‹ L'occultisme et l'amourChapitre 38 sur 87 · De vila sua, liv. I, cap. xiii · texte numérisé non relu

De vila sua, liv. I, cap. xiii

Hosted by

SATAN ET L AMOUR oo

ne fermait pas le sommeil, et l'oppressa presque jusqu'à la mort d'un poids étouffant. La pauvre femme ne pouvait plus ni remuer, ni se plaindre, ni respirer; mais elle implorait intérieurement le secours divin, qui ne lui manqua pas. Son bon ange se tenait justernenl au chevet de son lit; il s'écria d'une voix douce et suppliante : «Sainte Marie, aidez-nous ! » et il s'élança sur rincu1)e pour le forcer de quitter la chambre. Celui-ci se dressa sur ses pieds et voulut résister à cette attaque inattendue ; mais l'ange le renversa sur le plancher avec un tel fracas que sa chute ébranla toute la maison. Les servantes en sursaut se réveillèrent et accoururent; elles trouvèrent leur maîtresse pâle, tremblante, qui lenr apprit le danger qn'elle avait affronté et dont elle portait les marques.

Jean Bodin assista au procès d'une sorcière, nommée Jeanne Hervilliers, qui fut jugée à Ribemont en 1578. Cette femme raconta qu'elle avait été vouée au démon dès sa naissance. A douze ans, elle avait été déflorée par un démon invisible à tout autre qu'elle, et qui ne la quitta plus, même lorsqu'elle se maria. Soulignant cette déclaration, elle ajouta que, pendant trente ans, elle avait chaque nuit ouvert à cet incube le lit conjugal sans que son mari s'aperçût de rien.

Le conseiller Delancre, qui fut commissaire royal pour faire une enquête sur l'épidémie de démonomanes qui désola en 1609 le pays de Labourd (Basses-Pyrénées actuelles), et qui fit brûler plus de quatre-vingts malheureux en l'espace de quatre

Hosted by

mois, assure que les déinonomanes ont trouvé le moj'en de (^ ravir les femmes (rentre les bras de leurs époux, et, faisant force et violences à ce saint et sacré lien du mariage, ils ont adultéré et joui d'elles en présence de leurs maris, lesquels, comme statues et spectateurs immobiles et déshonorés, voyaient ravir leur honneur sans pouvoir y mettre ordre ; la femme, muette, ensevelie dans un silence forcé, invoquant en vain son mari et l'appelant inutilement à son aide; et le mari, charmé et sans aide lui-même, contraint de souffrir sa honte à yeux ouverts et à bras croisés.»

Les documents les plus authentiques en Tespëce, c'est-à-dire les témoignages obtenus au cours des procès de sorcellerie, donnent une piteuse idée de la galanterie et de la générosité du démon. Il est vrai que la plupart des victimes de ce dernier étaient plutôt peu engageantes et qu'un homme de goût ne concevrait guère quel sentiment pouvait pousser Tarchange déchu, le superbe ennemi de Dieu, à se ravaler à ces amours baroques avec des vieilles parcheminées et flétries qui avouaient être les élues du Maudit. « Henriette Gillard (une peu délectable commère, au dire du bourreau qui lui fit subir l'examen des sorcières) confessa qu'elle eut commerce avec le démon de la même fasson que le mary avec sa femme, sauf qu'elle n'y trouva aulcugne délectation ny plaisir ^ »

Pourtant, certaines femmes prenaient quelquefois

1. Alex. Tuetey, La Sorcellerie au pays de Monlbéliard^]}. 81.

Hosted by

goût au commei^ce avec Satan. Jean Wier raconte que, de son tenups, une jeune religieuse, nommée Gertrude, âgée de quatorze ans, couchait toutes les nuits avec Satan en personne. 11 s'était fait aimer d'elle à ce point qu'elle lui écrivait des lettres dans les termes les plus tendres et les plus passionnés.

Madeleine de La Croix, abbesse de Cordoue, passa longtemps pour une sainte. Les princes de l'Eglise, les ducs, les comtes, les savants, les religieux de tous ordres se recommandaient à ses prières. Elle finit cependant par avouer qu'elle était depuis près de quarante ans Tamante du démon et que c'était de lui qu'elle tenait tout ce qui la rendait un objet d'admiration pour ses contemporains. Elle raconta comment elle avait contracté mariage avec le démon, lui donnant en signe d^alliance deux doigts qui depuis restèrent atrophiés. Dès l'âge de douze ans, grâce à ce pacte, elle opérait des miracles et le démon prenait la forme des saints devant lesquels elle s'agenouillait. Elle ajouta que le démon qui lui servait d'incube prenait la forme d'un bel adolescent.

Jeanne Herviller de Verberie, près Compiègne, confessa que sa mère l'avait présentée au diable « en forme d'un grand homme noir et vestu de noir, botté, esperonné, avec uncespéeau costéet un cheval noir à la porte ». Jeanne avait alors douze ans et, depuis le jour de cette présentation, le diable coucha charnellement avec elle, « en la mesme sorte et manière que font les hommes avecque les femmes, hormis que la semence estoit froide. Cela continua tous les huit ou quinze jours, mesuje icelle estant couchée près

Hosted by

(le son mary, sans qu'il s'en aperçut » ^ Jeanne fut ])riilée avec sa mère.

Pourtant Delancre - prétend que « le diable n'a guëres accoustumé d'avoir accointance avec les vierges, parce qu'il ne pourrait commettre adultère avec elles : aussi il attend qu'elles soient mariées ».

ni

Le succubat a toujours été plus rare queFincubat. Il y a bien plus de diables que de diablesses. La cause en est peut-être que l'imagination de l'homme est moins dévergondée et plus difficile à dévoyer que celle de la femme.

Pourtant, d'après Balthazar Eekker '=^, pendant cent trente ans qu'Adam s'abstint du commerce de sa femme, il vint vers lui des dicdjlesses qui en devinrent grosses et qui accouchèrent de diables, d'esprits, de spectres nocturnes et de fantômes.

Pic de la Mh^andole'^ dit qu'il a connu un vieillard de quatre-vingts ans qui avait couché la moitié de sa \ieavec une diablesse et un autre de soixante-dix ans qui avait eu le même avantage.

Spranger rapporte également qu'un sorcier allemand copulait « devant sa femme et ses compagnons

Page 1