La Magie
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142 l'occuxtisme et l'amour
aux animaux, suivant le plus ou moins de tempérament dont ils faisaient preuve dans leurs manifestations sexuelles.
Dans les formules qu'ils déclaraient irrésistibles, les cœurs de colombes, les testicules de lapin et de coq^ les foies d'h^^nes, les jeux de chattes en rut et autres ingrédients fantasmagoriques tiennent uneplace des plus importantes.
De véritables hécatombes de bêtes avaient lieu dans les antres des sorciers à Tépoque des amours, lorsque par les nuits étoilées les mâles et les femelles se donnent rendez-vous, les animaux domestiques dans les rues et sur les toits, les fauves sous la ramureprofonde des grands bois.
Malheur alors aux matous assez imprudents pour ne pas savoir cacher l'ardeur de leur passion, malheur aux tourterelles trop aimantes, aux coqs sortis vainqueurs des tournois provoqués par les rivalités d'amour. Leurs dépouilles allaient rejoindre les pharmacopées diaboliques au fond des laboratoires d'alchimie. De leurs viscères on composait des onguents, des poudres, des pilules. Sur leurs peaux préparées ad hoc, on gravait des paroles mystiques, des motsmvstérieux, des figures kabbalistiques, et ces amulettes se vendaient à des prix fabuleux.
Il ne faudrait pas croire que de nos jours on ait entièrement renoncé à ces pratiques. Nous avonsvu bien souvent, au sortir des a corridas», à Madrid comme à Séville, à Grenade comme à Cordoue, decrapuleux gamins espagnols offrir à de ^deux messieurs ou à de belles dames des virilités de taureaux
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dont ils vantaient, en mots plus que crus, les effets iiphrodisiaques sur ceux qui en mangent.
Depuis le jour où BrownSequard vieilli a concentré son attention sur sa vessie languissante et remédié aux défaillances de ses mictions par le moyen que Ton sait, l'opotiiérapie (cttcç, jus, suc) était créée, avec les sucs testiculaires pour les vieux qui voudraient bien redevenir jeunes, les sucs de substance nerveuse grise pour les gens sans cervelle qu'on désigne parfois aussi sous le nom d 'imbéciles, les sucs de moelle osseuse pour ceux qui en manquent.
On fait plus, on fait mieux. Vous savez combien certaines femmes souffrent moralement et physiquement aux approches redoutables de la ménopause, Cjuand elles doivent renoncer à la vie sexuelle. On leur prépare de délicieux consommés avec des ovaires de lapines, et on refait ainsi des jeunes filles avec de vieilles matrones. Dans les rues de Damas, nous avons entendu les marchands de ileurs crier ce délicieux euphémisme : « Sàlih hamà-tak » (apaise ta belle-mère) î A Paris, c'est le tripier qui nous chantera O'e refrain.
Nous allons montrer maintenaat par quelques formules puisées dans les traités spéciaux combien la pharmacopée opothércipique diffère peu de la pharmacopée magique.
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Comme les talismans et les amulettes, les drogues magiques remontent à la plus haute antiquité.
L'auteur du Kama-Soiitra recommande à ceux qui sont disgraciés à la fois de la nature et de la fortune remploi d\m onguent fait avec la coronoria tubernamenta, le costus speciosus ou arabicus et la calaphracta flacourlia. On en frotte tout le corps et on se rend ainsi agréable à la vue. On emploie de la même manière des huiles extraites de plusieurs })lantes: Therbedeporc, rechites putrida et des fards noirs tirés des mômes plantes ou de leur mélange.
Vatsyavana donne la recette de compositions Inzarres de six poudres : un homme qui oint son linga avec Tune d'elles se rend maître de telle femme qu'il veut; des fards composés avec le résidu de la combustion d'os de chameaux, de chouettes, de vautours et de paons donnent un pouvoir iUimité de séduction; d'un mélange de crottes de singes, qui, jeté sur une jeune fille comme un sort, l'empêche de jamais se marier.
Pierre Mora donne la formule suivante: (^ Pulvériser un cœur de colombe, un foie de passereau, la matrice dîme hirondelle, un rognon de hèvre, y mêler une partie égale de son sang séché et faire avaler deux ou trois fois un drachme. »
Yoici maintenant une formule empruntée au Livre
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LES PHILTRES ET LES INCAÎsTATIONS E>; AMOUR 145
des secrets de magie : « Avoir un crapaud en vie. Le vendredi, avant le soleil levant, à l'heure de V6nns, l'attacher parles pattes de derrière dans votre cheminée. Le pulvériser aussitôt sec, l'envelopper dans une feuille de papier, le mettre derrière un autel pendant trois jours et l'en aller retirer le troisième. Si la messe a été dite sur cet autel, il suffira pour vous faire suivre de toutes les femmes d'en saupoudrer une fleur. »
A Roscoff, dit M. Cambry, les femmes, après la messe, balaient la poussière de la chapelle de la Sainte-Union, la soufflent du côté par lequel leurs époux ou leurs amants doivent revenir et se flattent au moyen de ce sortilège de fixer le cœur de ceux qu'elles aiment.
La combinaison suivante est très recommandée : (^ Brûler trois poils des parties secrètes et trois de l'aisselle gauche sur une pelle à feu. Mettre cette poudre dans un aliment. La personne ne Aa~)us quittera jamais. »
On préconise encore comme souverains : le cerveau d'un chat et d'un lézard; le sang menstruel d'une paillarde ; la semence humaine ; la matrice d'une chienne en chaleur qui a refusé le chien; les intestins d'une hyène ; l'os gauche du crâne d'un crapaud ^ .
D'après Cornélius Agrippa, il faut, pour fabriquer des philtres amoureux, prendre en tout ou partie les membres dans lesquels les appétits vénériens do-
i. L'os droit produit l'elTet contraire.
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U6 L OCCULTlSMi: ET l'aMOUR
minent et cela dans les animaux qui aiment le plus, tels que colombe, tourterelle, passereau, hirondelle, aux époques où ils sont le plus excités à Tamour.
Le Grand Albert affirme que la pervenche réduite en poudre avec des vers de terre donne de Tamour aux hommes et aux femmes s'ils la mangent mêlée à leurs aliments, principalement à leur viande.
Il signale aussi les hautes propriétés de la « Renouée » qui excite beaucoup à l'amour et donne des forces pour user du coït. Il en est de même, d'ailleurs, toujours d'après le même recueil, de la verveine qui rend amoureux et dont le suc « fait beaucoup de sperme ».
Le vieux grimoire a soin d'avertir ceux qui voudront se servir avec succès de ces herbes et de ces formules de ne les cueillir qu'à l'époque favorable, — du vingt-troisième jour de la lune au trentième, en commençant par Mercure. L'opération peut se faire dans le courant de la journée, mais elle ne sera bonne que si en cueillant l'herbe vous nommez ses vertus et l'usage que vous voulez en faire.
Mais si le Grand Albert s'en tient aux herbes, le Petit Albert ^ lui, est plus prolixe. Parmi les philtresqu'il préconise comme infaillibles, nous allons prendre au hasard quelques formules.
La première se rapporte à l'hippomanès. Il suffit, paraît-il, de faire avaler un peu de cette substance dans une liqueur, confiture ou ragoût, et, pour peu que l'opération ait été faite un vendredi aux heures propices, l'effet en sera infaiUible.
Deuxième formule. — Un vendredi de printemps^
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LES PHILTRES ET LES INCANTATIOiNS EN AMOUR 147
tirez de voire sang, mettez-le sécher au foar dans un petit pot, avec deux « couillons » de lièvre et le foied'une colombe. Réduisez en poudre. Faites-en avaler à la personne sur qui vous aurez quelque dessein, environ la quantité d'une demi-dragme, et, si Teffet ne suit pas à la première fois, réitérez jusqu'à trois fois et vous serez aimé.
Troisième formule. — Ayant cueilli Therbe appelée Enula Campana, la veille de la Saint-Jean, et se trouvant à jeun; la faire sécher, réduire en poudre avec de l'ambre gris, et Tayant portée neuf jours sur son cœur, tacher d'en faire avaler à la personne dont on désire être aimé. L'effet ne se fera pas attendre.
Quatrième formule (formnle des pommes d'amour). — Ayant cueilli un vendredi matin avant le lever du soleil la plus belle pomme du jardin, écrire avec son sang sur un petit morceau de papier ses nom, prénoms et surnoms, ainsi que ceux de la personne aimée. Lier le petit billet, avec trois de ses cheveux et trois des vôtres, à un autre sur lequel vous n'aurez écrit que le mot Sc/ieva^ toujours avec votre sang. Fendre la pomme en deux: en ôter les pépins et les remplacer par les billets ci-dessus. Rejohidre les deux moitiés de la pomme et la faire sécher au four. L'envelopper de feuilles de laurier et de myrte, tâcher de la placer sous le chevet du lit de la personne qu'on aime et en peu de temps elle vous donnera des marques de son amour.
Au deuxième acte de Tristan et Yseult^ l'hérome de Wagner exprime ainsi les ravages que le breu-
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vage magique opère dans son sein : « La déesse d'amour elle-même vient de me verser le céleste breuvage ! ... Ne connais-tu son pouvoir merveilleux. . . Elle change en amour la colère et la haine. J'aspirais à la mort de toute mon àme : la déesse a déçu mon farouche désir. Elle m'a prise!... Je lui appartiens ! . . . »
De son côté, Tristan, blessé à mort, au dénouement de la pièce, jette, encore sous l'empire du dévorant breuvage, son immortelle <( malédiction d'amour » : <( Le philtre effroyable qui m'a voué au tourment, dit-il, c'est moi-même qui l'ai préparé ! Des <létresses du père, des angoisses de la mère, des larmes d'amour d'aujourd'hui et d'autrefois, de larmes et de pleurs, de joies et do désespoirs, de voluptés et de blessures, c'est moi qui ai brassé le fatal poison. Maudit sois-tu, philtre effroj^able! Maudite la main qui t'a préparé. »
M. Berthelot^ rappelle que, d'après Avicenne et d'autres vieux alchimistes, le sang humain était réellement employé dans les manifestations alchimiques et magiques. Mais, pour bien se pénétrer de l'influence que possède le sang humain en magie et surtout en magie amoureuse, il est nécessaire do