‹ L'occultisme et la scienceChapitre 2 sur 57 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L’auteur se rend parfaitement compte que les considérations esquissées au cours de ces pages heurteront de front bien des idées couramment adoptées, et, qui pis est, bien des théories regardées, en ce moment du moins — car leurs variations dans le passé répondent de leurs variations dans l’avenir — comme absolument intangibles : peu lui importe ! Il est en effet de ceux-là qui estiment — et à justre titre — que le détenteur d’une vérité utile à tous est à blâmer s’il ne fait part à tous de ce qui est ou de ce qu’il croit être la vérité ; et il estime que ce qui est im devoir absolu pour chacun revêt un caractère de particulière rigueur pour quiconque, ayant l’honneur de tenir une plume, peut faire entendre sa parole non plus dans le petit cercle des familiers, mais dans la masse du public.

Certes il aura à élever de vigoureuses critiques, et l’on sera peut-être tenté de lui appliquer le mot de La Bruyère : « Un critiqueur naît du soir au matin » ; dans ce cas, " il se retranchera derrière cet autre mot du même moraliste : « Un critique n'est formé qu’après plusieurs années d’observations et d’études » ; car il lui sera bien permis de dire pour sa défense que, depuis un demi-siècle qu’il approfondit les théories de la science antique telles que nous les ont transmises les traditions occultes, il a eu tout le loisir de se créer une opinion dûment assise et corroborée par un faisceau de preuves journalières tant d’observation que d’expérimentation ; il est donc en droit de penser que ses opinions seront regardées comme

sérieusement étayées parles faits, et ses jugements comme conformes à la plus stricte logique.

Parmi ses critiques, il en est qui viseront la science contemporaine en général, tant dans ses méprises doctrinales que dans ses erreurs d’application, et ce, d'autant plus âprement que, pour beaucoup, le dogme de l’infaillibilité de la science est, à l'heure actuelle considéré malheureusement comme intangible. Mais ce serait une erreur de croire qu’il préconise aveuglément la science ancienne au détriment de celle des modernes ; de même qu’il sait rendre justice aux efforts de celle-ci vers le mieux, de même il est loin d’admettre toutes les théories que professaient les scientistes de l’antiquité, et il est le premier à admirer les résultats auxquels ont abouti les travaux des chercheurs consciencieux qu’a vus surgir notre époque dans toutes les branches du savoir humain. Est-ce à dire toutefois que ces chercheurs ont lieu de dédaigner le passé — un passé auquel rien ne les relie puisqu’il 4y a entre lui et eux la longue nuit de ténèbres du Moyen Age, — et ne seraient-ils pas bien inspirés, au contraire, en étudiant sérieusement, au lieu d'en plaisanter, telle ou telle théorie qui s’enseignait jadis dans les cryptes sacrées de l'Egypte, dans les solitudes de l’Hœmus, dans les sanctuaires de l’Inde ou du Thibet, dans les collèges de Druides épars aux vieilles forêts des Carnutes ou du pays d'Armor ? Les conclusions qu’ils en tireraient leur donneraient la solution d’une quantité de problèmes qu’ils préfèrent nier plutôt que d’avoir à les étudier et de faits journaliers qui, malgré le dédain d’apparence qu’ils en affectent, les troublent en s’imposant de plus en plus à l'attention des foules.

De ces théories que nous a léguées l’antiquité, on ne peut certes accepter la totalité sans aucun contrôle, et deux parts en sont à faire : en premier lieu celles que l’expérimentation nous permet de vérifier, et le domaine

de celles-ci est assez vaste pour exciter la curiosité et l’intérêt des chercheurs ; et ensuite celles qui, étant donnés nos moyens actuels d’investigation, sont hors de notre portée ; mais là encore il y a une distinction à établir : — La science antique était une, basée sur une vaste synthèse que les efforts de nos sciences modernes, éparses et divergentes, n’ont jamais pu reconstituer, au point que, à l’heure présente, un désarroi profond et une complète mésentente régnent entre elles : qui nous dira, par exemple, si l’hypnotisme ressortit à la psychologie ou à la physiologie ? Or, par suite même de cette unité, toutes les sciences de jadis découlaient d’un principe unique : il s’ensuit que les mêmes théories s’appliquaient aux unes comme aux autres : si donc ces théories sont, par l’actuelle expérimentation, reconnues vraies à certains égards, devons-nous les repousser à d’autres points de vue, quelque opposées qu’elles soient aux idées modernes ? Je ne le pense pas, et, là encore, il y a à étudier. Quant à celles qui, n’ayant pu à notre époque être soumises à l’épreuve de l’expérience, nous sont encore incomprises, mais se relient cêrtainement aux autres par des points de contact qui nous échappent, devons-nous les rejeter à priori et sans autre examen, avec le haussement d’épaules du dédain qui croit savoir? Je ne le pense pas davantage et je le pense d’autant moins que, sur nombre de sujets, l’unité de la matière par exemple, la science antique a montré qu elle est la maîtresse de la science moderne. 11 me paraît donc qu’au lieu de la reléguer dans le commode capharnaüm du charlatanisme, il y aurait grand intérêt, et intérêt immédiat, à la scruter de près.

Aussi, que l’on ne s’y trompe pas : quand, dans les pages qui vont suivre, j’aurai à critiquer, voire à attaquer la science moderne, ce n’est généralement pas à la science en elle-même que s’adresseront mes critiques et mes attaques, mais à son manque de principes, et surtout

— oh ! surtout — à ce déplorable esprit qui domine ses tenanciers officiels, qui leur fait considérer que leurs théories actuelles sont parfaites et définitives, qu’euxmêmes possèdent le savoir absolu, que, par suite, aucun progrès nouveau, aucune vérité révélée ne peut surgir que d’eux-mêmes et qu’enfm quiconque n’admet pas ce triple point de vue qui est le leur, ne peut être qu’un dément ou un malhonnête homme.

Certes il y a des exceptions à ce fâcheux esprit, et je connais personnellement quelques hommes d’une haute science qui, malgré leurs attaches officielles, estiment — mais sans le clamer trop ouvertement pour n'être point honnis de la généralité — que les théories doivent être subordonnées à la nature et non qu’il faut nier la nature quand les faits se refusent à entrer de force dans leur cadre ; mais combien sont-ils rares, ceux-là, et combien noyés dans le flot mortel du misonéisme vaniteux et de la fallacieuse impeccabilité qui forme le fond de la science officielle du jour, qui rétrécit le caractère de ses tenanciers et obnubile en eux la correcte appréciation des choses ! C’est ce lamentable état d’âme, par quoi est obscurcie et arrêtée la science entière, que j'attaque, et mes critiques ne vont pas ailleurs.

Le présent ouvrage, d’ailleurs, n'a d'autre prétention que de présenter une vue générale, une sorte de parallèle entre la Sagesse antique (1) et la science contemporaine.

En des ouvrages ultérieurs, j’aborderai en détail certains ordres d’idées, pour établir une plus étroite comparaison, sur un sujet donné, entre les doctrines mystériales, c’est-à-dire enseignées dans les grands Mystères de jadis, et les conceptions scientifiques de notre époque ;

F (l) Pour les anciens, la sagesse et le savoir se confondaient. Cette unification de sens est demeurée jusqu'à notre époque dans notre appellation courante : sage-femme.

je ne ferai, en les pages qui suivent, que déblayer, en quelque sorte le terrain pour que, dans une vue d’ensemble, le lecteur puisse se faire une idée globale des rapports et des divergences existant, au point de vue scientifique entre les théories générales de l’antiquité et celles qui ont cours à notre époque.

Je ne me dissimule pas que le mot science appliqué aux temps premiers de l’histoire fera% sourire plus d'un esprit superficiel pour qui la science ne date en quelque sorte que de notre époque... Certes le siècle qui vient de s'écouler a donné une immense impulsion aux recherches et aux applications scientifiques, mais il n’on est pas moins vrai, comme je le démontrerai que Rome, la Grèce, l’Egypte, l’Assyrie, l’Inde, la Chine... ont connu beaucoup de nos inventions avant que nous ne les redécouvrions, et que si les âges anciens n'ont pas su tout ce que nous savons actuellement, ils ont possédé d’autres connaissances qu'à l’heure actuelle nous ignorons encore profondément, que nous ne soupçonnons même pas, et que nous ne pourrons acquérir qu'en étudiant les théories qu’ils professaient.

Est-ce à dire que ces études sont proches ? Au vrai, je n'en sais rien, et il faut laisser agir le temps qui est le grand maître en toutes choses ; mais il est présumable que quand on voit la science actuelle adopter, après des errements sans nombre et sans limite, des vues et des doctrines qui ont été, dès la plus haute antiquité, affirmées et enseignées dans les sanctuaires mystériaux, on peut se dire qu'un jour viendra où, au lieu de rejeter dans le commode capharnaüm du charlatanisme les vieilles théories qu’elle ne comprend pas parce qu’elles ne nous sont parvenues que sous des symboles forcément obscurs, elle finira par les étudier et y trouvera la clé de phénomènes connus de tous temps, mais que, de tous temps, elle a préféré nier vu qu’ils surgissaient à l’encontre

de ses doctrines propres et que, par suite, elle était incapable de les expliquer.

Et cela est si vrai que déjà plusieurs tentatives ont été faites dans le sens que j’indique mais toutes, jusqu’à présent au moins, particularistes. C’est ainsi que, de nos jours les Drs Delézinier et Fugairon ont étudié parallèlement certains principes de nos sciences physiques et mathématiques et les données analogues du savoir antique ; que Pierre Piobb a cherché les points de contact entre les deux doctrines ; que Marius Beerespe a entrepris, au contraire, d’appliquer les théories scientifiques actuelles à l’explication des plus importants phénomènes occultes ; que les Drs A. Péladan et G. Encausse ont essayé d’assujettir la médecine moderne aux méthodes de l’occultisme ; que, avant eux, Louis Lucas et Brück, avaient tenté d’expliquer, Fun la physique et l’autre les mathématiques, aù moyen des enseignements antiques ; que Hœné Wronski, le plus puissant mathématicien qu’ait vu le monde et dont les travaux ne sont compréhensibles que pour une très rare élite, basait ses conceptions sur les théories de Foccultisme : et qu’enfin, avant tous, Malfatti de Montereggio établissait dans ses travaux, et particulièrement dans sa Mathèse , des vues d’une profondeur telle que, dérivées des doctrines mystériales, elles ne sont accessibles qu'aux intelligences supérieures.

J'ai donc raison de dire que le jour approche où la science contemporaine devra diriger son enquête vers les dogmes scientifiques des Grands Mystères.

En tout cas, les travaux tentés à ce jour ne visaient généralement que des points particuliers, et il manque une vue d’ensemble établissant un parallèle entre les théories anciennes et les théories modernes : c’est ce que j’ai essayé de faire dans les pages suivantes, bien que l’heure propice n’en ait peut-être pas encore sonné.

Mais, après tout, qu'importe ?

J’ai estimé, je le répète à nouveau, que récriture de ce livre était un devoir pour moi qui ai acquis une certitude : le devoir, en effet, pour quiconque est en possession d une vérité nouvelle ou d une preuve nouvelle d’une vérité contestée est de produire en public cette vérité ou cette preuve de vérité, sinon pour convaincre des adversaires, qui ont leur siège fait d'avance et se refusent à être convaincus, mais au moins pour aider les chercheurs de bonne volonté et de bonne foi : mon ambition ne va pas au delà et sera satisfaite si simplement ces pages, en éclairant un horizon nouveau, peuvent être utiles à un étudiant de demain.

Car Devoir et Vérité ne font qu'un, et quiconque a l’honneur de tenir une plume devrait sans cesse avoir présente à l’esprit la forte pensée de V. Cousin : « Le Devoir n’est que la Vérité devenue obligatoire. »

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