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L'ESPRIT DE CRITIQUE

Si nous voulons faire quelque progrès en occultisme il nous faut apprendre à nous occuper de nos affaires et à ne pas nous ingérer dans celles d’autrui. Les autres ont des raisons et des lignes de pensées que nous ne comprenons pas ; ils ont foi en leur propre maître ou le désavouent, que nous importe ! Une fois de plus, je le répète, nous avons notre travail à faire et rien ne doit nous en distraire. Nous devons apprendre la charité et la tolérance, réprimer le désir insensé de vouloir toujours trouver les autres en défaut. C’est un désir insensé que celui de critique, et, malheureusement, il domine dans la vie moderne. Chacun veut s’immiscer dans le devoir de son voisin au lieu de s’occuper du sien propre ; chacun croit qu’il fera mieux le travail de l’autre. On peut voir cela partout : en politique, en religion, dans la vie sociale. Le devoir d’un Gouvernement, par exemple, est de gouverner, et celui du peuple d’être bons citoyens et de rendre l’œuvre du gouvernement facile etelFectif. Mais aujourd’hui les peuples sont si anxieux d’apprendre à leurs Gouvernements comment il faut gouverner qu’ils en oublient leur principal devoir : celui d’être de bons citoyens. Les hommes ne peuvent comprendre que, du moment où

l’oCGüLTISME dans la NATUllE

ils s’attacheront à remplir strictement leurs devoirs, le Karma saura bien se charger de leur faire obtenir les « droits » qu’ils réclament si bruyamment.

Comment cet esprit de critique si acerbe s’est-il si généralement répandu à l’époque où nous vivons? Comme pour la plupart des défauts, il est le résultat de l’exagération d’une qualité bonne et nécessaire. Au cours de l’évolution nous sommes arrivés à la cinquième sous-race de la cinquième race-racine. J’entends par là que cette race est la dernière développée jusqu’ici, et que son esprit domine en ce moment dans le monde et influence même ceux qui n’appartiennent pas à cette race.

Or, chaque race a ses leçons spéciales à apprendre, des qualités spéciales à développer. La qualité de la cinquième race est ce que nous appelons quelquefois le c’est-

à-dire l’intellect qui sait discerner, qui perçoit les divergences entre les choses. Quand le marias sera complètement développé, les hommes percevront ces divergences avec calme, mais dans le but seul de les comprendre et de discerner ce qu’elles ont de bon. Mais, au temps présent, à ce stade de mi-développement, la plupart des gens considèrent les divergences à leur propre point de vue, non pas dans le but de les comprendre, mais pour leur faire opposition, et souvent les persécuter avec violence. C’est simplement le point de vue auquel se place l’ignorant et rhomme non évolué imbu d’intolérance, de présomption, sûr qu il est d’avoir raison (cela peut être vrai à un certain point) et que tous les autres ont tort (rien de moins sûr.) Rappelez-vous ce que disait Olivier Cromwell aux membres de son Conseil privé : « Mes frères, je vous supplie au nom sacré du Christ de croire qu’il vous est possible de vous tromper quelquefois. »

Nous aussi, nous devons développer en nous l’esprit

l’esprit de critique

de critique, mais pour nous critiquer nous-mêmes et non les autres.

Toute question présente deux faces et généralement davantage. /érfiem veut dire juger; aussi la critique n estelle utile et inoffensive qu’aulant qu’elle est calme et judicieuse. La critique n'est point une attaque furieuse contre un adversaire, mais un jugement sain et équilibré pesant le pour et le contre d’une opinion quelconque ou d’une manière d’agir. Nous pouvons décider dans un sens ou dans un autre, mais nous devons admettre qu’un homme, égal à nous en intelligence, puisse voir les choses sous un autre aspect et par suite décider tout autrement. Et eu décidant ainsi, à son point de vue, il n’en est pas moins sage, moins bon, moins honnête que nous-mêmes.

Et cependant, combien peu admettent ce raisonnement ; combien peu parmi les protestants sectaires croient réellement que les catholiques puissent etre des hommes de bien ; combien peu parmi les radicaux, les rouges, peuvent croire qu’un vieux Tory puisse être aussi bon et aussi sincère qu’eux-mêmes, essayant de taire consciencieusement ce qu’il croit être son devoir.

Si un homme arrive à une conclusion différente de la nôtre, nous ne sommes pas obligés de tomber d accord avec lui mais nous pouvons tout au moins lui prêter de bonn es intentions. Une des caractéristiques les plus néfastes de la vie moderne, c’est la tendance à croire au mal avec une facilité extrême, l’habitude de c’nercher délibérément à donner à toutes choses la plus mauvaise interprétation possible. Etcette attitude est plus déplorable encore quand elle est adoptée envers ceux qui nous ont aidés, et pour qui nous ne devrions avoir que des sentiments de gratitude pour les connaissances et l’inspiration qu’ils nousontdonnées. Rap-

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pelez-vous les paroles du Maître : « L’ingratitude est inconnue parmi nous ». C’est toujours une faute que de follement critiquer ceux qui en savent plus que nous. Il sied mieux d’attendre et de réfléchir, d’attendre et de voir ce que l’avenir apportera. Appliquez l’épreuve du temps et juger d’après les résultats ; « Par leurs fruits vous les reconnaîtrez. » Faisons-nous donc une règle de penser tout le bien possible de chacun; faisons notre travail et laissons les autres libres de faire le leur.

LES PRÉJUGÉS

Méfiez-vous dès que la suspicion commence à vous envahir, car ce sentiment défigure toutes choses. Je l’ai vu s’élever entre des amis et ai pu constater comment le plus petit soupçon peut s’agrandir et devenir la cause d’un malentendu très grave. Toute parole insignifiante est alors dénaturée et prise comme exprimant une intention malveillante et déplacée, alors que la personne qui l’a formulée n’a aucunement conscience du soupçon qui pèse sur elle. Il en est de même lorsque les opinions diffèrent au sujet de livres et de religion, une légère différence d’opinion se nourrit en s’appesantissant sur tout ce qui est dit d’un côté en faveur d’un fait et tout ce qui est dit contre, jusqu’à ce que finalement le résultat n’est plus qu’une façon de voir complètement fausse. La même chose a lieu dans les préjugés de couleur, bien que ceux qui ont maintenant des corps de blancs aient revêtu autrefois des corps de nègres et vice versa, et que les moeurs de l’un ont été ou seront les mœurs de l’autre. Fraternité signifie absence de préjugés, et la connaissance de la réincarnation devrait nous aider à surmonter nos ignorances et notre malveillance.

Nous, étudiants d’une vie supérieure nous devons nous

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élever au dessus de tous ces préjugés. C’est une lâche difficile tant ils sont invétérés : préjugés de race, de caste, de religion ; mais tous doivent être déracinés, car ils obscurcissent la vue et le jugement. Ils sont comme des verres de couleur ou plutôt comme des verres de qualité inférieure qui déforment tout et à un point tel que les objets paraissent tout différents de ce qu’ils sont réellement. Avant de juger et critiquer, il nous faut voir nettement.

Il est toujours facile d’attribuer de mauvaises intentions à ceux que nous n’aimons pas et de trouver des explications fâcheuses à leurs actions. Cette tendance constitue un obstacle très sérieux dans la voie du progrès. Il nous faut détruire la personnalité si nous voulons juger les autres teis qu'ils sont. Un préjugé est une sorte de verrue sur le corps mental, et lorsque l’homme cherche à voir à travers cette partie spéciale du corps, il ne peut naturellement voir clairement. En réalité, c’est un point congestionné du corps mental, un point où la matière ne vit plus et où la vie n’afflue plus, en un mot un point inerte et atrophié. Le moyen de le guérir est d’acquérir plus de connaissance, de mettre en mouvement la matière du corps mental, et l’on verra bientôtles préjugés disparaître les uns après les autres.

Cet effet néfaste du préjugé est ce que Aryasangha entendait quand il dit dans La voix du silence que le mental est le grand destructeur du réel. Par là, il a attiré l’attention sur le fàil que nous ne voyons aucun objet tel qu’il esc en réalité. Nous ne voyons que les images que nous sommes capables de nous en faire, et par suite tout est inévitablement coloré par les formes-pensées que nous créons. Remarquez comment deux personnes ayant des idées préconçues et, ayant assisté à la même suite

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de faits vous en feront un récit tout différent bien qu elles soient d’accord quant à la réalité des événements. C’est exactement ce qui arrive continuellement pour l’homme ordinaire, et nous ne pouvons pas imaginer combien les faits sont absurdement dénaturés.

Le devoir de l’étudiant théosophe est d’apprendre à voir les choses sous leur véritable jour mais ceci demande un contrôle de tous les instants, une vigilance et un travail pénible. Ainsi, en Occident, les préjugés en matière de religion sont très puissants car nous naissons dans une certaine religion qui nous enseigne avec persistance que toutes les autres ne sont que des superstitions. Nos idées sont donc influencées dès notre enfance, et quand nous avons étudié les autres religions et avons appris aies respecter, môme alors, il nous est bien difficile d’admettre que nous aurions pu naître dans l’une d’elles. Les Hindous ne veulent pas môme penser (juils auraient pu naître Chrétiens ou Musulmans, de môme ces derniers ne peuvent s’imaginer qu’ils auraient pu être de la religion hindoue ou bouddhiste, bien qu’il soit, en réalité, certain que, dans une vie passée, ils ont appartenu à l’une où l’autre de ces religions.

Nombreux sont les Protestants qui, tout en se disant Chrétiens montrent cependant une grande méfiance envers le Catholique Romain ; plus les gens sont ignorants, plus grande est leur incrédulité pour les choses auxquelles ils ne sont pas habitués. Les paysans, par exemple, ont une méfiance instinctive pour les étrangers ; et maints villages existent en Angleterre où un Français, par exemple, sera tenu en suspicion, à moins qu’il ne soit pauvre et ait besoin de secours. S’il est affamé, on lui donnera à manger et on le traitera avec compassion ; mais s’il vient comme ouvrier, tout ce qu’il fera sera critiqué,

ridiculisé et même suspecté. Tout cela, naturellement, provient de l’ignorance et de ce que les paysans sont peu habitués à rencontrer des étrangers.

La disparition de ce préjugé est un des grands avantages acquis par l’homme intelligent qui voyage. Dans la Société Théosophique, les hommes de nations différentes n’hésitent pas à se rapprocher les uns des autres ; les Hindous apprennent à avoir confiance dans les blancs, et ceux-ci, à leur tour apprennent que les Hindous sont des hommes semblables à eux-mêmes. Au moment de la guerre du Transvaal, je me trouvais à Amsterdam, et, bien que les Hollandais eussent alors contre l’Angleterre un fort sentiment de mécontentement, je n’ai jamais eu lieu d’en découvrir la moindre trace parmi les membres de la section théosophique hollandaise. 11 est très intéressant de suivre les Congrès théosophiques Européens et d y voir la franche cordialité avec laquelle les membres des différentes nations s’accueillent les uns les autres, et combien tous paraissent heureux de se voir et d’échanger leurs impressions. Cette vue suggère immédiatement l’idée que si les sentiments d’union qui existent entre les membres de la Société Théosophique pouvaient s’étendre à la majorité de leurs compatriotes respectifs, la guerre ne paraîtrait bientôt plus que comnae une chose impossible et ridicule.

Dans 1 état actuel des choses nous avons l’habitude de nous former des opinions sur des raisons très superficielles ; lorsque vous rencontrez une personne pour la première fois, il arrive qu’une parole maladroite, un geste un peu trivial, vous la rendent de suite antipathique, et, ainsi, se dresse un léger mur entre elle et vous. Cela peut vous sembler une chose sans importance ; mais si vous n'y prenez garde cette petite prévention formera

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avant longtemps une barrière qui vous empêchera de juger cette personne à sa juste valeur. Vous ne la voyez, jusqu'à un certain point, qu'à travers la forme-pensée que vous avez créée, et vous ne pouvez ainsi la juger avec impartialité, car c'est comme si vous la voyiez à travers un verre coloré et grossier qui dénature toutes choses.

Quelquefois, quoique moins souvent, le préjugé est en faveur de la personne, comme dans le cas d'une mère qui ne peut croire que son enfant puisse faire le mal, bien que celui-ci ait pu causer certain préjudice à d'autres. Or, que ce soit en faveur d’une personne ou contre elle, ces deux façons d’agir sont également des préjugés, des illusions du mental qui détruisent le réel. Le meilleur moyen de voir les choses ou les personnes telles qu’elles sont, c’est de commencer résolument à voir le bon côté que chacun possède plus ou moins, puisque nos préjugés nous portent toujours a voir le mauvais et que nous avons plutôt des tendances à voir le mal même lorsqu’il n’existe pas. Nous différons d’autres peuples par ta couleur, la manière de se vêtir, les mœurs, les coutumes, et dans les formes extérieures de la religion ; mais toutes ces choses ne sont que superficielles, et ce qui, sous toutes ces formes extérieures, constitue l’homme réel, est bien le même pour tous.

Après tout, ce n'est pas si difficile de pénétrer ces coques extérieures sous lesquelles se cachent les individus ; ils paraissent souvent pires qu’ils ne le sont réellement, car les moindres défauts se montrent presque toujours à la surface; l’or véritable est soigneusement renfermé. — Quiconque aspire au progrès doit écarter de lui cette cécité volontaire qui l’empêche de reconnaître la valeur des gens, cette tendance à ne vouloir juger que sur des caractéristiques superficielles.

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Rappelez-vous que quiconque désire prendre parti pour le bien ou contre le mal aura toujours l’occasion de le faire, tout ignorant ou fanatique qu’il soit. Les Maîtres s’emparent toujours du bien et savent l’utiliser d’où qu’il vienne, même s’il y a beaucoup de mauvais dans le même homme ; et l’emploi qu’ils font de cette force pour le bien est d’un grand secours pour l’homme qui l’a générée. Ils utilisent par exemple la force dévotionnelle d’un homme devenu meurtrier par fanatisme, et lui permettent ainsi de faire quelque bon travail dont il sera récompensé par l’aide qui lui sera envoyée.

Nous devrions, nous aussi, imiter les Grands Êtres, en nous efforçant toujours de prendre le bon côté et des choses et des gens. Ne cherchez pas le mal et surtout ne l’exagérez pas, mais cherchez le bien et exaltez-le. Continuez à faire votre travail du mieux qu’il vous est possible et ne vous préoccupez pas du travail de votre voisin ni de savoir comment il le fait.Et même si les autres vous créent des difficultés, cherchez à les surmonter et ne vous en tourmentez pas ; elles font partie de votre Karma, et ces choses extérieures importent si peu après tout. Ne tombez pas non plus dans l’erreur de croire que les autres cherchent à contrecarrer vos bonnes intentions ; ne sont-ils pas de la même nature que vous, et croyez-vous vraiment que vous voudriez vous-mêmes commettre une aussi vilaine action?

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