EPISTOLA
L'idéal le plus répandu se résume au mot progrès; pour le concevoir, il faudrait savoir les origines et supposer le devenir. Le contemporain ne sait d'où il vient, ni où il va ! il aspire à une augmentation de puissance positive et sa notion dans les mœurs s'appelle bien-être dans les sciences-industries. Conquérir des zones sur la résistance cosmique, sans s'informer des limites où cette conquête devient funeste, est une conception matérialiste qui nie implicitement le monde supérieur.
Le contemporain modifie les moyens de sa volonté oubliant de modifier sa volonté elle-même ; il ne comprend plus les nouveaux phénomènes qu'il suscite. En augmentant son activité matérielle, le moderne tombe en atrophie morale ; ses activités ne sont que «es nécessités. Sur le monde élémentaire se déve-
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loppe actuellement sa puissance. Défricheurs qui rasent une foret pour établir une usine, les savants n'ont pas expliqué leurs découvertes, ils ont multiplié le fait, la loi leur est restée inconnue. Lorsque le surnaturel, c'est-à-dire l'élément supérieur, se mêle à une contingence, l'école est en déroute et la voyante, la stigmatisée, la possédée, le simple médium déconcertent ceux mêmes qui captent la force d'une chute d'eau et la transportent à deux cents lieues comme moteur. La perfection des lentilles a permis devoir les infiniment petits, aucun appareil n'a permis d'étudier l'élémental qui est le macrobe de la vie astrale. L'invisible a ses animaux puisque nous ne pourrions les concevoir qu'à l'état de larves ou particules imparfaites de vie et de fantômes émanés des décompositions organiques. Les témoignages historiques, en matière de magie, ne sont explicables que par l'adoption de la gnose; mais si lumineuse qua paraisse cette explication, elle augmente le mystère qui environne l'homme au lieu de le résoudre. Les élémentals existent bien comme cellules latentes de la vie, mais elles ne se groupent, ne s'appareillent et ne s'individualisent qu'au moyen d'un point d'appui fourni par l'être humain. Dans les apparitions, presque toujours le fantôme est généré par Invocateur. Les cellules astrales se précipitent sur le courant d'émission fluidique et se réalisent en lui. Les ma-
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nifeslations diaboliques sont propres aux époques <le foi; la superstition étant une corruption de la croyance, le sorcier se trouve en embryon dans le mauvais dévot; et la crédulité, la peur, l'appréhension créant une sorte de spermathorée fluidique, permettent aux élémentals d'augmenter leur existence et de passer de l'état de puissance d'être à l'état d'être relatif. Telles sont les propriétés de l'organisme que si l'imagination s'intoxique d'un rêve morbide, les forces nerveuses créent une demi-réalité à cette image.
Voilà pourquoi tout être qui regardera longtemps, souvent, devan t lui, en voulant voir Dieu ou le diable, le verra sans que Dieu se manifeste et sans que le diable existe. L'étude des phénomènes astraux présente un danger de folie intermittente ; en provoquant les manifestations d'une série aussi obscure, nul ne sait où il aboutira; la légende unanime fait mourir tous les sorciers de mort violente. La condition des opérations magiques c'est de renoncer à la santé de l'âme et du corps ; il faut être malade pour sentir ce que les sens normaux ne percevraient pas. Le catholicisme offre à ses fidèles les moyens parfaits de réaliser ces exceptionnelles potentialités et quoique ce soit un tort, de vouloir assimiler la religion et la mystique, quoique ces sublimes excentricités doivent être plutôt défendues que prêchées,
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c'est dans l'Eglise catholique que la magie trouve sa plus haute extension pratique avec les moindres dangers. L'ascète poursuit comme suprême résultat l'extase que les Indous appellent l'union et les. Alexandrins, Fhénosis. Porphyre ne réussit qu'une fois à soixante-huit ans à s'absorber en Dieu ; Plotin, ce successeur de Platon, y réussit quatre fois : le moindre des saints et combien actuellement de chartreux, de Jésuites jouissent fréquemment de l'hénosis. L'homme, orientant ses facultés vers l'au-delà, préfère le mystère aux contingences et cela seul constitue une élection ; mais les deux voies sont également de l'ordre illuminatif, c'est-à-dire qu'en abandonant l'équation rationnelle, l'homme espère dans un élan de compréhension ou d'amour atteindre un résultat défendu à son espèce ; dès lors, il est plus rationnel de s'identifier à la cause par le désir que de prétendre la concevoir.
Aucun acte n'a une gravité égale à celle de l'acte magique et l'Eglise en multipliant ses défenses n'a outre-passé ni son droit, ni la raison, car elle est elle-même la panification du mystère et nous l'offre à l'état assimilable.
Tout s'enseigne, tout se cultive selon des règles, sauf la magie qui ne peut être reçue, ni par conséquent donnée et que l'individu doit concevoir entièrement à nouveau. Les sciences sont des œuvres de
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mémoire et d'habitude intellectuelle ; or, toute l'érudition et la discipline la mieux suivie ne conférerait aucun pouvoir. Le mage, après s'être reconquis sur les instincts, avoir tempéré ses passions, doit encore faire la critique du legs humain, au point de vue de sa seule assimilation. Savoir n'est rien en occulte, il faut concevoir, c'est-à-dire réaliser en son esprit une tradition et s'y conformer ou l'identifier à nous. D'incroyables erreurs apparaissent chez des hermétistes admirables : leur imperfection psychique se transpose dans leurs pensées. La doctrine engage tout l'homme, mœurs et idées, il faut incarner son vœu. Sainte Rose de Lima avait pour lit trois cents morceaux de pots cassés et saint Dominique l'Encuirassé arrivait à se donner deux coups de discipline par seconde pendant dix psautiers. Ces excès de pénitence sont l'expression de l'individualisme en matière de perfection et l'homme réalise sa volonté lorsqu'elle est unique. On suppose quels criminels prodigieux les sorciers ont dû devenir, car la mysticité s'applique au mal comme au bien et produit dans les deux sens, d'atroces ou de sublimes merveilles. Si l'amour de Dieu le plus logique et le plus pur des mouvements de l'âme, engendre de néfastes conséquences, combien sera plus redoutable un enthousiasme, où affranchi de toute tutelle
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l'homme dresse l'impériosité de son désir en face du réel pour le contraindre à lui laisser voir l'abstrait. Dans une telle tension de la personnalité, les perceptions ne sont plus soumises à un contrôle rationnel, l'être s'enivre de son propre vœu, il empoisonne son haut désir de son imperfection sérielle et ce sont des mirages incohérents qui se produisent au lieu d'une déchirure lumineuse au voile d'Isis. La lycanthopie du sar assyrien, fut le châtiment de sa présomption quand il voulut réunir la tiare à la couronne et qu'il obtint des mages, l'initiation ; sa nature positive et guerrière ne s'assimila pas les arcanes de la synthèse et tout guerrier qui tentera de comprendre seulement la plus basse des lois générales, sera immédiatement frappé de stupeur car la plus claire des divisions parmi les hommes, reconnaît chez les uns les droits et les devoirs de la tête et chez les autres, les droits et les devoirs du bras. Un génie exécutif se forme de bravoure et d'intuition, mais il ne se réunit jamais à des facultés abstractives.
Saint Jacques disait : « Quelqu'un parmi vous est-il malade, qu'il appelle les prêtres et que ceux-ci lui fassent des onctions avec de l'huile et le Seigneur lui donnera à la fois du soulagement et la rémission de ses péchés. »
Le concile de Florence est donc cause de l'insuffî-
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fisant usage de ce sacrement pour avoir déclaré qu'il ne s'adressait qu'aux agonisants.
L'extrême-onction ne s'autorise d'aucun texte canonique explicite, sauf l'épître de saint Jacques, mais son analogue existe chez les sauvages.
Les canons du concile des Trente déclare anathème celui qui ne considère pas l'extrême-onction comme une institution de Jésus, devrait développer la parfaite raison qu'il contient.
Saint Pierre d'Amiens l'appelle le sacrement des infirmes; saint Marc mentionne ce rite.
Il y a deux choses à considérer dans l'extrêmeonction : la purification morale, puisque la confession le précède, et le soulagement physique, puisqu'il nous est offert comme allégement de nos maux. C'est un double exorcisme de l'âme et du corps. Les témoignages de l'érudition nous montrent les prêtres présents au lit des malades, chez tous les peuples, et conjurant par des cérémonies et les prières les transes morbides.
Il y a aussi, dans ce sacrement, l'indication de ce que l'on doit aux êtres chers, en danger. L'extrêmeonction constitue une incantation destinée à défendre le malade contre les courants délétères de la lumière astrale. Rare est la juste idée des devoirs de la charité consciente envers les mourants et les morts. La mort physique est seulement
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]a perte d'un des trois éléments humains. La sensibilité reste extrême chez l'individu qui est à Tétat df âme-esprit. La rupture entre le corps et râme n'est pas si brusque et si complète que le témoignage des sens le ferait croire. Entre l'appareil organique et l'âme, il y a un plan de sensibilité intermédiaire, que l'analyse appelle corps astral. Par la longue union que la vie a formé entre la matière et le sentiment, le médiateur s'est approprié des qualités mixtes : soit que des molécules animiques se soient corporisées, soit que des molécules organiques se soient animées ; le phénomène du refroidissement, de l'immobilité, n'indique pas que le litige fluidique soit résolu. Les émanations observées sur des tombes fraîches, les phénomènes fantomatiques montrent que la mort ne tranche pas absolument l'ombilication de l'âme au corps.
Celui qui meurt est précipité de la terre ferme dans un océan d'inconnu dont il ne connaît pas le phénoménisme et la décomposition est le seul signe de la scission entre l'organisme et l'être moral, la charité envers les morts consisterait pour un initié à assister moralement, à tendre sa bienveillance spirituelle, comme une perche de salut, au misérable naufragé de l'au-delà.
Paracelse, disant que le premier des médicaments c'est la bienveillance du médecin, attribuait à la
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volonté une action curative. Chez qui cette volonté bienfaisante sera-t-elle plus intense que chez le prêtre, l'être de charité par excellence ?
L'Eglise a révélé sci ipturalement ce qui appartenait d'essence à la tradition orale et l'extrême-onction apparaît la forme hiératique du magnélisme médical. Le caractère sacerdotal, le rituel même du sacrement constitue un véritable essai d'action thérapeutique.
L'onction commence aux yeux, par où la concupiscence arrive au cœur de l'homme ; elle continue par les oreilles, qui reçoivent symboliquement les dangereuses persuasions du malin; elle passe aux narines, canaux de la sensualité, puis à la bouche qui s'est commise aux paroles négatives ou vaines, aux mains, qui furent avides et peut-être homicides ; aux pieds, qui ont tant foulé le sentier de l'erreur et enfin aux reins dont les spasmes ont obscurci l'idée de salut. Cette purification détaillée, cette incantation de toute la sensibilité constitue une cérémonie magique de la plus grande puissance, si le prêtre est conscient et fervent. Le clergé a toujours enseigné que la grâce du sacrement était extrinsèque à l'officiant; déraisonnable idée: oui, le sacrement convenablement reçu agit par sa vertu propre ; mais il s'augmente de la vertu du prêtre quand il est vertueux : jamais un tiède sera thaumaturge.
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Ceux qui viennent à l'Occulte n'y sont pas poussés par une véritable idéalité : ils espèrent une issue à leurs passions mauvaises, une complicité des normes pour leur concupiscence, et ressemblent au sorcier qui croit et espère dans un Dieu du mal. Dès l'instant où l'être réfléchit, il renonce à jouer au Créateur les farces d'un Scapin à Géronte, il ne conçoit pas Dieu comme un père comique que l'on peut railler et duper ; il sait que toute injustice est néfaste à qui la commet; que nul n'élude la loi divine et que plus on emploie des éléments supérieurs en son péché, plus la responsabilité augmente. Demander à l'occulte le moyen de mal faire impunément et victorieusement, c'est convier la maréchaussée à ses crimes. La magie est contenue dans la religion, mais la religion n'est pas contenue dans la magie, car l'Occulte est une ampliation dans la formation de l'individu, tandis que la religion apparaît un rudiment nécessaire et une base. On possède sous forme commode et de prix modiques les textes de l'occulte. Entre l'érudition du moindre initié latin et le fakir de l'Inde, il y a un abîme ; mais le fanatique indien produira des phénomènes déconcertants pour l'occidental.
Si le monde et l'humanité sont régis par des lois inéluctables, la connaissance de ces lois constitue une supériorité: si cette connaissance est impossible,
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pourquoi cette étude stérile? L'homme n'a point d'avantage à vouloir mettre les forces supérieures au service de ses passions, car toute force relève d'une nécessité sérielle, intransgressible.
L'occulte ne peut servir que des mobiles purs en eux-mêmes : et l'église a sans cesse écarté ses ouailles de cette dangereuse pâture. Par l'orgueil on entre en magie comme par l'humilité on entre en religion. Domaine fécond en mirages : la personnalité s'enivre des promesses de l'imagination et le néophyte ne se voit plus tel qu'il est, mais suivant une réfraction qui augmente en lui la conscience du moi, et cette augmentation artificielle de la conscience aboutit à une erreur.
Si l'on disait au néophyte : « la magie est une ascèse par laquelle l'appétit abstrait se substitue aux contingences ; ta puissance dépend de tes renonciations et cette puissance ne vaut qu'en mode impersonnel et ne te facilitera aucun succès », le néophyte renoncerait.
Et si l'on disait au dévot que les actes de la religion sont des cérémonies magiques, on le scandaliserait. Des points nombreux et importants d'identité existent et le profit de ce livre sera de comprendre la délimitation des deux formules.
Sauf la Rose Croix sans épithète que nous avons restaurée officiellement en 1890, il faut mentionner
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comme type de société secrète le Martinisme qui doit sa rénovation à Papus. Sans juger la doctrine de Martinès de Pasqually, je vais emprunter à une publication du président du suprême conseil de l'ordre, des fragments qui montreront que toute magie cérémonielle procède des rites religieux.
« Mettre à une robe blanche une bordure couleur de feu d'un pied de large et répéter cette bordure aux manches et au collet ; avoir un cordon bleu céleste en sautoir, un cordon noir de droite à gauche, une écharpe rouge à la ceinture et une écharpe vert d'eau, de gauche à droite, » constituent des éléments décoratifs douteux et rien de plus. Les parfums, les bougies, les cercles sont des moyens pour aboutir aux visions.
« Les visions de Martinès sont blanches, bleues, blanc-rouge-clair, enfin mixtes ou toutes blanches. »
Nul homme n'obtient de vision que par des facultés maladives. Jusqu'à ce jour, les prétendus messagers de l'au-delà n'ont pas proféré une seule parole qui vaille ce qu'on ne trouve dans les ouvrages de la première bibliothèque venue ; il est insensé de proposer comme résultat une hallucination, prix d'un entraînement morbide. Je le répète en ce traité, le cinquième de mon enseignement : la culture de l'àme et ses exaltations sont du domaine de la religion ; tandis que la culture de l'esprit et ses
applications appartiennent à la magie. L'erreur de presque tous a été de chercher dans l'hermétisme une pratique, une dévotion du mystère : alors que cette pratique se trouve mieux prévue dans l'exercice de n'importe qu'elle piété ; l'occultisme concerne seulement l'évolution intellectuelle.
Goerrès, l'écrivain classique par excellence en ces matières, a défini la mystique : l'art d'établir les rapports les plus intimes entreThomme et Dieu ; or l'homme se sent placé entre une double attraction : l'instinct et l'idée. La sorcellerie représente la recherche de l'instinct et la haute magie celle de l'esprit; le mysticisme désigne un sentiment pour ainsi dire chrétien, l'occulte est la science des rapports entre l'homme et l'inconnu. Nous avons confiance en ce qui nous est supérieur parce que supériorité signifie pureté et nous nous défions de ce qui est audessous de nous parce que l'élément inférieur représente de l'obscuration et du danger.
La magie noire a des rituels, c'est-à-dire des gri- . moires, mais elle n'a pas d'exposé théorique. Il est à remarquer que, blanche ou noire, la magie apparaît succédanée de la religion ; car la notion du mauvais esprit est ecclésiale et les rites qui s'y rattachent s'inspirent des cérémonies orthodoxes. La magie se montre en défaut lorsqu'elle prétend réaliser la mystique illuminative et même unitive. Rien de plus
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funeste que les usurpations de pouvoir : nous reconnaissons la magie comme l'entreprise de l'esprit, mais nous refusons de destituer la religion de l'entreprise des âmes. Il est absurde de vouloir égaler les sexes en unifiant leur activité ; de même il est insensé de vouloir remplacer l'œuvre d'une race par l'effort d'un esprit ou vice versa. L'hermétisme, la pâture des êtres d'exception, suppose l'assimilation préalable de tout ce que la religion procure.
L'habile homme est celui qui tire des circonstances qu'il ne peut changer un bien certain.
L'initié ne pactise pas avec ses ennemis, il repousse les provocations de la haine. La première défense, toute morale, consiste à refuser le contact d'aversion, les sentiments de malveillance qu'on oppose aux attaques. L'habileté accorde le moins de pensées possible aux êtres qui ne nous veulent pas de bien. Oublier une volonté perverse c'est presque l'annuler; au cours ordinaire, on rend malveillance pour malveillance et préoccupation pour préoccupation.
Le pardon des offenses proposé comme un acte méritoire est acte d'égoïsme. Chaque fois que nous repoussons un conflit moral, nous prenons tacitement pour arbitre la loi providentielle, et la Providence, implacable parce qu'elle est juste, ne permet aucune
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sophistication à l'obéissance qui lui est due ; elle agit au profit de ceux qui la prennent pour arbitre et ils se sont trompés ceux-là qui crurent la vengeance un plaisir des dieux; il aurait fallu dire : la justice puisqu'elle est l'office divin par excellence.
Si la magie se bornait à la divination scientifique, connaissance des hommes, à leur aspect, à leur crâne, à leur main, à leur écriture ; au pouvoir magnétique qui permet de substituer sa volonté à celle d'autrui et de le posséder littéralement ; à une action dominatrice sur les éléments et le phénoménisme naturel, on aurait une triple science positive et rationnelle.
Mais le mage veut voir l'invisible de ses yeux ; ne pouvant entrer dans l'au-delà, il espère le forcer à venir s'exhiber. L'invisible est peuplé d'êtres indécis, élémentals ou nés des éléments et élémentaires ou simili humains.
D'après l'avis sincère des expérimentateurs, la confrontation est désagréable : la beauté ne préside pas à ces visions.
En outre, si le cardinal Bona dit vrai que l'on discerne les esprits à l'impression qu'ils nous laissent : bons, si après leur départ nous sommes sereins, mauvais s'ils nous laissent troublés, il faut retenir cet aveu d'Eliphas Lévy : « L'effet de cette expérience sur moi fut quelque chose d'inexplicable. Je n'étais
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plus le même homme, quelque chose d'un autre monde avait passé en moi ; je n'étais ni gai, ni triste, mais j'éprouvais un singulier attrait pour la mort, sans être cependant aucunement tenté de recourir au suicide. »
Donc, en dehors du danger cérébral, il y a une répugnance de l'âme à ces contacts de l'invisible.
Le magicien provoque littéralement de l'inconnu, il tend son poing à un faucon qui sera peut-être un griffon ; il ne sait pas ce qui va venir, il établit le contact le plus intime qui soit avec l'inférieur, car l'inférieur seul obéit.
L'effluve du sang répandu qui s'amalgame avec le fluide de l'opérateur permet à l'élémental ou élémentaire de prendre pied un moment dans le monde formel.
Mais quelle valeur scientifique peut avoir une vision préparée pendant un mois et qui trouve le magiste en état de surexcitation aiguë : il doit sortir de tout cela de la folie ou de l'épouvante, de l'Edgar Poé, mais non de la lumière. Gela n'a vraiment aucun rapport avec l'Hénosis ou extase unitive ; et on l'avouera, mieux vaut voir S. Michel et Jésus et Marie, et les saints et les anges que des fantômes anonymes, méchants ou quelconques.
On me dira que Jésus et Marie n'apparaissent pas ; mais combien de mystiques les ont vus? Ils sont
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innumérables. Pourquoi aurais-je plus de foi en Eliphas Lévy qu'en Sainte Thérèse en matière passive et mystique : l'amour a des ailes plus puissantes que la science et si le mystère se laisse violer et percer, ce doit être par l'amour et non par la recherche cérébrale.
Celui qui voudra approfondir le domaine de l'invisible devra obtenir, comme il pourra, d'interroger les Carmélites et les Chartreux, les Clarisses et les Trappistes, et si ceux-là parlent, on saura quelque €hose.
Le cloître est le lieu où l'invisible seulement peut être étudié.
ARCANES
DU
PKNTAGRAMME
XXXYII
Sa réceptivité étant limitée, l'homme doit choisir son activité, car on n'est jamais ensemble pensée et action, idéal et industrie : à moins d'être né de Dieu.
Même si l'homme choisit la voie du mystère, il doit opter entre les œuvres d'expérience ou celles de foi.
Celui qui tord le cou à une poule noire ou qui égorge un chevreau est perdu pour la véritable illumination.
L'Hénosis ne rayonnera jamais pour le commensal des larves, pas plus que le Jugement Dernier ne parlera à V homme du boulevard.
L'occulte s'apprend, et il n'y a pas d'occultiste sans érudi-
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tion, mais la magie se crée, non s'invente. Il faut reformuler pour magifier, car ici la personne est tout, le rite importe à peine.
Le sacrement vaut par lui-même et l'indignité du prêtre le laisse valable, mais la sainteté du prêtre s'ajoute à celle du rite ; un signe dynamise idéalement ce qu'il représente et positivement celui qui le fait.
La valeur d'un signe ne dépendpas seulement de sa hauteur significative, mais du dy nanisme qu'il mobilise.
La magie de lumière emprunte à la religion vivante ses rites dynamiques avec raison : car les signes traditionnels n'étant plus aimantés d 'adhésions collectives sont des formes mortes.
En magie traditionnelle, l'opérateur est réduit aux frais fluidiques de ses cérémonies ; il ne peut capter que des forces inférieures et faibles, tandis que les rites chrétiens ont la puissance de la chrétienté même.
Le voyant génere-t-il sa vision ? le fantôme est-il la concré-
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lion fluidique de celai qui Va provoqué? Quelle est la idéalité dans les manifestations de l'invisible"! Toutes ces questions n'ont qulune seule réponse.
Les yeux ne voient que le visible, mais il est certain quune vitalité fluidique peut se concrétiser avec le substratum que lui offre le mystique ou le magiste.
La différence majeure entre le dévot et le théurge, dest que le dévot sait ce qu'il provoque et que le théurge commande à des êtres imprécis : le premier s'adresse au monde pur, par la prière; le second ordonne et à qui? sinon à moindre que lui? Et alors, il en est pour son frisson !
XLYI
L'occulte a un domaine aussi variable que l'activité même de l'homme.
Les anciens transmettaient mentalement les nouvelles à travers d'immenses espaces, les modernes ont la télégraphie et la téléphonie, concrétions de l'antique télépathie.
Les astrologues de Kaldée n'avaient pas un observatoire outillé comme celui de Paris, mais ils savaient l'astrologie judiciaire et prévoyaient les destinées et les événements.
L'occulte commence au-delà du déterminisme officiel, dans chaque période.
L' Occident a conquis sur le monde matériel autant qu'il a perdu dans le monde moral.
GRADUALE
Vertueux ou pervers, l'homme qui entre résolument dans la carrière magique renonce au bénéfice de l'inconscience. 11 se rapproche du mystère en une prétention de mérite que l'avenir infirmera ou prouvera.
L'épître aux Corinthiens établit une singulière hiérarchie sacrée : les apôtres, les prophètes et les docteurs, puis les thaumaturges et les thérapeutes. Ensuite ceux qui ont le don de charité ; ceux qui ont le don de gouverner, enfin les polyglottes et les interprétateurs.
L'apôtre surpasse le docteur, et les faiseurs de miracles et les guérisseurs viennent après les docteurs : car l'homme qui donne la foi est le bienfaiteur par excellence ; enseigner la vie éternelle l'emporte sur la plus subtile gnose : éveiller l'homme au divin,
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telle esl la suprême chose de ce monde. L'Inde d'où est venue la Grèce et ses mystères, l'Inde abaissa toujours le sceptre devant la tiare, faisant du gourou, de celui qui enseigne le Véda, un père spirituel aussi vénérable que le père selon la chair.
Jésus n'a point apporté de nouveauté. Partout des hommes supposés instruits et vertueuxont été choisis comme intermédiaires entre le peuple et la divinité; les plus hautes prérogatives leur ont été accordées et leur rôle historique est tel que l'histoire des clergés équivaudrait à une histoire de l'humanité. Partout, ils ont précédé le pouvoir politique, partout ils l'ont partagé, soit usurpation, soit consentement désintéressé ; ils ont formulé les règles morales qu'on a suivies; ils se perpétuent en véritables recteurs de l'humanité. Quels que soient le's reproches que l'on puisse faire, suivant les dates, au corps sacerdotal, on ne contestera passa place primordiale dans l'évolution sociale. Le prêtre est cette personne qui, de noble ou piètre façon, représente la divinité et sert de truchement entre le Créateur et la créature. Et l'importance du pontife est si grande que sa dignité ou son indignité est la source de la prospérité ou de la décadence d'un état. Tel clergé, telle religion et telle civilisation. La puissance et la légitimité du pouvoir sacerdotal ressortent de sa propre hiérarchie, jamais démentie sauf de nos jours où les qua-
tre ordres mineurs n'existent que pour mémoire. L'Occidental n'a de rapport qu'avec les représentants locaux : le prêtre qui lui administre les sacrements. Que les évêques représentent les apôtres et les autres prêtres les soixante-douze disciples, cela n'a qu'une valeur de symbole : mais dire que l'ordre des prêtres a commencé aux enfants d'Aaron est une plaisanterie.
Le prêtre est mage : il opère en vue d'autrui et le mage serait un prêtre opérant en vue de luimême. Car rien n'isole comme la supériorité intellectuelle ; il est difficile pour un très grand esprit d'aimer au-dessous de lui et il faut aimer si l'on veut instruire et sauver.
Le prêtre est donc l'homme officiel, le fonctionnaire du mystère par devant une race ; il est à la fois l'ambassadeur et le magistrat de Dieu.
Quand les prêtres étaient les savants, il n'y avait pas de mages, le même homme réunissait la double excellence de l'esprit et de la charité ; mais quelle incompatibilité entre la spéculation théologique et l'administration d'une paroisse. On ne se rend pas assez compte que, chez le curé, l'administrateur fait tort au pasteur et qu'il faudrait diviser cet office en temporel et spirituel : l'homme qui débat avec habileté le prix de la cire des cierges diminue d'autant ses potentialités supérieures. De nos jours, le
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clergé séculier a pris des mœurs honnêtes et bourgeoises qui ne scandalisent poiut mais qui n'édifient pas. Le prestige se reporte sur les ordres religieux qui de tout temps ont été l'élite de la foi. Le mage prie comme le prêtre, mais sa prière essentiellement personnelle se trouve alourdie par le poids de son individualité. Le laboratoire avec son autel, son miroir magique, son réchaud, ses lampes, ses talismans, son épée et sa baguette ne constituent qu'un appareil d'automagnétisation. Les deux opérations les plus hautes de l'occulte consistent ou bien à extérioriser son corps astral en une bilocation plus ou moins parfaite, toujours dangereuse ; ou à percevoir une forme plus ou moins indistincte suscitant des moindres pensées que celles des livres usuels.
Les mages manquent à la fois de sincérité et de psychologie sur le caractère de curiosité animique qui se mêle à leurs investigations. L'occultiste est un pervers supérieur qui recherche d'extraordinaires émotions, car l'artiste seul peut tirer parti d'une hallucination ; le penseur ne fera aucun emploi du phénomène parce qu'il n'en aura pas reçu la notion. .
L'homme s'affranchit des contingences dans une mesure indéterminée mais appréciable, L'instinct de l'humanité se scandalise lorsque les forces
physiques l'emportent sur des puissances morales. Supposons une assemblée religieuse exterminée par la foudre : le sentiment commun jugera que la foudre devait frapper de préférence une assemblée profane et quelques-uns nieront la Providence parce qu'ils en ont une fausse idée. Ils se figurent que Dieu se promène à travers sa création comme un calife qui veut s'assurer de l'observation des lois, et cette conception ressort de l'anthropomorphisme nécessaire à toute religion. Le mage croit à la Providence, c'est-à-dire à la loi préétablie ; cette loi se décompose en normes partielles qui, elles-mêmes, se classent en trois séries : la norme cosmique, la norme physique et la norme spirituelle.
A priori, la norme spirituelle, par une indéniable préséance, devrait l'emporter, mais les phénomènes sont simultanément des équations de qualité et de quantité et par analogie la puissance quantitative peut l'emporter sur la puissance qualitative. Ainsi, dans l'exemple choisi, la qualité du lieu, la qualité de l'âme, la qualité de l'acte se trouvent balancées et vaincues par la quantité de la force fluidique et l'état de l'édifice. Magiquement une assemblée de croyants pourrait arrêter la chute d'une voûte, mais il faudrait que cette assemblée fût consciente du péril et dédiât ses forces à le repousser. Entre les
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mêmes forces, à l'état latent ou actif, la différence est énorme et semblable à celle d'Hercule endormi ou d'Hercule combattant. Nous faisons de perpétuels procès à la justice divine et nous ignorons le code de cette même justice : la tendance humaine est d'accuser la divinité à chaque accablement; or, l'individu subit avec la pesée du monde physique le poids de la solidarité morale. Les erreurs du génie sont celles de son époque, et, de toute supériorité, il faut défalquer la relative infériorité de sa race. On a défini la magie, la science de la volonté et beaucoup, ingénument, ont assimilé le vouloir à une aveugle tension des facultés ; le vouloir ne se réalise que dans la proportion du pouvoir, c'est-à-dire dans la mesure où la volonté de l'homme est consonnante avec la norme cosmique. La religion,'comme la magie, est une grande prometteuse ; toutes deux ne précisent pas assez les conditions de leurs promesses et ressemblent à ce chimiste qui dirait : « Prenez, l'une après l'autre, deux substances en soi inoffensives et un poison naîtra au corps de celui qui les aura ingérées », sans indiquer quelles substances ont cette propriété.
Oui, la foi, transporte des montagnes si la foi est proportionnelle aux montagnes ; oui, la magie attribuera à son sectateur une véritable royauté, mais dans quelles circonstances et avec quels tempéraments, voilà ce qu'il faut établir.
Qu'un homme adhère de toutes ses forces à une idée, il emprunte à cette idée même une augmentation de puissance. Plus la conception qui domine une vie est élevée, mieux cette vie revêt un sens durable. Mais tout être devient solidaire des formules qu'il adopte et le succès dépend non-seulement de son zèle, aussi de la vie abstraite des idées qu'il incarne. Précurseur, retardataire, il ne réalisera pas; il est d'office récusé comme instrument par le Saint-Esprit. Non seulement l'homme même évolué reste soumis aux lois d'espèce physiquement, mais moralement il se trouve englobé dans la destinée même de la race à laquelle il appartient. Les êtres pensants forment le cerveau de l'humanité ; les êtres sensibles ou passionnels composant son cœur ; les instinctifs représentent son ventre. L'homme d'Etat, et particulièrement le pape, devrait se rendre un compte exact de la diathèse humaine et de la triple relativité de rapports qui relient en se modifiant sans cesse l'esprit, l'âme et l'instinct, ou physiquement le cerveau, le cœur et l'épigastre. L'esprit le moins philosophique ne contestera pas que les idées d'harmonie, d'équilibre, de proportions sont les véritables dénominations du bien ; mais, des idées fausses actuellement en cours, celle qui égare le plus l'humanité et qui la grise dangereusement, c'est l'idée de
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progrès : elle nécessite une notable différenciation entre un point du passé et un autre de l'avenir, or, quels sont les points du passé vraiment connus! L'histoire enregistre plutôt des différences, des modalités que des progrès proprement dits. Ce que le vulgaire entend par progrès se résume scientifiquement aux applications industrielles et moralement à cette espèce d'égalité qui favorise l'intrigue et la fortune. Or, il n'est pas très sûr que les applications industrielles soient les meilleures formules de l'intérêt de peuples, puisque l'augmentation des besoins n'est jamais suivie de l'augmentation des puissances, et le fait de refuser un avantage à la naissance, tout en étant rigoureusement logique, ouvre la porte aux pires hégémonies, à celles de la richesse.
Le progrès est une illusion mentale; la matière la plus élevée, la religion, ne subit comme apport du temps que des diminutions ; ce qu'il y a eu et ce qu'il y a de beau et de bien dans l'humanité est toujours sorti d'un cerveau et le verbe du génie, comme celui de Dieu, s'est obscurci à mesure qu'il s'éloignait de son pôle d'émission. On a voulu voir dans des phénomènes simplement économiques, dans des déplacements d'attributions sociales, du progrès là où en réalité, il n'y avait que du changement: il est nécessaire que l'homme se trompe sur le fruit d'une
œuvre pour avoir la persistance nécessaire à son accomplissement. Je l'ai dit ailleurs : le chef-d'œuvre, la réforme, tout événement de l'esprit ou de la contingence est le résultat d'une sorte d'amour, d'une idéale copulation entre une volonté virtuelle et une nécessité latente- Croire que l'individu réalisera sans le concours d'une matière animique correspondante, c'est ignorer tout à fait l'occulte. Les événements et les idées semblables à des femmes errantes ou enchaînées, à des Andromèdes, à des Belles au bois dormant, attendent que l'esprit mâle vienne les délivrer, les réveiller, les féconder.
Cette loi n'a pas été perçue par les historiens et quoique la théorie des milieux de Taine renferme une partie de la vérité, il n'a jamais été énoncé que, pour créer n'importe quel mouvement, il fallait que le ferment du génie rencontrât l'ovule d'une passivité correspondante. Donc, la loi des ambiances morales régit le domaine des actes, et explique ces périodes, où tantôt se sont les Persée, les Roger, les Princes charmants qui manquent et tantôt les Andromèdes, les Angéliques et les Belles au bois endormies. Le rôle du magiste devrait être d'établir les conditions et les propicités de ce mariage nécessaire entre l'héroïsme de l'individu et le besoin du collectif. Nous arrivons à cette période décadente où les mâles surgiraient-ils, ne rencontreraient pas
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l'épouse allégorique qui leur permettrait d'enfanter un beau dessein. Au lieu de capter à sa source l'appétence propre à une réalisation, le moderne laisse s'épuiser le courant des désirs, et dès lors les deux pôles se trouvent simultanément stérilisés. Le mage ayant lui-même pour but, se trouve nécessairement obscuré parce qu'il est réduit aux appuis traditionnels sans virtualité, tandis que le prêtre également appuyé au passé puise à son gré aux forces vives de la foi actuelle, réalise son vouloir sur des âmes à l'état discipliné et n'est pas susceptible de s'égarer comme l'occultiste. Celui-ci est sans cesse menacé de crises intellectuelles et des diverses maladies qu'engendre la culture forcément exagérée du moi. Aux circonstances multiples qui se présentent dans l'évolution de l'initié, la magie ne peut répondre qu'imparfaitement, tandis que la religion a prévu toutes les circonstances animiques et leur a préparé des solutions. Sont-elles toujours satisfaisantes? Oui, si on se place au point de vue le plus général. Non, si on veut pousser l'interrogation à son point extrême. Ce que l'église appelle le diable et présente comme une personne s'appelle en occulte la force inconsciente et on la tient pour un collectif dynamique. Si différentes que soient les définitions, la façon d'en user est semblable. Le dévot et le magiste redoutent également la force incohérente et chacun
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la conjure à sa façon : l'un par des prières et des actes de foi, l'autre par des pensées et des actes de volonté.
Le vrai mage a conscience que tout irait mieux s'il était consulté et écouté sur les thèmes recteurs de ce monde, mais il ne peut ignorer son impuissance à résoudre le mystère quotidien pour le grand nombre. Apollonius de Thyane lui-même ne remplaceraitpasM. le curé auprès des dix mille âmesd'une paroisse, mais tous les curés réunis n'égaleront pas un Apollonius lorsqu'il s'agira d'une équation entre la providence et le destin. Le rôle bénéfique du mage avait reçu de la Grèce sa forme sociale : l'oracle, sans se mêler d'une façon positive aux événements, faisait des hiérophantes à la fois les hommes d'Etat et les penseurs consultants de l'Ellade. Ils donnaient à tout venant le résultat de l'expérience et l'équation abstraite. On dira que cette suprême magistrature n'a pas empêché la prompte décomposition de ce peuple ; le salut résulte d'un amour entre l'esprit conscient et l'âme collective, et c'est l'âme collective de la Grèce qui a fait défaut au verbe des Amphictyons. >
Le monde moderne vit sur la force acquise et l'intérêt individuel qui de plus en plus apparaît dans la régularité des mœurs. 11 n'y a plus de place pour les grandes aventures et le mal est officiel, en France, il est l'Etat.
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Il n'y a pas à cette heure, sans excepter le Pape ou le Kaiser, un seul puissant qui ait une notion de justice : tous sont des gérants du destin, nui ne s'élève au rôle de recteur providentiel.
Virtuellement, la pensée pure est absente de l'univers.
La contingence étend son bandeau sur l'esprit des égrégores et chacun n'agit qu'au conseil le plus immédiat de l'égoïsme collectif. Le concert européen est une bande de loups ; et les brebis ne vivent encore que par manque d'entente entre les loups sur le partage des bergeries. Partout, le militarisme, c'est-àdire la barbarie, règne d'un bout à l'autre de l'Occident, et nul ne voit ce qui manque, ce qu'on pourrait instaurer: la Vehme, la magie de justice, appliquée à l'équilibre de ce monde, et frappant les sultans sanguinaires et les reines qui font écarteler les brahmanes.
Eliphas Lévi est un des génies de ce siècle, de tous les hiérophantes récents, le plus convainquant, le plus éveilleur; le Platon de la matière et grand comme écrivain, a laissé dix volumes et les deux les plus importants sont « le dogme et rituel de la haute magie ». Je ne ferai que la critique de son rituel.
Dans notre période d'effroyable désarroi intellectuel, les forces de la vérité ne doivent pas être divi-
sées et ce livre s'eiïorce de mener le prêtre à l'initiation et le mage à l'Eglise. Persuadé que la théorie méconnaît sa véritable pratique et la pratique sa véritable théorie. « La magie, dit Eliphas, est à la fois une science et une religion », formule illogique, car la science est une entreprise de l'esprit et d'invidualité et la religion une entreprise d'âme et de collectivité. En ces quelques mots, est déjà formulée cette usurpation qui a ruiné la doctrine hermétique. Quelle étrange religion que celle où il n'y a place que pour les prêtres et non pour les fidèles, dont les mystères se célèbrent dans l'isolement et qui demandent la même perfection morale que la foi sans préjudice des aptitudes pythagoriciennes. Quand une doctrine, c'est-à-dire une personnalité idéique, usurpe sur une de ses sœurs, elle se prépare à son tour des usurpateurs. Les rites de la magie cérémonielle se divisent en magie des morts ou nécromancie, magie des vivants ou magnétisme, magie future ou désincarnation. En effet, ce sont les trois termes de la puissance rétrospective, actuelle et préventive. Cette doctrine, qui prétend révéler à l'homme les puissances qu'il enferme, commence à le pousser à des alliances douteuses; l'évocation d'un grand esprit est ridicule parce que les illustres morts ne peuvent être les répétiteurs bénévoles de la curiosité humaine, même studieuse. La
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meilleure sorte d'évoquer Platon sera de lire et de méditer son œuvre, et il ne m'est pas venu dans l'esprit quand j'ai voulu restituer deux tragédies perdues d'Eschyle de faire les cérémonies qui peutêtre m'eussent montré une vague figure chauve et drapée. J'ai taché de pénétrer ce qui est plus que la personnalité de l'homme, puisque l'œuvre, lorsqu'elle est chef-d'œuvre, est supérieure à son auteur. Pythagore, dont nous n'avons que des reflets dans les vers dorés de Hiéroclès, ne peut raisonnablement pas, le prodigieux silentiaire, venir à l'appel du néophyte et s'il venait ce serait pour dire : « La science n'est pas semblable à une épée qu'une main passe à une autre; quand une intelligence sort de ce monde d'épreuves, ce qui fut sa personnalité retourne au foyer de l'intelligence éternelle; tu as évoqué Pythagore, enfant, or, Pythagore en tant qu'homme est mort; ce qui a survécu en lui c'est la somme de lumière qu'il avait cristallisée par son application. Tu t'es donc déjà trompé sur l'objet de ta demande ; il fallait évoquer le pythagorisme.
« Gomment ignores-tu, toi qui commandes avec une baguette et une épée, qui t'enveloppes d'un manteau de philosophe et qui veux contraindre les indépendants esprits à ton appel, comment ignores-tu que si vraiment je t'apparaissais, ton émotion serait
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animique : en vain que je te donnerais les plus lumineuses formules.
« L'homme ne voit simultanément par les yeux et par l'esprit. Ce que tu cherches dans l'évocation, c'est la volupté du mystère, c'est le spasme de l'inconnu, c'est l'impression de l'au-delà. Tu n'es pas un amant de la science, tu n'es qu'un malade, un spleenique de l'étude qui cherche des sensations dans un domaine où il n'y a plus de sens. Tu veux me voir, que suis-je devant ta visibilité? Ce qu'on appelle un revenant. Ces phénomènes n'ont qu'une excuse pour être demandés et qu'une chance pour être obtenus: l'amour. L'amour seul parcourt les degrés de l'invisible, attire à lui son objet ou le reflet de cet objet. Tu n'es que mon admirateur et ton aspiration vers moi n'a pas la force qu'il faudrait pour m'attirer ; car, si on t'avait offert la venue de quelque autre grand philosophe, tu aurais accepté qu'il me remplaçât devant toi. Donc, tu n'as pas sur moi les droits de l'amour et je n'ai pas sur toi les pouvoirs de l'amour. La lecture t'amène au désir de me voir, lis davantage et tu verras que jamais la vision des formes n'est simultanée avec la vision des idées et que les extatiques n'ont rapporté de leur élévation, vers l'au-delà aucune formule. Ainsi tu n'es qu'un profanateur et qu'un ignorant, car, tu appliques les
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procédés de Pâme aux matières de l'esprit. Ton ambition, quoique illégale, fut noble, je veux te laisser un conseil. Le mage est celui qui tire un parti extraordinaire des circonstances usuelles; lorsque Phidias prit un peu de terre et modela la Minerve, il fut un mage; si au contraire il avait jeûné quarante jours et puis évoqué au milieu des parfums la déesse elle-même, il eût été ce que tu es toi-même, un enfant téméraire et qui n'a pas encore compris que le mystère est l'atmosphère même de l'homme et qu'il n'a qu'à penser sa vie au lieu de la vivre pour être sinon un Pythagore, du moins un disciple de Pythagore.
« Ne crois donc, mon disciple, que les génies éperdus de la lumière ressentie, comme Dante en son paradis, vont quitter l'extase pour se faire tes répétiteurs. Ils ont laissé leurs œuvres et les exemples : désormais ils servent Dieu, au pied de son trône et nul désir de la terre ne les peut atteindre.
« Ce qui viendra à ton appel, c'est l'imparfait, Tinforme et l'en-bas, et ce qui sera venu ne s'en ira pas à ton gré. Tu auras pour cortège des êtres douteux et avides pour lesquels tu représentes des moyens d'incarnation et sur ta vie ils grefferont leur vie vacillante.
« Ces affreux parasites se nourriront de toi, jus-
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qu'au jour où ta virtualité épuisée, tu seras un obsédé ou un fou.
Lance ta volonté dans l'astral sur les ailes de la prière ou de la droite pensée, ou résorbe-la dans la méditation, mais garde-toi de tout contact inférieur et demande aux sacrements de l'Eglise l'exaltation de ton être. »
ARCANES
DE