L’ASCÉTISME
Quelques notions erronées senniblent prévaloir parmi nos membres au sujet de l’ascétisme, et il est peut-être bon de considérer ce qu’il en est réellement et j usqu’à quel point il peut être utile. Ce mot ascétisme : s’applique généralement à une vie d’austérités et de mortifications, bien que ce sens s éloigne quelque peu du sens original du mot grec asketes, qui signifie simplement : celui qui exerce comme le fait un athlète. Mais l’église s’empara de ce mot et en changea le sens ; elle l’appliqua à la pratique de sacrifices de tous genres ayant pour but de hâter le progrès spirituel, se basant sur la théorie que la nature corporelle, avec ses passions et ses désirs, est la place-forte du mal inhérent à l’homme depuis la chute d’Adam et qu’elle doit, par conséquent, être détruite par le jeûne et la pénitence. Dans les religions primitives de l’Orient, on rencontre quelquefois une idée similaire basée sur la conception que la matière est essentiellement mauvaise en soi, d’où l’on déduit que pour approcher du bien idéal ou pour échapper aux misères de l’existence, le seul moyen est de maîtriser le corps ou de le soumettre à la torture.
L’étudiant en théosophie peut voir immédiatement quelle terrible confusion de pensées il y a dans ces deux
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théories. Aucun mal n’est inhérent à riiomme, sauf celui qu’il a généré lui-même dans ses vies antérieures ; la matière non plus n’est pas essentiellement mauvaise puisqu’elle est, comme l’esprit, d’essence divine, et que, sans elle, aucune manifestation de la Divinité ne serait possible. Le corps et ses désirs ne sont en eux-mêmes ni mauvais ni bons, mais il est vrai qu’avant que l’individu puisse faire de réels progrès, ils doivent être soumis au contrôle du soi supérieur. Torturer le corps est stupide, mais le gouverner est absolument nécessaire. « Les hommes qui se livrent à de rudes pénitences... torturant dans leur folie les éléments réunis qui composent leur corps, et Moi-même aussi qui réside dans leur corps intérieur ; sache que leurs résolutions sont démoniaques» {Bhagavad Gîta, XVIl, 5-6) et encore. « L’austérité qui est née d’une imagination égarée, conduit à la torture de soi-même... elle vient, est-il dit, des ténèbres. » [Ibid, XVII, 19).
L’illusion que pour être bon, il nous faut souffrir, la souffrance devant être en elle-même agréable, au Logos, semble s’être largement propagée dans le monde. Rien pourtant n’est plus grotesque que cette idée, et dans les textes de la Bhagavad-Gita cités ci-dessus, on nous donne à entendre qu’elle est plus que grotesque, puisqu'il y est dit que ceux qui torturent leur corps torturent le Logos qui y réside. Chez nous, en Europe, cette théorie, malheureusement si commune, est un des terribles legs qui nous ont été laissés par l’horrible blasphème qu’est le Calvinisme. J’ai moi-même entendu dire à un enfant : « Je me sens trop heureux pour n'être pas sûr que je suis très méchant ; » résultat vraiment terrible d’un enseignement criminellement défiguré.
Nos Maîtres, qui sont si fort au-dessus de nous sont toujours remplis de joie, de sympathie, et non d’affliction.
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Nous aussi, nous devons montrer de la sympathie pour les autres, mais ne pas nous identifier avec leurs souflrances. Un homme tourmenté par le chagrin ne peut juger les choses clairement. A ses yeux, le monde entier apparaît sombre, et il lui semble que personne ne peut être heureux. Quand il est joyeux, le monde lui paraît radieux et il lui semble que personne ne doit être malheureux. Et cependant, rien n’est changé, pas même lui, mais seulement son corps astral. Le monde est toujours le même, que vous soyez heureux'ou malheureux. Ne vous identifiez donc pas avec votre corps astral, mais essayez de sortir de cette trame^d’illusion, due aux dispositions personnelles.
Sans doute, cette amusante théorie que la souffrance est méritée, vient en partie de ce que Ion sait que, pour progresser, l’homme doit maîtriser ses passions et aussi du fait que cette maîtrise est désagréable à l’homme non évolué. Mais la souffrance est bien loin d’être méritoire ; au contraire, c’est un signe que la victoire n’est pas encore gagnée ; elle provient du faitque.la nature inférieure n’est pas encore dominée et que la lutte subsiste toujours. Quand la maîtrise des passions est assurée, le désir pour les choses inférieures n’existe plus et partant il n’y a plus ni lutte ni sensation de malaise. L’homme vivra la vie bonne et quittera la vie basse et vile parce qu’il lui semblera tout naturel d’agir ainsi et non plus parce qu’il croira devoir faire cet effort quelque difficile qu’il soit pour lui. Ainsi donc la sensation de malaise n’existe qu’à un stade intermédiaire et ce n’est pas elle-même, mais son absence qui esrle signe du succès.
Une autre raison, pour l’évangile de la souffrance, est la confusion faite entre la cause et l’effet. On a pu observer qu’une personne réellement avancée est simple dans sa ma-
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nièrede vivre, et néglige une foule de petites jouissances considérées comme importantes et vraiment nécessaires par l’homme ordinaire. Mais ce dédain du luxe est l’effet et non la cause du progrès delà personne. Elle ne se préoccupe nullement de toutes ces choses parce qu’elle les a dépassées et qu’elles n’ont plus pour elle aucun intérêt, et non parce qu elle les considère comme mauvaises ; et celui qui l’imite en s’abstenant de ces jouissances alors qu’il les désire encore avidement, n’en avancerait pas pour cela. A une certaine phase de la vie, l’enfant joue avec des poupées et des briques ; quelques années plus tard, il joue au cricket et au football ; et plus tard encore lorsqu’il est devenu jeune homme, ces jeux à leur tour cessent de l’intéresser beaucoup, et il commence à aimer et à vivre. Un enfant qui voudrait imiter ses aînés, jeter de côté poupées et briques pour jouer au cricket ne dépasserait pas pour cela l’époque de l’enfance. Au -cours de sa croissance normale, il met de côté ces jouets enfantins, mais il ne peut forcer la croissance en les rejetant et en voulant jouer à se faire plus vieux qu’il n’est.
Il n’y a aucune vertu à priver le corps pour l’amour de la privation elle-même, mais il y a trois cas où la privation volontaire peut faire progresser. Premièrement, lorsque c’est dans le but d’aider les autres, comme, par exemple, une personne qui soigne un ami malade ou qui travaille péniblement pour entretenir sa famille. Secondement, quand un homme comprend qu’une habitude qu’il a contractée peut être un obstacle à son avancement, telles que fumer, boire de l’alcool, ou manger de la viande. S’il est sincère dans son désir d’avancer il renonce immédiatement à cette habitude ; quand le corps est habitué à cette forme particulière de souillure,
celui-ci s’insurge, réclame ces choses dont il était si avide, et provoque ainsi un grand trouble. Si, pourtant, l’homme persévère avec fermeté dans sa résolution, le corps a bientôt fait de s’adapter aux nouvelles conditions, et alors il n’y aura plus de privation. Mais dans la phase intermédiaire, alors que la lutte existe encore entre l’homme et son corps, peuvent surgir de cruelles souffrances ; l’homme doit les considérer comme étant le Karma résultant du vice dont il veut maintenant se débarrasser. Quand la souffrance cesse, le Karma est liquidé, la victoire est gagnée, et un pas de plus a été fait dans l’évolution.
Je sais bien qu’il y a de rares cas (quand les gens sont physiquement très faibles) où il pourrait être dangereux de rompre immédiatement avec une mauvaise habitude. L’habitude de la morphine, par exemple ; celui qui en est victime et qui veut s’en débarrasser est obligé de diminuer graduellement la dose, car la cessation brusque pourrait être trop violente pour la force de résistance du corps physique. Il y a aussi, semble-t-il, certains cas malheureux où le même système de privation graduelle doit être appliqué pour se débarrasser de l’habitude de manger de la viande. Les médecins nous disent qu’alors que la digestion de la viande se fait principalement dans l’estomac, celle des végétaux se fait plutôt dans les intestins ; aussi une personne dont la santé laisse à désirer est parfois obligée de donner à ces différents organes le temps de s’adapter au changement nécessaire, et de s’exercer, pour ainsi dire, aux fonctions qu’ils doivent dorénavant remplir. Toutefois, l’action constante de la volonté aura bientôt fait de soumettre le. corps et de l’adapter au nouvel état de choses.
Le troisième cas où il est utile de faire souffrir le corps, c’est quand l’homme veut délibérément le contraindre à
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faire une chose qu’il n’aime pas, dans le but de s’assurer que ce véhicule lui obéira le cas échéant. Mais il faut bien comprendre que même alors, le mérite consiste dans le fait que le corps obéit promptement et non dans le fait qu’il souffre. Par cette méthode, Thomme apprend graduellement à être indifférent à la plupart des petites misères de la vie, et à s’épargner de ce fait bien du souci et de l’irritation. Pour entraîner ainsi la volonté, et amener son corps à l’obéissance, l’homme doit être attentif à n’acquérir que des choses utiles. Certes le Hatha Yogi développe le pouvoir de la volonté en tenant son bras au-dessus de sa tête jusqu'à ce que celui-ci se dessèche ; mais en même temps qu’il acquiert une grande puissance de volonté, il perd l’usage de son bras. La volonté peut tout aiissi bien se développer par des moyens dont les résultats seront toujours utiles, au lieu d’être une source d’entraves — la victoire, par exemple sur certains défauts, la colère ou l’orgueil, l’impatience ou la sensualité. Il serait bon pour tous ceux qui aspirent à l’ascétisme de méditer sur ces sages paroles de la BJiaganad- Gîla :
« La pureté, la droiture, la chasteté, la mansuétude sont appelées austérité du corps. Un langage dépourvu de malveillance, qui est véridique, agréable, bienfaisant... est appelé l’austérité delà parole. Le calme de l’esprit, l’équilibre, le silence, la maîtrise de soi-même, la pureté de l’être, telle est l’austérité de l’esprit » (XVII. 14. 15. 16.).
Remarquez spécialement que dans ce dernier verset la paix mentale est donnée comme étant la première caractéristique de l’austérité de l’esprit, le premier signe de la parfaite maîtrise de soi indispensable à celui qui désire faire de réels progrès. C’est pour nous un devoir strict d’être heureux ; la tristesse ou la dépression morbide
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dénotent l’insuccès et la faiblesse de caractère car elles dénotent l’égoïsme. L’homme qui se laisse aller à s’appesantir sur ses peines ou ses fautes oublie tous ses devoirs envers autrui. Il constitue ainsi un centre d’in, fection répandant autour de lui la tristesse au lieu de la joie ; et qu’est-ce sinon l’égoïsme le plus violent? Si quelqu’un d’entre vous désire se livrer à l’ascétisme, qu’il prenne en main cette austérité de l’esprit préconisée par la Bhagavad-Gîta, et qu’il prenne la résotion que, quelles que soient ses peines et ses souffrances, il s’efforcera de les oublier pour l’amour d’autrui, pour pouvoir constamment communiquer à ses compagnons de pèlerinage, le radieux bonheur que donne au théosophe une connaissance plus complète et les aider ainsi sans cesse à réaliser que « Brahman est toute félicité
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L’inquiétude inutile paraît être la note dominante de la vie moderne. Ce ne sont pas seulement ceux qui font des efforts spéciaux pour progresser qui se rendent malheureux sans raison, mais la même erreur sévit jusque dans la vie de l’homme ordinaire. Le corps astral de l’homme ordinaire cause une impression pénible au clairvoyant. La figure donnée dans VHomme visible et invisible (p. 106; montre ce que doit être le corps astral : un simple reflet des couleurs du corps mental indiquant que l’homme ne se laisse aller à ressentir que ce que sa raison lui dicte. Mais, si c’est trop demander à ce stade de l’évolution, la figure [p. 84) nous donne un ensemble de couleurs représentant un corps astral ordinaire lorsqu’il est relativement au repos. On y voit beaucoup de nuances qui indiquent la présence de défauts peu attrayants, défauts qui devraient être déracinés aussitôt que possible. Mais ce côté du sujet est traité dans l’ouvrage, et c’est sur un autre point que je désire attirer votre attention.
J’ai dit que la figure représente un corps astral ordinaire et peu développé lorsqu’il est relativement au repos ; mais un des résultats fâcheux de ce que nous sommes
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convenus d’appeler, notre civilisation, c’est qu’un corps astral jouit rarement d’un repos même relatif. Il est naturellement compréhensible que la nature d’un corps astral soit toujours en vibration, et chacune des couleurs que nous voyons dans la figure indique un mode différent de vibration, mais il devrait y avoir un certain ordre dans ces vibrations et une certaine limite à cet état. L’homme plus développé (p. 106) montre cinq modes de vibrations ; l’homme ordinaire en montre au moins neuf, avec, en plus, un mélange de nuances variées. Ce n’est donc évidemment pas aussi bon que le premier état, mais la majorité des Occidentaux est réellement encore plus mal partagée que cet homme-là. Vibrer en même temps de neuf façons différentes est déjà suffisamment mauvais : mais, dans le corps astral de beaucoup d’hommes et de femmes, on pourrait en observer cinquante et même cent. Ce corps devrait être divisé en quelques parties nettement définies, chacune vibrant régulièrement à sa vitesse normale ; au lieu de cela, la surface est généralement divisée en une multitude de petits tourbillons et de courants qui se croisent et se heurtent les uns les autres dans une confusion inouïe.
Tout cela résulte des petites émotions, des soucis inutiles, et l’Occidental ordinaire en est l’esclave. Il est troublé par ceci, tracassé par cela, effrayé par autre chose encore, et ainsi de suite ; toute sa vie est remplie de petites émotions mesquines, de sorte que toutes ses forces sont dépensées de cette manière. Une forte émotion, qu’elle soit bonne ou mauvaise, se répand dans le corps astral tout entier et le fait vibrer un moment à une vitesse unique ; mais ces petits tourments forment des tourbillons, des centres de trouble local dont chacun persiste pendant un temps plus considérable.
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Le corps astral qui vibre ainsi rie cinquante façons différentes à la fois, est une tache dans le paysage et un sujet de trouble pour ses voisins. Ce n’est pas seulement un vilain objet, mais un sérieux inconvénient. On peut comparer cela à un corps physique atteint d’une paralysie rare, à forme grave, dont tous les muscles seraient secoués simultanément dans toutes les directions. Mais, pour rendre cette comparaison partiellement exacte, il nous faudra admettre que cette paralysie est contagieuse, ou bien que tout être qui voit ces résultats funestes éprouve une tendance irrésistible à les reproduire. Car cet horrible chaos produit un effet désagréable et troublant sur tous les sensitifs qui rapprochent. Il infecte leur corps astral et leur communique une sensation pénible d’agitation et d’anxiété.
Peu nombreux jusqu’à présent sont ceux qui ont développé les facultés leur permettant de voir cette malfaisante influence en action ; d’autres, plus nombreux, ont vaguement conscience d’un malaise quand ils approchent ces personnes agitées ; la plupart des gens ne ressentent toutefois probablement rien de précis au moment de la rencontre, mais, plus tard, dans la journée, ils s’étonnent d’éprouver une fatigue inexplicable. L’effetest là, le mal est produit, qu’il ait été, ou non, immédiatement perceptible.
Une personne qui pousse la folie jusqu’à se mettre dans cet état fait du mal à beaucoup, mais plus encore à elle-même. Très souvent ces troubles astrals perpétuels réagissent à travers le corps éthérique sur le véhicule physique grossier et toutes sortes de maladies nerveuses en sont la conséquence. Presque tous les troubles nerveux sont le résultat direct de soucis et d’émotions inutiles, et disparaîtraient bientôt si le patient voulait maintenir ses véhicules au repos et garder son âme en paix.
Même au cas où un corps physique bien constitué est capable de résister à cette irritation constante de Tastral, les effets sur le plan astral ne sont pas moins désastreux. Ces petits centres inflammatoires qui recouvrent le corps astral tout entier, sont pour lui ce que sont des abcès pour le corps physique. Non seulement ils causent des douleurs aiguës, des ulcérations sur lesquelles le moindre toucher produit une vive souffrance, mais ce sont encore des endroits faibles où le fluide vital ne circule plus et par lesquels Fempoisonnement extérieur peut pénétrer. Une personne dont le corps astral se trouve dans un tel état de bouleversement, ne peut offrir pratiquement aucune résistance au\ influences malfaisantes qu’elle rencontre et elle est, en même temps, incapable de profiter des bonnes influences. Ses forces s’écoulent par ces plaies ouvertes et les germes de toutes sortes de maladies peuvent y pénétrer. Elle ne peut faire usage de son corps astral en son entier ni le gouverner et elle le laisse se briser en un certain nombre de centres séparés qui, eux, la gouvernent. Ces petits soucis, ou vexations, deviennent de plus en plus forts, prennent de plus en plus d’empire sur la personne et se transforment en une légion de démons qui la possèdent si bien qu’elle ne peut plus leur échapper.
Cette condition pénible est fréquente. Comment un homme peut-il éviter d’y tomber, et s’il y est déjà tombé, comment peutdl s’en tirer? La réponse est la même pour les deux questions. Qu’il apprenne à ne plus être affecté par les soucis, la crainte ou les ennuis. Qu’il se rende compte du peu d’importance de ces petits faits personnels qui obscurcissent son horizon. Qu’il considère ce qu’ils lui apparaîtront lorsqu’ils les envisagera de sa prochaine existence, ou même après vingt années. Qu’il grave dans
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son cœur ces sages paroles que, cie toutes les choses extérieures qui arrivent à l’homme : « Aucune n a- une grande importance et la plupart n’en ont pas du tout. » Seules ses actions, ses paroles, ses pensées, ont de 1 importance ; ce que les autres font, disent ou pensent n’a aucune importance pour lui. Qu’il ne fasse donc pas attention à toutes ces petites piqûres d’épingles de la vie journalière et qu’il refuse absolument de se laisser tracasser par elles.
Cela lui demandera tout d’abord un certain effort car il lui faut delà volonté pour détruire une mauvaise habitude invétérée. Bien souvent son mental pensera : « M"*® Durand a dit du mal de moi ; peut-être en dit-elle en ce moment ; d'autres la croiront peut-être ; et peut-être cela me nuira-t-il ; » et ainsi de suite, à l’infini. Mais il lui faut répliquer ; « Peu m’importe ce qu a dit M”® Durand , je suis seulement désolé que la pauvre femme se préparé un si mauvais Karma. Je ne veux plus penser à elle ni à ce qu’elle peut dire. J’ai mon travail à faire et n’ai point de temps à perdre à penser à de ridicules commérages. »
11 se peut encore que des pressentiments de maux futurs envahissent instantanément son cerveau : « Peut-être perdrai-je ma situation l’an prochain ; il se peut que je meure de faim ; que je fasse banqueroute ; il se peut que je perde l’affection d’ün ami. » A toutes ces choses, il doit répondre avec fermeté : « Tout cela, certes, peut survenir, mais peut-être aussi cela n’arrivera-t-il pas ; et je trouve inutile de vouloir traverser un pont avant d’y être arrivé. Je prendrai toutes les précautions nécessaires, mais après cela, je refuse d’y penser plus longtemps. De souci que je me ferai ne peut en aucun cas influencer ce qui doit arriver mais il servira certainement
à me rendre impropre à les affronter. Je ne veux donc plus me tracasser et je ne m’occuperai plus de tout cela à l’avenir. »
Une autre forme très fréquente de cette sorte d’agitation, qui peut provoquer de très sérieux résultats, est cette sotte tendance à s’offenser de ce qu’une personne dit ou fait. Le simple bon sens devrait empêcher l’homme de tomber dans cette erreur, et, pourtant, bien peu nombreux sont ceux qui l’évitent. II suffit de réfléchir avec calme, et on comprend aussitôt que ce que les autres ont dit ou fait ne peut nous affecter en quoi que ce soit. Si on a dit quelque chose qui a blessé nos sentiments, nous pouvons être certains que, neuf fois sur dix, on n’a pas eu l’intention de nous offenser. Alors, pourquoi nous laisser aller à nous en préoccuper? Même dans les cas très rares où une remarque est intentionnellement malhonnête ou mordante, où un homme a dit quelque chose dans le but de blesser un autre, il est encore absolument insensé de se sentir blessé. Si la chose a été réellement dite avec l’intention de blesser, plaignons plutôt l’homme qui l’a dite, sachant que, d’après les lois de la justice divine il devra certainement souffrir de sa sottise. Nous n’avons pas à nous préoccuper de ce qu’il a dit ; car, si nous y réfléchissons bien, ses paroles n’ont réellement produit aucun effet sur nous.
Un mot blessant ne nous fait de mal que si nous y prêtons attention, que si nous nous appesantissons sur lui ou lui permettons de nous blesser. Que valent donc les paroles des autres pour que notre sérénité en soit troublée? Elles ne sont que de simples vibrations de l’air. Si nous ne les avions pas entendues ou qu’elles ne nous aient pas été répétées, nous auraient-elles affectés? Non, n’est-ce pas? Alors, il est évident que
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ce ne sont pas les paroles qui nous ont blessés, mais bien le fait de les avoir entendues. Ainsi donc, si nous nous préoccupons de ce qu’un homme a dit, c’est nous qui sommes responsables du trouble apporté dans notre corps astral, et non lui.
L’homme n’a fait et ne peut rien faire qui puisse nous nuire; si nous nous sentons blessé, si nous croyons qu’on nous a fait du tort, et que, par là, nous nous soyons créé beaucoup d’ennui, c est à nous qu il faut nous en prendre. Si des troubles se produisent dans notre corps astral à la suite de ce qui a été dit, c’est simplement parce que nous n’avons pas encore acquis le contrôle de ce corps ; que nous n’avons pas encore développé le calme qui nous rend capables de regarder les choses d’en haut, en âmes, et de continuer notre chemin en nous occupant de notre travail sans prêter la moindre attention aux remarques stupides et désobligeantes que peuvent faire les autres. Cette attitude nous est dictée par le simple bon sens, et pourtant pas un homme sur cent ne l’adopte.
Le fait est que quiconque veut devenir un étudiant en occultisme ne doit nourrir aucun sentiment égoïste qui puisse être blessé dans n’importe quelle circonstance. Un homme qui a ces sentiments pense encore trop à luimême, alors que notre devoir est de nous oublier pour ne penser qu’au bien d’autrui. Rien ne peut vous offenser si vous avez résolu de ne pas 1 etre, et si vous pensez uniquement à la meilleure manière d’aider les autres et non à votre personnalité.
Une autre variante de cette maladie, moins égoïste, et par là-même moins blâmable, mais tout aussi préjudiciable au progrès, c’est la fâcheuse habitude de se préoccuper outre mesure de petites choses concernant
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notre maison ou nos affaires commerciales. Cela implique toujours un manque de discernement et de sens de la perspective. 11 est vrai que, soit dans un ménage, soit dans une maison de commerce, les affaires doivent être ordonnées et faites ponctuellement et exactement ; mais, pour arriver à cela, il faut se proposer un idéal élevé et le poursuivre avec fermeté et non pas irriter chacun par une agitation continuelle et inutile. Celui qui est assez malheureux pour être affligé d’une faiblesse de ce genre devrait faire de grands efforts pour la vaincre, car autrement, il ne sera qu’une force active travaillant à la lutte et non à la paix, et il ne sera que d’une bien faible utilité pour le monde. Les symptômes en ce cas ne different guère de ceux de l’agitation plus égoïste ; dans ce cas, il y a moins de tourbillons, mais on remarque un tremblement et une agitation perpétuels du corps astral tout entier, aussi gênant pour les voisins, aussi destructif du bonheur et du progrès de l’agité lui-même.
L’homme doit apprendre à maîtriser ses pensées et ses sentiments et rejeter impitoyablement tout ce que le soi supérieur n’approuve pas. Ce chaos de mesquines émotions est indigne d’un être raisonnable ; et il est humiliant qu’un homme, qui est une étincelle de la Divinité, se laisse dominer ainsi par l’élémental du désir, c’est-à-dire par quelque chose qui n’est pas encore arrivée au stade du minéral.
J ai déjà dit que cette désastreuse condition astrale est souvent préjudiciable à la santé physique, mais elle est invariablement plus que préjudiciable au progrès sur le sentier : elle lui est absolument fatale. Une des premières grandes leçons à apprendre sur le sentier est la parfaite maîtrise de soi, et le long stade qui y conduit, c’est l’absence de toutes espèces de tracas. Tout d’abord, par
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simple habitude, la matière du corps astral sera souvent facilement entraînée dans des tourbillons inutiles, mais chaque fois, Thomme devra s’efforcer de les faire disparaître pour ramener l’oscillation régulière des sentiments que, comme Ego, il désire réellement.
Qu’il se laisse si bien pénétrer par le divin amour, que cet amour se répande toujours par lui, sous forme d’amour pour ses frères, et alors, il n’y aura plus de place en lui pour d’inutiles vibrations ; il n’aura plus le temps de se tracasser au sujet de petits ennuis personnels, si toute sa vie est consacrée au service du Logos en s’efforçant de faire progresser l’évolution du monde. Pour faire de réels progrès, et pour travailler réellement, riiomme doit se détourner des choses inférieures pour tendre vers les choses supérieures ; il doit sortir de notre monde à nous pour entrer dans le Leur ; passer de Tagitation à la paix qui dépasse toute compréhension.