‹ L'occultisme et l'amourChapitre 34 sur 87 · La sorcière^ p. iOi · texte numérisé non relu

La sorcière^ p. iOi

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78 L OCCULTISME ET L AûIOUR

L'indignation bonillonna dans les âmes ; la haine se mit à fermenter. Puisque Dieu, par Tintermédiaire de ses représentants sur terre, se faisait le complice de toutes les exactions commises au préjudice du mécréant, le mécréant se soulèverait contre Dieu. Mais, à cette révolte comme à toute révolte que Ton veut faire aboutir, il fallait un chef, un chef indiscutable digne de lutter à armes égales contre l'Eternel. Et alors, les révoltés allèrent chercher le vaincu de la première lutte, le Prométhéede la mythologie chrétienne, l'archange déchu, Satan, pour le mettre à la tète de la guerre nouvelle entreprise contre le Très-Haut. Opposant religion à rehgion, ils décrétèrent le culte du Maudit, et, dans les assemblées secrètes tenues au fond des bois mj^stérieux, ils rélurent souverain maître, opposant aux rites et aux cérémonies du christianisme abhorré les offices ironiques et insultants du sabbat et de la messe noire.

Ainsi, le satanisme est bien une rehgion, inspirée d'ailleurs de l'hérésie manichéenne qui, on se le rappelle, reconnaissait la lutte perpétuelle des principes du Bien et du Mal, le Dieu de Lumière et le Dieu de Ténèbres. « Le culte du Démon n'est pas plus insane que celui de Dieu : Tun purulc et Tautre resplendit, voilà tout. Les affihés du satanisme sont des mystiques d\m ordre immonde, mais ce sont des mvstiques. Maintenant, il est fort probable que leurs élans vers Tau-delà du mal coïncident avec des tribulations enragées des sens, car la luxure est la goutte-mère du démonisme ^ y

i, J.-K. Huysmans, Uà-bas, p. 361,

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SATAN ET l'amour T9

Telle est TiHée qui guide le choix des sectaieiirs du Très-Bas. La plupart du temps, en effet, on n'a recours aux bons offices de Salan que pour se procurer les jouissances charnelles qui vous sont refusées soit par défaut de fortune, disgrâce physique ou contrainte du fait de ceux dont tous dépendez. Cette dernière raison est l'explication plausible du nombre de prêtres satanisants qui scandahsèrent l'église depuis le moyen âge.

Mais, pour être d'une logique rigoureuse, il faut conclure de ces faits que la première condition nécessaire, indispensable même, pour faire un parfait satanisant, est d'être un véritable catholique, un croyant dans toute l'acception du terme. Qu'importeraient à un athée ou à un bouddhiste ces profanations d'hosties, ces parodies sacrilèges du saint sacrifice? Quelle efficacité pourraient-ils reconnaître à ces mélanges toxico-religieux employés comme philtres ou comme maléfices par les maîtres de l'art satanique?

Dans cette branche de l'occultisme connue dans les autres, les initiés répondront comme toujours aux sceptiques :

— Vous ne pouvez rien sans la foi.

Du reste, rien n'expose davantage aux tentations de Toccultisme et des amours maudites que l'excès des pratiques religieuses.

« — Du mysticisme exalté au Satanisme exaspéré il n')^ a qu'un pas, exphque Durtal, au sujet de Gilles de Rais, dans le roman si étrange et si observé de J.-K. Huysmans, Là-bas K Dans l'au-delà, tout se

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touche. Il a transporté la furie des prières dans le territoire des à Rebours; en cela, il fut poussé, déterminé, par cette troupe de prêtres sacrilèges, de manieurs de métaux et d'évocateurs de démons qui l'entouraient à Tiffauges...

« — De sorte que ce serait la Pucelle qui aurait décidé les forfaits de Gilles? demanda l'interlocuteur de Durtal.

« — Oui, jusqu'à un certain point, si Ton considère qu'elle attisa une âme sans mesure, prête à tout, aussi bien à des orgies de sainteté qu'à des outrances de crimes. »

Nous verrons, dans les chapitres suivants, à quelles aberrations érotico-mystiques le satanisme a conduit ses adeptes.

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