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L’OEUVRE DES MAITRES

Le travail des Maîtres sur leurs plans respectifs n’est pas facile à comprendre pour nous, bien que nous puis-, sions nous rendre compte de leur prodigieuse activité. Le nombre des Adeptes ayant encore un corps physique est bien limité, et, pourtant, c’est entre leurs mains que se trouvent toutes les évolutions qui s’effectuent sur ce globe. En ce qui concerne l’humanité, ils semblent avoir divisé le monde en paroisses, dont chacune est un continent, dirigée par un Adepte. La Société Théosophique paraît être une sorte de mission émanant du Siège Central, en sorte que ceux qui participent à ses activités, ne travaillent pas pour une paroisse ni pour une forme de religion spéciale, mais pour l’humanité entière ; c’est du moins sur la masse de l’humanité, que les Maîtres agissent principalement. Une de leurs fonctions consiste à diriger dans la bonne voie les personnalités marquantes du monde, à orienter les rois et les hommes d’état vers la paix, à imprimer des idées plus libérales chez les grands prédicateurs et instructeurs, à élever les conceptions des artistes, pour que le monde entier puisse devenir meilleur et plus heureux.

Toutefois, ils confient ce travail à leurs disciples ; se

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réservant Tinfluence à exercer sur le corps causal des Egos ; ils se consacrent spécialement à exercer une influence spirituelle sur ces Egos ; ils rayonnent sur eux comme le soleil sur les fleurs, pour en faire surgir ce qu’ils ont de plus noble et de meilleur, facilitant ainsi leur croissance. Bien des gens ont conscience de ressentir des influences de cette nature sans pouvoir déterminer de quelle source elles proviennent. L’homme ordinaire est encore presque inconscient sur son propre plan des choses du plan correspondant au corps causal. 11 se trouve dans ce corps, exactement dans la situation d’un poussin dans l’œuf, entièrement inconscient de la source de la chaleur qui stimule sa croissance. Lorsqu’une personne est arrivée au stade où elle brise sa coquille et devient susceptible de répondre tant soit peu aux influences extérieures, le processus affecte alors une forme différente, et se trouve hâté dans de grandes proportions. (Sur la partie inférieure du plan mental les âmes-groupes des animaux sont même affectées et aidées par ces influences, car, comme la lumière du soleil, cette force pénètre le plan tout entier et affecte plus ou moins tout ce qui se trouve dans la limite de son rayonnement.) En déversant cette force, les Maîtres profitent de certaines occasions spéciales et des endroits où se trouve un centre fortement magnétisé. C’est ainsi qu’ils choisissent les lieux où un saint à vécu et est mort, où les reliques d’un autre saint ont créé une atmosphère convenable, pour déverser leurs forces dans ces canaux préparés d’avance. Lorsque des pèlerins se réunissent en gardant une attitude réceptive, ils profitent encore de cette occasion pour répandre leurs forces sur les hommes en se servant du canal à travers lequel ceux-ci ont coutume d’attendre aide et bénédiction.

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C'est à une assistance de cette nature et venue d'en haut, que riiumanité doit le progrès auquel elle est arrivée actuellement. Nous sommes encore dans la quatrième ronde, durant laquelle ne devrait s'effectuer que le développement des désirs et des émotions, et, cependant, nous avons déjà commencé celui de l’intellect qui doit être la caractéristique de la cinquième ronde. Ce résultat est dû, d’abord, à l’énorme impulsion qu’ont donnée à notre humanité les seigneurs de la Flamme venus de la planète Vénus ; et il est dû, ensuite, aux Adeptes qui ont résolument renoncé au bénéfice de cette impulsion et qui nous l’ont réservée pour le plus grand avantage éventuel de notre développement.

Ceux qui ont quelque peu compris la nature de ce travail, et spécialement ceux d’entre nous qui ont eu le privilège de voir les Maîtres à l’œuvre, n’auront jamais la pensée de les interrompre dans ce travail tout d’altruisme, pour leur exposer une requête personnelle. L'énorme importance de leur travail ne leur permet pas de s'occuper personnellement de chacun individuellement. Dans le cas où une aide individuelle est nécessaire, elle est donnée par l’intervention des disciples, soit encore par des élémentals ou des esprits de la nature. C’est donc, pour l’étudiant, un devoir imprescriptible que de se rendre apte à ce travail d'ordre inférieur, pour la bonne raison (|ue, s’il ne s’y conforme pas, cette partie du travail restera inachevée puisqu’il est impossible aux Maîtres de se détourner d’une œuvre bien plus importante— qui embrasse le monde tout entier — pour s’occuper de chacun en particulier. L'action des aides invisibles sur le plan astral ne s'exercerait pas s’il n’y avait pas des étudiants arrivés à un stade où c’est là la meilleure tâche qu’ils puissent faire, car, dès qu’ils auront franchi ce stade et

l’oeuvre des maîtres

qu’ils seront aptes à faire un travail plus élevé, ce dernier leur sera certainement donné.

On demande souvent pourquoi les Maîtres travaillent si souvent par l’intermédiaire d’instruments imparfaits. A cela la réponse est évidemment celle-ci ; c’est qu’ils n’ont pas le temps de tout faire par eux-mêmes et qu’il leur faut bien employer les instruments qu’ils ont, sans quoi le travail risquerait fort de n’être point fait du tout. Prenez comme exemple les livres écrits dans le but d’aider Thumanité. 11 est évident que les Maîtres pourraient le faire infiniment mieux qu’aucun de leurs disciples ; ce faisant, ils éviteraient toute possibilité d’erreur ou de données imparfaites. Mais, comme ils n’ont absolument pas le temps de s’y consacrer, mieux vaut encore que l’œuvre soit accomplie par des élèves, plutôt que de n’être point faite du tout. D’un autre côté, en s’y adonnant, les Maîtres enlèveraient à ceux qui peuvent le faire, l’occasion de se créer un bon Karma ; si inférieur que soit ce travail, comparativement au leur, il est après tout assez bon pour ceux dont les connaissances sont bien moindres.

11 ne faut pas oublier que chacun des Maîtres n’a en son pouvoir qu’une certaine somme de force qui — tout immense qu’elle nous paraît être, — est néanmoins limitée, et qu’il est de son devoir de l’employer au mieux pour aider l’humanité. En conséquence, cela soit dit sans irrévérence, alors qu’il peut l’employer pour le bénéfice de tous, il aurait tort de gaspiller cette force pour des choses de moindre importance ou pour des cas individuels, quelque dignes d’intérêt que soient ceux-ci.

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Il a déjà élé dit que parmi les Adeptes en nombre très restreint qui gardent leur corps physique et remplissent les fonctions relatives à l’administration du monde sous les ordres de la Grande Hiérarchie, un nombre plus restreint encore consent à prendre des élèves et, à ceux-là. nous donnons, de ce fait, le nom de Maîtres. Voyons maintenant ce que Ton entend par être l'élève de l’un de ces Maîtres, ce que l’on demande à celui qui aspire à devenir cet élève, quelle est la tâche qui lui incombe.

N’oublions pas que les Maîtres se sont complètement voués au service de l’humanité et qu’ils s’y consacrent entièrement à l’exclusion de toute autre chose. A ce sujet, je vous ai déjà dit qu’un Maître est limité dans la force qu’il a à dépenser, — et que, si inconcevable que puisse nous paraître cette force — le Maître a scrupuleusement soin de ne l’employer qu’au mieux de l’intérêt général. Il est évident que se charger d’un élève pour l’instruire, prendra sur son temps et sur ses énergies, et puisqu’il ne considère toutes choses qu’au point de vue de leur utilité pour stimuler l’évolution, il n’emploiera ni son temps ni son énergie à s’occuper d’un homme à moins qu’il ne voie que cela en vaut la peine.

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Un Maître consent à prendre un disciple, un apprenti, devrions-nous dire plutôt, s’il voit que la somme de temps et de force qu’il consacrera pour l’instruire, produira éventuellement un résultat plus effectif que s’il dépensait cette même force d’une autre manière, mais pas dans le cas contraire. Par exemple, un homme peut avoir certaines qualités lui permettant d’être utile comme aide, mais, d’un autre côté, il peut avoir un défaut qui sera un obstacle constant sur sa route et qui annihilera une grande part du bien qu’il pourrait faire. Aucun Maître ne consentirait à prendre cet homme comme élève, mais il lui dirait : « Mettez-vous à l’œuvre et débarrassez-vous de ce défaut spécial qui est vôtre ; lorsque vous aurez réussi, je vous prendrai comme aide et vous apprendrai à vous développer davantage. »

Nombre de nos étudiants sérieux sont remplis de tous sentiments altruistes, et, sachant qu*en cela ils sont bien différents de la majorité des hommes, ils se disent parfois : « Je voudrais tant travailler pour l’humanité, pourquoi le Maître ne me prend-il pas sous sa direction pour m’instruire ? »

Envisageons les faits franchement. Le Maître ne vous instruira pas si vous êtes sous l’empire de toutes sortes de petites imperfections. Il est vrai, comme vous le ressentez certainement en vous-mêmes, que la bienveillance, la bonté, le désir d’aider dont vous êtes animés sont d’un^ plus grande importance à votre actif que ne le sont tous ces petits défauts à votre passif: Mais sachez bien qu’il existe darts le monde des milliers de gens qui, eux aussi, sont bons et bien intentionnés, et que vous ne différez d’eux que par un peu plus de connaissance, celle-ci vous permettant de diriger votre bonne volonté selon des voies plus définitivement utiles. Si c’étaient là les seules qualités

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nécessaires pour ôlre disciple, chacun des Maîtres pourrait se charger de milliers de gens ; tout son temps serait alors consacré à éduquer, sur les plans physique et astral, ces quelques milliers de candidats avec tous leurs petits défauts ; mais pendant ce temps, le superbe travail des Maîtres envers les Egos, sur les niveaux supérieurs, serait totalement négligé.

En premier lieu donc, pour être disciple d’un Maître, il faut considérer la vie à son point de vue, c’est-à-dire ne voir que ce qui peut profiter le mieux au progrès général du monde. Le disciple doit être absolument préparé à s’oublier soi-même, à annihiler entièrement sa personnalité ; et, il doit comprendre que ce n’est là une simple figure poétique ni une manière de parler, mais que les mots doivent être pris exactement au pied de la lettre — c’est-à-dire qu’il doit renoncer à tout désir personnel et être fermement décidé à ordonner sa vie suivant le travail qui lui sera demandé. Combien en est-il parmi nous qui soient suffisamment décidés à franchir même ce premier pas dans le but d’être acceptés comme disciples ?

Réfléchissez bien à tout ce que comporte le fait de devenir un disciple. Lorsqu’un homme s’offre comme tel, le Maître lui dira de suite s’il le trouve prêt ou non à entrer sur la voie de probation. Dans le cas où le candidat semblerait posséder les qualités requises, le Maître pourra le prendre à l’essai, c’est-à-dire qu’il le soumettra pendant plusieurs années à une observation très rigoureuse. Cette épreuve dure généralement sept années, mais cette période peut être indéfiniment prolongée si le candidat ne donne pas satisfaction ; d’autre part elle peut être très abrégée si l’on voit qu’il s’est sérieusement mis à 1 œuvre. J’ai vu des cas où le stage d’épreuve a duré jusqu’à trente ans, d’autres où il a été limité à cinq et

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trois ans, et un cas tout à fait exceptionnel où il n'a été que de cinq mois. Pendant cette période de probation, Je disciple n'est en aucune façon en communication directe avec le Maître, et il a peu de chance de le voir ou de Pentendre. En général, des épreuves, des difficultés spéciales ne lui seront pas imposées ; il est simplement surveillé attentivement quant à son attitude vis-à-vis des petits soucis de la vie. Pour faciliter cette surveillance le Maître forme ce que Pon appelle une « image vivante » de chacun des postulants, c’est-à-dire un duplicata exact des corps astral et mental. 11 place cette image dans un endroit où il puisse facilement la voir et la met en rapport magnétique avec lui-méme, en sorte que la moindre modification des pensées ou des sentiments dans les véhicules est fidèlement reproduite sur Pimage. Ces images sont examinées journellement par le Maître qui obtient ainsi, avec le moins de peine possible, des renseignements parfaitement exacts sur les pensées et les sentiments du candidat ; cet examen lui permet de décider le moment où il pourra le faire entrer en relations beaucoup plus étroites et Padmettre au second stade : celui de disciple accepté.

Rappelez-vous que le Maître est un canal par lequel se déversent les forces spirituelles du Logos, non pas un canal inconscient mais un coopérateur supérieurement intelligent, et cela parce qu il est lui-même, et consciemment, une partie du Logos. De même, mais à un degré inférieur, le disciple accepté est un canal pour les forces du Maître ; lui aussi doit être un coopérateur intelligent et non inconscient ; pour cela, il doit faire virtuellement partie de la conscience du Maître.

Un disciple accepté fait si profondément partie de la conscience de son Maître que tout ce qu'il voit ou entend est connu de celui-ci ; non pas que le Maître puisse néces-

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sairement le voir ou l’entendre au même moment (bien que cela se produise fréquemment) mais tout s’imprime dans la mémoire du Maître comme dans celle du disciple. Tout ce que celui-ci pense ou ressent s’imprime dans les corps mental et astral du Maître. Si nous nous rendons bien compte de tout cela, nous comprendrons facilement qu’il serait absolument impossible au Maître d’accepter un disciple tant que les pensées et les sentiments de celui-ci ne sont pas d’une nature telle qu’il veuille bien les partager.

11 arrive malheureusement trop souvent que le disciple a dans son esprit des pensées que le Maître ne peut recueillir ; dans ce cas, dès que le Maître en a conscience, il érige immédiatement une barrière contre les vibrations de ces pensées ; mais cela détourne, pour un instant, son attention de son autre travail, et demande une certaine somme d’énergie. Nous voyons donc clairement, une fois de plus, qu’il serait impossible au Maître de se mettre en relation avec un disciple qui aurait souvent des pensées qui ne seraient pas en harmonie avec celles du Maître ; l’obligation fréquente de se détourner de son oeuvre pour se fermer à des pensées ou à des sentiments non désirables aboutirait, pour le Maître, à une trop grande perte de temps et d’énergies.

Ne pas prendre à sa charge un tel homme, n’est pas, de la part du Maître, un manque de patience ou de compassion ; la seule raison est qu’il gaspillerait son temps et ses énergies qu’il est de son devoir strict d’employer au mieux. Si un homme se croit digne d'être accepté comme disciple, et s’étonne que ce privilège ne lui ait pas encore été accordé, qu’il s’examine scrupuleusement, ne fût-ce qu’une seule journée, et qu’il se demande si, pendant ce temps, il n’a pas une seule pensée ou un seul sen-

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liment indignes du Maître. Rappelez-vous bien que ce ne sont pas seulement les mauvaises pensées ou les sentiments malveillants qui sont indignes de lui, mais encore les pensées futiles, les pensées de critique, d’irritation, et par-dessus tout les pensées personnelles et égoïstes. Qui de nous remplit ces conditions ?

Le résultat chercbé par le Maître dans cette merveilleuse association intime, est d’harmoniser et d’accorder les véhicules du disciple avec les siens — résultat identique à celui qu’un instructeur hindou essaie d’obtenir en gardant toujours ses disciples dans son ambiance physique. — Quels que soient les exercices ou le cours spécial d’études prescrits, l’effet principal ne résulte pas tant de ces pratiques ou de ces études que de la présence permanente de l’Instructeur. Les divers véhicules du disciple vibrent à leur vitesse habituelle — chacun d’eux, probablement, à des vitesses variables et nombreuses du fait de la présence constante de sentiments passagers et de pensées errantes de toutes sortes. La première tâche, et aussi la plus difficile, pour le disciple, est de remettre l’ordre dans cette incohérence — d’éliminer tous les intérêts d’ordre inférieur, d’être maître de toutes les pensées, et ce travail doit être accompli avec une ferme volonté exercée sur tous les véhicules pendant une longue période d’années.

Aussi longtemps qu’il vit dans le monde, la difficulté de cette entreprise est centuplée par la pression incessante faite sur lui sous l’influence de pensées et de sentiments qui le troublent, ne lui laissant pas un seul moment de répit ni l’occasion de rassembler ses forces pour tenter un effort véritable. C’est pourquoi, dans les Indes, l’homme qui désire vraiment vivre de la vie supérieure se retire dans la jungle ; c’est pourquoi aussi, dans tous les pays

et à toutes les époques, il y a eu des hommes qui ont choisi la vie contemplative de l'ermite. L’ermite, lui, peut respirer librement, se reposer des conflits sans fin qui l’assaillaient dans le monde et trouver ainsi le temps de mieux, contrôler ses pensées, car bien faibles sont les obstacles qu’il rencontre dans sa lutte ; l’influence calme de la nature est pour lui, dans une certaine mesure, un précieux adjuvant.

Par contre, celui qui vit continuellement dans l’ambiance d’un être qui est déjà sur le sentier, possède encore un plus grand avantage. Cet Instructeur est supposé avoir dompté ses véhicules et les avoir habitués à vibrer à des vitesses soigneusement choisies et non pas avec cette trénésie résultant d’influences étrangères. Ces vibrations sont très fortes, constantes, et, jour et nuit, que le disciple dorme ou veille, elles frappent sans cesse ses véhicules et l’amènent graduellement à s’harmoniser avec son Instructeur. Ce résultat ne peut être obtenu que par le temps et par cette association intime dont j’ai parlé, et encore, pas pour tous, mais seulement pour ceux qui sont susceptibles d’être accordés. Un grand nombre d’instructeurs ne révèlent leurs méthodes spéciales d entrainement occulte que lorsque ce résultat est obtenu, sinon complètement, du moins en grande partie ; en d’autres termes, avant d’enseigner à un disciple des méthodes qui pourraient être nuisibles si elles étaient mal appliquées, les Instructeurs veulent être cèrtains qu ils ont affaire à un individu préparé à recevoir leur enseignement et suffisamment soumis à leür influence pour être maintenu dans le droit chemin en présence des difficultés futures. Mais mille fois plus grands encore sont les avantages de ceux que le Maître a choisis, et qui ont l’avantage d’un contact intime avec lui.

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Or, voici ce que Ton entend par un disciple acceplé du Maître : Thomme devient une sorte d'avant-poste de la conscience du Maître, les forces spirituelles des Grands Êtres pouvant dès lors s’épancher par son intermédiaire, pour le plus grand bien de tous. Le disciple est si intimement lié avec la pensée du Maître qu’il peut, à tout moment, connaître cette pensée, quel qu'en soit le sujet, et il évite ainsi bien souvent de commettre des erreurs. Le Maître peut, à n’importe quel instant, transmettre une pensée à son disciple, sous forme de suggestion ou de message. Si, par exemple, le disciple écrit une lettre ou donne une conférence, le Maître est d’une façon subconsciente au courant de ce fait et peut, à tout moment, inspirer à son disciple une phrase à intercaler dans la lettre ou un exemple utile à citer dans la conférence. Dans les premiers stades, le disciple est souvent inconscient de cette influence et s’imagine que ces idées lui sont venues spontanément à l’esprit, mais il arrive bien vite à reconnaître la pensée du Maître. Et il est vraiment nécessaire qu’il apprenne à la reconnaître, car il y a, sur les plans astral et mental, de nombreuses entités qui, dans un but amical, avec les meilleures intentions du monde, sont le plus souvent disposées à faire des suggestions analogues et il est utile que le disciple sache distinguer d’où elles proviennent.

Nous ne devons cependant pas confondre l’usage que le Maître fait du corps de son disciple avec la médiumnité ce dont nous avons si souvent parlé comme d’une chose mauvaise. Ainsi, il est arrivé, en plusieurs circonstances que l’un ou l’autre de nos Maîtres ait parlé par l’intermédiaire de notre Présidente, et il paraît que sa voix, ses manières et même ses traits avaient changé d’aspect. Mais on doit se rappeler que dans ces cas, elle conserve toute sa cons-

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cience, qu’elle sait qui parle et pourquoi on parle. Cette condition est tellement différente de ce que Ton entend communément par médiumnité qu’il serait inexact de lui donner ce nom. Il ne peut y avoir aucun mal à employer ainsi le corps d’un disciple, mais bien rares sont les cas où les Maîtres ont usé de ce moyen.

Quand le Maître s’exprime par l’intermédiaire de notre Présidente, la conscience de celle-ci est tout aussi active que jamais dans son cerveau physique, mais, au lieu de diriger elle-même ses organes vocaux, elle écoute pendant que le Maître en fait usage. Il formule les phrases dans son propre cerveau et les transmet ensuite dans celui de son disciple Besant). Cependant elle peut employer ses facultés cérébrales, passivement pour ainsi dire, pour écouter,comprendre et admirer; mais j’imagine qu’il ne lui serait guère possible, pendant ce temps-là, de rédiger une phrase sur un sujet tout à fait différent. Je suppose que la forme la plus élevée du « contrôle spirite » doit se rapprocher de cela, mais très rarement et peut-être jamais autant.

L’influence d’un Maître est si puissante qu’elle peut rayonner dans une étendue presque illimitée ; aussi quiconque, dans l’auditoire, est facilement impressionnable, peut être conscient de la présence du Maître jusqu’au point de percevoir ses traits et d’entendre sa voix, au lieu de celle du disciple ; mais il est peu probable qu’un véritable changement physique se produise jusqu’à être visible aux spectateurs qui ne sont pas sensitifs. J’ai vu, il est vrai, dans des séances spirites, des cas dans lesquels la voix et l’attitude du médium, et jusqu’à ses traits mêmes, s’étaient complètement transformés ; mais cela indiquait une possession complète de l’Ego par l’entité communiquant par son intermédiaire, et ce procédé est tout à fait différent du moyen adopté par nos Maîtres*

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Un troisième degré d’union encore plus intime existe, quand le disciple devient ce que l’on appelle le « fils x. du Maître ; mais ce titre n’est accordé que lorsque le Maître a éprouvé longuement l’homme qu’il a accepté comme disciple, et quand il est bien certain que rien désormais ne peut se présenter dans les corps mental et astral du disciple qui ait besoin d’être écarté. Car c’est là peut-être la principale différence qui puisse être facilement expliquée sur le plan physique entre la situation d’un disciple accepté et celle du « fds ». Le disciple accepté, bien que faisant réellement partie de la conscience du Maître est encore susceptible d’être écarté s’il y a nécessité, tandis que le « fils » est entré dans une communion si intime et si sacrée que même le pouvoir du Maître ne peut défaire ce qui a été fait ni séparer les deux consciences ne fût-ce que pour un instant.

Tels sont les trois degrés des rapports du disciple avec son Maître ; d’abord, la période de probation pendant laquelle le disciple n’est pas encore disciple au sens véritable du mot ; deuxièmement, la période de disciple accepté ; enfin la période de « fils ». Bien entendu, ces rapports n’ont rien à voir avec les initiations^ ou étapes sur le sentier (1), lesquels appartiennent à une catégorie toute différente, et sont les rapports de disciple, non pas avec son Maître, mais avec la Grande Fraternité Blanche et avec son Chef suprême. On peut comparer ces relations respectives avec la situation d’un étudiant d’une université anglaise vis-à-vis du Directeur de son collège et de 1 Université dans son ensemble. L’Université exige que l’étudiant passe certains examens, mais peu lui importent les méthodes de préparation. C’est l’Université et non le Di-

(t) Lire : Le Sentier des Initiations, par Annie Besant. Prix : 0 ir. 30 centimes. (N. D. T.').

recteur du collège qui fait passer les examens et confère les divers diplômes ; les seules attributions du Directeur du collège sont de veiller à ce que l’élève soit bien préparé. Pendant cette préparation, le chef peut, comme homme privé, avoir avec son élève des rapports sociaux quelconques, mais cela ne regarde pas l’IIniversité.

De même, la Grande Fraternité Blanche n’a rien à voir avec les relations qui peuvent exister entre le Maître et son disciple ; c’est là une question laissée à l’initiative propre du Maître. Quand le Maître estime que son disciple est prêt à passer la première initiation, il en donne avis et le présente ; la Grande Fraternité demande alors seulement si le disciple est prêt, et non quels sont ses rapports avec le Maître. Il est vrai qu’un candidat à l’initiation doit être proposé et appuyé par deux des membres plus élevés de la Fraternité, c’est-à-dire par deux Adeptes ; et il est certain que le Maître ne propose un candidat à l’initiation que lorsqu’il s’est assuré que celui-ci en est digne, ce dont il ne peut se rendre compte que par cette communion étroite avec sa conscience, communion dont j’ai parlé plus haut.

L’étudiant qui, pour la première fois, entend parler de toutes ces choses, se demande tout naturellement : « Comment pourrais-je devenir le disciple d’un Maître? Que pourrais-je bien faire pour attirer son attention ?» Il est un fait certain ; c’est que point n’est besoin d’attirer son attention ; les Maîtres cherchent toujours ceux qui sont susceptibles de les assister dans le grand œuvre qu’ils ont entrepris, et nous n’avons pas à craindre de passer inaperçus.

A ce propos, je me rappelle un fait personnel, survenu, il y a vingt-cinq ans, alors (|ue je venais d'entrer en relation avec les Grands Êtres. J’avais eu alors l’occasion de

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faire, sur le plan physique, la connaissance d’un homme très enthousiaste et d’un caractère éminemment saint ; il croyait profondément à l’existence des Maîtres et sa vie n’avait comme principal objectif que de se préparer à les servir. Il me semblait, sous tous les rapports, tant je le trouvais supérieur à moi, digne d’etre disciple, et je m’étonnais qu’il ne fut pas encore accepté. Aussi, étant tout nouveau dans le travail et encore bien ignorant, je saisis un jour l’occasion qui me fut offerte, pour dire son nom au Maître, bien humblement, tout en m’excusant, pour lui suggérer que mon ami pourrait peut-être devenir un bon instrument. Ün doux sourire éclaira le visage du Maître qui me répondit :

«Ne craignez pas que votre ami passe inaperçu, personne ne passe inaperçu, mais il a encore une certaine partie de son karma à épuiser, et c’est ce qui m’empêche de répondre à votre désir. Votre ami doit bientôt quitter le plan physique et y revenir avant qu’il soit longtemps pour une expiation complète, après quoi il pourra être ce que vous désirez qu’il devienne. »

Puis, avec la bienveillante douceur qui le caractérise, dans une communion plus étroite, il rapprocha ma conscience de la sienne et la fit s’élever sur un plan bien supérieur à ceux auxquels j’avais pu atteindre jusqu’alors ; de là, il me montra comment les Maîtres surveillent le monde. La terre tout entière est devant eux, avec ses millions d’âmes dont un grand nombre ne sont pas encore développées et par conséquent non susceptibles d’être remarquées pour le moment ; mais partout où se trouve, au milieu de cette grande multitude, une âme approchant, même de loin, du point où elle peut être employée par les Maîtres, elle se distingue de toutes les autres comme le feu d’un phare au milieu de l’obscurité de la nuit.

l’ogccltisme dans la nature

— « Vous voyez me dit le Maître, que personne ne peut passer inaperçu, fût-il même assez éloigné du moment où il pourra être accepté comme aspirant disciple. »

De notre côté, nous ne pouvons que travailler à modifier notre caractère et nous efforcer de toutes les façons possibles, par l’étude des ouvrages théosophiques, par notre propre développement, par notre dévouement aux intérêts d’autrui, à nous efforcer de nous rendre dignes de l’honneur que nous ambitionnons, certains qu’aussitôt prêts, nous serons rapidement acceptés comme disciples. Nous ne pouvons donc faire autre chose que de nous préparer, sachant que nous serons acceptés dès que nous serons prêts, car nous savons qu’on a grand besoin d’aides. / Mais jusqu’à ce que nous puissions être employés sans inconvénient, c’est-à-dire jusqu’à ce que les forces dépensées pour nous produisent, du fait de notre activité, un résultat plus utile que si elles étaient utilisées dans un autre but, ce serait de la part du Maître manquer à son devoir que de nous lier à lui dans une communion plus étroite.

Nous pouvons être certains qu’il n’y a aucune exception à cette règle, quoi que nous puissions croire. Tout en ayant encore des défauts, il est possible de devenir aspirant-disciple du Maître, mais, dans ce cas, c’est que l’on possède des qualités cachées qui compensent largement les défauts perçant à la surface. Nous devons nous rappeler aussi que, comme le reste des hommes, les Maîtres ont dans leur passé toute une longue suite de vies pendant lesquelles ils ont noué certains liens karmiques, de sorte qu’il peut survenir qu’un individu, en particulier, ait sur eux quelques droits résultant d’un service rendu autrefois dans un passé éloigné- En remontant dans les vies passées de certaines personnes, il nous est arrivé de rencontrer des exemples de ces liens karmiques.

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Un cas bien connu est celui d’un homme qui, il y a six mille ans, alors qu’il était un noble puissant, en Egypte, usa de son influence sur les autorités d’un des plus grands temples de cette contrée pour y introduire, par faveur, un jeune homme manifestant le plus vif intérêt pour les questions occultes. Ce jeune étudiant se mit à travailler l’occultisme avec tant d’ardeur qu’il y fil rapidement de grands progrès, de sorte qu’à partir de ce moment, il continua, dans toutes ses vies successives, les études commencées dans cette contrée ancienne. Depuis, ce jeune étudiant est arrivé à l’état de disciple, et il est passé à un degré beaucoup plus élevé que celui auquel se trouve l’ami qui l’introduisit dans le temple. Dans le travail dont il a eu à s’occuper récemment, ayant besoin de quelqu un qui pût présenter au monde certaines vérités qui devaient

être divulguées, le temps étant mûr pour cela, il a cherché autour de lui un instrument susceptible d’être employé à cet effet, et ses regards s’arrêtèrent sur l’ami d’il y a six mille ans qui se trouvait être dans les conditions requises. Il s’est souvenu immédiatement de la dette qu il avait contractée envers cet ami et s’en est libéré en le choisissant pour transmettre la vérité au monde.

Ces cas sont assez nombreux. Nous savons tous qu à une période beaucoup plus reculée encore, l’un des fondateurs de la Société Théosophique sauva la vie de l’autre fondateur qui se trouvait alors être le fils aîné de celui qui est actuellement le Maître et l’Instructeur de tous deux ; il s’établit ainsi un lien karmique d’où sont résultées les relations les plus intimes entre ces trois Êtres. Notre Présidente, au cours d’une de ses vies dans un passé très éloigné, sauva la vie de son Maître actuel, en déjouant une conspiration qui avait pour but d’assassiner ce dernier ; un disciple qui vient de passer la première im-

l’occultisme daxs la nature

lialion sauva la vie du Bodhisattva, le suprême seigneur Maitreya lui-même. J \

Tous ces faits sont indubitablement des liens karmiques et constituent des dettes qui seront amplement acquittées. Il se peut donc que Tun de nous ait eu, dans une vie passée, quelque rapport avec l’un des Maîtres actuels et lui ait rendu un léger service ; dans ce cas, ce fait a été le commencement d’une association qui le conduira à l’état de disciple. Il arrive fréquemment que des êtres soient attirés les uns vers les autres par l’intérêt très vif qu’ils éprouvent pour l’occultisme ; dans la suite des vies, lorsque quelques-uns ont distancé les autres, ceux qui furent , autrefois des amis et des condisciples se trouvent tout naturellement rapprochés comme instructeurs et élèves.

Un homme peut, sans aucun doute, attirer l’attention des Maîtres de bien des façons différentes ; il peut arriver à l’entrée du sentier en suivant les traces de ceux qui ont une certaine avance sur lui soit par la force de pensées soutenues, par la dévotion ou par des efforts sérieux pour de bonnes œuvres ; mais ce ne sont que des subdivisions de la voie une, et toutes signifient que l’élève travaille à se rendre propre à l’une ou l’autre des lignes d’action pour la tâche qui lui incombera. Et, lorsque par une de ces méthodes, quelqu’un arrive à un certain niveau, il attire inévitablement sur lui l’attention des Maîtres de Sagesse et se met en quelque sorte en relation avec eux, mais, très probablement, non sur le plan physique. Les Maîtres, généralement, le mettent en rapport avec l’un ou l’autre de leurs disciples avancés, et c’est certainement le moyen le plus sûr puisqu’il est impossible à toute personne ordinaire, de s’assurer de la valeur exacte des communications astrales.

MAITRES ET ÉLÈVES

A moins d’avoir une grande expérience des faits médiumnimiques, il est très difficile à l’homme de se rendre compte que, sur le plan astral, se trouvent nombre d’entités très ordinaires qui brûlent du désir de se présenter comme de grands instructeurs. Elles sont généralement animées des meilleures intentions et s’imaginent réellement qu’elles sont chargées de donner des enseignements pour le salut du monde. Ayant quitté le plan physique, elles ont pu se rendre compte du peu de valeur des choses terrestres, et s’imaginent, avec raison, que, si elles pouvaient inculquer à 1 humanité en général, les notions qu’elles ont maintenant acquises, la face du monde en serait complètement transformée. Elles sont aussi convaincues qu’elles n’ont qu’à répandre leurs découvertes sur le plan physique pour que chacun soit immédiatement frappé de leur logique, et, dans ce but, elles choisissent quelque femme facilement impressionnable, en lui disant qu’elles l’ont choisie entre toutes pour être le héraut de révélations merveilleuses.

Il est toujours flatteur pour une personne ordinaire de s’entendre dire qu’elle est le seul médium au monde susceptible de pouvoir être utilisé par quelque entité puissante,, comme dispensateur d’un enseignement exclusif et transcendant; même si l’entité qui se révèle ne prétend pas à tant de grandeur (ce qui n’est généralement pas le cas), cette conduite passe pour de la modestie, et on la dépeint tout au moins comme archange, lorsqu’on ne va pas jusqu à la considérer comme une manifestation plus directe encore de la Divinité. 11 y a une chose que l’entité oublie, c’est que, lorsqu’elle vivait sur le plan physique, des communica- ' lions indentiques lui ont été faites par différents médiums,, mais que, absorbée alors par les affaires du monde, elle n’y a attaché aucune attention, n’en a pas été touchée, et

l’occultisme dans la nature

qu’il en est de même pour le monde d’aujourd’hui qui poursuit sa route et ne s’occupe que de ses affaires, indifférent à tout ce que l’entité peut lui dire.

Le plus souvent, ces désincarnés s’attribuent, dans un but assez excusable, des noms célèbres, car, connaissant la nature humaine, ils savent que si un John Smith ou un Thomas Brown quelconque revient d’outre-tombe pour présenter telle ou telle doctrine, celle-ci aura bien peu de chance d’être adoptée, quelque bonne et vraie qu’elle puisse être ; au contraire, cette même théorie exprimée par un George Washington, un Jules César ou l’Archange saint Michel sera au moins prise en considération et très probablement acceptée aveuglément.

Tout homme conscient sur le plan astral possède une certaine clairvoyance qui lui permet de lire les pensées et les sentiments de ceux auxquels il s’adresse, aussi n’est-il pas étonnant que les entités de ce plan, lorsqu’elles se mettent en contact avec des théosophes, voyant dans leur esprit la profonde vénération qu’ils ressentent pour les Maîtres de Sagesse, s’ingénient à se faire passer pour ces Maîtres afin de rendre plus acceptables les idées qu’elles désirent répandre. Il ne faut pas oublier non plus que, parmi ces entités du plan astral, il y en a un certain nombre qui n’ont pas précisément une grande affection pour nos Maîtres et qui, en conséquence, cherchent, par tous les moyens possibles, à leur être nuisibles. Elles ne peuvent évidemment atteindre directement les Maîtres ; c’est pourquoi elles essaient d’atteindre leurs disciples bien-aimés. Un des moyens qu’elles emploient facilement pour faire surgir des difficultés, est de prendre la forme du Maître que leur victime révère par-dessus tout; la ressemblance est souvent parfaite, au pointde vue extérieur, bien qu’elles n’aient jamais pu, à mon avis, reproduire

MAITRES ET ÉLÈVES

l’expression exacte des yeux. Celui qui a développé la vision des plans supérieurs ne peut s’y tromper, car aucune de ces entités ne peut reproduire le corps causal d’un Maître.

Nous ferons donc bien de nous rapporter au sage précepte de La voix du Silence ; » Ne cherche pas ton Gourou dans les régions mayaviques » (dans le domaine de l’illusion). N’accepte aucun renseignement d’un soi-disant instructeur du plan astral, mais reçois toute communication ou conseil provenant de cette source comme tu recevrais ceux que te fait un étranger sur le plan physique. Prends-les pour ce qu’ils valent, et accepte ou rejette-les selon ce que te dictera ta conscience, sans tenir compte de la source dont ils sont censés provenir. Recherche plutôt un enseignement qui satisfasse ton intelligence, et applique toujours le critérium de l’intellect et de la conscience.

11 ne faut jamais oublier que nos lignes de développement ne sont pas les seules. Les deux Maîtres qui sont le plus étroitement associés à l’œuvre de la Société Théosoreprésentent deux rayons, ou méthodes d’enseignement ; mais il y en a d’autres. Toutes les écoles d’enseignement supérieur indiquent un entraînement préliminaire pour purifier le caractère; les enseignements spéciaux donnés et les pratiques recommandées diffèrent selon le caractère de l’instructeur. Cependant, tous les Instructeurs appartenant à la Grande Loge Blanche insistent sur ce fait que l’on ne peut atteindre les degrés les plus élevés qu’en suivant la Voie de Sainteté, et l’apaisement du désir qu’en cberchant à vaincre celui-ci et non en y cédant.

Le disciple est employé par son Maître de différentes manières. Quelques-uns sont attachés aux lignes de tra-

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vail indiquées dans Les aides invisibles (1) ; d’autres sont employés spécialement à aider les Maîtres dans un travail spécial qu’ils ont entrepris ; d’autres encore à donner astralement des conférences à des auditoires composés d’âmes moins développées, ou bien à assister et à enseigner ceux qui sont temporairement libérés du corps physique pendant le sommeil ou qui, après la mort, habitent d’une façon permanente le monde astral. Lorsque le disciple s’endort, le soir, ij va généralement rendre ses comptes à son Maître, et c’est alors que lui est indiqué le genre de travail auquel il doit se livrer. S’il arrive qu’il n’y ait rien de spécial à faire, il reprend son travail nocturne habituel quel qu’il soit. Chacun des aides invisibles a un certain nombre d’affaires ou de patients placés sous sa surveillance et qu’il visite régulièrement, exactement comme le fait un médecin sur le plan physique ; lorsqu’il n’a pas de travail spécial, il fait sa tournée habituelle, visite ses patients, en cherchant à leur faire le plus de bien possible. Il a donc toujours amplement de quoi remplir son temps quand sa présence n’est pas réclamée par une occupation spéciale, comme en cas de catastrophe où un grand nombre d’âmes sont simultanément précipitées sur le plan astral dans un état de terreur. Ce travail dans l’astral est enseigné au nouveau disciple par un des plus anciens disciples du Maître.

S il est indispensable que le disciple suive une méthode spéciale de développement psychique sur le plan physique, le Maître la lui indique soit directement, soit par l’intermédiaire de l’un de ses disciples acceptés. Ce qui est alors prescrit diffère selon le caractère et les aptitudes du

(1) Les Aides Invisibles par G. W. Leadbeater. En vente à la Librairie de l’Art Indépendant, 10 rue Saint-Lazare, Paris I.X».

MAITRES ET ELEVES

disciple, aussi est-il plus prudent, avant de tenter quelque pratique, d’attendre que des instructions nous soient données. Et meme alors, ii vaut mieux les garder pour soi et ne pas les communiquer à d’autres, car il est plus que probable qu’elles ne leur conviendraient pas. Ici, dans l’Inde, les instructeurs d'un ordre inférieur, ont chacun leurs méthodes propres ([ui dépendent d’une part de l’école de philosophie à laquelle ils appartiennent, et, d’autre part, du point de vue selon lequel ils considèrent les mêmes faits. Mais quelles ([ue soient leurs méthodes, ils les tiennent généralement secrètes afin d éviter la responsabilité qui leur incomberait si elles étaient mal employées.

Le mal qui peut être fait par la publication d’un de ces systèmes semi-physiques a été clairement reconnu en Amérique où un livre, écrit par un Hindou, s’est largement répandu. Cet instructeur mentionnait certaines pratiques avec circonspection ; il avait même fait précéder son ouvrage d’une préface où il avertissait expressément ses lecteurs qu’une éducation préalable du caractère est indispensable ; son livre a néanmoins fait beaucoup de mal, d’aucuns ayant imprudemment essayé les pratiques qu’il y expose sans tenir compte des avertissements donnés. Dans un voyage que je fis il y a quelques années dans ce pays, j’ai rencontré nombrede personnes qui ont fort compromis leur santé pour avoir tenté de suivre ses indications. Les unes étaient devenues folles, d autres étaient atteintes de crises nerveuses, d’autres encore étaient obsédées par certaines entites malfaisantes. Pour que des pratiques semblables puissent être tentées en toute sécurité, il est absolument indispensable qu’elles soient entreprises (comme cela se fait toujours dans les Indes) en présence de l’Instructeur qui surveille les résultats et in-

l'occultisme dams la nature

tervienl immédiatement s’il voit que les choses tournent mal. Ét même, dans ce pays, il est d’usage que le disciple reste à proximité physique de son instructeur, car, ici, on comprend ce que j’ai dit il y a quelque temps, à savoir : que le premier et le principal travail du Maître est de mettre Vaura de son élève à l’unisson de la sienne ; d’annihiler les effets produits par les conditions habituelles d’agitation qui prédominent dans le monde, et lui montrer comment il doit abandonner tout cela pour vivre dans une atmosphère de calme absolu. Un de nos Maîtres m’écrivait dans une de ses premières lettres : « Quittez votre monde pour venir dans le nôtre », et ceci n’implique pas naturellement un lieu, mais un état d’esprit.

Rappelez-vous que quiconque médite sur le Maître forme avec lui un lien défini qui peut être perçu par un clairvoyant comme une sorte de ligne lumineuse. Le Maître ressent toujours dans son subconscient le contact de cette ligne et envoie, par son intermédiaire, un fort courant de magnétisme qui continue à se faire sentir très longtemps encore après la méditation. La pratique régulière de la méditation et de la concentration est, pour l’aspirant, une source d’aide incroyable, et sa régularité est l’un des facteurs les plus importants. Cette pratique devrait être faite journellement à la même heure, et continuée avec persévérance, même si aucun effet sensible ne se produit. Dans ce dernier cas, il faut bien se garder de se décourager, car le découragement est un obstacle qui empêche l’inlluence du Maître d’agir sur nous ; cela prouve aussi que nous pensons plus à nous-mêmes qu’au Maître.

LE SENTIER DU PROGRÈS

Lorsque nous posons comme principe que toute évolution émane du Divin et que nous ne sommes nousmêmes que des parcelles de la flamme divine à laquelle nous devons être un jour réunis, nous posons souvent les questions suivantes qui, après tout, sont assez naturelles :

a Pourquoi l’Etre divin nous a-t-il voués à l’évolution puisque nous sommes des parties de lui-même et que nous sommes divins dès le commencement ? Pourquoi le Logos s’est-il manifesté dans la matière puisqu’il est, dès le commencement, perfection, gloire, sagesse? Pourquoi en second lieu si nous émanons de l’Esprit Divin, avons-nous été plongés dans la perversité, et comment l’homme provenant d’une source aussi pure a-t-il pu tomber dans cet avilissement que nous constatons chaque jour autour de nous ? «

Puisque ces questions se présentent si souvent il convient d’examiner comment il est possible d’y répondre.

Pourquoi le Logos s’est manifesté est une question qui n’est guère de notre ressort. Il suffît de se dire qu’il l’a voulu, que nous faisons partie de son plan, et qu’il est par conséquent, de notre devoir d’essayer, dans la mesure du possible, de comprendre ce plan et de nous y

l’oggui,tis.me i)a:vs i,\ nature

adapter. Mais f{uiconque désire s’éclairer sur ce mystère ne trouvera peut-être rien de plus satisfaisant que ce qu’ont dit les Docteurs Gnostiques :

« Dieu est Amour, mais l’Amour ne peut être parfait que s il s adresse à d autres qui, à leur tour, peuvent lui retourner cet amour. Dans ce but, il a projeté une partie de Lui-même dans la matière et II a limité Sa gloire, afin que ,par le processus long et naturel de l’évolution, nous soyons appelés à l’existence ; et nous, à notre tour, selon Sa volonté, devons évoluer jusqu’à ce que nous ayons atteint Son niveau : le véritable Amour de Dieu deviendra alors plus parfait du fait qu’il se répandra sur ceux qui, étant Ses propres enfants, comprendront cet Amour et le lui rendront; et ainsi Son plan se trouvera réalisé. Sa volonté sera accomplie. »

Quant à se demander pourquoi l’émanation a été produite par ce moyen particulier, cela encore n’est pas de notre ressort, car nous n avons à considérer que les faits de l’évolution et non les raisons qui l’ont déterminée ; I néanmoins, il n’est pas bien difficile, semble-t-il, d’indiquer comment il est possible de répondre. Il est parfaitement vrai que l’homme est une émanation de la substance Divine, mais il faut se rappeler qu’au moment de son émanation, la substance n’est pas différenciée, qu’elle est inconsciente, du moins à notre point de vue ; c’est-àdire qu’elle est potentiellement consciente, plutôt que consciente dans le sens que nous donnons d’ordinaire àce mot.

Dans sa descente dans la matière, cette substance s’enrobe simplement de la matière des différents plans qu’elle traverse, et ce n’est qu’au moment où elle a atteint le point le plus bas de son évolution, dans le règne minéral, et qu’elle commence son ascension vers le niveau d’où elle

LE SENTIER DU PROGRES

est partie, qu’elle se prépare à développer ce que nous appelons la conscience. C’est pour cette raison que l’homme a commencé d’abord par développer sa conscience sur le plan physique, et ce n’est qu’ensuite qu’il peut devenir conscient sur les plans astral et mental.

11 est évident que Dieu aurait pu, par un acte de Sa volonté, créer l’homme parfait, obéissant serviteur de la la loi, mais il est non moins évident que, dans ce cas, l’homme n’eût été qu’un automate, et que la volonté agissant en lui eût été la volonté de Dieu et non la sienne propre. Le Logos a voulu, de Sa propre substance, appeler à l’existence des êtres qui seraient semblables à Lui en puissance et en gloire, absolument libres de choisir ce qui est juste et non ce qui est mal, car, en plus du pouvoir parfait, ils auraient la connaissance et l’amour parfaits.

Pour obtenir ce résultat, il serait difficile d’imaginer un autre plan que celui qui a été adopté ; à savoir celui de laisser l’homme libre et par conséquent sujet à l’erreur. Mais, par ces erreurs mêmes, il acquiert l’expérience; et bien que dans un tel plan le mal soit inévitable comme aussi, par conséquent, le chagrin et la souffrance, il ne s’ensuit pas moins que si ces facteurs necessaires à 1 évolution de l’homme sont bien compris, nous constaterons que le mal, ainsi que le dit le proverbe chinois,n’est que l’ombre épaisse du bien. Et il est absolument vrai que, si sombres que nous paraissent les nuages, ceux-ci n étant que passagers de par leur nature même, le radieux soleil, qui brille toujours derrière eux ne tardera pas à les dissiper ; ainsi est justifié le vieux dicton d’après lequel toutes choses, môme celles qui nous y paraissent le moins propres, travaillent ensemble pour le bien.

Ceci tout au moins est reconnu comme une vérité ab-

L’oCCrLTISME DANS LA NATURE

solue par ceux qui ont fait quelque réel progrès et ont pu I expérimenter par eux-memes ; s’ils ne peuvent en montrer l’évidence à d’autres, ils peuvent tout au moins en parler avec certitude ; leur témoignage n’est pas sans valeur pour les âmes qui s’efforcent encore d’arriver à la lumière.

Quant à la seconde question, nous trouvons qu’elle contient trop d’affirmations. Il n’est pas juste de dire que nous sommes envoyés ici-bas dans la perversité et l’avilissement. En réalité nous n’avons pas été envoyés du tout, et les choses se sont passées tout autrement. Le Logos emet le courant de force que nous pouvons décrire comme étant une partie de Lui-même ou de Son enveloppe. Ce courant contient, en potentialité, une infinité de monades, dont chacune, lorsqu’elle se sera complètement développée, pourra elle-même devenir un Logos. Mais, pour arriver à un tel développement, il est nécessaire que cette monade se manifeste à travers les états de matière variés, que son individualité s’édifie lentement et graduellement, et ensuite que certaines qualités, à l’état latent, soient manifestées. C’est là le processus de révolution, et toutes les grandes lois de l’univers sont combinées pour le faciliter. Dans les premiers stades, la manifestation de la monade est entièrement soumise à ces lois, la monade n ayant encore aucune sorte d’individualité ni une âme qui lui appartienne en propre.

Arrive le stade auquel l’individualisation à naître est atteinte, et la volonté commence à se développer. Le plan du Logos est de laisser à l’homme une certaine somme de liberté (une bien faible tout d’abord) pour exercer sa volonté naissante ; et, selon les statistiques, cette individualité primitive exerce naturellement sa volonté aussi souvent pour le mal que pour le bien, bien qu’il y ait près-

le sentier du progrès

que toujours pour la diriger, des Instructeurs appartenant à des évolutions précédentes. Quand elle emploie sa volonté pour le mal (c’est-à-dire dans une direction opposée à celle de l’évolution) le fonctionnement mécanique des lois de la nature amène la souffrance, résultat de la mauvaise action. Comme ce résultat se reproduit mainte et mainte fois, l’Ego primitif apprend finalement, par exp rience, qu’il doit se conformer aux sages instructions qui lui sont données ; dès qu’il a pris cette détermination, que celle-ci est pour ainsi dire devenue partie de uimême, une plus grande liberté d’action lui échoit en par-

Là encore, il agit tantôt mal tantôt bien, et le même processus se renouvelle encore et encore amenant toujours la souffrance dès qu’il y a erreur. Là ou il y a « perversité et avilissement », c’est toujours le résultat des actions des hommes qui ont employé leur libre arbitre a faire le mal, mais qui sont sur le chemin d’apprendre a bien l’employer. Dès que cette leçon aura été universellement apprise, tous ces mauvais résultats disparaîtront. Il est donc évident que tout le mal qui existe dans le monde provient de la conduite même de ses habitants et qu il est temporaire par nature. Si terrible et si profondément enraciné qu’il nous paraisse, le mal doit, de par la force des choses, disparaître un jour, quand ses causes elles-memes n’existeront plus. Tant que le mal existe, nous devons nous blâmer, sans nous en prendre a la grande Cause Première, mais à nous-mêmes, qui allons toujours a encontre du plan qu’elle a établi.

Nous exhortons souvent les gens à suivre la bonne vote plutôt que la mauvaise, mais la vérité est, je crois, que l’homme suit toujours la bonne voie s’il la connaît avec certitude. La difficulté est que, dans bien des cas, les en-

seignements supérieurs semblent vagues et irréels à beaucoup de gens ; bien qu’ils prétendent y croire, et pensent réellement y croire, ils trouvent ces enseignements trop vagues pour les appliquer lorsqu’arrive le moment d’agir.

Que de gens, par exemple, se croyant religieux, recherchent encore les honneurs et la richesse. Cette attitude serait tout à fait raisonnable s’ils étaient matérialistes et s ils ne prétendaient pas croire à quelque chose de supérieur, mais il est vfaiment illogique et déraisonnable de voir un homme religieux, se consacrer à la recherche des biens de ce monde. Le fait est qu’il n'a pas une croyance bien sincère dans sa religion, et qu’il n’est guère convaincu des vérités qu’elle enseigne, autrement il aurait une conduite tout autre. Il poursuit les objets dont l’existence est une certitude pour lui, et il est sûr, sans la moindre restriction mentale, que la richesse et le pouvoir sont désirables. II sait que ces choses lui sont nécessaires et croit savoir que, s’il les obtient, elles lui donneront le bonheur. Aussi consacre-t-il toutes ses énergies et tout son temps à les acquérir, et nous devons nous rappeler que, ce faisant, il développe tout au moins sa volonté et sa persévérance.

Or, si vous pouvez arriver à lui faire comprendre la valeur des choses supérieures aussi bien qu’il comprend maintenant celle de l’argent, il dirigera immédiatement sa volonté et sa persévérance vers un but supérieur ; il se mettra à la recherche des choses supérieures avec l’ardeur qu il consacre maintenant a poursuivre des chimères. Et c’est là ce que l’étude de la Théosophie pourra lui apprendre. Celui qui comprend la Théosophie à fond sait qu’il est ici-bas dans un but déterminé et qu’il doit s’efforcer de toutes ses forces d’atteindre ce but. 11 comprend

LE SENTIER DU PROGRÈS

qu’il y a des choses et des buts dignes d’être poursuivis, et il s’y consacrera avec cette môme ardeur qu’il employait autrefois à acquérir les honneurs et la richesse.

Mais, pour cela, il ne suffît pas de prendre un vague intérêt à la Théosophie, ni de se contenter de lire quelques livres ; il faut croire réellement à sa doctrine et être convaincu de la vérité de ses enseignements. Le seul moyen d’acquérir cette conviction profonde est d’en avoir vérifié une partie, quelque faible qu’elle soit, par soi-meme. Sans aller si loin, un homme peut être convaincu des vérités de la Théosopliie et se rendre compte qu en dehors d’elle rien n’est logiquement possible ; mais combien peu d’entre nous ont le courage d’agir selon des convictions intellectuelles lorsqu’il s’agit de choses si complètement en dehors de notre expérience ; pour la plupart d’entre nous, il est nécessaire qu’une petite partie de la doctrine, un échantillon pour ainsi dire, nous soit nettement connue et que nous l’ayons vérifiée.

Nous qui avons été les premiers étudiants de la ïhéosophie, nous avons éprouvé les mêmes sentiments que les étudiants d'aujourd’hui, et quand, il y a trente-cinq ou trente-sept ans, nous demandions à M”* Blavatsky s’il nous serait possible de vérifier ces choses par nous-mêmes, elle nous répondait de suite affirmativement. Elle nous disait que si nous voulions prendre la peine de développer les facultés requises, nous arriverions sans aucun doute à contrôler par nous-mêmes la vérité d’une grande partie de l’enseignement. Elle nous avertissait que la route serait longue et laborieuse et que personne ne pouvait dire d’avance le temps qu’il faudrait à chacun pour la parcourir. Mais, d’un autre côté, elle nous consolait en disant cjue le but serait sûrement atteint, sinon dans cette

l’occultisme dans la nature

vie, du moins dans une vie future, par tous ceux qui se mettaient en route.

Si ces paroles nous encourageaient, elles ne laissaient pourtant pas que de nous effrayer ; néanmoins un certain nombre d’entre nous la crurent sur parole et se mirent à l’œuvre de tout leur cœur et de toute leur àme, s’efforçant de vivre la vie prescrite et d’accomplir la tâche qui se présentait à nous. Les succès obtenus furent très variés, mais je crois pouvoir dire que, parmi ceux qui entreprirent cet effort sans aucune défaillance, il n’y en a pas eu un seul qui n’ait obtenu un certain résultat, résultat suffisant, en tout cas, pour lui démontrer la vérité de ce qui lui avait été dit, et lui prouver que si les progrès obtenus n’avaient pas été ceux qu’il espérait, la faute en était visiblement à lui et non à ses instructeurs.

Quelques-uns d’entre nous cependant réussirent à vérifier par eux-mêmes un grand nombre des enseignements donnés par les Maîtres ; les expériences ne se portèrent d’abord que sur des choses de moindre importance : faits relatifs à nous-mêmes, à nos véhicules, à nos possibilités, et aussi à la vie astrale immédiate qui nous entoure. Puis, plus tard, à la suite d’efforts énergiques et persévérants, nous développâmes les facultés du corps mental, et com^ mençâmes à comprendre, pour la première fois, tout ce qui avait été écrit pour nous sur la vie céleste, ce que nous n avions pas saisi tout d’abord, les facultés que nous avions alors à notre disposition ne nous permettant pas de comprendre. Par des efforts plus grands encore, nous développâmes les facultés du corps causal, et le monde des vérités supérieures s’ouvrit alors devant nous.

Nous fûmes alors en état de lire dans les registres du

le sentier du progrès

passé et de voir comment le vaste plan du Logos se développe lentement et se continue, s’achève, se poursuit grâce aux renaissances successives selon les grandes lois d’évolution et de causalité. Nous pûmes voir clairement que nous faisons incontestablement partie de ce vaste plan et que, par conséquent, c’est notre devoir, et même notre intérêt, de nous y associer et de coopérer intelligemment à son exécution, fl n’y eut plus pour nous aucun doute sur le fait de la gi-ande évolution et sur l’avenir de l’humanité, puisqu’il était clair pour nous que nous nous étions élevés des règnes inférieurs et puisque nous pouvions voir, à la fois, nombre de stades au-dessous et audessus de nous. Tous les différents stades de la vie humaine se montraient à nous comme les degrés d une échelle ; nous pûmes voir ces échelons s’étendant en haut et en bas, à partir du point que nous occupions nousmêmes, et sur tous ces échelons il y avait des êtres en train de gravir l’échelle.

Les Maîtres, qui nous paraissaient se tenir au sommet de cette échelle, nous assurèrent qu’ils étaient des hommes comme nous et qu’eux aussi avaient dû franchir le degré que nous occupions actuellement ; entre eux et nous il n’y avait pas de solution de continuité, chaque échelon de l’échelle étant occupé, et nous pûmes nousmêmes constater les progrès, d’un échelon à l’autre, de ceux qui se trouvaient au-dessus de nous. Quand, par l’accoutumance, la lumière resplendissante des plans supérieurs nous aveugla moins, nous vîmes que bien audessus même du niveau si élevé occupé par les Maîtres d’autres hauteurs plus immenses s’élevaient encore. La se tiennent les Manotis, les Christ, les Bouddha, les Lipikas, les grands Devas, les Dhyân-Chohans, et bien d’autres dont nous ne pouvons rien connaître si ce n’est qu ils

existent et qu’ils font partie, même à la hauteur ineflable ou ils se trouvent, de la même immense chaîne.

Le passé entier s’étend devant nous ; nous connaissons les haltes de la route, les chemins de traverse qui s y embranchent; et ainsi se trouve justifiée la confiance que nous avons d’arriver un jour, là où ces Grands Êtres se tiennent aujourd’hui. En voyant et en comprenant que cette destinée est inévitablement la nôtre, nous comprenons qu’essayer d’y résister serait complètement inutile Le progrès est notre loi. Dans le progrès seul réside notre bonheur et notre sécurité. En ce qui concerne le progrès qui s étend devant nous dans cette chaîne particulière de inondes, la grande majorité d’entre nous est loin encore d’être ce que nous appelons en termes techniques « en surete » ou « sauvés ». Nous n’arriverons à celte position enviable que lorsque nous serons devenus membres de la Grande Fraternité qui perdure d’une éternité à l’autre, en passant la première des grandes initiations, celle du Sotiipatti ou Strotapânna, de l’homme qui entre dans le courant.

Avoir franchi ce degré, c’est avoir obtenu le résultat le plus important et passé le point le plus critique de l’évolution humaine tout entière. Car, au cours de cette évolution, trois points principaux émergent au-dessus des autres. Le premier est l’entrée dans l’humanité : l’individuation, l’obtention d’un corps causal, le fait de devenir un Ego défini, et en apparence séparé. Acquérir cette individualité, tel a été le but de l'évolution animale, et son développement sert à un dessein bien défini. Le but est de construire un centre d’individualité vigoureux à travers lequel le Logos puisse, éventuellement, déverser Ses forces. Quand ce centre vient à être formé, il n’est d’abord qu’un Ego enfant, encore faible et mal assuré ; pour qu’il

LE SENTIER DU DROGUES

devienne fort et bien déterminé, il doit commencer par l’égoïsme farouche du sauvage. Un mur épais d égoïsme doit être maintenu pendant bien des vies autour de 1 Ego pour que, à l’intérieur, le centre puisse croître et devenir

de plus en plus défini.

On peut comparer cet égoïsme à une espèce d échafaudage absolument nécessaire pour la construction, mais qu’il faut enlever dès que cette construction est achevée si l’on veut qu’elle puisse servir <à l’usage projeté. L’échafaudage n’est pas beau et s’il était conservé une fois l’édifice terminé, celui-ci serait inhabitable ; cependant, sans son aide, la construction n’aurait pu être menée à bien. La création de ce centre a pour but de former un canal par lequel les forces du Logos rayonnent sur le monde, et ce rayonnement ne pourrait se faire si l’égoïsme persistait ; néanmoins, sans cet égoïsme, ce centre puissant aurait été impossible à établir. Nous voyons donc que ce défaut, le plus déplaisant qui soit, a cependant son utilité dans l’évolution. Aujourd’hui, pour nous, son œuvre est achevée et nous devrions en être débarrassés. Mais il est inutile de nous montrer sévères pour l’homme ordinaire qui, lui, manifeste encore ce mauvais sentiment, puisqu il démontre simplement que ce qui était chez le sauvage une vertu nécessaire persiste encore chez l’homme civilisé. Le fait est que l’égoïste est un anachronisme, une survivance de la sauvagerie préhistorique. U devrait avoir complètement disparu.

Comment donc cet homme pourra-t-il arriver à ne plus être égoïste et à se mettre au niveau du courant montant de révolution ? Les méthodes adoptées par la nature pour arriver à cette fin sont nombreuses et variées bien que fondamentalement une. Car ce qui importe, pour riiomme, c’est d’atteindre l’Unité. 11 y arrive souvent en élargissant

graduellement le champ de ses intérêts. Au lieu de penser a lui-même comme étant une unité, il commence à considérer comme telle la famille pour laquelle il travaille, et en se limitant à celle-ci, il devient peu à peu désintéressé.’ us tard, il étend ses sentiments jusqu’à comprendre ans cette unité la tribu ou clan auxquels il appartient, et, dans les limites de ce clan, il apprend le désintéressement, tout en restant égoïste pour tout ce qui est en dehors, jusqu’à piller et voler les tribus voisines qu’ü regarde comme des ennemis naturels. Plus tard encore, il etend ses conceptions de l’unité, jusqu’à y englober, ’du

moins a certains égards, la nation à laquelle il appartient.

C est à peu près à ce stade de transition qu’est arrivée U actuellement la majeure partie de l’humanité. Dans presque ^ y toutes les questions de moindre importance, l’homme lutte encore pour les intérêts de sa famille contre ceux des autres familles ; mais dans les questions d’ordre plus général, il reconnaît que ses intérêts sont liés avec ceux des autres, et c’est dans ces questions qu’il développe le patriotisme et le sentiment de nationalité. Pourtant même dans ces questions, il manifeste encore des sentiments egoistes à l’égard de foutes les autres familles qui parlent une autre langue que la sienne et qui sont nées sous un climat différent. A un moment donné, dans l’avenir 1 homme ordinaire étendra sa conception de l’Unité à 1 humanité tout entière, et, alors, nous pourrons dire que par un lent processus, il est enfin devenu désintéressé.

Tout en apprenant à élargir sa manière d’envisager ses relations avec autrui, il apprend aussi un fait qui le concerne lui-même. Tout d’abord il se convainc qu’il n’est pas son corps physique ; plus tard, qu’il n’est pas ses sentiments, et plus tard encore qu’il n’est pas même son

LE SENTIER DU PROGRES

intellect. Ceci l’amène éventuellement à se rendre compte qu’il est l’Ego ou l’àme, et, à une période plus éloignée encore, que même cet Ego n’est séparé qu’apparemment et, qu’en réalité, il n’y a qu’une seule unité transcen-

dante. - -ui j

C’est ainsi que l’homme parcourt la ronde pénible des

sept cent soixante-dix-sept incarnations, période de progrès lents et pénibles et d’incertitude torturante ; mais finalement, après toutes ces luttes, l’incertitude cesse du jour où l’on s’abandonne au courant qui « sauve» l’homme à jamais ; et c’est là le second et le plus important point de son évolution. Toutefois, avant de franchir ce degré, l’homme doit avoir appris à coopérer consciemment avec la nature, il doit avoir délibérément pris en main sa propre évolution. La connaissance de l’Unité qui le rend désintéressé lui inspire aussi le désir d’être utile en l’incitant à étudier et à se perfectionner lui-même, lui donne une raison pour agir et un critérium à l’aide duquel il peut juger les sentiments et les pensées qu’il génère ainsi que la valeur de tout ce qui se présente à lui.

Comment doit-il alors commencer à se perfectionner ? Il doit évidemment arracher d’abord les mauvaises herbes, c’est-à-dire éliminer tous ses défauts un par un, puis s’efforcer d’acquérir les vertus et les développer. 11 doit se mettre résolument à aider ses semblables, si inhabile qu’il se sente tout d’abord à cette tâche inaccoutumée. La construction du caractère est très lente et difficile, car nombreuses sont les forces qui se dressent contre lui, forces qu’il a lui-même générées dans le passé. Pendant bien des années, il a cédé aux penchants funestes de ses passions, et, de ce fait, celles-ci ont acquis une grande influence.

Prenez le cas de la colère par exemple. L’homme a.

l/OCCULTlSME DAXS LA XATL’RE

dans le passé, pris l’habitude de céder à des mouvements de colère, et, chaque fois qu’il y retombe, il rend plus difficile l’effort qu’il fait pour se maîtriser : une habitude s est ainsi enracinée, et une grande somme d’énergie a ete accumulée dans ce sens. Celle-ci est emmagasinée, non pas dans l’Ego comme qualité inhérente, mais dans 1 atome astral permanent, et quand l’homme comprend enfin combien la colère est mauvaise, qu’il se met à la combattre, il lui faut lutter contre cette accumulation de forces qu’il a lui-même générées pendant de nombreuses vies passées. Aussi trouve-t-il la tâche difficile et rencontre-t-il sur son chemin, bien des insuccès et des découragements ; mais le fait qu’il importe pour lui de bien comprendre, cest que, quelque nombreuses que soient ses chutes, la victoire est néanmoins une certitude scientifique absolue, s’il veut se donner la peine de persévérer.

Si grande que soit la somme de forces qu’il a accumulées, cette somme est limitée, et chaque effort que l’homme fait pour la surmonter la réduit en proportion de l’effort donné. Mais, il y a de son côté, une force qui, elle, est illimitée ; si sa volonté est assez énergique, il continuera, à travers bien des vies si cela est nécessaire, en renouvelant toujours les forces du bien avec lesquelles il combat le mal ; et, dans cet effort, il est aidé par les forces infinies du Logos lui-même, cette évolution étant en accord avec Sa volonté. Jusqu’à ce que l’homme ait saisi le principe d’Unité, il n’a pas de mobile suffisant qui le pousse à entreprendre la tâche pénible et désagréable d’édifier son caractère ; mais lorsqu’il en a compris la nécessité, la raison qui l’incite à en faire l’essai est tout aussi forte, même s’il a échoué un millier de fois comme il l’a fait au commencement. Si nombreux que

LE SEXTIER DU PROGRES

soient ses échecs, l’homme ne doit pas se décourager puisque s’il a compris les desseins du Logos, il sait que si la lutte est ardue il a pour lui des forces illimitées qu le soutiendront et lui assureront enfin la victoire.

Afin d’être sûr de se rappeler d’une vie à l’autre le but qu’il se propose, l’homme doit chercher à élever sa conscience au niveau de l’Ego. Pendant les périodes où il n est pas encore assez développé, il enregistrera néanmoins ce souvenir dans les atomes permanents, qui le transmettront d’une vie à l’autre. Si l’homme peut élever sa conscience au niveau de l’Ego il renaîtra ayant en lui cette connaissance ; s il ne peut faire impression que sur les atomes permanents, la connaissance ne renaîtra pas avec lui comme partie intégrante de son fonds, mais, du moment où cette connaissance se présentera à lui sous une forme quelconque dans sa prochaine incarnation, il en reconnaîtra immédiatement la vérité, la saisira, et agira en conséquence. Cette pratique constante de la vertu, cet accroissement continu de connaissance conduira certainement l’homme au portail du sentier de probation, et, de là, à la Grande Initiation dont nous avons parlé.

Après cette Initiation, le troisième point doit nécessairement suivre : il consiste à atteindre la rive éloignée de ce courant, par l’acquisition de l’Adeptat, et, à ce moment, l’homme quitte l’évolution humaine proprement dite pour entrer dans l’évolution supra-humaine. On nous dit que le jour où l’homme est entré dans ce courant il lui faut une moyenne de sept incarnations pour atteindre le quatrième stade, celui de XArhat, le noble, le vénérable, le parfait. Cette période de sept incarnations est plus souvent prolongée qu’abrégée et les vies se succèdent généralement sans qu’il y ait de période intermédiaire dans le

monde céleste. En général, ce sont seulement les hommes arrivés à ce stade qui peuvent se dispenser de la vie céleste et y renoncer.

D'autre part, ceux qui ont la chance d’être choisis pour participer à la noble tâche que les Maîtres préparent pour nous, celle de travailler sous la direction du Manou chargé de la fondation de la sixième Race-Racine, ceux-là, dis-je, devront passer par plusieurs incarnations successives sans périodes intermédiaires de repos dans le monde céleste. Cela est néanmoins subordonné à la règle qui veut que tout homme expérimente l'état de conscience dans le monde céleste avant de pouvoir renoncer à ce monde ; en outre, ce n’est pas là simplement une question de renoncement volontaire à une récompense, mais encore faut-il être suffisamment avancé pour pouvoir momentanément se passer de cette partie de révolution qui, pour la majorité, se fait généralement pendant la vie céleste.

Quand l’homme arrive au stade de YArhat, on peut dire qu’il a parcouru la moitié du chemin qui, de la première initiation, conduit à l’état d’adepte, car il a brisé cinq entraves sur les dix qui empêchent l’homme d’arriver au nirvana. Il lui reste encore à briser les cinq autres, et, pour cela aussi, on lui accorde une moyenne de sept incarnations ; mais il faut bien comprendre que cette moyenne n’est pas une règle, la plupart des hommes y mettant plus de temps, tandis que d’autres, grâce à une ferme détermination, une persévérance inlassable, passent ces initiations dans un temps relativement beaucoup plus court. Il est un cas où un homme, ayant commencé de très bonne heure dans sa vie et fait de grands efforts, a pu passer quatre des grandes Initiations dans une seule incarnation^ mais c’est là un fait excessivement rare ; pas un candidat sur dix mille n’en serait capable.

LE SENTIER Dü PROGRÈS

Il faut se rappeler que le niveau de YArhat implique le plein pouvoir d’employer le véhicule bouddhique et que, lorsque l’homme est conscient dans ce corps, le corps causal disparaît, et rien ne peut l’obliger à le reconstruire. Il est donc bien clair que les sept vies qui lui restent à parcourir avant d’atteindre le niveau de l’Adeptat ne nécessitent pas une descente sur le plan physique et, par conséquent, peuvent ne pas être ce que nous entendons ordinairement par incarnations. Néanmoins, dans la grande majorité des cas, ces vies ont lieu sur le plan physique à cause du travail que doit accomplir sur ce plan la Grande Fraternité.

Le candidat passe ces quatorze vies à parcourir les différents stades de la voie de Sainteté et à acquérir les qualités requises qui sont indiquées en détail dans le dernier chapitre des Aides invisibles. Celui qui devient le disciple de l’un de nos Maîtres choisit toujours, non la voie qui mène à une libération égoïste — et qui consiste à équilibrer le bon et le mauvais karma, à vaincre les désirs, pour ne plus être astreint aux réincarnations — mais il choisit la voie de renonciation dans laquelle l’homme, ayant compris le plan du Logos, s’y consacre tout entier et ne vit plus que pour contribuer à l’avancement de ses frères en humanité.

Cette voie a été appelée « La Voie de la souffrance » par suite de l’esprit de sacrifice permanent qu’elle implique; mais cette dérfbmination n’est pas juste car, s’il est vrai qu’il y ait souffrance, celle-ci est ressentie par ce qu’il y a d’inférieur en lui, et si l’homme, par négligence ou paresse, évitait cette souffrance en n’accomplissant pas son devoir, sa souffrance serait beaucoup plus grande encore sur les niveaux supérieurs, sous forme de remords. La part de souffrance inévitable provient de ce

l’occultisme dans la nature

que l’étudiant s’efforce de faire ici, et maintenant, dans la quatrième ronde, ce qu’il sera facile et naturel d’accomplir dans la septième ronde. Alors, tous nos véhicules seront beaucoup plus développés ; la matière même dont ils sont composés se trouvera dans une condition tout autre ; les sept spirilles de l’atome physique seront toutes actives, au lieu des quatre qui seules fonctionnent actuellement. 11 est donc évident que la contrainte imposée à nos véhicules non encore entièrement développés, pour leur faire exécuter un travail qui sera comparativement facile à ceux qui, dans des millions d’années, auront atteint leur plein développement, il est évident, dis-je, que cette contrainte, comporte un effort excessif qui doit nécessairement produire une certaine souffrance.

Cette situation peut être comparée à celle de l’athlète qui consent gaiement à supporter la souffrance et les privations lorsqu’il subit un entraînement préparatoire pour la course ou la lutte. S’il veut être vainqueur, il doit imposer à son corps physique des exercices plus violents que ceux qu’il fait naturellement, lui refuser bien des choses qu’il aime et dont la privation lui est pénible jusqu’à provoquer parfois une véritable souffrance. Mais, en vue du but à atteindre, il supporte tout cela gaiement, et si, pour éviter ces faibles ennuis momentanés, il rejetait l’occasion de prendre part à la lutte, il est probable que, plus tard, en voyant ses camarades victorieux, un sentiment de remords s’infiltrerait en lui, causant une souffrance plus aiguë sur un plan supérieur. Il en est de même des efforts nécessaires au progrès sur le sentier de la renonciation; l’homme qui s’écarterait de cette voie par suite des difficultés et du labeur excessif qu’elle présente, souffrirait ensuite d’une façon plus cuisante en voyant plus tard ses frères qu’il aurait pu aider, gravir

LE SENTIER DU PROGRÈS

sans secours le rude sentier, et succomber sous la misère qu’il eût pu soulager s’il n’avait écouté ses sentiments d’égoïsme.

La SQufFrance n’atteint pas le « moi », mais seulement ses véhicules inférieurs lorsque ceux-ci sont prématurément soumis à un travail au-dessus de leurs forces. Une comparaison nous aidera à comprendre celte idée ; prenons, par exemple, la croissance des crabes et des crustacés en général. Ceux-ci ont, pour les protéger, leurs os à la surface, sous forme de carapace, tandis que les nôtres sont à l’intérieur sous la forme de squelette. Le grand inconvénient dans la structure du crustacé, c’est que, lorsqu’il se développe, il est obligé de briser sa carapace et d’attendre qu’une autre se forme, ce qui doit être un processus à la fois douloureux et gênant. De même, dans le processus de notre croissance, nous formons autour de nous des coques de pensées, comme si nous étions des crustacés mentais. Puis, à un moment donné, la coque devenant trop petite, nous faisons toute une série d’efforts pour rassembler à l’intérieur les produits de la nouvelle récolte, et les y faire tenir tant bien que mal. Finalement, ce procédé devient impossible, et il nous faut, non sans douleur, briser la coque. Cela est inévitable, cependant ; aussi ne faut-il pas vous irriter contre le karma et les lois immuables de la nature, car c’est vous-mêmes qui, dans le passé, avez formé cette coque, et c’est à vous maintenant qu’il appartient de la briser. Mais si vous ne voulez pas subir les inconvénients résultant de ce déchirement, votre souffrance sera plus grande encore par le sentiment de regret que vous éprouverez en voyant qu’aucun progrès n’a été fait.

La plupart des gens s’effraient à l’idée d’un changement quelconque et surtout d’un changement de croyances ;

l'oCCüLTISxME dans la nature

cela provient non seulement de préjugés héréditaires, mais aussi d’une réelle crainte du doute — de la crainte que l’esprit ne sache plus où jeter l’ancre après avoir été à la dérive. Bien des gens sont absolument incapables de trouver des arguments rationnels pour défendre leurs croyances et répondre aux questions qu’elles soulèvent inévitablement ; malgré cela, ils tremblent à l’idée de les abandonner. Tôt ou tard, il leur faudra les abandonner, quoique l’élargissement de leur foi doive être inévitablement accompagné de souffrance. Certes, il n’y aurait plus de souffrance pour nous si nous ne brisions jamais la coque qui nous environne, mais, par contre, il n’y aurait pas de progrès.

La vie du disciple est pleine de joie, n’en doutez pas un instant ; mais ce n’est pas non plus une vie facile. Sa tâche est ardue et la lutte longue et pénible. Réduire à quelques courtes vies l’évolution de millions d’années — évolution pour laquelle le processus de la nature accorde trois rondes et demie — n’est pas précisément un petit devoir de vacances. Notre Présidente a écrit quelque part : « Les disciples sont les creusets de la nature, creusets dans lesquels les éléments de nature nuisible sont dissociés et recombinés en éléments de nature à concourir au bien général. »

Il n’est pas nécessaire, pour personne, de devenir ce creuset ; il serait plus juste de dire que c’est là une sorte de privilège ardemment recherché; plus juste encore de dire que, du jour où l’homme a vu le grand sacrifice du Logos, il ne peut plus faire autre chose que de s’y joindre pour y participer de son mieux et l’aider, quoiqu’il en coûte à sa nature inférieure. Ce n’est pas là un jeu d’enfant. La chose implique, au contraire, de grands efforts. Cependant un étudiant foncièrement convaincu compren-

LE SENTIER DU PROGRÈS

dra vite qu'on peut arriver à aimer son travail au point d’y trouver tant de joie que tout ce qui ne s’y rattache pas ne procure plus aucun plaisir digne d’être goûté, bien que ce travail impose aux facultés et aux véhicules physique, astral et mental une tâche presque surhumaine.

Il faut se rappeler que, lorsque l’humanité, en général, aura ce travail à effectuer et cette évolution à accomplir, elle y sera mieux préparée que l’homme qui, aujourd’hui, essaye de prendre la route plus courte et plus escarpée. La plupart de ces difficultés proviennent de ce que ses efforts s’exercent par l’intermédiaire de corps appartenant à la quatrième ronde, alors que pour atteindre plus tard les mêmes résultats, la nature prépare, dans le cours des âges, à ses enfants moins aventureux, les splendides véhicules de la septième ronde. Il est évident que pour posséder ces véhicules glorieux, les âmes plus faibles auront le même travail à accomplir ; mais étant répartie sur des milliers d’incarnations la tâche sera naturellement moins pénible.

Cependant, au milieu de ses luttes, le disciple éprouve sans cesse une joie indicible, une paix et une sérénité que rien sur terre ne peut troubler. S’il ne ressentait pas cette joie, il serait un serviteur infidèle du Maître, car les efforts faits sur ses véhicules n’auraient abouti qu’à rendre nulle sa perception du Soi intérieur ; il se serait ainsi identifié avec sa nature inférieure au lieu de s’unir à sa nature supérieure.

11 est donc quelque peu ridicule de qualifier cette voie de voie douloureuse, puisqu’il est de toute évidence que si le disciple ne l’avait pas choisie, une douleur bien plus grande lui serait échue en partage. D’ailleurs, il est un fait certain, c’est que la véritable souffrance est inconnue à l’homme qui fait réellement son devoir : « L’homme de

l’occultisme dans la nature

bien, ô mon bien-aimé, n’entre jamais dans la voie de la douleur » {Bhagavad-Gità, VI, 40).

Ce qui précède concerne la vie intérieure du disciple, mais si l’on considère ce qu’il aura à souffrir sur le plan physique, les termes : voie de douleur sont certes bien appropriés, du moins s’il doit se livrer à une œuvre publique pour essayer d’aider le monde. Ruysbroek, le mystique flamand du xiv® siècle, dit au sujet de ceux qui entrent sur la voie : « Ces malheureux êtres sont parfois privés des bonnes choses de la terre, de leurs amis, de leurs parents, et sont abondonnés de toutes les créatures ; leur sainteté est mise en doute et méprisée; les hommes interprètent faussement tout ce qu’ils ont pu faire dans leur vie ; ils sont repoussés et dédaignés par tous ceux qui les entourent ; et quelquefois même ils sont affligés de maux divers. » Rappelez-vous aussi ce que dit Blavatsky. « Où pouvons-nous voir dans l’histoire un messager, grand ou petit. Initié ou néophyte qui, chargé d’annoncer des vérités cachées jusqu’alors, n’ait été crucifié et mis en pièces par les « chiens » de l’envie, de la malice et de l’ignorance ? Telle est la terrible loi occulte ; et celui qui ne se sent pas un cœ.ur de lion pour mépriser / les aboiements sauvages, et l’âme d’une colombe pour pardonner aux pauvres sots ignorants fera mieux d’abandonner la Science sacrée » [La Doctrine Secrète, III, 90) (1).

Le monde accueille généralement toute vérité nouvelle ejila tournant d’abord en ridicule ; puis il se révolte contre elle et finit ensuite par l’adopter en prétendant quTl a toujours pensé ainsi. Entre temps, celui qui est venu exposer cette doctrine nouvelle a été le plus souvent mis à mort ou a succombé de chagrin.

(i) Edition Anglaise^ (N. D. T.).

LE SENTIER DU PROGRES

C’est dans le cours de Tentraînement subi sur cette voie que la conscience du candidat passe par les trois salles dont il est parlé dans La voie du Silence. Ce terme est employé ici pour désigner respectivement les trois plans inférieurs. La première, celle de l’ignorance, représente le plan physique sur lequel nous naissons, vivons et mourons, et c’est avec juste raison qu’elle a été appelée la Salle de l*Ignorance, car tout ce que nous y connaissons n’est simplement que l’extérieur des choses. La seconde, la Salle de la Connaissance, représente le plan astral qui est bien, lui, le vrai lieu de l’enseignement du candidat ; en effet, quand les centres astrals sont ouverts, nous voyons les choses tellement mieux que sur le plan physique, qu’il nous semble au premier abord que nous voyons le Tout, bien qu’un développement ultérieur nous montre bientôt qu’il n’en est pas ainsi.

Mais La Voix du Silence (1) nous avertit que, dans cette région, se cache sous chaque fleur, quelque belle qu’elle soit, te serpent du désir, de ce désir inférieur que l’aspirant doit étouffer pour développer à sa place le désir supérieur que nous appelons aspiration. C’est ainsi que l’amour vil, égoïste, cupide, doit être entièrement dépassé, mais il n’en est pas de même pour l’amour élevé, pur, désintéressé puisqu’il est une des caractéristiques du Logos lui-même et l’une des qualités nécessaires au progrès. Ce que les hommes doivent rejeter c’est l’amour qui pense toujours : « Quelle somme d’amour me donnera-t-on? comment un tel m’aime-til? m’aime-t-il autant qu’un tel ou une telle? » L’amour que nous devons ressentir est celui qui s’oublie totalement et ne cherche qu’à se répandre aux pieds de celui que l’on aime.

(1) En vente 10 rue Saint-Lazare Paris. Librairie del’Ar^ indépendant. (N. D. T.).

Le plan astral est souvent appelé le monde de l’illusion, et cependant il se rapproche d’un degré (et d’un degré considérable) de la réalité des choses, si nous le comparons à ce que nous voyons sur le plan physique. Les hommes sont en général facilement trompés sur le plan astral, car ils y sont encore dans la situation d’enfants, de nouveaux-nés, qui n’ont encore aucune notion des distances, ni aucun moyen de se mouvoir. Il ne faut pas oublier que, dans le cours normal des choses, les hommes ne s’éveillent que très lentement aux choses du plan astral, de même que l’enfant ne s’éveille que très lentement aux choses du plan physique. Mais ceux d’entre nous qui sont entrés délibérément et, pour ainsi dire, prématurément, sur le sentier, développent cette connaissance d’une façon anormale, et sont, par conséquent, plus sujets à Terreur.

Dans le cours de nos expériences astrales, nous rencontrerions facilement des dangers et des périls, si tous les étudiants qui, par un entraînement approprié, essayent d’éveiller ces facultés, n’étaient assistés et guidés par ceux qui sont déjà familiarisés avec la vie sur ce plan. Et c’est là pourquoi certaines épreuves sont toujours imposées à celui qui veut travailler sur les plans supérieurs ; c’est pourquoi aussi toutes espèces de visions horribles sont présentées au néophyte afin qu’il puisse les comprendre et s’y habituer. Si cela n’était pas fait et qu’une chose semblable se présentât brusquement à sa vue, il en recevrait un choc qui le ferait rentrer dans son corps physique ce qui, non seulement l’empêcherait de travailler utilement mais pourrait être, pour son corps, une cause de réel danger. Si le néophyte se trompe sur le plan astral, c’est sa faute à lui et non celle du plan astral, le-s erreurs qu’il commet étant dues seulement à ce qu’il se trouve dans un milieu inconnu.

LE SENTIER DU PROGRÈS

La troisième salle, la Salle de la Sagesse, représente le plan mental. Dès que l’homme est libéré de tout attachement pour les choses de Tastral, il peut passer au delà du stade préparatoire de son savoir et commencer à acquérir la connaissance réelle et définitive. Au-dessus*de celle-ci s’étend encore le monde impérissable du plan bouddhique dans lequel Thomme, pour la première fois comprend Y Unité, le Tout en Un, là où, naguère, la vision inférieure le portait à voir toutes choses comme séparées les unes des autres.

Il a été dit : « Tu ne peux entrer sur le sentier avant que tu ne sois le sentier lui-même. » Tant qu’il n’est pour nous qu’une voie et que nous ne le suivons que parce que nous avons reçu des instructions, ou parce que nous ne l’avons vu et choisi que par l’intellect, nous n’y sommes pas entrés réellement. Ce n’est là qu’une étape conduisant au point où vous deviendrez la Loi et le Sentier, et où vous accomplirez les devoirs qu’ils imposent, en faisant instinctivement le bien pour l’amour même du bien et parce qu’il vous semblera impossible d’agir autrement. Alors seulement vous serez devenus la voie, ou le sentier.

Un homme ne peut s’élever sans faire d’efforts, mais s’il n’essaie pas il est clair qu’il ne tombera pas de bien haut. L’homme fort commet souvent de graves erreurs ; mais la force même qui le pousse à les commettre, le rend capable aussi de faire de grands progrès s’il oriente ses énergies dans la bonne direction. Un progrès trop rapide affecte l’organisme tout entier par suite de la tension à laquelle il est contraint et découvre les points faibles qui peuvent exister dans l’homme. Les plans de la Hiérarchie se réaliseront quoi que nous fassions ou ne fassions pas, car nous ne sommes que de simples pions dans la partie colossale qui doit être jouée ; mais si nous sommes des

l’occultisme dans la nature

pions intelligents, désireux de coopérer, le travail de ceux qui dirigent, et le nôtre aussi, s’en trouvera allégé.

Quel sera le résultat final ? L’obtention de la perfection. Cela encca*e n’est qu’une fin relative et non absolue, car lorsque nous aurons atteint la conscience du Logos de notre système et que nous aurons unifié notre conscience avec la sienne, il nous restera encore à parcourir la voie supérieure qui conduit à l’union avec des Puissances encore plus élevées. Une haute individualité dont l’autorité est reconnue, nous a dit qu’à la fin de l’un des stades de révolution, bien au delà de l’adeptat, l’homme parfait sera décuplé avec un corps sur chacun des sous-plans du plan cosmique inférieur, le triple Logos en dehors du temps et de l’espace constituant son Soi et complétant ainsi les dix. Mais celte consommation ne pourra être accessible que lorsque l’homme aura le pouvoir de se créer un corps sur chacun de ces plans.

Nous avons été amenés à comprendre que sur le nombre total des Egos qui sont engagés dans cette évolution, un cinquième, environ, obtiendra un succès complet, c’est-àdire qu’il réussira à atteindre le niveau de VAsckha avant la fin de la septième ronde ; un autre cinquième, pendant ce temps, aura atteint le niveau de VArkat, et un nombre à peu près équivalent se tiendra sur les degrés inférieurs du sentier tandis que les deux derniers cinquièmes environ auront été complètement rejetés hors de cette évolution lors de la période critique du milieu de la cinquième ronde.

Tous ceux qui ne seront pas arrivés au but et qui n’auront pas complété leur évolution, devront reprendre celleci sur la chaîne suivante des globes et ceux-là mêmes qui auront été les « insuccès » de la cinquième ronde arrive-

LE SENTIER DÜ PROGRES

ront au succès définitif dans la chaîne suivante. Par analogie, on peut admettre que quelques-uns des Adeptes et des Maîtres actuels ont été parmi les insuccès de la chaîne lunaire, c’est-à-dire qu’ils ont appartenu à l’humanité de cette chaîne, mais, que, s’y trouvant en retard sur les autres hommes ils ont été rejetés hors de l’évolution d’alors pour revenir en tête de l’évolution actuelle, comme un jeune homme qui, ayant à la fin d’une année, échoué à ses examens, a des chances d’être le premier l’année suivante.

Rappelez-vous que nous venons seulement de franchir la moitié d’une période évolutive et que c’est la raison pour laquelle si peu d’hommes, relativement, sont arrivés à l’Adeptat, de même que dans une classe, bien faible est le nombre des jeunes gens aptes à passer les examens au bout de six mois d’études. De même encore n’y a-t-il que bien peu d’animaux en passe d’atteindre l’individualité : car l’animal qui atteint l’individualité est autant en avance sur ses congénères que l’est sur l’homme ordinaire, celui qui est arrivé à l’Adeptat. Tous deux, homme et animal, effectuent au milieu de l’évolution ce que l’on n’attendait d’eux qu’à la fin de celle-ci. Ceux qui n’auront terminé leur évolution que dans le temps normal, c’est-à-dire à la fin de la septième ronde s’approcheront du but au point qu’ils n’auront que très peu, ou, pour ainsi dire, pas du tout, de luttes à soutenir.

Ce dernier mode de progresser est sans aucun doute bien plus facile pour le candidat, mais il offre un grand inconvénient pour l’homme qui l’emploie, car ce dernier . aura non seulement perdu l’occasion d’aider les autres, mais il aura été lui-même dans la nécessité de se faire aider. Je me rappelle un cantique chrétien que je chantais dans mon enfance et qui fait admirablement ressortir

cette idée. Il décrit l’arrivée d’une ânae au ciel ; pendant un certain temps, cette âme se réjouit de la béatitude de ce lieu, errant joyeusement de tous côtés, quand, tout à coup, elle remarque que la couronne qu’elle portait n’a pas la splendeur des autres ; longtemps elle se demande quelle peut bien en être la raison. Enfin, rencontrant un jour le Christ, elle rassemble tout son courage pour l’interroger à ce sujet et voici la réponse :

Je sais que tu as cru en moi.

Et que, par moi, tu es arrivé à la Vie Mais où sont toutes les pierreries glorieuses Qui devraient briller sur ta couronne ?

Vois là-bas toute cette foule glorieuse Dont les fronts sont ornés d’étoiles I Chaque joyau de leur couronne Est une âme qu’ils ont conduite vers moi.

« Ceux qui sont sages rayonneront comme l’éclat du firmament, mais ceux qui ramènent les âmes à la vertu seront des étoiles pour toute l’éternité. »

Tout en luttant pour avancer nous-mêmes, nous pouvons aider les autres, et nous devrions faire tous nos efforts pour cela, non à cause des résultats qui peuvent s’ensuivre pour nous-mêmes (bien qu’ils soient inévitables), mais afin d’aider le monde. L’homme qui flotte au gré du courant doit être porté, mais une fois qu’il sait nager, il libère la force qui, autrement, aurait été dépensée à le sauver et qui peut être utilisée à soulager les autres, indépendamment de ce qu’il peut faire lui-même dans ce but.

L’Adeptat libère l’homme de la nécessité des réincarnations, et le fait d’y être parvenu implique aussi la libération de forces qui pourront être utilisées pour aider les

LE SENTIER DU PROGRES

autres. L’homme qui ne cherche la libération que pour lui-même peut parfaitement équilibrer son karma et tuer le désir, en sorte que le karma ne pourra plus le contraindre à se réincarner. Mais bien qu’il neutralise en quelque sorte la loi du karma, il ne peut échapper à la loi de révolution. Un temps assez long peut s’écouler avant qu’il ne soit soumis à l’influence de cette loi, car, par hypothèse, un homme qui, à ce stade, s’est déjà libéré du désir, doit être considérablement en avance sur la moyenne des hommes. Cependant, viendra inévitablement le temps où la marché lente et régulière de l’évolution l’atteindra et où la pression irrésistible de celle-ci le fera sortir de la béatitude égoïste dont il jouit, pour le faire renaître ; et il se trouvera encore une fois sur la route à laquelle il avait espéré échapper.

On a souvent demandé comment les secrets révélés au moment de l’initiation peuvent être protégés contre la curiosité de ceux qui sont capables de lire la pensée. 11 n’y a pas le moindre danger qu’aucun de ces secrets soit dévoilé par ce moyen ; en effet, en même temps que le secret est confié à l’initié, le moyen de le garder lui est communiqué aussi. S’il était possible à un initié d’être assez perfide pour trahir ce qui lui a été confié, alors même, il n’y aurait aucun danger, car il est en relations si étroites avec les membres de la Fraternité dont il fait partie, que ceux-ci seraient immédiatement avertis de ses intentions déloyales, et, avant qu’il ait pu proférer les paroles parjures, il aurait totalement oublié qu’il a quelque chose à divulguer. Ces secrets ne comportent absolument rien de terrible, si ce n’est que le pouvoir qui les accompagne pourrait déterminer de funestes résullats s’il était mal employé. Les Initiés se reconnaissent tous, à peu près comme le font les francs-maçons entre

eux, et, de même que pour ces derniers, tout initié peut cacher son grade à ceux qui sont au-dessous de lui, mais non à ses supérieurs.

Si pressant que soit pour la Fraternité le besoin de recruter des aides, aucun homme ne peut recevoir Tlnitiation s’il n’a préalablement amélioré son caractère jusqu’au point requis pour cette Initiation ; par contre, si un homme est mûr pour l’Initiation, aucun pouvoir ne peut l’empêcher de la passer. Il peut très souvent arriver, cependant, qu’un homme soit prêt, à tous égards, sauf qu’il lui manque une qualité déterminée, ce qui peut le retarder pendant une longue piériode de temps ; il s’ensuit parfois qu’au moment où il a acquis la qualité absente, il est, à tous les autres points de vue, beaucoup plus développé que cela n’est nécessaire. On ne doit donc pas s’iihaginer que tous les initiés du même niveau soient arrivés à un développement égal sur tous les points. Celui que le monde appelle un grand homme n’est pas nécessairement développé grand en toutes choses et, par suite, n’est pas prêt pour l’Initiation. Il est impossible d’imaginer que qui ce soit puisse être favorisé ou négligé. Sous ce rapport, nul ne peut donner à autrui ce qui n’est pas mérité, pas plus qu’il ne peut lui refuser la juste rétribution du développement acquis.

LES MYSTÈRES ANTIQUES

Ce que je puis vous dire des Mystères de l’Antiquité ne provient nullement d’une étude spéciale des vieux manuscrits ou de l’histoire de ces Mystères. Il m’est arrivé, dans une vie antérieure, de naître dans la Grèce antique et d’y avoir été initié à quelques uns des mystères. En Grèce, tout homme initié ainsi devait faire le serment de ne point révéler ce qu’il avait vu, et, bien que prononcé dans une incarnation antérieure, ce serment doit toujours être respecté ; mais les prêtres de ces mystères ayant, depuis, jugé opportun de dévoiler au monde une grande partie de ce qui était alors enseigné sous le sceau du secret, ils nous ont par là relevé de notre promesse. Je ne violerai donc pas mon serment en vous parlant de quelques instructions données dans ces Mystères antiques. D’autres sujets y étaient aussi traités, mais ceux-ci ^ n’ayant pas encore été rendus publics par les Grands Êtres, je n’ai pas le droit d’en parler.

Laissez-moi tout d’abord vous faire observer que tous les peuples, toutes les religions, ont eu leurs mystères, y compris la religion chrétienne. J’ai bien souvent entendu dire, par quantité de personnes, que, du moins dans la religion chrétienne, rien n’était caché, que tous les ensei-

l’occultisme dans la nature

gnements pouvaient être étudiés par l’ignorant, par le pauvre. Ceux qui avancent une chose semblable ne connaissent pas Thistoire de l’Eglise chrétienne. S’il est vrai qu’aujourd’hui l’Eglise donne à tous ce qu’elle sait, c’esl tout simplement qu’elle a oublié les mystères qu’elle tenait autrefois secrets. En étudiant l’histoire de l’Eglise primitive, vous verrez que les auteurs anciens parlent clairement de mystères qui n’étaient enseignés qu’aux véritables membres de l’Eglise. 11 y avait bien des choses dont on ne parlait pas aux « catéchumènes », à ceux qui venaient d’entrer dans l’Eglise et n’étaient pas encore reconnus comme membres véritables.

En remontant plus loin encore, nous trouverons des traces de ces choses cachées, car il est dit, dans les Evangiles, que le Christ communiquait à ses disciples bien des choses qu’il ne donnait au peuple que sous forme de paraboles.

Une des raisons pour lesquelles l’Eglise chrétienne n’a pu conserver son influence sur ses fils les plus intelligents, c’est qu’elle a perdu et oublié les mystères occultes et philosophiques qui étaient à la base de ses dogmes. Pour retrouver un peu le côté caché de ses enseignements, vous n’avez qu’à lire les ouvrages des grands auteurs Gnostiques. Vous constaterez que si nous les prenons comme doctrine ésotérique pour les étudiants, et la forme actuelle de la Religion chrétienne comme doctrine exotérique pour les illettrés, nous trouverons, dans la réunion des deux doctrines, une expression parfaite de la sagesse antique. Mais adopter, seulement, l’un ou l’autre de ces enseignements et condamner l’autre comme hérétique, ne nous donnera qu’un seul cote de la question. Chaque religion a donc un enseignement pour ceux qui ne peuvent s’élever au-dessus de la forme extérieure et un autre plus

LES MYSTÈRES ANTIQUES 83

élevé pour ceux qui veulent pénétrer au fond des choses.

Cependant, quand on parle des mystères antiques, c’est généralement de ceux qui existaient dans la noble religion de la Grèce antique. Peu de livres ont été écrits à leur sujet. Jamblique, qui était lui-même initié aux mystères, nous a laissé un ouvrage à ce sujet ; un autre a été écrit par un Anglais, Thomas Taylor, qui, lui, était Platonicien ; un autre encore par un Français^ M. P. Foucart. Si intéressants que soient ces ouvrages, vous constaterez qu’ils ne donnent que très peu d’informations réelles. Tout ce que nous croyons connaître sur les Mystères (quant au point de vue extérieur) nous est venu par l’intermédiaire de leurs adversaires.

L’Eglise chrétienne avait l’habitude (sans doute justifiable à ses yeux) de détruire tous les livres donnant des enseignements autres que les siens, et il ne faut pas oublier que presque toutes les connaissances que nous possédons sur les premiers temps de la Chrétienté nous viennent des moines du Moyen Age. Ils étaient en fait les seuls individus cultivés de l’époque et ce sont eux qui copiaient tous les manuscrits. Ils avaient des opinions très arretées sur ce qui était utile ou inutile ; aussi ne nous est-il parvenu que ce qui concordait avec leur façon de voir, et cela était raconté avec détails, tandis que tout ce qui était d’un caractère opposé à leurs points de vue était laissé de côté. La plus grande partie des renseignements concernant les mystères, et qui soient accessibles au monde en général, nous est donnée par les ouvrages des Pères de l’Eglise qui, eux, étaient leurs adversaires acharnés. Sans vouloir accuser les Pères de l’Eglise d’avoir intentionnellement dénaturé les mystères, nous pouvons certainement admettre qu’ils ont essayé de présenter

l’occultisme dans la nature

leurs propres théories sous le jour le meilleur et le plus favorable. Même, de nos jours, si vous voulez avoir des informations sur la doctrine d’une secte quelconque du protestantisme, ce n’est pas à un prêtre catholique que vous irez les demander, pas plus que vous n’irez trouver des membres de l’Armée du salut pour qu’ils vous expliquent les doctrines du Catholicisme.

Nous nous trouvons, quant aux mystères, dans une situation analogue, mais plus mauvaise encore, par suite des querelles nombreuses et âpres qui se sont élevées entre les partisans de l’ancienne religion et de ses mystères d’une part, et les Pères de l’Eglise chrétienne d’autre part. Nous ne pouvons donc accepter qu’avec la plus grande réserve et la plus grande circonspection tout ce que les Pères de l’Eglise disent à ce sujet. Ils affirment souvent, par exemple, que les mystères antiques avaient un grand nombre de pratiques indécentes et immorales. , .

Ayant fait, au moyen de la clairvoyance, de serieuses

recherches sur les Mystères de la Grèce et ayant ete initié à ces derniers dans une précédente incarnation, je puis déclarer, en toute assurance, qu’il n’y a pas une ombre de vérité dans ces assertions. 11 existait bien certains mystères auxquels se rattachaient des festins et une forme du culte de Bacchus, lesquels dégénérèrent plus tard dans des pratiques regrettables, mais ceci n eut lieu que plus tard et de plus, ces mystères appartenaient à une toute autre catégorie. Ils ne se rattachaient aucunement à ceux d’Eleusis et n’en étaient que l’imitation, sur une très petite échelle; de plus, ils étaient absolument

exotériques.

Je dois ce soir, en très peu de temps, traiter un sujet bien vaste, aussi ne vais-je pouvoir vous donner qu’une

LES MYSTÈRES ANTIQUES

esquisse bien incomplète des mystères grecs, et de ce qu’ils enseignaient à leurs initiés.

Vous le savez sans doute : ces Mystères sont toujours divisés en Mystères majeurs et Mystères mineurs. Tout le monde connaissait l’existence de ces mystères et leurs initiés formaient la majeure partie de la population. On peut lire, je crois, dans certains livres exotériques, que parfois trente mille initiés se rassemblaient. Cela indique qu’un homme n’avait pas besoin de tenir secret le fait de son initiation ; tout le monde, au dehors, savait qu’il appartenait à cette nombreuse classe d’individus. Je veux dire par là que, bien que certains enseignements donnés par les Mystères aient toujours été tenus secrets, tout le monde Grec et Romain connaissait l’existence des Mystères majeurs et mineurs et savait, à peu de chose près, qui appartenait à l’une ou à l’autre de ces catégories.

Mais au-dessus de ces deux degrés, dont l’existence était généralement connue, se trouvait ce que l’on peut appeler un troisième degré lequel comprenait les réels mystères secrets, inconnus du public. Si l’on songe aux conditions d’existence de l’époque, on comprendra facilement quelle en était la raison. Les empereurs romains, par exemple, connaissaient pour la plupart l’existence des Mystères majeurs et mineurs et voulaient tous y être initiés. Or, nous savons, d’après l’histoire, que la plupart de ces empereurs n’était pas dignes de remplir une fonction importante dans un groupement religieux. Malgré cela, il eût été très difficile à ceux qui dirigeaient les Mystères de leur en refuser l’entrée. Ainsi qu’on l’a dit autrefois, on ne peut discuter avec le maître de trente légions. Les empereurs auraient assurément fait mettre à mort quiconque aurait fait obstacle à l’un quelconque de leurs dé-

l’occülxisme dans la nature

sirs. Il était donc préférable que ce troisième degré ne fut point connu, et personne n'en avait connaissance avant d'étre jugé digne d y être admis par ceux qui avaient l’autorité nécessaire.

Les enseignements de ce troisième degré ne furent et ne seront jamais publiés. Toutefois, dans les Mystères ordinaires, majeurs et mineurs, il y a un grand nombre de choses qui peuvent être divulguées. On nous apprenait tout d’abord certaines maximes d’un sens profond, ou apophthegmes ; en vous en citant quelques-unes vous vous rendrez compte de leur enseignement. Une des plus connues était « La mort est la vie et la vie est la mort », ce qui prouve que la vie supérieure d'outre-tombe était bien connue. En voici une autre : « Celui qui, dans ce monde, cherche la vérité la cherchera aussi après la mort, et celui qui cherche dans cette vie les choses illusoires cherchera celles-ci après la mort ». Un des grands principes enseignés dans les Mystères apprenait que l’âme était descendue des sphères supérieures pour entrer dans le monde matériel. Le principe de la réincarnation faisait aussi partie de leur enseignement. Vous vous rappelez, que ces principes n’apparaissent pas dans la doctrine extérieure des religions grec ou romaine, c’est-à-dire qu’ils ne furent pas enseignés publiquement, ni d’une façon explicite, mais on peut constater que l’idée de la descente de râme dans la matière se trouve dans la mythologie classique. Rappelez-vous le mythe de Proserpine, enlevée et emportée dans les enfers pendant qu’elle cueillait la fleur de Narcisse.

Narcisse, vous vous en souvenez, était un jeune homme de grande beauté, lequel devint amoureux de son image réfléchie dans l’eau, ce pourquoi il fut transformé en fleur et attaché à la terre. 11 ne faut pas être grand clerc

LES MYSTÈRES ANTIQUES

en Théosophie pour comprendre la signification de ce mythe. Nous voyons dans la Doctrine Secrète comment l’Ego abaisse ses regards sur les eaux du plan astral et sur le monde qui est au-dessous, comment il se réfléchit dans la personnalité et comment l’amour de cette image le lie à la terre. De même, pendant qu’elle cueille un narcisse. Proserpine est enlevée dans les enfers après quoi elle passe une moitié de sa vie en dessous de la terre et l’autre moitié sur la terre, ce qui, comme vous le verrez, signifie : la moitié dans un corps matériel et l’autre moitié en dehors de ce corps.

Il y a encore beaucoup d’autres mythes qu’il est intéressant d’expliquer à la lumière de la Théosophie. Ainsi dans l’enseignement des mystères, le minotaure représentait la nature inférieure de l’homme, la personnalité mi-humaine, mi-animale. Ce minotaure fut définitivement tué par Thésée qui représente le soi supérieur ou l’individualité; celle-ci s’étant graduellement développée et ayant acquis les forces suffisantes, arrive enfin à pouvoir manier l’épée de son Divin Père, l’Esprit. Guidé à travers le labyrinthe de l’illusion, qui constitue les plans inférieurs, par le fil de la connaissance occulte que lui donne Ariane (l’intuition) le soi supérieur est en mesure de tuer l’inférieur et de se soustraire aux erreurs de l’illusion ; reste encore le danger de négliger l’intuition, et cela par orgueil intellectuel (comme Thésée négligea Ariane) et cette négligence l’empêchera d’accomplir, cette fois-ci, ses plus hautes destinées.

Dans la Grèce antique, les mystères mineurs étaient célébrés dans un lieu spécial appelé : Agra, et les initiés portaient le nom de mijstes,^o\x^ savez peut-être que leur vêtement officiel, symbole de leur dignité, était une

l’occultisme dans la nature

peau de faon qui, dans l’ancienne mythologie, représentait le corps astral.

Son aspect tacheté rappelait les nombreuses couleurs du corps astral ordinaire. La raison pour laquelle ce costume avait été choisi était due à ce que les initiés aux mystères mineurs recevaient des enseignements concernant principalement le plan astral. Ceux qui y étaient admis apprenaient ce qu’est la vie astrale de l’homme après sa mort.

On expliquait longuement, par des exemples, aussi bien que par la parole, les effets qui résulteraient sur le plan astral, des différentes façons de vivre sur la terre. Cet enseignement fut d’abord donné au moyen d’images, par des représentations dans les temples, par des pièces ou drames dans lesquels on montrait quelle serait, sur le plan astral, la condition d’un homme ayant été, par exemple, avare ou sensuel.

Dans les premiers temps, aux débuts des Mystères, quand ceux qui les dirigeaient étaient des Adeptes ou des disciples, ces représentations étaient en quelque sorte des matérialisations. C’est-à-dire que l’instructeur, quel qu’il fût, se servait de son pouvoir occulte pour créer, en matière astrale ou éthérique, des images réelles qu’il présentait à ses élèves. Mais, aux jours de la décadence, quand il n’y eut plus d’instructeurs capables de produire ces phénomènes, on essaya parfois de remplacer ces enseignements par d’autres moyens, par ce que nous pourrions appeler des pièces de spectacles où des prêtres jouaient différents personnages ; dans d’autres cas c’étaient des marionnettes mues par des moyens mécaniques.

Outre ces enseignements concernant le plan astral on en donnait, de la même façon, sur le système de l’évo-

LES MYSTÈRES ANTIQUES

lulion du monde. Entre autres choses, on enseignait aux étudiants comment notre système solaire et ses différentes parties sont venus à Texistence. Il est facile de se rendre compte comment ceci était représenté ; dans les premiers temps c’était par une nébuleuse et des globes matérialisés; puis, plus tard, quand les matérialisations ne furent plus possibles on employa ce que nous appelons maintenant un planétaire (mécanisme qui reproduit le mouvement des planètes autour du soleil).

Fait important à noter, les Mystères expliquaient la religion extérieure du peuple d’une manière toute différente de celle que l’on donnait au public. Si vous avez quelque notion sur la religion de la Grèce antique, vous savez qu’elle comportait bien des choses qui auraient eu grand besoin d’être expliquées au point de vue occulte, car, au premier abord, cette religion ne paraît guère élevée ni même rationnelle. Elle semble avoir tendu à ce que les fables qui constituaient son enseignement, et dont la plupart semblent extraordinaires, fussent apprises et retenues par le peuple, lui donnant quelques idées simples, claires et précises, rien de plus. Mais tous les gens sérieux admis aux Mystères y apprenaient le sens réel des fables, ce qui donnait à l’ensemble un aspect tout différent.

Permettez-jnoi, par quelques exemples très simples et très courts, de vous expliquer ce que je veux dire. Je vous ai dit tout à l’heure que le but des Mystères mineurs était surtout d’apprendre aux élèves les effets produits sur le plan astral par les différentes façons de vivre ici-bas. Vous connaissez sans doute le mythe de Tantale. Cet homme fut condamné à souffrir dans les enfers d’une soif inextinguible, il était entouré d’eau de tous côtés, mais celle-ci se retirait dès qu’il en approchait ses lèvres.

l’occultisme dans la nature

Le sens de ce mythe n’est pas difficile à saisir lorsque l’on sait ce qu’est la vie astrale. Tous ceux qui quittent la terre, alors qu’ils sont encore remplis de désirs sensuels de toutes sortes, comme par exemple les ivrognes, ou les individus adonnés à la vie sensuelle dans le sens que l’on donne communément à ce mot, tous ceux là se trouveront sur le plan astral, dans la situation de Tantale.

Ces individus ont créé ce désir terrible qui gouverne tout leur être. Vous savez combien peut être tyrannique la passion de l’ivrogne ; tout s’efface devant elle, ses sentiments d’honneur, son amour pour sa famille, et tous ses meilleurs penchants. L’ivrogne prendra l’argent de sa femme et de ses enfants, et même leurs vêtements, les vendra afin de se procurer l’argent pour boire.

Rappelez-vous que lorsqu’un homme meurt, il ne change pas ; ses désirs sont toujours aussi intenses, mais là, dans l’autre monde, il lui est impossible de les assouvir, son corps physique, par l’intermédiaire duquel il pouvait boire, n’existant plus. Et c’est en cela que consiste le supplice de Tantale : il essaie sans cesse de satisfaire sa passion sans pouvoir jamais y arriver (1/.

Rappelez-vous aussi l’histoire de Tityos, attaché à un rocher et dont le foie, dévoré par les vautours, se reconstituait aussitôt. Ce mythe représente les effets produits par la satisfaction des désirs, l’image de l’homme toujours torturé parle remords de ses péchés.

Comme exemple un peu plus relevé, nous pourrons prendre la fable de Sisyphe. Vous savez qu’il était condamné à rouler un rocher jusqu’au haut d’une montagne et que, chaque fois qu'il arrivait au sommet, son rocher

(t) Voir l’important ouvrage: Vautre côté de la mort, par G. W, Leadbeater, 600 pages, prix ; 4 francs. Port en sus (N. D. T.)

LES MYSTÈRES ANTIQUES

retombait au pied de la montagne. Ce mythe est le symbole de la vie astrale d’un ambitieux, de Thomme qui a passé sa vie à former des projets égoïstes pour acquérir la gloire et les honneurs. Dans ce cas encore, la mort n’apporte aucun changement. L’homme continue toujours à dresser des plans, comme il le faisait dans la vie physique. Il élabore ses plans, s’imagine les exécuter complètement, et, soudain, il s’aperçoit qu’il n’a plus son corps physique, que tout cela n’a été qu’un rêve. 11 recommence sans cesse jusqu’à ce qu’il ait enfin compris que ses désirs sont vains, que son! ambition doit être détruite. De même Sisyphe continue à rouler son rocher au haut de la montagne jusqu’à ce qu’il apprenne enfin qu’il est inutile de le rouler davantage. Avoir appris cette leçon, c’est avoir vaincu ce désir là; il n’aura plus le désir, mais il aura conservé la faiblesse de caractère qui rendait ce désir possible.

Vous voyez donc que les conditions qui nous semblent terribles, ne sont que les effets, dans l’autre monde, d’une vie mal employée ici-bas. C’est la méthode qu’emploie la nature pour transformer le mal en bien. Certes, l’homme souffre, mais ses souffrances ne sont que les résultats de ses actions et rien de plus. Ce n’est pas une punition qui lui est infligée du dehors mais celle qu’il s’est attirée luimême. Ce n’est pas tout. La souffrance est le seul moyen d’orienter ses qualités dans la bonne direction pour son évolution et son progrès dans une vie future. C’est là un point sur lequel l’enseignement des Mystères insistait tout particulièrement.

Considérons maintenant les Mystères majeurs, on les célébrait principalement dans le grand temple d’Eleusis près d’Athènes. Leur initiés étaient appelés Epopiaï, mot qui signifie « ce\ix dont les yeux sont ouverts ». Leur

emblème était la Toison d'or de Jason qui symbolisait le corps mental ; car la couleur jaune, dans l'aura humaine, indique l'activité intellectuelle, ainsi que le sait tout clairvoyant. Dans les mystères mineurs, on apprenait quel était le résultat, après la mort, de la conduite sur le plan physique, ici ; dans les mystères majeurs, on montrait au disciple les effets dans le monde céleste, de certains genres de vie, d’étude et d'aspiration. Dans les grands Mystères, tout le processus de l'évolution du monde et de riiomme était représenté dans ce qu’il a de plus profond ; et, pour cela, la même méthode de représentation était employée, malgré la grande difficulté de représenter sur le plan physique les choses du domaine mental.

Dans chacune de ces deux classes, dans les Mystères majeurs comme dans les Mystères mineurs, il y avait une école intérieure où l’on donnait une méthode pratique de développement à ceux qui étaient prêts à l’appliquer. Dans les Mystères mineurs, un enseignement théorique était donné au sujet du plan astral ; mais les instructeurs surveillaient soigneusement leurs élèves, et, lorsqu’ils distinguaient chez l’un d’eux un tempérament susceptible d’être développé psychiquement et dont le caractère offrait toute sécurité, ils le faisaient entrer dans l’école intérieure et on leur indiquait les méthodes pour se servir du corps astral et pour agir consciemment dans ce corps. Quand l’élève passait dans la classe supérieure, celle des Mystères majeurs, il recevait, non seulement les enseignements ordinaires du plan mental, mais encore des instructions particulières relatives au développement du corps mental comme véhicule.

A ceux qui étaient reçus, non seulement aux degrés reconnus des Mystères, mais aussi aux écoles intérieures respectives, on apprenait, à la fin des enseignements.

LES MYSTERES ANTIQUES

que ceux-ci n’étaient en somme que des enseignements exotériques et que, quelque incalculable que fût leur valeur, ce n’était là réellement qu’une préparation aux vrais Mystères de l’Initiation qui les conduiraient aux pieds des Maîtres de Sagesse, et les feraient admettre dans la Grande Fraternité qui gouverne le monde.

Je puis entrer maintenant dans quelques explications supplémentaires au sujet des symboles usités dans les Mystères.

Prenons ce que l’on appelait : le tfnjrse, baguette terminée par une pomme de pin. Le meme symbole se retrouve dans les Indes, mais sous forme d’une tige de bambou ayant sept nœuds. Parfois, dans quelques Mystères, on employait, au lieu du thyrse, une tige de fer creuse que l’on disait remplie de feu. Le sens de ces symboles est facile à découvrir pour tout étudiant en occultisme. Le thyrse, ou tige à sept nœuds, représente la moelle épinière avec ses sept centres dont parlent les livres hindous. Le feu qui y était renfermé, c’est le serpent de feu ; Kundalini, dont M”® Blavatsky parle dans La Doctrine Secrète. Le thyrse n’était pas seulement un symbole, mais encore un objet d’usage pratique. C’était un instrument très fortement magnétisé qui servait aux initiés pour libérer le corps astral du corps physique quand ils passaient en pleine conscience dans cette vie supérieure. Le prêtre qui l'avait magnétisé le posait le long de l’épine dorsale du candidat et lui infusait ainsi une certaine quantité de son propre magnétisme pour l’aider dans dans cette viediflicileau cours des efforts qu’il auraità faire.

Un autre groupe de symboles se rattache aux Mystères, celui des jouets de Bacchus. Pendant que l’enfant Bacclius (le Logos) s’amuse avec les jouets, il est saisi et mis en pièces par les Titans. Plus tard, les morceaux du dieu sont

rassemblés pour reformer un tout complet. Si étrange que nous paraisse ce récit, on peut voir qu’il s’agit là d’une allégorie représentant la descente de l’Unité dans la multiplicité et le retour de cclle-ci à l’Unité par la souffrance et le sacrifice. Quels sont donc les jouets de l’enfant Bacchus quand il descend dans la matière pour devenir la multiplicité ? D’abord, il joue avec des dés, mais ce ne sont pas des des ordinaires, ce sont les cinq solides platoniciens, les seuls polyèdres réguliers possibles en géométrie. Ils sont dans un ordre déterminé qui concorde avec les différents plans du système solaire. Chacun d’eux indique, non pas la forme des atomes des différents plans, mais la direction selon laquelle agit la force qui les entoure. Ces polyèdres sont le tétraèdre, le cube, l’octaèdre, le dodécaèdre et l’icosaèdre. Si nous ajoutons le point au commencement et la sphère à la fin de la série, nous aurons une série de sept figures correspondant au nombre des plans de notre système solaire.

Vous savez que dans quelques-unes des anciennes -écoles de philosophie il était dit : « Quiconque ne connaît pas les mathématiques ne peut entrer ici. » Que croyezvous que cela signifie ? 11 ne s’agit pas là de ce que nous -désignons aujourd’hui sous le nom de mathématiques, mais d’une science qui embrassait la connaissance des plans supérieurs, de leurs relations entre eux et de la façon dont le monde est construit par la volonté de Dieu. Platon disait : « Dieu géométrise» et c’est parfaitement vrai. Ces formes ne sont pas des conceptions du cerveau humain ; ce sont des vérités appartenant aux plans supérieurs. Nous étudions aujourd’hui les propositions d’Euclide, mais nous les étudions pour elles-mêmes, et non «omme préparation à une science plus élevée. Si les philosophes anciens ont étudié cette science, c’est qu’elle

LES MYSTÈRES ANTIQUES

amenait à comprendre la science véritable de la vie. Nous avons perdu de vue le véritable enseignement, et n’en n’avons plus, dans bien des cas, que la forme inanimée.

Un autre jouet dont se servait Bacchus était la toupie ; celle-ci représente le tourbillonnement de l’atome dont vous pouvez voir la figure dans « La Chimie occulte » (1). Il joue aussi avec une balle qui, elle, représente la terre, cet anneau de la chaîne planétaire vers lequel la pensée du Logos est principalement dirigée en ce moment. Bacchus joue aussi avec un miroir. Celui-ci a toujours été le symbole de la lumière astrale dans laquelle les idées archétypes sont réfléchies puis matérialisées. Chacun de ces jouets indique donc une partie essentielle de l’évolution d’un système solaire.

Nous pouvons maintenant dire quelques mots sur la façon dont les candidats étaient préparés à l’étude des Mystères par les différentes écoles ; prenons par exemple l’école Pythagoricienne à laquelle j’appartenais. Dans cette Ecole, les étudiants étaient divisés en trois classes. La première était celle des Akoustikot ou Auditeurs , ce qui signifie qu’ils étaient là pour apprendre ; il est vrai aussi qu’un des règlements leur imposait un silence absolu durant une période de deux années.

Je crois fort qu’une telle défense serait, de nos jours, considérée comme un inconvénient sérieux par bien des membres de notre société ; mais, dans ces temps reculés, beaucoup de gens, hommes et femmes, se conformaient très volontiers à cette règle. Celle-ci avait encore un autre sens, à savoir que pendant tout le temps, si long fût-il,

(t) Occult Chemistry par ’A. Besant et G. W. Leadbeater. Non traduit en français. (N. D. T.).

l’occultisme dans la natuke

que l’étudiant restait dans la classe des Akoustikoï, i\ ne lui était pas permis d’enseigner lui-même et il devait se contenter de continuer à étudier. J’ai souhaité bien souvent qu’une règle analogue fut appliquée dans la Société Théosophique où souvent des membres n’ayant que des connaissances très limitées veulent enseigner aux autres, et leurs enseignements sont bien souvent à côté de la Théosopliie.

La seconde classe des Pythagoriciens était celle des Mathematicoï. Ceux-ci passaient leur temps à étudier la géométrie, les nombres et la musique. Ces divers sujets étaient rapprochés les uns des autres et on cherchait les rapports entre les couleurs et les sons, rapports qui sont des plus remarquables.

Prenons un exemple qui démontrera que notre monde est un Tout offrant la plus grande cohérence, et que nous pouvons prendre, dans ses différentes parties, des faits qui ne semblent avoir aucun rapport entre eux qui en ont cependant. Je viens précisément de parler des cinq polyèdres platoniciens. Quiconque est tant soit peu familiarisé avec la musique sait qu’il y a un rapport constant entre les longueurs des cordes qui produisent certains sons. Vous savez qu’un piano peut-être accordé selon un système de quintes et que l’on peut exprimer les intervalles des différents sons par le rapport des nombres de leurs vibrations ; on peut donc représenter un accord musical par des nombres. Cela fut d’abord découvert simplement par l’expérience ; plus tard, les mathématiciens découvrirent quelles devaient être ces proportions, cela fut vérifié par l’expérience. Mais le fait particulier à remarquer, c’est que les nombres qui produisent un accord musical ont entre eux les mêmes rapports que ceux qui existent entre certaines parties de ces solides platoniciens.

LES MYSTÈRES ANTIQUES

Je crois bien que ce point a été élucidé il y a quelque temps, dans la Theosophical lieview, par un organiste en Angleterre.

11 est très intéressant de remarquer que notre gamme, si différente de celle de la Grèce antique et qui ne se composait que de cinq notes, peut cependant être déduite des rapports de ces cinq figures géométriques platoniciennes que l’on étudiait en Grèce il y a quelques milliers d’années. On a quelquefois tendance à croire qu’il n’y a guère de rapports entre les mathématiques et la musique, cependant vous voyez que ce sont là deux parties d un grand tout.

La troisième classe de l'Ecole Pythagoricienne était celle des Physicoï, ceux qui étudiaient la physique, les relations occultes entre les phénomènes, la construction des mondes et la métaphysique. Les Physicoï apprenaient la vérité concernant l’homme, la nature, et Celui qui les a créés l’un et l’autre, autant du moins que cela était possible.

Une particularité des Mystères que nous ne devons pas passer sous silence, c’est la vie que menaient les élèves. Une vie toute de pureté était exigée d’eux. Coïncidence curieuse ; la vie des élèves de l’Ecole Pythagoricienne était divisée en cinij périodes presque semblables aux cinq degrés du Sentier de Probation des Hindous tels qu’ils ont été décrits par moi dans Les Aides Invisibles et par M”" Besant dans Le sentier du disciple. Presque toutes les formes et symboles de la Religion chrétienne actuelle dérivent des Mystères de l’Egypte. Ainsi toute la symbolique relative à la croix latine et aussi à la descente et au sacrifice du Logos, est empruntée aux Mystères Egyptiens. J’en parle du reste dans le « Credo chrétien •.

Bien que les mystères de la Grèce, de Rome, de

l’oggültisme dans la nature

l’Egypte et de la Clialdée aient disparu depuis longtemps^ le monde n’a jamais été privé des voies conduisant au sanctuaire intérieur ; même dans les périodes les plus sombres du Moyen Age, les Rose-Croix et quelques autres sociétés secrètes étaient là pour enseigner la vérité à ceux qui étaient prêts à raccueillir. Et, de nos jours, dans ces temps d’agitation fiévreuse et de matérialisme, c’est la société Théosophique qui porte la bannière de la vraie connaissance ; c’est le portail par lequel ceux qui le veulent réellement peuvent accéder aux Maîtres de Sagesse. Nous avons des degrés, dans la section Esotérique, comme dans les Mystères ; et la Grande Fraternité Blanche qui garde entre ses mains la clef des vraies initiations se tient derrière nous comme elle se tenait derrière les mystères.

Il faut ainsi vous rappeler que bien des enseignements qui, dans l’antiquité, n’étaient donnés que sous le sceau du secret, sont maintenant rendus publics et répandus dans le monde par la Société Théosophique. Combien d’années les plus grandes et les plus nobles figures de rhistoîre n’ont-elles pas passé à étudier et à chercher ce qui nous est donné maintenant si simplement et si facilement dans quelques livres I Vraiment on peut nous appliquer ce passage de la Bible ; « Beaucoup de prophètes et de rois ont souhaité de voir ce que vous voyez et ne l’ont point vu ; et d’entendre ce que vous entendez, et ne l’ont point entendu (Luc. X, 24) ». Puisque cet honneur nous est échu, que cette occasion nous est offerte, il me semble qu’une grande responsabilité nous incombe et que nous devrions chercher à nous rendre dignes de cette faveur. C’est notre bon Karma qui nous offre cette occasion. Si nous la laissons échapper, nous ne méritons pas qu’une autre se présente à nous d’ici des milliers d’années. Si vous saviez, comme moi, avec quelles difficultés nous

LES MYSTÈRES ANTIQUES

avons eu à lutter autrefois, pour apprendre toutes ces choses qui sont aujourd’hui mises à votre portée, peutêtre apprécieriez-vous davantage l’occasion qui vous est offerte. Essayons de la mettre à profit du mieux que nous pourrons et de nous montrer dignes du privilège que nous devons à la Théosophie.

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