De Rochas, VEnvoûiement, p
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tenr, et qui représentent- symboliquement, dans lo but dïmir et de désunir, les noms et qualités de celui qui doit être sa victime. »
Au moyen âge les occultistes faisaient grand usage de renvoûtement, et souvent renvoûtement de haine suivait Tenvoûtement d'amour.
Un document très précieux nous met à même de voir la double opération magique s'opérer. C'est le compte rendu du procès de Guicliard, évêque do Trojes, celui-là même que la rumeur publique avait appelé le u fils de Imcube ».
C'est une des figures les ^dIus étranges du xiv' siècle que cet évêque avide de richesses, pillard, vicieux' et magicien militant. D'une naissance douteuse, puisqu'on alla jusqu'à l'attribuer au démon, le jeune Guichard fut élevé dans une demeure hantée par les spectres, — comme il en fera lui-même l'aveu — nous le verrons plus loin. On se demande comment un jeune homme pouvait, sous de pareils auspices, se préparer dignement au sacerdoce et pourquoi les siens le tournèrent vers l'état ecclésiastique. C'est que le moine et le prêtre étaient à l'époque les plus puissants, et que cette carrière conduisait rapidement à la fortune et aux honneurs.
Guichard monta vite aux premières dignités. En
quelques années, il parvenait à conquérir la crosse abbatiale et devenait titulaire d'un des plus riches domaines ecclésiastiques de la Champagne. La rumeur publique prétendait bien qu'il avait hâté la fin de ses prédécesseurs par le poison, mais le jeune prélat était si adroit diplomate, si insinuant, que ces sourdes accusations ne l'empêchèrent pas de gagner la protection de sa très haute suzeraine Jeanne de Champagne, reine de Navarre. Bientôt, celle-ci épousait Philippe le Bel et devenait reine de France. Grâce à l'appui de la souveraine, Guichard parvint au poste extraordinairement envié de conseiller du roi, et, devenant de ce chef un des ecclésiastiques les plus en vue de sa province, il s'imposa logiquement aux suffrages des chanoines, lorsqu'il fut question de nommer un successeur à l'évêque de Troj'CS décédé. Des mœurs déplorables, un choix peu scrupuleux dans les moyens de s'enrichir, des abus dû pouvoir révoltants appelèrent sur le nouvel évèque l'attention de l'autorité suprême. Cependant, il eût pu tenir tête à ses supérieurs et à ses ennemis si une brouille n'était survenue entre lui et la reine — les reines, devrions-nous dire plus exactement, car la mère de Jeanne, la reine douairière Blanche, prit véhémentement les intérêts de sa fille et fit tant que le roi le chassa de son conseil. Par une coïncidence bizarre, les deux reines moururent, tandi^s qu'on dirigeait une enquête contre les abus do l'évêque incriminé. La voix publique s'éleva contre Guichard et l'accusation effroj^ible d'envoûtement courut la province. C'était la fin. On se Sciisit de
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révoque et on Técroua à Paris, dans une des tours du Louvre, comme criminel d'Etat.
Ce procès a ceci de très curieux, qu'il se fit j^resque en môme temps que celui des Templiers.
Dans un mémoire lu le 9 mai 1817 à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, le comte Boissy d'Anglas a fait l'historique de cette cause célèbre. C'est à ce mémoire publié dans les annales de la savante institution que nous empruntons les détails qui suivent.
Entre autres accusations fort graves, Tévêque Guichard était inculpé d'avoir fait périr par le moyen d'opérations magiques, Jeanne, comtesse de Champagne, reine de France et de Navarre, femme du roi Philippe le Bel, après avoir vainement essayé de se faire aimer d'elle.
Malgré les dénégations de l'accusé, de nombreux témoignages vinrent le confondre, entre autres ceux d'un ermite jacobin et d'une sorcière, sa complice, femme « inspiritée », dit le texte ancien.
Le bon ermite, assez peu orthodoxe, semble-t-il, déclara que Guichard était venu en son ermitage de Saint-Flavy, qu'il avait appelé à. son aide une sorcière à laquelle il avait demandé les moyens de se faire aimer de la reine. A cette question, la spécialiste ayant répondu qu'elle n'y pouvait rien, l'envoûtement delà reine fut décidé, accompli selon les rites, si bien qu'elle mourut.
Comparaissant à son tour devant les juges, la sorcière répondit « que Tévêque Tenvoj^a chercher et lui demanda si elle pouvait le faire aimer de la
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reine et avoir contentement avec elle, ce à quoi elle répondit non; qu^il fit alors venir le jacobin et lui dit qu'elle ne savait rien ; que le jacobin lui répondit qull fallait lire le grimoire; que Tévêque le prit et le lut et qu'aussitôt il apparut un diable auquel le jacobin parla d'une manière assez familière et lui demanda comment l'évêque pourrait avoir contentement avec la reine, mais qu'elle n'entendit pas la réponse ; qu'elle sait bien qu'il y a des moyens de se faire aimer d'une femme et d'en user à sa volonté malgré elle ; qu'elle connaît plusieurs de ces moyens qui sont immanquables, mais qu'elle n'a pas voulu les dire à l'évêque... »
Ce procès qui met en lumière les étranges mœurs de l'éqoque, qui nous montre les ermites que l'on s'était généralement figuré sous d'autres couleurs, frayant, avec les sorciers, causant familièrement aux diables, apportant leur concours, prêtant leur ermitage, cette retraite considérée comme sainte, à l'œuvre maléfique de l'envoûtement, est certainement une des pages les plus curieuses de l'histoire de la sorcellerie. Il met en scène des personnages du haut et du bas de l'échelle sociale, depuis le très haut et le très puissant prince do TEglise jusqu'à la sorcière légendaire. Et, curieuse coïncidence avec l'hypothèse émise par Michelet, cette femme avoue qu'elle connaît les moj'^ens de suggérer l'amour, mais qu'elle n'a pas voulu les dire à l'évêque : revanche du faible sur le puissant, de l'opprimé sur l'oppresseur.
Nous trouvons, au cours de Tinterrogatoire, un
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passage qui mérite d'être rapporté. L'accusé, interrogé relativement à la dénomination de «fils de l'incnbe» qui lui était restée, répondit « sur le fait des incubes, qu'à la vérité la maison de son père en était remplie pendant sou enfance, mais que cela ne prouvait rien contre sa légitimité. ^>
Au moj'On âge, ce n'était pas toujours une vulgaire poupée qui servait aux envoûtements. Les Archives de la Bastille nous ont légué notamment une formule toute spéciale employée par la sinistre Brinvilliers et que voici :
(^ Jetez dans le feu un fagot avec de l'encens et <le l'alun et prononcez ces paroles : Fagot, je te brûle, c'est le cœur, le corps, le sang, l'entendement, le mouvement, l'esprit de X (homme ou femme). Qu'il ne puisse demeurer en repos jusqu'en la moelle de ses os, rester en place, parler, monter à cheval, boire et manger avant qu'il ne soit venu accomplir mon désir. »
En résumé, la conjuration reste à peu près la même, mais il n'est plus besoin de portrait ni d'effigie, un vulgaire fagot suffit. Seulement, ce que la formule ne nous dit pas et ce qu'oli peut supposer, c'est qu'au préalable, le fagot avait fait l'objet d'opérations magiques et sacrilèges destinées à le douer de la personnalité et surtout de la sensibilité
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du sujet. Il est certain qu'une parodie du baptême, célébrée par un de ces prêtres maudits familiers des ]nesses noires, avait précédé la mise au feu des objets désignés. Au cours de cette dérisoire cérémonie, le fagot voué aux flammes avait reçu le nom de la personne visée par rencliantement, et il est hors de doute que des parcelles de ses cheveux ou de ses vêtements avaient été placées parmi les brindilles et les morceaux de bois qui le formaient. Ce ])aptême constituait, en effet, alors, une des conditions indispensables à la bonne réussite de l'envoûtement.
De nos jours le progrès s'est manifesté jusque dans les procédés d'envoûtement. Point n'est besoin de se donner la peine de faire une effigie ou d'avoir recours au sacrilège et ri(Kcule baptême du fagot. Une photographie de la future victime suffit.
La théorie de l'envoûtement par le moyen du portrait de la personne n'est pas nouvelle d'ailleurs. Elle date de Paracelse, ce qui lui donne un âge respectable. Le célèbre occultiste est le père de la loi occulte constatant qu'une portion de la sensibilité du sujet se fixe par rayonnement dans l'image qu'on en fait sur un objet quelconque. Frapper un mur, crever une toile sur lesquels se trouvent des portraits, c'est, d'après Paracelse, faire subir aux
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personnes qu'elles représentent le contre-coup de ces mauvais traitements.
Cette théorie a été reprise depuis par de nombreux chercheurs, notamment par le colonel de Rochas et Jules Lermina. Ce dernier, dans sa nouvelle intitulée rEnvoiUeur, étudie et développe ingénieusement une précédente hypothèse de Balzac, d'après laquelle toute personne soumise à la photographie abandonne à la plaque qui reçoit son image une partie de sa sensibilité.
Instinctivement les envoùteurs du xix^ siècle ont eu Tintuition de cette théorie. Aussi, les jolies théâtreuses et les ténors en vogue dont les portraits s'étalent aux vitrines, les hommes politiques, les littérateurs, les artistes célèbres, les athlètes, les souverains, les jockeys sont-ils chaque nuit en effigies photographiques l'objet d'opérations magiques dont ils ne se doutent pas.
Jules Bois divise les envoûtements d'amour en trois classes.
La première se rattache au rite des Grecs et des Romains, tel que nous l'ont transmis Théocrite et Virgile, faisant usage de la poupée de cire et du chant. Dans la seconde classe, on influence les mets solides ou liquides : fruits, viandes, boissons diverses. Dans la troisième on emploie les philtres, c'est-à-
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(lire la plupart du temps des aphrodisiaques, des herbes, des talismans.
Nous avons précédemment parlé des premiers avec assez de développement pour n'y plus revenir.
Le second est, paraît-il, des plus efficaces. Parmi les ahments, les fruits sont les véhicules les plus usités et parmi les fruits la pomme. La pomme, ro)3Jet de la convoitise de notre mère Eve, « provocateur de gourmandise >>, serait aussi un merveilleux interprète d'amour, ce qu'en matière d'électricité on nomme un bon conducteur.
Voici en quels termes l'auteur du Satanisme nous initie aux propriétés erotiques de ce fruit et à la façon de l'employer.
(( La clavicule exhorte afin que ce fruit soit souverain à le parfumer et à l'asperger avant de le cueilKr. 11 faut ensuite dire sur lui :
« Dieu qui avez fait Adam et Eve des quatre éléments, de même qu'Eve communiqua vraiment à Adam le mal et l'a fait pécher, de même vraiment qui mangera de ce fruit fera toujours ma volonté i.»
A défaut de pommes, on pouvait se servir d'autres aliments sur lesquels on prononçait la formule exécratoire suivante rapportée par Jules Bois :
(( En quelque partie du monde que vous soyez et de quelque nom que vous vous appehez, je vous conjure. Démons qui avez la puissance de bouleverser le cœur des hommes et des femmes, par celui qui vous créa et qui peut v^ous détruire, cette nuit