‹ L'occultisme et l'amourChapitre 44 sur 87 · De operatione dœmonum · texte numérisé non relu

De operatione dœmonum

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tueux avec elle, il la condamne à l'éternelle souffrance que lui causent les troubles de ses organes sexuels et veut à tout prix lui imposer son masque sinistre d'austérité, son existence farouche de recluse. Satan la prend par la main, la relève de son humiliation, la glorifie, baise ses plaies et communie avec elle du sang de sa perpétuelle blessure, foulant aux pieds à son tour le Christ odieux créé de toutes pièces par les moines et les prêtres.

Alors la messe noire n'est plus un simple rendezvous d'êtres lubriques, attirés là par un spectacle erotique et l'espoir d'une orgie finale. C'est la protestation du peuple opprimé, c'est le sjaiibole de la délivrance espérée, la communion de révolte ! La femme qui se prêtait au rôle d'autel n'était plus une vulgaire nymphomane, ivre de voluptés étranges, mais une illuminée, une véritable prophétesse risquant la mort et les tortures pour apporter aux serfs courbés sous le désespoir, l'espérance de temps meilleurs et l'hostie d'amour. Là, les amants férocement séparés par la volonté du baron, leur maitre, mêlaient leurs baisers et leurs larmes et maudissaient à la fois le maitre inexorable et le Dieu d'iniquité, au nom duquel on prélevait les dîmes et parfois les prémisses des jeunes virginités.

Cette conception de la messe noire ne manque ni d'originalité ni de vraisemblance. Plus tard, pourtant, elle devint tout autre chose.

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Ce fut surtout le grand siècle, le siècle de Louis XIV, qui vit le triomphe de la messe noire. Le D' Légué nous a fait assister dans son ouvrage intitulé Médecins et Empoisonneurs, au défilé des dames de la cour du gràmX roi dans la petite rue Beauregard alors complètement isolée dans un quartier perdu aux portes de Paris. Elles se rendent chez la Voisin, la sinistre sorcière et empoisonneuse : «Toutes, dit-il, oui, toutes s'en vont demander des philtres pour la mort des époux détestés, pour envoulter des amants, pour prolonger une jeunesse que la débauche flétrit trop vite, pour tuer dans leurs entrailles le fruit d\m récent adultère et recommencer le lendemain des expéditions voluptueuses dans le domaine des amours ilhcites.

(( On y voit les plus braves et les plus audacieuses qui tressaillent d\m involontaire effroi sous le mince lumignon d'une lampe fumeuse, en interrogeant leur destinée dans le marc de café, dans les cartes, dans les entrailles fumantes des bètes éventrées, dans le miroir magique, sur un tableau noir où s'étaleront des signes bizarres à l'heure où il est reçu qu'on verra rougeoyer l'anneau solennel de Saturne i. »

L'auteur décrit l'arrivée de la Montespan dans l'antre de la Voisin.

1, Loc, cit., p. 158,

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Dans une des chambres de la maison, une sorte d'autel se trouve préparé, autel bizarre dont la table est représentée par un matelas étendu sur des tréteaux. L'orgueilleuse marquise n'hésite pas, elle se dévât complètement avec l'aide de la fille de la Voisin et s'étend sur l'autel.

(( Elle se coucha donc, dit le D' Légué, sur cet autel étrange, les jambes pendantes d'un côté, de l'autre la tète appuyée sur un oreiller que soutenait une chaise renversée. L'abbé Guibourg plaça la croix sur la poitrine de la marquise, étendit une serviette sur le ventre et y déposa le calice, après quoi la cérémonie impie commença, Marguerite Voisin remphssant l'office de clerc.

(( Aux différentes phases du sacrifice, lorsque le célébrant doit baiser l'autel, Guibourg baisait le corps de la marquise de Montespan'. »

Pourquoi cette orgueilleuse et fière Athénaïs dont les mémoires du temps rapportent l'arrogance et la hauteur, s'abaissait-elle à ce rôle abominable et se prêtait-elle docilement aux baisers baveux de ce prêtre septuagénaire ignoblement hbidineux? Pourquoi cette femme si délicate, si dégoûtée des moindres contacts roturiers se laissait-elle sans haut-le-cœur souiller du sang de l'innocente victime offerte à Satan ; car le hideux sacrificateur, égorgeant un nouveau-né acheté h quelque malheureuse, faisait tomber son sang dans le calice afin de le mêler aux hosties consacrées et de consommer le sacrilège

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