur dont elle est susceptible.

Le prêtre est plus blasé qu'instruit sur les mœurs : ou il s'effare devant l'horreur du siècle ou il sourit du cours des choses.

Le mystique déteste l'amour plutôt qu'il ne le juge. On conçoit que celui qui sent Dieu, dédaigne toute autre passion; mais on oublie que le saint est un excessif, un extraordinaire, qu'il y a toute la diffé-

140 AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES

rence des vocations entre l'admirer et le suivre.

L'Amour sexuel est la seule réaction morale dont beaucoup soient capables ; la reléguer à un extrême degré de l'infériorité, c'est rejeter dans l'art, l'ordre de la sensibilité qui s'est développé abusivement et a tout envahi.

Le mariage, remède à la concupiscence, base de la société, moyen de perpétuer l'espèce est encore la forme sociale de l'amour et l'amour est la forme générale de l'évolution humaine. Les casuistes n'ont pas suffisamment considéré son importance. Ce que l'Eglise dénomme péché est bien tel, mais l'Eglise en prêchant ses lois morales s'est trop souvenue de ses rêves et a perdu de vue les actuelles nécessités. S'affranchir de l'amour c'est l'œuvre des héros, de ceux que meuvent les passions abstraites ; renoncer au seul élément assimilable c'est refuser à un troupeau l'idéal qui lui convient. Qui prêche se limite à celui qui l'écoute, sinon il étonnera au lieu d'éclairer.

Canisius, dans son grand catéchisme, met l'institution du mariage dans le paradis terrestre : ce paradis n'a jamais existé et la création de la femme est une rature que les Elohim opéraient sur leur œuvre. Eux aussi voulurent réaliser un idéal plus grand que celui qui était possible ; il avaient rêvé dès leur délégation des androgynes, des êtres complets mais selon le verset 18 (Genèse II) : « voyant

v. — l'occulte catholique 141

qu'Adam n'arriverait pas, de lui-même, à l'état de conscience, Elohim dit: je lui ferai un parèdre en le dédoublant de son réflexe » ; et (Verset 21) il suspendit la sensibilité d'Adam, il rompit son unité androgyne et prenant le passif ou réflexe, il l'individualisa par une forme où la courbe qui est la beauté dominait : ensuite il développa le positif d'Adam quantitativement pour tenir la place de son entité passive désormais personne distincte. » L'humanité ayant été créée à l'image des anges, son prototype reste androgyne. La femmé est fille de l'imperfection de l'homme; selon la notion que j'indiquais tout à l'heure sur le rôle du sexe, comme ferment de la sensibilité générale. Les Grecs ont dit la même version que les sémites.

La résorption sexuelle est favorable à ceux qu'une activité défend de la paresse et de la rêverie. L'homme qui tous les jours consacre la divine hostie, la sœur de charité qui panse perpétuellement des plaies répugnantes sont dans des conditions admirables de continence. Mais celui et celle qui vivent dans le monde, les sens et l'imagination sollicités par les spectacles, les lectures et les fréquentations même les plus bienséantes, que feraient-ils de la fatale accumulation de désir qui se formera en eux. Les âcretés de l'ambition, les duretés de l'avarice, l'implacabilité de certaines haines n'ont

AMPHITHÉÂTRE DES SCIENCES MORTES

d'autre origine que la continence mal entendue.

L'Eglise, en imposant aux fidèles comme une loi au lieu de présenter comme une objurgation l'engendrement, ressemble à un bureau de recrutement. Il ne s'agit pas de pulluler mais de produire des êtres raisonnables et grands s'il se peut. Une catégorie se trouve relevée du devoir de procréation, celle dont l'esprit engendre. Les fils du génie ne valent jamais rienparce que, au point de vue fluidique, les éléments supérieurs en suspens chez l'homme ordinaire sont tous mobilisés au profit du cerveau chez l'homme extraordinaire. L'Eglise, pour être logique, devrait dire à ceux qui lui demandent le sacrement de mariage qu'il est conditionnel à l'engendrement, or, tel n'est pas l'esprit du dogme. Le mariage comme fait social et comme signe religieux est la sanctification de l'amour sexuel, il est cela, indépendamment de toute progéniture. Quant à la volupté que saint Chrisostôme qualifie de turpide chose, elle est mieux exprimée par la bouche d'Atristophane quand il explique comment les androgynes embarrassaient le Dieu, et queZeus les dédoubla pour les affaiblir et s'en débarrasser. L'amour est donc une aspiration vers l'état initial de l'espèce qui sera indubitablement son état final. Ce que les Elohim avaient tenté pour l'homme naissant ils le réaliseront pour l'homme évolué. Le sexe est la marque, l'expression de ce que l'Eglise

v. — l'occulte catholique

appelle le péché originel, et la magie l'imperfection sérielle.

Saint Fulgence dit : « L'usage du mariage sera raisonnable si les époux se le permettent pour se procurer des enfants et non pour assouvir leurs passions. »

Saint Isidore : « Lorsqu'on recherche dans le mariage le plaisir plus qu'il n'en est nécessaire pour l'en gendre ment, il y a péché. »

Saint Chrysostome : « La femme est unie à l'homme pour se procurer des enfants et non pour actes de turpitude et de dissolution ; pour faciliter à son mari les habitudes de chasteté et non pour lui être l'occasion de fornication nouvelle. »

Saint Basile, plus modéré, veut cependant que le motif du mariage soit la génération.

On cite encore, en cette matière, un proverbe de Salomon qui déclare l'adultère bien plus coupable que le vol, sans réfléchir que l'objet va au-devant de celui qui le désire, et que les voleurs sont deux puisque l'un donne ce qui ne lui appartient plus, et l'autre le reçoit. Il ressort de ces citations que le théologien méconnaît l'action providentielle de la concupiscence, et ne veut pas en tirer parti ; il ignore son rôle d'évacuation fluidique, de détergement moral ; il ne voit en elle qu'une source de délit au lieu d'un phénoménisme providentiel. Sans la

AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES

volupté il ny aurait jamais eu de civilisation. C'est dans le lit des Clotilde que les Clovis, les brutes primitives, ont commencé à s'adoucir. Aux décadences, la volupté devient un dissolvant, mais au début des sociétés elle est le seul moyen d'émouvoir la sensibilité morale.

C'est toujours une erreur, et impardonnable, chez l'homme d'Etat que doit être un théologien, que de vitupérer un élément constitutif de l'homme. Les plus nobles passions ne sont que des instincts sublimés. L'ésotérisme ayant été la loi du passé, je. dois, par respect pour les grands esprits que j'ai montré, en faute, déclarer que mon jugement appartient à. la réserve cardinalice de la doctrine. Ce qu'ils ont dit convenait peut-être à leur lecteur, comme ce que je dis convient aux hommes de mon temps : il ne faut point incriminer la chair comme un moine exalté de rOxyrinque.

Si la pruderie des Minnesingers ne lirait le glaive contre le chantre de Vénus, un seul baiser d'Elisabeth purifierait les lèvres de Tannhauser.

L'amour est un fort grand personnage qui n'a aucun rapport avec les prostitués des deux sexes : et la volupté, cette musique de l'amour, est une très noble chose que les mauvaises gens poursuivent avec fureur parce qu'ils ne l'atteignent jamais. Au-

cun viveur n'a connu les joies de la chair : elles naissent du désir de l'âme.

Thèmes admirables de l'art italien ce mariage mystique où sainte Catherine reçoit de l'enfant Jésus l'anneau de fiançailles, où saint François épouse la pauvreté sous les traits d'une mendiante. Ces allégories signifient profondément l'adhésion de l'àme à une vertu, la formulation d'un vœu, actes positifs entraînant de grandes conséquences. Le mage renonce conditionnellement à l'obtention d'un pouvoir; le mystique ne fait point de pacte avec la Providence : il se donne sans s'estimer et se confie à la volonté divine. L'amour a plus de forces en ce monde que l'intelligence, le désir mieux que la pensée traverse les zones intermédiaires et atteint aux causes secondes, la religion montrera toujours plus de thaumaturges que la Gnose. Les miracles de l'esprit sont invisibles, parce qu'ils opèrent sentimentalement, et dès lors la forme sous laquelle nous les constatons, n'est pas analogue à leur origine. Les occultistes considèrent la volonté comme une faculté intellectuelle ; elle est seulement intermédiaire entre la conception et la réalisation ; l'esprit génère l'idéal, l'idéal émeut la sensibilité supérieure et le phénomène d'enthousiasme adhère au plan idéique en prenant sa force du plan animique. Les phénomènes de la spiritualité sont difficiles à

146 AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES

distinguer de l'animisme. Plotin, comme saint François, aspire à l'extase, à cet état que Ton appelle la mystique unitive. Le point différentiel de l'occulte et de la religion, c'est que l'occulte exalte la volonté et la rationalité ; idéalement, le mage est un être conscient; la religion, au contraire, enseigne l'abdication du vouloir et développe ce qu'on pourrait appeler l'inconscient en Dieu. Lorsque la volonté a vraiment consommé un mariage mystique avec la conception théologique de l'éternité, le plus grand phénomène passionnel se produit : la nature ayant perdu son action sérielle sur l'individu, celui-ci, exempté de la pression ordinaire des normes physiques, se trouve ressortir d'un normisme encore plus élevé : c'est le yoghi de l'Inde.

L'être affranchi en son corps ne relève plus littéralement que du miracle. Il faut bien se l'avouer : l'intelligence n'atteint pas une si grande puissance ne se réalise pas directement en ce monde. L'esprit ne produit ses prodiges qu'en empruntant des moyens à l'âme. Pour la plupart des êtres, une idée n'est assimilable que sous la forme sentimentale, et la religion à chaque instant le montre : elle appelle Dieu le Père, elle le nomme des noms de l'âme, ceux de l'esprit n'ayant un sens que pour les philosophes. Quel est le prêtre qui dira aux

fidèles : « Implorons, mes frères, la miséricorde du Non-Etre qui ne peut ni nous voir, ni nous entendre, que nous ne verrons jamais, même par l'ascension du mérite, qui restera éternellement à une incommensurable distance de ses élus. » Même si ce prêtre ajoutait: «Il nous est donné de réussir en nos entreprises et de nous attirer la bienveillance de Dieu, en adhérant aux lois qui expriment sa volonté même ; il nous est donné, en exaltant notre âme, de triompher sur la loi du corps, mais ce qu'on appelle bénédiction ou malédiction, est le mouvement régulier, le mécanisme sempiternel de la création. » Ce prêtre scandaliserait et éloignerait son troupeau des autels ; il n'aurait point menti mais il aurait donné une formule inassimilable à ceux qu'il doit instruire. Prenez les œuvres de la plupart des hérésiarques, des prétendus réformateurs, des dissidents de tout genre, ils présentent un caractère non interrompu de notions ésotériques maladroitement exotérisées. Quel est celui qui n'a pas senti en son âme bouillonner la sainte colère des nabis d'Israël ; quel soldat d'une idée ne s'est indigné contre ses chefs, en proie à cette illusion que l'idéal est souvent le possible?

La plus belle union que le siècle prochain puisse célébrer serait celle du Christianisme et de l'occulte, car elle réduirait pour toujours la double puissance

AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES

métaphysique du pape et du mage à une unité invincible.

Comment amener cette réunion de puissance? En agissant sur les individus et sur l'opinion. Convaincre la majorité du Sacré Collège, des lois occultes et le monde serait sauvé. Créer un courant d'opinion si puissant qu'il modifie les égregores, voilà où on est réduit. Déplorable extrémité, car il faut jeter à la foule des choses sacrées pour fixer son attention. Oh ! triste époque où le troupeau force le berger à le suivre !

Il y a des livres de piété approuvés par l'ordinaire qui s'intitulent : Y Art de se rendre les bons esprits familiers ; Le pieux commerce de V homme avec Uange.

L'ingénuité du titre écarte le lecteur habitué au gongorisme empanaché des traités occultistes et cependant il y a de quoi réfléchir en ces opuscules : ils sont pieux, mais mystérieux aussi et empreints d'une bonne foi singulière.

Qui ignore la théorie de l'ange gardien, sa réduction occulte? Comme notre corps a une odeur, notre âme produit un halo fluidique qui tient à nous comme l'auréole et le nimbe à Dieu et à ses saints dans les fresques : nos pensées nous environnent sous informité de larves, de reflets; une pensée constante densifie le reflet, l'animalise ; et paraît l'obsession ;

l'habitude se produit de même sorte. Il y a deux courants dans une atmosphère individuelle, Tun harmonique et bon, l'autre pervers et mauvais, et qui luttent en nous, nous prédisposant à bien ou mal faire.

Sans approfondir la question de l'ange gardien, il est de foi que Ton peut se concilier les anges par la pratique des vertus qui leur sont chères : ils prisent pardessus tout la chasteté, la dévotion à la Vierge et la fuite du monde. Les moyens de les attirer étant des vertus, cet entraînement même, s'il ne se couronne pas de visions, ne saurait être perdu.

La Magie, comme la religion, éblouit par un but étincelant, mais ce qu'on acquiert en chemin est déjà une palme et un aboutissement. Telle vieille dévote qui ne trouverait pas le baiser d'une créature se croit aimée d'un ange : quelle consolation serait comparable ! Ce que [le jmystique appelle vaut mieux que la provocation du magicien, son désir s'oriente vers Dieu, tandis que l'opération théurgique évoque des éléments passionnels et viciés.

Le Spiritisme a montré surabondamment l'inanité des réponses de l'invisible ; les gens qui font tourner des tables sont aussi des évocateurs, et qu'obtiennentils, des risées ou des niaiseries, à tout le moins des

AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES

centons médiocres, total de la sottise des assistants.

Mais, dira-t-on, Crookes a vu Katie Kie et après? Est-il plus savant, depuis ces apparitions : sa thèse sur l'état radiant de la matière marque un pas vers la frontière qui sépare la zone humaine de Tintermonde, mais il n'a rien dit, qui ne se trouve dans les anciens maîtres.

Ne comptons pas sur les révélations d'outretombe : là n'est pas le flambeau qui guidera les chercheurs prochains.

La Religion a enterré de secrets précieux ; c'est chez elle qu'il faut creuser ; les fouilles seront fructueuses.

On pourrait comparer l'Eglise à un vieux château modernisé, on a mis dans les combles et dans les caves, sans discernement, mille objets de prix dont on n'avait plus la place ni l'emploi. Cela est poussiéreux, rouillé, vert de grisé, un peu gâté, mais qui sait ce qui gît dans ce Capharnaum auguste et dédaigné.

L'enseignement catholique a des lacunes et des étroitesses, faute d'ésotérisme : mais la pratique catholique est une pure merveille. Il faut, donc penser avec l'occultisme et pratiquer avec l'Eglise. Ainsi seront satisfaites complètement et l'avidité de l'esprit et l'appétence de l'âme. Concevoir selon la tradition

hermétique et réaliser par les voies chrétiennes, telle la notion de sagesse en cette matière la plus noble, la plus importante, la plus formidable que l'esprit puisse aborder.

La prochaine harïnonie s'accomplira sous ces seules espèces : et dès lors, ce qu'on appelle librepensée, matérialisme, aura vécu ; le règne de l'évidence métaphysique commencera. On doit espérer : la logique le veut, et cependant, le moindre observateur un peu réfléchi voit déjà que la plaie inguérissable ce n'est pas tel sectarisme, mais la morne indifférence en matière d'au-delà, qui se lève comme l'allégorie de demain.

Actuellement, celui qui dirait du mal de Jésus- Christ étonnerait : on ne conteste plus la vérité, mais on ne l'aime pas. Les erreurs mômes sont mollement suivies, et l'humanité paraît sur le point de manquer d'âme. Désespérer du salut du monde, ce serait offenser le Saint-Esprit : il a l'entreprise des merveilles et le lieu où Monsalvat se reconstruit a été marqué par lui, demain peut-être verra les fondations; ceci est le divin peut-être : Occidentalement, rien n'est plus, plus n'est rien.

ARCANES

DE

Page 1