Loc. cit.. p
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mariage, et comme tel il appartenait à la prostitution sacrée. Ce dieu étrusque que nous connaissons non seulement par les monuments figurés de Thistoire, mais encore par les écrits d'Arnobe et de saint Augustin, s'appelait Miilunus et Mutuna^ car il 3^ avait le dieu mâle et le dieu femelle. Les temples n'étaient que d'infimes édicules entourés de l)osquets dans lesquels se tenait assise la figure du dieu. >>
A Rome, le symbole phallus devient le dieu Priape qui était représenté avec un pénis rigide et de dimensions fantastiques ; ce phallus était presque toujours en bois et le bois qu'on choisissait de préférence était le cyprès, mais le plus souvent le figuier. Les hommes offraient à Priape les premiers fruits de leur jardin et s'adressaient à lui pour qu'il les guérit. Alors on suspendait autour de sa statue des ex-vofo rappelant la forme {conshni/is) de l'organe, c'est-à-dire du phallus. Les fenmies qui avaient recours à Isis remplissaient les temples d'cx-oolo analogues, représentant les organes de leur sexe K
Un malade explique ainsi le don d'un ex-voto de ce genre au temple de Priape :
Voti solutio
Cur pictuni memori sit in tabella Membrmii quœritis, unde procreamur?
Cum pénis mihi forte kcsus esset, Chirurgique manum miser timerem, Dis me legitimis nimisque magnis.
Ut Pha^bo, pu ta, filioque Phciohi, Curatiim dare mentulara verebar.
i. y. Buret, loc. cit., p. 195 et 226.
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LES RELIGlOiNS ET L AMOUR 43
(( A^ous demandez pourquoi on a représenté sur un tableau votif le niemln-e qui nous a procréés? Voici. Alors que mon pénis était sérieusement endommagé et que, infortuné! je redoutais la main du chirurgien ; je n'osais pas non plus nradresser à ceux de nos dieux que la médecine concerne comme, par exemple, Apollon et son iils Esculape, ils sont trop iaiposants et il me semblait bien hardi de leur demaiiiler de guérir ma verge. »
Le malheureux malade s'adresse alors à Priape et lui demande d'apporter du remède à l'organe qui, sur sa statue, est représenté avec des dimensions égales au reste du corps et dont il est le dieu tutélaire : u Si tu me guéris sans amputation, je ferai peindre Torgane que tu auras soulagé et je te ferai hommage du tableau. L'image représentée sera en tout point sem1)lable à l'original, tant comme grosseur que connue forme et comme coloration. Le dieu promit, fit un signe d'acquiescement et exauça mon V(,eu ^ ».
A Rome, il était d'usage, pour les futurs épouses de se rendre dans les jardins de Priape avant la cérémonie nuptiale pour faire l'offrande au dieu de leur virginité. On plaçait la fiancée sur la statue du dieu, le phallus, pour qu'elle fût rendue féconde par le principe divin. Dans un poème ancien sur Priape (Pnapi Carmen)^ on voit une dame présentant au dieu les peintures d'Eléphantis et lui demandant gravement de jouir (les plaisirs auxquels il préside dans toutes les attitudes décrites par ce traité.
i. D'après F. Buret, loc. cit.
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Enfin les pliallns se portaient aussi en amulettes, on les pendait au cou des enfants et môme ailleurs; il y en avait qui étaient garnis de deux ailes et de deux pattes d^oiseaux, d'autres étaient ornés de sonnettes. On peut voir au musée de Naples, dans un cabinet spécial, une quantité de bijoux et d\is- -tensiles de tous genres en forme de phallus.
Avez-vous vu quelquefois, au musée des Offices, à Florence, le pur chef-d'œuvre de Cléoméne, fils d'Apollodore d\\thénes, la Vénus de Médicis, image de ]a A^olupté et du bonheur, « cette Eve païenne, (jui retient de la main une feuille de vigne absente »? Avez-vous contemplé quelquefois, au musée natio-nal de Naples, à coté de la tête archaïque et austère de la Junon Farnèse, ce marbre divin où la vie, la grâce et l'amour étincellent : la Vénus Callipj^ge, la plus belle, la plus vivante, la plus voluptueuse, la plus désirable des Vénus antiques ? Vénus ou Aphrodite, Papheïa ou Cythérée, Anadj^omène ou Génétyllide, c'est bien celle-là que le berger Paris a saluée reine sur le mont Ida, celle qui sortit ruisselante de beauté de la mer azurée, celle que l'on adorait à Cythère, à Idalie et à Paphos, à Amathonte et à Lesbos, celles qu'adoraient comme la glorification de toutes les amoureuses poésies du corps de la femme, comme l'apothéose de la chair, les^Grecs et
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les Romains, peuples épris d'art et de lumière. C'est elle qu'invoque Lucrèce :
Douce et sainte Vénus, mère de nos Romains,
Suprême volupté des dieux et des Immains,
Qui, sous la voûte immense où dorment les étoiles,
Peuples les champs féconds, l'onde où courent les voiles;
Par toi, tout vit, respire, éclos sous ton amour.
Et monte, heureux de naître, aux rivages du jour.
Au-devant de tes pas le vent fuit; les nuages,
A ta divine approche, emportent les orages.
Pour toi la terre épand ses parfums et ses fleurs.
Le ciel s'épanouit et se fond en lumière,
Car sitôt qu'il revêt sa splendeur printanière.
Et que, par les hivers, le zéphir arrêté
Reprend enfin sa course et sa fécondité.
Les oisccmx, les premiers frappés par ta puissance,
charmante déesse, annoncent ta présence;
Le lourd troupeau bondit dans les prés renaissants
Et plein de foi se jette à travers les torrents.
Sensibles à tes feux, séduites par tes grâces.
Ainsi des animaux les innombrables races
Dans le transport errant des amoureux ébats
Où tu veux les mener s'élancent sur tes pas.
Enfin, au fond des mers, sur de rudes montagnes.
Dans les lleuves fougueux, dans les jeunes campagnes,
Dans les nids des oiseaux et leurs asiles verts.
Soumis à ton pouvoir, tous les êtres divers,
Le cœur blessé d'amour, frissonnant de caresses,
Brûlent de propager leur race et leurs espèces.
Vénus fut la conception la plus radieuse delà Grèce. Il existe encore aujourdliui plus d'un païen qui la regrette, et M. F. Lajard ^ assure que son culte n'est pas
{. Recherches SU)' le ciille de Ve'nus en Orient et en Occident, p. 54.
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encore entièrement éteint. Il raconte que les Drnzes dn Liban, clans leurs vêpres secrètes, rendent un véritable culte aux parties sexuelles de la femme et le leur rendent chaque vendredi soir, c'est-à-dire le jour qui fut consacré à. Vénus, le jour auquel, de leur côté, les musulmans trouvent dans le code de Mahomet la double obligation d'aller à la mosquée et d\accomplir le devoir conjugal. Il existe même au sujet de ces vêpres un écrit intitulé : Lumière de la Chandelle du soir du Vendredi^ où il est dit que chaque initié, après avoir accompli les sept prescriptions appelées colonnes, est obhge de faire une confession générale.
Chez les Nozaïriens qui ont aussi conservé la cérémonie de Tadoration du Ctéis, la cohabitation charnelle est considérée comme le seul moyen par lequel puisse s'accomplir parfaitement Tunion spirituelle.
Enfin, s'il faut en croire V Univers pittoresque, ce culte se serait également conservé chez certaines peuplades de TOcéanie. A l'instar des Arioys de Taïti, les Oulitaos formaient des sociétés particulières dont le but était un épicurisme grossier. Ils avaient un langage mystérieux et allégorique principalement destiné à leurs chansons amoureuses dont eux seuls pouvaient comprendre le sens. Dans les fêtes, on les voyait marcher sous une enseigne sjanbolique fort ornée et connue chez eux sous le nom de Tinas. . ■
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LES RELIGIONS ET l'a310CR ' 47
Dans les religions do presque tous ces peuples on retrouve les traces de ce culte de Tamour. En Arménie, en Lydie, en Perse, en Scytliie, on adorait Anaïtis à laquelle ou consacrait les jeunes filles qui faisaient commerce d'amour.
En Suède et en Germanie, ïïerta était la déesse <le la fécondité. La froide Scandinavie choisit comme déesse de Tamour, de la beauté, de la grâce et de la fécondité, la belle Fre^'a (Frida ou Frigga) fille de Niord, femme du redoutable Odin et sœur de Frej'r, le Priape Scandinave, représentant du piincipe viril. Le vendredi est consacré à. cette déesse, ce qui la rapproche de la Vénus des Grecs. On Tadorait également en Irlande.
Chez les Lithuaniens, la déesse de Tamour et de la beauté portait le nom gracieux de ^lilda. Comme Vénus, elle eut une galante aventure avec le redoutable Kawas, dieu de la guerre et en eut. un fils qui fut nommé Kaunis. Kaunis donna son nom à la ville de KoAvno dont la gracieuse vallée fut consacrée à sa mère et devint la Cj'thère lithuanienne ; le grand poète polonais Adam Mickiewicz décrit en ces termes ce site enchanteur dans son poème de Grajina. « J'ai vu la belle vallée de Kowno où la -main des willis vient, automne ou printemps,
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velouter le gazon, le diaprer de fleurs; c'est le plus beau vallon de l'univers. »
Des divinités inférieures étaient aussi consacrées à l'amour : les Rliaganas. Ces îiamadryades récompensaient de leurs caresses celui qui les sauvait de la mort en protégeant contre la cognée du bûcheron l'arbre auquel leur existence était liée.
L'amour jouait un grand rôle dans les crovances religieuses des Lithuaniens ; il doit embellir la vie future, ainsi qu'en témoigne cette citation ajamt trait au sort des guerriers morts pour la patrie lorsqu'ils arriveront dans l'autre monde: « De belles femmes, des habits magnifiques, bonne chère, sommeil paisible sur des couches moelleuses, santé parfaite, gaieté constante, rires et jeux, telles sont les délices qui attendent les bienheureux au delà du tombeau. Leur faculté de jouir s'élève à la centième puissance pour éprouver toutes ces voluptés. »
D'après Mohammed, le fondateur de la religion islamique. Dieu a créé les hommes u d'une goutte de son sperme ». Puis il nous révèle le drame de la naissance des principes masculin et féminin, actif et passif :
« Le principe masculin s'appela d'abord Aïsh et le principe féminin Aïscha.
« Mais, en se dédoublant, Adam, devenu Aïsh,
SOUS la suggestion des premières ivresses et des joies parfumées et enivrantes du paradis étiiéré, vit qu'Aïscha était belle ; grisé par sa beauté, il la prit sous lui, et, guidé par ce qu'il croyait dans son immense orgueil une action divine, pratiqua le premier coït et engendra ainsi la grande famille humaine.
« Et ce fut à l'occasion de ce grand fait qu'Adam appela la femme qui avait été tirée de son sang Eva, c'est-à-dire la mère da genre humain.
« Et Adam vit que le coït était bon, car, tout en procurant à l'homme et à la femme d'ineffables jouissances, il faisait de l'homme, principe actif, un créateur, un exécuteur de la volonté engendrante de Dieu.
(( Il vit aussi que le coït était la base de toute la création, le principe qui devait en assurer la perpétuité et la conservation ^ . . ^>
Il ajoute plus loin :
(( ... Si nous considérons la puissance du fait dont l'accomplissement reconstitue Tunité en faisant fusionner la femme et riiomme, nous serons bien obligés de conclure que c'est là l'acte le plus important de tous ceux qui se passent sur la terre pour la glorification du Dieu puissant qui créa par une éjaculation de sa A^olonté, l'homme, les animaux, les végétaux, les minéraux et leur grande matrice à tous'^. »
Les docteurs et les saints de l'Islam sont loin de considérer la copulation comme un acte contraire aux lois de la piété et de la religion. On lit dans le