‹ L'occultisme et l'amourChapitre 57 sur 87 · Enné'ades. Tradiu-t. Boiiillet, t. II, p · texte numérisé non relu

Enné'ades. Tradiu-t. Boiiillet, t. II, p

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table, dit-il, c'est ramitié qui règne dans l'univers ^avec la Haine son contraire. Le loremier magicien, celui que les hommes consultent pour agir au moyen •de ses philtres et de ses enchantements, c'est l'Amour! »

A ro))jection faite par Porphyre et que beaucoup ont renouvelée depuis, que dos magiciens prononcent dans leurs opérations des mots qui ne signifient rien, Jamblique répond que les hommes, à la vérité, ignoraient la signification de plusieurs mots, mais" qu'elle était connue des dieux (jui étaient les auteurs des formules et qui y avaient attaché l'efficacité des opérations ; qu'il ne fallait pas croire que ces mots, quelque barbares qu'ils' parussent, fussent d'invention des magiciens goétiques ou des prestidigitateurs puisque, si cela était, il ny aurait eu aucun inconvénient de substituer des mots usités à ces mots, pris une à langue étrangère, au lieu qu'il était constant que ces formules n'opéraient qu'autant qu'on les employait telles qu'on les avait reçues des anciens.

L'écho de ces croyances se retrouve dans les poètes de l'antiquité. Ecoutez la magicienne de Théocrite : « Où sont mes lauriers ? Apporte-les, Thestylis. Oii sont les philtres, aussi? Entoure cette -coupe de la toison rouge d'une brebis. Je veux fair^

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LES PHILTRES ET LES INCAiNTATIONS EN AMOUR 13:5

un enchantement sur cet homme cruel que j'aime et par qui je souffre, qui n'est point venu depuis douze jours, qui ne sait si je suis morte ou vivante, et qui n'a point frappé à ma porte. Sans doute Eros et Aphrodite ont emporté ailleurs ses esprits légers. J'irai demain à la palaistre de Timagétos, et je lui reprocherai ce qu'il m'a fait. Resplendis donc, Sélana 1 Je te chanterai, divinité sereine, toi et la souterraine Hékata qui monte au milieu des tom- ])eaux des morts, dans le sang noir que redoutent les jeunes chiens eux-mêmes. Salut, effrayante Hékata! Soutiens-moi jusqu'au bout, et fais que mes poisons égalent en violence ceux de Kirka, ceux (k^ Médeïa et de la blonde Périméda ! Bergeronnette magique, ramène-le vers ma demeure î » Alors commencent les cérémonies de l'incantation : (( Voici que le feu a consumé la farine. Répands-la, Thestvhs. Répands et dis : « Je répands les os de Delphis. Délions m'a torturée, et moi, je brûle ce laurier sur Delphis; et de même que ce laurier s'embrase, pétille et brûle, et que ses cendres même ont disparu, que la chair de Delphis le Mjmdien, se consume ainsi dans la flamme! Bergeronnette magique, ramène-le vers ma demeure. » La magicienne s'exalte. « ThestyHs, s'écrie- t-elle effarée, les chiennes aboient par la ville. La déesse est dans lescarrefours. Frappe promptement sur l'airain. Voici que la mer et les vents se taisent, mais non le mal qui est dans mon cœur; car je brûle pour celui qui m'a faite malheureuse, qui ne m'a point épousée et (jui m'abandonne, impure et n'étant plus vierge. >y

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Et les cérémonies de rincaniation recommencent plus pressantes. <( Je verse trois libations, déesse vénérable, et je redis trois fois: qu'une femme soit couchée avec lui, ou que ce soit un homme, qu'il l'oublie, comme autrefois Theseus, dans Naxos, oublia Ariadna aux belles tresses. L'iiippomanès est une plante arcadiennei. Par les montagnes, elle rend furieuses les cavales rapides et les pouliches, Puissé-je voir Delphis, furieux aussi, entrer dans cette maison, au sortir de la i^rasse palaistre! Bergeronnette magique, ramène-le vers ma demeure ». Enfin l'acte le plus important de l'incantation. (( Delphis a perdu cette frange de son manteau. Je la déchire et la jette dans Tâpre feu. C'est pour toi que j'écrase ce lézard. Demain je te porterai une amère boisson. Maintenant, Thestylis, prends le jus de ces herbes, et cours en frotter le seuil de sa maison, ce seuil où tout mon cœur est encore attaché. Crache dessus et dis : « Je frotte les os de Delphis ». Mainlenant que l'incantation est accomplie, la magicienne devient menaçante. « Je l'enchanterai avec des philtres, et, s'il m'outrage encore, oui ! parles Moires ! il frappera à la porte du Hadés, grâce à ces poisons terribles que je garde dans une corbeille et que je tiens d'un hôte assyrien. » Le brasier s'éteint et les feux de l'aurore vont bientôt faire pâlir les feux de la nuit. « Tourne tes chevaux vers l'Okéanos, ô Yé-

1. ThéorrUe veut-il désigner le mancenillier, une euphor])i;icée, ou bien l'hippomanès, qui joue un si grand rôle dans les incantations magiques, et qui n'est (jue le mucus qui découle de la vulve des cavales en rut?

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nérable î Adieu, Sélaiia au visage luisautî Adieu, vous aussi, Astres, compagnons du char de la nuit tranquille ^ . »

Mélissa a été abandonnée par son amant Charinus quia passé dans les bras de sa rivale Simiqué. Elle confie son chagrin à son amie Bacchis. « Si tu connaissais quelque vieille,, lui dit-elle, qui sache, comme les femmes de Thessalie, rendre les gens aimables et l'aire aimer ce que Ton déteste, tu me rendrais bien service de me l'amener. Je lui donnerais volontiers mes robes et mes bijoux, pourvu que son art ramenât Charinus dans mes bras et lui fit exécrer Simiqué au lieu de moi. » Et Bacchis connaît justement la magicienne dont Mélissa a besoin. « Il j a, ma chère, une gaillarde, une SjTienne, magicienne excellente ; elle m'a un jour raccomodée avec Phanias qui, pour un rien, comme ton Charinus, s'était fâché. Au bout de quatre mois d'absence, par ses enchantements elle m'a ramené mon infidèle, alors que je commençais à perdre espoir-. »

Les sorcières de Thessahe avaient, comme on lé voit, une haute réputation ; et rien ne résistait à la puissance de leurs philtres, au dire de Lucain-" :

... Ibi plurima surgunt Vim factura deis ; et terris hospita Colchis Legit in Hœmoniis, quas non advenerat herbas.

Elles savaient transformer Caton en Adonis et

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