LES DEUX SCIENCES
Le jour déjà lointain où F. Brunetière publia son article sur la Faillite de la Science , les considérations de l’auteur obtinrent, près du public, un succès qui alla jusqu’au scandale... A quoi cela tient-il ? à plusieurs causes principales.
D’abord lorsque l’homme, assoiffé de certitude quant à son devenir posthume et ne trouvant dans la croyance religieuse que des affirmations sans preuve, s'est tourné vers la science, mettant en elle la foi qu’il avait mise jadis dans la religion et qui a été déçue, il pensait que la science lui serait un guide infaillible vers un lendemain assuré. Et la science a constamment et nettement refusé d’aborder le problème : la science s’est dérobée !
Il pensait que, par ses applications, la science, décuplant les fruits de la terre, rendrait la vie plus douce à vivre. Et plus s'accentuent les progrès de la science, plus la vie devient chère, dure, difficile et âpre au pauvre.
Et la mesure a été comble, le jour où la science, infatuée d'elle-même, s’est mise à pontifier, refusant de voir quoi que ce soit en dehors d’elle-même, se regardant comme infaillible, excommuniant quiconque ne jurait pas par elle ; et, lancée sur cette voie néfaste, elle a commis, peut-on dire, de véritables crimes... je viens d’écrire un mot bien grave, mais je l'ai mûrement pesé et n’ai rien à en retrancher ; il me suffira, pour le justifier, de rappeler la [catastrophe de Courrières dont on trouvera plus loin le récit détaillé (1).
(1) V. la deuxième partie, chapitre III.
On peut dire qu’il n’y a pas que des préjugés populaires et des superstitions banales, mais certainement aussi des préjugés scientifiques et des superstitions officielles, car, en présence de l’immense amas de matériaux et de témoignages métapsychiques de la génération actuelle, mis au regard de l’indigence et de l’obscurité de la théorie positiviste de « l’albumine intelligente et pensante » il semble bien qu’on pourrait regarder les adversaires du métapsychisme comme des individus atteints du délire scientifique des grandeurs.
Je viens de parler de métapsychisme, mais en toute science et à toute époque, le misonéisme est le même : que Ton se rappelle seulement qu’à l’époque de la découverte des satellites de Jupiter, Cremonini da Cento, Libri, Clavius, Magini, Horky et autres, tous « hommes de science » de leur époque, refusèrent de regarder dans le télescope uniquement parce qu’ils croyaient devoir nier théoriquement l’existence de ces satellites (1). 11 paraît vraiment que, comme l’a écrit quelque part le Dr G. Encausse (2), de tous temps, « une loi fatale veut que tout ce qui semble sortir des bornes étroites de la routine soit d’avance condamné au pilori. »
[ A quoi tient ce bizarre état d’esprit ?
Schiller, de qui la grande intelligence n’avait pas été
(1) Je connais des médecins qui disent : « J'étudierais bien des théories occultistes, qui me paraissent reposer sur des faits probants, mais voilà: je crains de me passionner pour cela. »
Ces médecins me font rire : ils ressemblent absolument à des officiers de santé de province à qui l'on conseillerait d'étudier la biologie et qui refuseraient dans la crainte de se passionner pour cette science.
On sait, en effet, que l'occultisme, c'est avant tout, l’étude de la vie dans toutes ses modalités ; or, la médecine ne pourra arriver à soigner logiquement la vie que lorsqu'elle saura justement ce qu’est la vie. Et n'est-il pas un peu ridicule d'entendre des médecins qui, par profession doivent être avant tout des biologistes, avouer leur crainte de se passionner pour l'étude de la vie en général et de l'examen de la vie en particulier?
(2) Papus, Magic pratique , 1 vol. in-S°, Paris, 1893.
sans remarquer le fait, a mis en partie le doigt sur la plaie lorsqu’il écrivait (1) :« Chaque extension delascience inquiète le savant de profession parce qu’elle amène un nouveau labeur ou rend le travail antérieur inutile : chaque nouveauté le fait sursauter, car elle brise l’ancien moule de l’enseignement qu’il s’est si péniblement approprié ; elle le met en danger de perdre tout le labeur de sa vie antérieure. Qui a plus décrié les réformateurs que la foule des savants de profession ? Qui plus qu'eux entrave la marche des révolutions utiles dans le domaine du savoir ? Toute lumière allumée par quelque génie heureux dans n’importe quelle science fait voir leur pénurie ; iis luttent avec amertume, perfidie, désespoir, parce que, en défendantleur système d’enseignement, ils défendent leur existence même. Aussi n’y a-t-il pas d’ennemi plus irréconciliable, pas de collaborateur plus envieux, personne pour traiter plus facilement les autres d’hérétiques, que les savants de profession. »
Hélas ! Que nous sommes loin, en ceci, de la règle scientifique, si absolue dans sa beauté, posée par William Crookes, un Maître, celui-là, lorsqu’il dit : « S’arrêter court dans des recherches qui promettent de reculer les bornes de nos connaissances, hésiter par crainte des difficultés ou des critiques hostiles, ce serait attirer des reproches à la science. Le chercheur n’a pas autre chose à faire qu’à marcher droit devant lui, « à explorer dans tous les sens, pouce par pouce, avec sa raison pour flambeau », à suivre la lumière partout où elle pourra le conduire, quand même cette lumière ressemblerait par moments à un feu follet ! (2). »
A notre époque, le colonel de Rochas, qui, lui
(1) Schiller: Qu’ est-ce que V histoire universelle et pourquoi L'étudie-t-on.9 (A. Cotta, 1777).
(2) William Crookes, Discours récents sur les recherches psychiques , trad. M. Sage, 1 br. in-12, Paris, 1903.
aussi, a souffert de l’obstruction aveugle et entêtée des savants en place, a posé une heureuse formule qui montre à l’évidence que ces mêmes savants en place sont les véritables et les plus redoutables ennemis de la science : « Si nous nous contentons, dit-il (1), du dernier terrain conquis actuellement, nous trahissons les droits les plus élevés de la science. »
Et n’est-ce pas un scientiste de notre époque (2) qui a pu jeter à la face des corps savants cette dédaigneuse appréciation : « La science de toutes les académies du globe représente une immense ignorance ! »
Pourquoi ?
Parce que, dans la science de notre époque, tout craque de toutes parts. Que reste-t-il, à l’heure actuelle, de la classification de Lavoisier en chimie, de celle de Linné en botanique, remplacée par celle de Jussieu laquelle s’effondre à son tour ? Et ainsi du reste !... Nous ne pouvons obtenir la preuve absolue de rien, et par conséquent être sûrs de rien, dans aucune branche de la science, pas même dans les mathématiques, qu’on croyait cependant jusqu’à présent offrir quelque certitude, puisque, même dans les mathématiques, on a démontré qu’il entre une certaine part de relativité.
C’est au point qu’un des maîtres de la science contemporaine, le professeur Ch. Richet, qui, lui du moins, a le bon sens — contrairement aux bonzes officiels — de penser que les phénomènes occultes méritent quelque attention, a été amené à écrire, depuis longtemps déjà (3), les lignes suivantes qu’ont confirmées tout récemment les théories d’Einstein :
« L’écroulement de tout notre échafaudage scientifique,
(1) A. de Rochas. Les frontières de la. science , lr® série (1 vol. in-8°, Paris, 1902).
(2) G. Flammarion. Les Maisons hantées, 1 vol. in-12, Paris.
(3) Annales des sciences psychiques, janvier 1906, S. D.
si laborieusement construit, n’est pas une probabilité, mais une certitude. Les faits que nous croyons démonstratifs seront aussi démonstratifs pour nos arrière-neveux que les arguments de Paracelse et d’Agrippa le sont pour nous. »
D’autre part le public n’a pas été sans remarquer que jamais une invention utile n’est sortie des académies qui, au contraire, les ont toutes repoussées tant qu’elles ont pu et ne les ont acceptées que positivement contraintes et forcées, qu’il s’agît du galvanisme ou de la vaccine, de l’hélice ou du paratonnerre, de la photographie ou de l’éclairage au gaz, etc .,etc., etc. Toutes les découvertes ont été faites par des isolés, sans mandat, et le plus souvent sans titres ni diplômes, qui ont dû tout d’abord les faire accepter du public avant de les faire admettre par les corps constitués. Voyez plutôt à l’étranger Edison, dont le phonographe a été traité de tour de ventriloquie en pleine Académie des Sciences et les frères Wright dont l'aéroplane a d’abord été regardé comme une œuvre de folie (1); et, chez nous. Pasteur de qui l’aventure fut à cet égard assez réjouissante, car, bien qu’il n’eût aucun titre médical, il était impossible à la Faculté de Médecine d’écarter ses géniales découvertes en microbiologie. Alors que fît-on ? On lui créa des difficultés de toutes sortes pour Pamener à passer ses examens de médecine afin de pouvoir dite ensuite que la Faculté n’adoptaitses théories que parce qu’il était du bâtiment.
« Que l’on me permette, écrit W. de Fonvielle (2), de raconter à ce propos une anecdote caractéristique, dont le héros est un sénateur bien connu qui s’est fait un nom en présidant à la publication d’un grand nombre d’ouvrages de littérature scientifique et de journaux illustrés.
(1) V. deuxième partie, chapitre III.
(2) Comment se font les miracles en dehors de l’Église , 1 vol. in-12, Pans, s. d.
« A une époque où la Société d’ Anthropologie n’existait point encore, j’offris à ce personnage un article sur l’homme fossile dont l’existence était niée par M. Elie de Beaumont.
« Avec une ardeur facile à comprendre chez un jeune homme impétueux, tout pénétré d’un sujet qu’il a creusé avec passion, je développai non sans quelque éloquence les raisons que j’entrevoyais.
« Mais mon interlocuteur ne me laissa pas continuer mes raisonnements. « 11 est inutile », me dit-il d’un ton satisfait qui du reste ne le quitte guère, excepté peut-être quand il lira ces lignes, « de chercher à me convaincre ; entre M. Elie de Beaumont, qui est secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, et M. de Fon vielle qui n’est rien, mon choix ne saurait être douteux ! »
« — Si Galilée était venu vous apporter un article sur le mouvement de la terre, vous l’auriez donc repoussé ?
« — Certainement », me dit-il, « je me serais bien gardé de l’admettre dans mon Magasin. »
« Je me retirai sans songer à saluer un pareil personnage dont le cynisme me fit une impression qui durera autant que ma vie.
« Cet exemple nous montre un des côtés les plus défectueux de notre organisation scientifique. En effet, nous éloignant de plus en plus de la nature, nous arrivons fatalement à construire une, théorie artificielle représentant les chimères qui ont éclos dans la cervelle de nos auteurs en renom.
« La science véritable, comme le disait Agassiz, ne doit être que L’énonciation de la partie du plan éternel de la Providence que nous sommes parvenus à déchiffrer. Son signe constant, c’est son évidence, sa logique, sa simplicité, sa conformité avec les données infimes de la raison.
« L’homme sain d’intelligence doit être apte à juger en quelque sorte intuitivement les résultats auxquels arrivent
les chercheurs. C’est au suffrage universel de tous les hommes qui réfléchissent et non aux caprices d’une corporation de savants ayant leurs préjugés, leurs intérêts, leurs passions, leurs entêtements, qu’il appartient d’entretenir le mouvement perpétuel d’idées, de principes, d’opinions, d’expériences, qui permet au progrès de se perpétuer. »
À quoi, encore une fois, tient cette horreur des vérités nouvelles ? A y regarder de près, cela résulte de deux faits absolument paradoxaux, dont le premier est que la science, qui prétend tout savoir, s’ignore elle-même.
En ce moment, en effet, elle base toutes ses études de la nature sur un principe qu’elle a emprunté à la philosophie : le principe d évolution ; elle en est arrivée à rappliquera tout ce qu’elle examine, sans jamais s’être aperçue d’une vérité qui aurait cependant dû lui crever les yeux: c’est qu’elle-même possède sa propre puissance évolutive. Dès qu’une nouvelle vue a surgi en elle, ses tenanciers s'empressent de la considérer comme définitive et créent par là un obstacle à tout progrès ultérieur ; ils déclarent impossibles les faits nouveaux uniquement parce qu’ils sont en désaccord avec les lois anciennes, sans réfléchir que les lois anciennes peuvent et doivent évoluer, et sans rétiéchir davantage que seules les mathématiques et la logique peuvent parler d’impossibilité, mais que tout, dans les sciences physiques, repose sur l’observation et l’expérimentation ; en physique, celui-là seul peut parler d’impossibilité, qui possède la science absolue ; or, celuilà, où est-il ?
Le second fait paradoxal qui amène les académies, corps constitués ou scientistes officiels isolés, à interdire de toutes leurs forces tout progrès nouveau, c’est que, au lieu d’avoir une haute opinion de la nature, comme il semblerait logique, ils relèguent la nature au second plan et se bornent à professer une haute, très haute opinion
d’eux-mêmes :ou ils rejettent à priori tout ce qui ne peut s’accorder avec leur système, et, s’ils se trouvent forcément en présence d’un fait nouveau de cette sorte, ils préfèrent traiter le fait avec mépris plutôt que de modifier leur système ; ou bien, au mieux, ils l’admettront, mais comme un intrus, comme un gêneur dont on aime mieux ne pas parler ; seul, le véritable chercheur, c’est-à-dire celui qui est libre de tout lien académique, de toute attache officielle et même de tout rapport de simple camaraderie scientifique, s’efforcera d’obtenir des phénomènes qui puissent lui fournir l’occasion de remanier son système. Je donne plus loin un trait typique de ce lamentable état d’âme.
A l’heure actuelle, la règle si excellemment établie par Laplace semble être, par une conspiration générale du misonéisme absolu et de la transcendante vanité des savants officiels, tombée dans un discrédit complet, dans un mortel oubli: « Nous sommes si loin de connaître tous les agents de la nature et leurs divers modes d’action, qu’il serait peu philosophique de nier les phénomènes uniquement parce qu’ils sont inexplicables dans l’état actuel de nos connaissances. Seulement, nous devons les examiner avec une attention d’autant plus scrupuleuse qu’il paraît plus difficile de les admettre ; et le calcul des probabilités devient indispensable pour déterminer jusqu’à quel point il faut multiplier les observations afin d’obtenir, en faveur des agents qu’elles indiquent une probabilité supérieure aux raisons que l’on peut avoir, d’ailleurs, de ne pas les admettre (1). »
Certes, il faut, à toute civilisation une science, ou plutôt des scientistes déclarés officiels qui doivent par suite être les régulateurs, les pondérateurs et les guides de toutes
(1) Laplace. Œuvres ( Théorie analytique des probabilités ), (7 vol. irc-4% Paris, 1842).
les recherches scientifiques où qu’elles s’opèrent ; mais il est à constater malheureusement que les représentants officiels de la science, à notre époque, ont pris exactement le contre-pied de ce qui devrait être : en possession de chaires et de prébendes, ils se sont réservé le monopole des découvertes — qu’ils ne font pas — en regardant à priori comme nulles et non avenues toutes celles qui surgissent en dehors d'eux, au point qu’on a pu dire: Quand le public a adopté une découverte, c’est à coups de bélier que l’inventeur doit enfoncer les portes des académies pour la faire reconnaître : la difficulté n’est pas de créer une œuvre géniale, c’est de la faire admettre par les corps constitués !
Et, dans cette voie d exclusivisme, la direction officielle de la science en est arrivée à ce point d’aveuglement qu'elle trahit de propos délibéré, le principe fondamental de toute science.
Je m’explique.
Le rôle normal de la science est de nous donner, par les théories quelle établit, l'explication de tout fait ; son rôle strict, son devoir absolu, c'est de remonter de l’effet à la cause ; les faits s’engendrent les uns les autres et sont réciproquement effet pourle précédent et cause pour le suivant, et toute théorie bien établie doit rendre compte tout naturellement de la filiation des faits ; toute théorie doit donc se baser avant tout sur le principe de causalité qui, par cela même, domine toute science. Le principe de causalité est l’ hypothèse première de toute science et découle de son intelligence même, car faire de la science c'est découvrir des causes et observer des effets ; et c’est le rapport défini entre la cause et l’effet que l’on désigne sous le nom de loi de causalité. La science se renierait elle-même si elle admettait que cette causalité pût avoir la moindre lacune ; elle ne peut supposer que des vides de notre savoir puissent être comblés par l’existence de
principes quelconques agissant en dehors de la causalité qui doit être tout pour elle. Or, nous le verrons plus loin, que fait-elle ou plutôt que font ses représentants officiels quand ils se trouvent en présence de faits contredisant leurs théories ? Ils les nient tout simplement. En effet, les représentants officiels de la science ont naturellement leur siège fait et leurs théories assises ; c’est au nom de ces théories qu’ils ont été installés dans leurs chaires, et c’est grâce à l’enseignement de ces mêmes théories qu’ils ont acquis leur situation. Ils tiennent donc à ces théories — le sentiment est trop humain pour qu’on puisse le leur reprocher —, et ils y tiennent d’autant plus que les auditeurs de leurs cours sont inféodés à ces mêmes théories et disposés à les accepter dans tous leurs développements, jusqu’au bout de leurs ultimes conséquences : combien d’ingénieurs, combien de médecins croient, dur comme fer, à des doctrines dont la seule valeur est de leur avoir été enseignées à l’école ! Peut-on donc demander à des hommes qui vivent de ces théories, qui leur doivent à la fois et leur situation et leur réputation, de les déclarer fausses, leur propre enseignement controuvé et leurs chaires usurpées ? C’est impossible, et c’est ce qui explique la lenteur du progrès : il faut qu’une génération nouvelle apporte à l’école des idées puisées hors de l’école pour remplacer la vieille génération des maîtres aux données arriérées, aux idées désuètes, aux théories erronées.
Mais les faits, dira-t-on, les faits ? Car enfin, il y a des faits qui crèvent les yeux, et dont la science nous doit l’explication, même et surtout s’ils se produisent en opposition avec les idées du jour et les théories reçues !
Dans ce cas, c’est encore plus simple : on a éliminé les personnalités gênantes : on nie les faits, je l’ai dit plus haut, quelque patents, avérés, irrécusables qu’ils soient.
Et cette propension des corps constitués à arrêter le progrès est telle qu’elle les amène parfois à nier l’évi-
dence et à se mettre en opposition déclarée et affirmée avec la réalité des choses. J'aurai à raconter plus loin la savoureuse anecdote dont, vers 1828, l’Académie des Sciences — encore — fut la lamentable héroïne. Pour l’instant, je me bornerai à attirer l'attention sur un fait différent, mais très probant, à propos de l’affirmation que je viens d’énoncer.
11 est une théorie chère à la science contemporaine : c’est celle du feu central de la terre que la doctrine occultiste a toujours nié. Or, voici que des faits récents semblent bien infirmer cette théorie : On sait que dans les mines la température s’accroît en même temps que la profondeur : le rapport entre ces deux éléments a même permis de calculer l'épaisseur de la croûte terrestre. Or ce siècle a vu percer de grands systèmes montagneux, comme le Saint-Gothard, le Mont-Cenis et d’autres ; et ces percées ont dénoté le même accroissement de température, non plus vertical comme dans les puits de mines, mais horizontal... il n’y a pourtant pas de feu central spécial à chaque montagne. Donc, on se demande maintenant si tous les phénomènes de chaleur, externes ou internes, de la terre ne seraient pas causés simplement par la radio-activité des corps, c’est-à-dire par un principe dont l’occultisme et plus particulièrement l’alchimie ont toujours affirmé l'existence et que, malgré tout, quelques officiels commencent aujourd'hui à admettre. Il n’importe ! le fait de l’accroissement horizontal de température dans le percement des montagnes, bien que connu de tous les praticiens, est nul et non avenu au regard de la théorie du feu central.
C’est vraiment à croire que jamais aucun savant officiel n’a lu Virchow, de qui deux fortes paroles s’imposent à toute science et eussent dû, dès longtemps, les inciter à réfléchir : « Ce que nous appelons lois naturelles est chose variable, parce que leur découverte est chose
humaine, et quelles ne répondent qu'à Tétât actuel de nos connaissances. De nouvelles découvertes viennent, à juste titre, modifier de fond en comble les lois existantes, et produisent, dans les sciences naturelles les bouleversements si fréquents à notre époque ( Ueber Wunder). » Et le même Virchow ajoute mélancoliquement plus loin : « On ne se réjouit pas de voir un nouveau phénomène : sa constatation est, au contraire, souvent pénible. » Et cette incohérence des corps savants se poursuit en toute matière de nos jours où nous les voyons nier énergiquement jusqu'à la possibilité de la lévitation (1), alors qu’un simple jouet, le gyroscope, fonctionne sur toutes les places publiques pour démontrer que le principe de la gravitation n’est pas sans souffrir d’étranges exceptions (2). Ils nient non moins âprement la vision à travers les corps opaques, sous prétexte qu’ils n’admettent pas que quiconque puisse voir ce qu’eux-mêmes ne voient pas (ce qui, entre parenthèses, devrait, s’ils avaient quelque logique, les amener à nier la nyctalopie et le daltonisme ainsi que les vues plus longues ou plus courtes que la normale), mais ils sont forcés d’admettre les rayons Rôntgen, dont l’existence cependant est basée sur le même principe. Ils nient avec horreur la télépathie, qui leur semble ressortir au capharnaüm des sciences occultes, mais ils s’inclinent devant la télégraphie sans fil, dont le principe est identiquement le même que celui de la télépathie (3). Un volume ne suffirait pas à seulement
(1) La négation de cette possibilité repose sur une énorme erreur des officiels, qui sera étudiée et prouvée ailleurs (V. deuxième partie, chap. II).
(2) Le principe du gyroscope, pour anti-scientifique qu'il paraît parce que destructeur de l'idée de pesanteur, est absolument naturel et susceptible d'applications pratiques, puisqu’il fonctionne quelque part en Suisse, je crois, une ligne de chemin de fer monorail basé sur son application.
(3) Cela est si vrai que la même loi s’applique à l'une et à l'autre et peut
mentionner la liste des phénomènes certifiés par des milliers de témoins, donfles scientistes nous devraient l’explication mais qu ils nient avec entêtement, uniquement parce que ces phénomènes sont en désaccord avec leurs théories : par exemple tous les phénomènes spirites et métapsvchiques dont — sans aucunement préjuger de leur origine et de leur nature — l’existence objective ne peut à l’heure actuelle être niée que par les ignorants ou les gens de mauvaise foi (1).
C’est vraiment à penser qu’ils supposent leur seule dénégation capable d’arrêter la production des phénomènes excommuniés, car ils en sont arrivés de nos jours à se croire d’une essence supérieure au commun des mortels : je n en veux pour preuve que la terminologie barbare qu’ils ont inventée pour n’être pas compris du public : autrefois, leurs pères disaient un rhume de cerveau, une saignée, un bain de pied, etc... mais c’était trop simple et trop compréhensible : ils ont inventé les noms de coryza, phlébotomie, pédiluve et autres, qui sont plus distingués ; j’admets que l’on ne s’en sert pas couramment, mais leur seule existence suffit pour dénoter un état d’esprit particulier. Si l’on avait nommé « portier » l’appareil musculaire qui met l’orifice inférieur de l’estomac en communication avec l’intestin, tout le monde eût compris d’emblée de quoi il s’agit : c’est justement ce
se formuler ainsi : « Les radiations se propagent par ondes et reproduisent, par la loi de réversibilité, l'objet qui leur a donné naissance, au moment où elles rencontrent un appareil récepteur à l'unisson. >» C'est en vertu de cette même loi que vibrent ensemble deux diapasons accordés. Or, pour quiconque connaît la grande analogie existant entre l'od et l'électricité, tous deux véhicules de vie, les deux phénomènes sont aussi compréhensibles., aussi facilement explicables l'un que l'autre.
(1) Ces lignes étaient écrites avant que parut le Traité de Mètapsychique du professeur Ch. Richer qui, lui du moins, n’a pas le cerveau rétréci par un imbécile misonéisme. C’est d'ailleurs une exception, une rare exception, et l'on sait que l’exception n'est jamais que la confirmation de la règle générale.
qu’il ne fallait pas, et on appela cet organe le pylore , d; un mot grec qui a exactement la même signification, mais qui, au moins, est inintelligible au public. Mais la palme de l'obscurité voulue semble bien appartenir à la botanique. Lisez plutôt la description du réséda, cette charmante plante que tout le monde connaît, faite par un homme de science, et dites ensuite si cette description évoque l’objet dans votre intellect : « Le réséda est un câprier de la famille des capparidées, sans stipules. Les pétales de la corolle alternent avec les sépales du calice ; les filaments sont hypogynes ; le pistil est stipilé et formé de la réunion de trois carpelles, les ovules attachés à trois trophospermes ; ses graines sont souvent réniformes et ont un endosperme, etc. » J’arrête ici cette description aussi savante qu’incompréhensible : il est inutile de gâcher du papier.
Pour résumer, la science, d’essence, doit être claire ; mais la plupart de ses tenanciers se croiraient déshonorés si on les comprenait.
On en est arrivé, dans cet ordre d’idées, à un tel point qu'une réaction s’est fait sentir de la part d’un corps constitué. L’Académie des Sciences elle-même a pris récemment (1918) une délibération reprochant à nos savants de ne plus écrire en français net, et signalant le danger de certaines expressions néologiques sans contour.
Ce souci de pédantisme et de prétention se retrouve, chez les représentants officiels de la science contemporaine, jusque dans les plus petites choses : par exemple, qui n’a lu, dans quelque grave ouvrage, des plaisanteries sans fin sur la division de la physique dans la science ancienne : Terre, Eau, Air, Feu ? Cette division leur semble-t-elle assez grotesque ? Heureusement, on a changé tout cela : aujourd’hui, on ne nous fait plus étudier la terre, mais les solides ; non plus l’eau, mais les liquides ; non plus l’air, mais les gaz ; non plus le feu, mais la
lumière et la chaleur (1) : en somme, exactement les mêmes choses, mais sous des appellations plus prétentieuses pour ne pas dire plus pédantes.
Quant à l’infatuation de ces messieurs, nul n’en connaît les limites, mais je sais une bien jolie anecdote, à cet égard, que je tiens de l’intéressé lui-même.
Lorsque le colonel de Rochas, un véritable savant, celuilà, qui ne s'embarrassait pas des dogmes officiels pour faire ses immortelles découvertes de métapsychisme, de psycho-physiologie et autres, voulut publier son livre Y Extériorisation de la sensibilité, il porta le manuscrit à un éditeur d’ouvrages scientifiques avec qui il passa un traité. Mais dès que le bruit se répandit, dans le Landerneau de la science officielle, que cet éditeur allait publier un ouvrage du colonel de Rochas, il y eut une véritable émeute parmi ses auteurs ; et X, l’auteur de Considérations de physiologie que nul n’a jamais lues, Y, l'auteur d’une Anatomie comparée que personne ne lit, Z, l’auteur dé Études métaphysiques qu’homme au monde ne lira jamais, et d’autres, ont menacé cet éditeur de retirer leurs ouvrages de son catalogue s'il éditait Rochas ; devant cette levée de boucliers officiels, l’éditeur s’inclina et, un peu gêné, s'en fut prier le colonel de rompre le traité ; celui-ci, excellent homme, comprit la situation de l’éditeur, lui rendit le traité qui les liait, et s’en fut porter son ouvrage ailleurs. La moralité de l’histoire — car, comme toutes les histoires celie-ci comporte une moralité — c’est que le nom de Rochas est connu de Cadix à Vladivostok et de llammerfest à Melbourne, tandis que X, Y et Z sont demeurés d’illustres inconnus de qui les ouvrages s’ap-
(1) De plus, l'étude du Feu comportait autrefois celle des fluides: on cherche en vain, dans les plus importants ouvrages de physique contemporaine le chapitre relatif à l'étude des fluides. Pour la physique actuelle, les fluides n’existent pas ; et cependant elle base de nombreuses théories sur l'existence de l'éther qui n'est ni un solide, ni un liquide, ni un gaz 1... comprenne qui pourra 1
l’occultisme et la science
précient surtout pour confectionner des cornets de poivre ou de tabac.
Si du moins, avec son autoritarisme dogmatique, la science nous donnait la clé des innombrables mystères au milieu desquels nous vivons, son incommensurable vanité lui serait facilement pardonnée. Mais que nous explique-t-elle ? À peu près rien.
Laissant de côté tous les problèmes de la survie, du métapsychisme et de psycho-physiologie qu’elle préfère nier plutôt que de les étudier, je me contenterai de poser quelques questions banales.
En physiologie seulement : Qu’est-ce que le sommeil ?
— Gomment les yeux voient-ils ? — Pourquoi des glandes identiques sécrètent-elles des liquides tout à fait différents ?
— Quelle cause détermine le sexe d’un fœtus ? — Et chez les animaux, d’où vient la lueur produite par le ver luisant ? — Gomment les oiseaux ont-ils appris à construire leurs nids, les castors à élever leurs digues, les renards à creuser leurs terriers, etc ? — Gomment un oiseau peutil voler, la nuit, à travers une forêt sans se heurter aux arbres ? — Et chez les plantes, comment une graine devient-elle une plante ? D’où vient le parfum des fleurs ?
Si nous examinons les manifestations des grandes forces de la nature, presque tous les problèmes sont encore à résoudre : Que sont l’électricité, la chaleur, la lumière, le magnétisme ? — Pourquoi l’aiguille aimantée désignet-elle le nord ? — Quels changements le magnétisme produit-il dans le fer ? — Pourquoi n’agit-il qu’avec le fer et encore seulement dans certains états du fer ? — Que se passe-t-il au moment d’une combinaison chimique ?
— Quelle est la cause de la chaleur du soleil ? — Pourquoi, à Paris par exemple où tous les quartiers sont dans la même situation météorologique, pleut-il ici, plutôt que là ? etc...
La science nous répond qu’elle étudie toutes ces ques-
tions, etc... Le bon billet à La Châtre ! Le vrai est qu’elle laisse au hasard le soin delà documenter, et pour le prouver, je poserai une dernière question qui est de tous les jours : — Pourquoi le bout d’un bâton remue-t-il quand on touche l’autre bout ? Elle nous dira que c’est le résultat de la force qu’elle appelle la cohésion, mais elle ignore complètement — et je ne sache pas qu’elle ait jamais cherché à les connaître — la nature et les modes d’action de cette force : en ceci comme en presque toutes choses, elle se borne à constater les résultats..., c’est exactement ce que fait, avec moins de pédantisme, la modeste ignorance.
Or, si tel est le sort dévolu dans les préoccupations des « hommes de science » à l’étude du côté purement matériel de la nature, quelle part réservent-ils à son envers immatériel et à ses faces métaphysique, animique et psychique ?
C’est bien simple : cela est, pour eux, inexistant ; ils ne s’en occupent pas, ou s’ils daignent abaisser leur regard de ce côté, ce n’est que pour le railler et le bafouer.
Jules Bois a écrit à ce propos une forte page qui, égarée dans la préface d’un roman (1), vaut d’être remise en lumière.
« M. Charles Richet dans sa préface d’un livre sur la télépathie, racontait quels brocards on faisait, il y a quelques années encore, de l’hypnotisme. Maintenant cependant tout le monde l’admet. Ce parti pris dans l’opposition tient-il du misonéisme, comme dirait Lombroso, de l’horreur des choses nouvelles ? 11 y a plus. Sans doute un sentiment de répulsion et de peur éprouvé par bien des gens légers ou graves, mais ayant ceci de commun qu’ils firent de la vie matérielle tout leur objectif. Ceuxlà ne peuvent entendre parler de survie et l’existence
(1) Préface de l'Au-delà , de J. Le Lorrain, 1 vol. in-12, Paris, 1900.
même des forces psychiques leur est odieuse. Pour eux, tout homme qui s’occupe de ces questions est un fumiste ou un insensé. Il n’a pas d'excuse. 11 faut regretter qu’en France surtout, ce triste état d’esprit règne. Nous sommes les fils de Voltaire, dit-on ; mais Voltaire n’avait pas d’imbécile scepticisme et son ironie, au lieu d’entamer les vérités futures, secouait au contraire un passé vermoulu. Il faut le dilettantisme nihiliste et peureux de nos philosophes, la suffisance de nos corps scientifiques, la superficialité des esprits moyens, le goût de jouissances hâtives qui travaille nos sociétés, pour essayer de frapper ainsi d’ostracisme des problèmes, les seuls intéressants peut-être. Ceux qui s’y vouent — non pas en chefs de petites chapelles, mais en chercheurs indépendants— n ont cependant rien à gagner personnellement en cette affaire ; leur travail profitera surtout à la collectivité, car ils s'efforcent d’augmenter le domaine toujours amoindri de l’universelle espérance. Ils construisent pour la société prochaine un idéal moins nuageux et plus sûr sans lequel il n’y aura pas dans l’avenir de grands peuples ni de grands hommes...
« Car notre âme, notre « moi » vaut bien la peine qu'on l’étudie. 11 me semble même que c’est par là qu’il faudrait commencer. L’homme ne sera heureux qu’avec une civilisation complète, physique et psychique. Le téléphone, le télégraphe, le graphophone et même la cinématographie nous donnent du plaisir en nous rendant quelque service, mais ils ne font pas le bonheur. Notre progrès jusqu’ici n’a guère été que matériel. Si nous avons plus d’aises, nous n’avons pas moins de sérieuses douleurs. Peut-être même plus. Les anciennes fois qui séchèrent tant de larmes sont de plus en plus délaissées, et l’idéal antique devient caduc. Notre âme est une pauvresse à la porte de nos palais où brille l’électricité, où fonctionnent les ascenseurs. Elle grelotte sous ses haillons, mourant
de faim, de froid et de soif. En effet, où trouverait-elle sa consolation, quelque espérance et un nouvel idéal, dans une société où le Mufle commande et où le Ventre est roi ? »
Les scientistes heureusement, même officiels, ne se buttent pas tous à cette idée décevante que le devenir posthume de l’être humain est du ressort des seules religions : mais les très rares qui creusent ce problème — que tous devraient s’acharner à creuser pour le bien de l’humanité — sont ou dédaignés de leurs confrères, ou arrêtés par cet obstacle matériel que l’on a justement appelé la « misère des laboratoires ».
Cependant, voici quelques extraits d’un interview (Malin, 27 août 1925) de Charles Henry, professeur à la Sorbonne, qui nous montre que la voie en ce sens est ouverte et que certains maîtres ne croient pas, comme la généralité, de telles recherches indignes de leur savoir.
Je dois dire d’abord, pour les lecteurs qui ignoreraient ce nom, que M. Charles Henry est un de ces savants qui travaillent à l'écart des foules, et sans — contrairement à tant d’autres — chercher une réclame qu’ils dédaignent : il travaille dans son laboratoire perdu en pleine forêt de Coye. C’est un mathématicien austère, et il est professeur à la Sorbonne.
« Les deux problèmes [de la mort et de la religion] se touchent, dit-il. Je suis convaincu, en effet, que les religions ont été imaginées pour expliquer la mort, pour prolonger la vie (qui disparaît en apparence) dans l’infini.
« Or, j’ai acquis la certitude, et ce par des procédés purement scientifiques, que les inventeurs de religions ont été en réalité des précurseurs de la science, ils ont eu l’intuition de la vérité.
« Il était entendu jusqu’à présent, parmi les gens de science, que lorsqu’un homme était mort, c’était pour de bon. Enterré, fiai, n’en parlons plus I... Erreur, erreur !
Il suffît pour s’en rendre compte, de quelques patientes expériences accessibles à tout individu sachant manier des appareils ad hoc.
« Qu’est-ce que l’homme ? » Les chimistes et les biologistes nous l’ont à peu près dit. Us l’ont calculé, pesé, étiqueté. Mais il y a encore en nous un petit quelque chose qui ne peut pas se peser, du moins sur le plateau d’une, balance, même pharmaceutique.
« Ce « quelque chose » que vous pourrez appeler Vâme, si vous voulez, peut tout de même se mesurer, cela peut être inscrit, noir sur blanc, au moyen d’un graphique visible, clair, compréhensible pour tout le monde... Cet instrument pour mesurer les âmes, il existe. C’est l’appareil qui mesure le rayonnement des corps. Car chaque corps — c’est là une affaire entendue et ce n’est pas le moment de l’expliquer — a une sorte de force irradiante, comme votre lampe, comme votre calorifère, comme votre cerisier chaufïé au soleil. Vous calculez ce rayonnement. 11 est dû à la chaleur, aux éléments électro-magnétiques, à l’attraction de notre globe... Mais, si vous faites vos calculs consciencieusement, vous vous heurtez, avec une surprise angoissée, à une inconnue, à une force qui n'est ni ceci, ni cela. Refaites votre expérience dix fois, cent fois, calculez pendant des nuits entières, vous la retrouvez cette puissance qui marche, qui s'inscrit, qui s'imprime mais qui reste insaisissable, idéalement fluide, défiant toutes les balances et tous les microscopes de la terre, mais rayonnant tout de même avec une constance obsédante. Ce sont les « résonateurs biologiques. »
Et lorsqu’on meurt, eux ne meurent pas ! Us sont trop subtils pour se préoccuper du processus physico-chimique de la mort. Que deviennent-ils ? Ils s'en vont puisqu’ils ne peuvent pas disparaître. Ils cherchent une autre enveloppe pour y retrouver l'équilibre d’une stabilité, d’une harmonie provisoire...
« Nous ne mourons jamais complètement, soyez-en sûr ; ce qu’il y a de particulièrement vôtre en vous, ce petit rien qui vous donne une personnalité parmi des millions de vos semblables, cela est parfaitement immortel. Vous repasserez votre âme à d'autres, voilà tout. Je vous souhaite qu’elle soit bien placée. Je me le souhaite à moimême d’ailleurs...
« Actuellement nos « résonateurs biologiques », notre âme, ne doivent pas être de première fraîcheur, ils ont dû déjà faire quelque usage... vous ne vous en êtes jamais aperçu ? N’êtes-vous jamais venu pour la première fois dans un pays avec cette brusque et angoissante sensation d'avoir déjà vu cela, sûrement, indiscutablement, il y a des siècles, dans un très vieux rêve ?... »
En résumé, ce que le mathématicien Charles Henry a trouvé, en mesurant le rayonnement des corps, c'est l'Esprit immortel, qu’il appelle l'âme. Et la conclusion à laquelle l’ont amené ses expériences, c'est la pluralité des existences successives dans la matière...
Cela est, très exactement, très absolument, l’enseignement que professe l'hermétisme depuis des millénaires.
Nou3 venons de voir les hommes de la science : voyons maintenant la science elle -même.
Son histoire présente deux faces bien différentes : quiconque regarde le progrès acquis s’en enorgueillit ; quiconque, au contraire, considère comment ce progrès fut acquis ne peut que faire une constatation lamentable : c'est que, de tous temps, aujourd’hui comme dans le passé — et comme il en sera certainement de même dans l’avenir, — les esprits supérieurs, toujours en minorité, ont toujours eu à lutter âprement pour faire admettre les vérités découvertes, et la plupart d’entre eux sont morts à la tâche ; cela tient à l'égoïsme et à la vanité humains, car, de tous temps, les tenanciers de la science se sont crus la science même et ont dénoncé comme hostiles à la
science des vérités qui n’étaient hostiles qu’à la fausseté de leurs propres idées ; et, dans le passé comme dans le présent, le progrès nous est toujours venu de chercheurs mal vus des représentants officiels des idées scientifiques en vogue, raillés d’une foule toujours réfractaire — à l’imitation des maîtres — à tout progrès, et contre qui s’accomplit constamment la pénible marche vers le vrai et vers le bien.
On ne peut guère être fier, dit à ce propos et non sans amertume le Dr Cari du Prel (1), d’appartenir à une race qui a cloué un Christ sur la croix, tendu à Socrate la coupe empoisonnée, laissé mourir de faim un Gamoëns, et brûlé un Giordano Bruno, une race qui a commis tous les crimes envers ses initiateurs, une race qui a toujours préparé le martyre de ses plus nobles enfants !
Il existe en effet de ces truismes qui, tout en étant officiellement admis de tous, sont forclos à tous dans leur sens intime ; par exemple, que plus une vérité nouvelle est grande, plus elle doit changer la base de ce qui est, et plus, par cela même, elle semble au premier abord paradoxale et fausse ; — que même l’unanimité d’une opinion n’a jamais été une preuve de son exactitude ; — que tout progrès doit impliquer fatalement une modification de l’opinion générale, modification entreprise par des isolés et préparée par une minorité, qui doit se changer en majorité pour atteindre enfin la foule, etc., etc. Dans le premier cas, on regarde, tout d’abord et sans plus ample examen, comme fondamentalement fausse toute vérité nouvelle, c'est-à-dire d’apparence paradoxale ; dans le second cas, on tient pour vraie toute idée généralement reçue et on regarde comme fou quiconque s’en écarte ; dans le troisième cas, on persifle et on raille — quand on ne le
(1) La migie, science naturelle, trsd, franc, de Nissa, 2 vol. in-8°. Liège et Paris, 1907.
persécute pas — tout promoteur, si génial soit-il, de quelque modification dans l’opinion générale, etc. Et il y a des gens à courte vue qui s’étonnent que l’histoire de la science ne soit qu’un long martyrologe, qui jettent volontiers la pierre, dans le passé, aux bourreaux d’un Galilée mais qui, dans le présent, se montrent, par leur attachement aveugle aux idées en cours, les plus féroces persécuteurs de la vérité à venir; — la sottise est une épidémie constante dans la race humaine où je ne sache pas qu’on ait jamais, en quelque temps que ce soit, relevé une épidémie de raison.
Parmi ces truismes dont je parlais à l'instant, qui s’imposent à l’évidence pour tous en théorie, mais que dans la pratique, nul, ignorant ou scientiste, ne songe jamais à appliquer pour en tirer les conséquences nécessaires, il en est un particulièrement intéressant : c’est que — l'expérience d’un passé plusieurs fois millénaire est là pour le prouver — le progrès ne se fait jamais en ligne droite, mais toujours par voie détournée, de telle sorte qu’on a pu dire avec raison : « L’avancement de l'humanité se fait en spirale » ; en d’autres termes, jamais une vérité nouvelle ne procède immédiatement d’une vérité ancienne analogue : cette procession se fait toujours médiatement, de telle sorte que la vérité nouvelle surgit là où personne ne l’attendait, ce qui est un motif de plus pour que les corps savants et les hommes en place, ayant dès longtemps déclaré qu'elle doit sortir uniquement de leurs travaux et de leurs méditations, repoussent âprement ses promoteurs isolés. Un exemple remarquable de ce fait est le suivant : la science antique affirmait l’unité de la matière ; se basant sur cette affirmation, les alchimistes du passé ont cherché la transmutation des corps et ont trouvé quoi ? La chimie dont ils se souciaient médiocrement. A leur tour, les chimistes ont approfondi cette science et, par les travaux des isolés d’abord, puis par
leurs travaux d’ensemble, ont trouvé quoi ? l’unité de la matière qu’ils avaient toujours niée ; et, à l’heure actuelle, par leurs travaux en ce moment suivis sinon repris par les officiels, les isolés ont à leur tour découvert, au moins partiellement, la transmutation des corps que personne ne cherchait plus depuis longtemps (1).
Ceci nous ramène au principe de causalité dont il a déjà été parlé plus haut.
La science ne doit en aucun cas admettre le surnaturel, cela est de toute évidence ; mais alors elle nous doit l’explication de tous les faits que le public qualifie de surnaturels, et dont nous aurons à étudier quelques-unes au cours de ces pages ; elle préfère se dérober derrière de stériles négations ; c’est peut-être d’une plus grande commodité, mais cela est insuffisant comme réponse. Car enfin le supersensible ne contredit en rien la loi de causalité, il ne fait qu’infirmer la valeur du témoignage de nos sens ; et si les détenteurs officiels de la science ne revendiquent pas pour eux l’omniscience, ce qui serait nier toute possibilité du progrès, ils doivent bien admettre que l'homme ne connaît encore ni toutes les forces ni toutes les lois de la nature. Tant que la science ne saura pas tout , il se produira constamment des phénomènes qui seront au-dessus d’elle, qui seront en contradiction avec les lois naturelles connues , et qui résulteront d’autres lois, également naturelles, bien que inconnues de nous.
Mais les faits sont éternels, les théories changent, et c’est le comble de la sottise que de rejeter les premiers pour sauver les seconds : la lenteur du progrès intellectuel tient surtout à la négation des faits nouveaux par les théoriciens.
(1) Aux Etats-Unis, l'ingénieur Emmens fait, avec de l'argent du Mexique — tout autre ne lui donne aucun résultat — de l'or que la Monnaie de New-York achète comme or pur ; et le grand physicien anglais sir E. Rutherford change le radium en plomb et l'azote en hydrogène.
Nous dirons donc qu’il y a une partie de la science qui échappe à la science elle-même, et c’est cette partie de la science que nous étudierons ailleurs en abordant l’occultisme, c’est-à-dire l’étude de faits niés par la science orthodoxe et de lois inconnues d’elle.
Jadis, il n’est pas si longtemps, tout ce qui dépassait letiage du savoir humain était qualifié par l’Eglise de miracle divin ou de sortilège démoniaque, et nié par la science. La science a, jusqu’à ces derniers temps, nié obstinément l’hypnose et la suggestion, et elle a ainsi retardé le progrès d’un demi-siècle ; aujourd’hui, elle condescend à les admettre ; mais voici que l’hypnose et la suggestion approfondies, découvrent de nouveaux phénomènes qui sapent les vieilles théories, et la science, éberluée, ne sait plus si elle doit les admettre comme basés sur un principe reconnu par elle, ou les repousser comme hostiles à ses vieilles et chères théories... et, en attendant, elle les nie avec âpreté.
Mais ce ne sont pas des négations affolées qui peuvent interrompre les travaux et les expériences de qui vent savoir, et, les faits succédant aux faits, la production de nouveaux phénomènes à la production de phénomènes indûment niés, un jour doit arriver où la vérité imposera sa loi.
On conçoit facilement que la science naturelle et la technique débutent par l’observation et l’exploitation des forces naturelles plus grossières qui nous sont perceptibles, et que les agents plus subtils leur échappent ; cela veut-il dire que ces agents n’existent pas ? Non, cela signifie seulement qu’ils ne tombent pas sous nos méthodes actuelles d’expérimentation : on mesure à la balance le poids d’un corps ; la force du vent nécessite, pour être enregistrée, des instruments spéciaux, et de même l’énergie électrique. Que penserait-on aujourd’hui d’un technicien qui prétendrait mesurer à la balance le courant d’une
bobine Ruhmkorif? À nouvelle force, nouveau procédé d’étude ! C’est ce que ne comprennent jamais les scientistes en place : malgré les innombrables leçons du passé, ils tiennent toujours à appliquer leurs vieilles méthodes de critique au fait nouveau, à couler l’inconnu dans les moules surannés, ce qui les a fait maintes fois choir dans l’absurde... L’Académie des Sciences n’a-t-elle pas repoussé le magnétisme animal sous le prétexte que cette force ne tombe pas sous les sens, sans s’apercevoir que, le jour où elle a fait telle naïve objection, du même coup elle a nié le magnétisme tellurien qui, lui non plus, n’affecte aucun sens humain.
A son tour, la médecine nous dit aujourd’hui que le magnétisme n’est que de l’hypnotisme mal compris et que tout s’explique par la suggestion. D’abord reconnaissons à ce détail l’espèce d’affolement qui s’empare des officiels dès qu’ils sont forcés de sortir de leurs habitudes et de leurs idées courantes : jusques il v a dix ans, la suggestion était par eux niée même là où elle se rencontre le plus indéniablement ; mais depuis que, malgré eux, ils ont bien été forcés de l’admettre, ils se sont jetés dans cette voie à corps perdu, et aujourd’hui, ils en sont arrivés à la trouver, que dis-je ? à l’imposer là même où, de toute évidence, elle n’existe pas. Ceci dit, voyons ce qu’on peut répondre à leur explication du magnétisme par la théorie de la suggestion.
La suggestion ne peut s'objectiver que par elle-même ou par une force intermédiaire ; dans la première hypothèse, la médecine confond le levier avec la force et ne voit là qu’un pur miracle qui lui fait nier à priori le principe de causalité ;dans la seconde hypothèse, la médecine qui à l’heure actuelle n’admet, au plus, que la force vitale interne , n’a plus qu’à se rabattre sur les courants électri. ques en circulation dans l’organisme pour expliquer la force intermédiaire objectivant les suggestions ; et alors
elle nous fait assister à ce speclacle fou d’une électricité qui, par ordre , fait naître un stigmate artificiel ou bien une erreur de tel ou tel sens, ou bien des confusions mentales... que sais -je ! Mais c’est aussi un miracle qu’une électricité aussi extravagante, et là eücore je vois le principe de causalité fortement endommagé.
A quoi tiennent tous ces flottements, toutes ces indécisions, toutes ces aberrations de la science ? A ceci que la science qui a la prétention de formuler les lois du monde objectif, ne définit, au fond et à y regarder de près, que les conditions seules de sa propre pensée. Il en résulte que toutes les fois qu’elle croit établir une loi objective elle ne fait, sans sen apercevoir, qu’objectiver une idée purement subjective que les contingences ensuite ont vite fait de mettre à mal.
Certes, il serait évidemment insensé de nier les énormes progrès de la science, surtout ceux qui ont marqué le xixe siècle et dont la grande majorité, ne l’oublions pas, a été due à des individualités isolées, agissant en dehors de tout contrôle officiel, poussées par le seul désir de savoir, et qui ont toujours eu la plus grande peine à faire accepter leurs travaux des hommes en place, que ces travaux fussent pratiques, comme la vapeur (1) ou la pompe hydraulique (2) ou de pures spéculations comme les écrits d’Hoené Wronski (3).
(1) « C’est folie de vouloir accorder l’eau et le feu » (rapport de la commission d’examen du bateau à vapeur du marquis de Jouffroy, à l’Académie des Sciences).
(2) Inventée au xii® siècle par le moine R. Bacon et regardée longtemps comme une œuvre diabolique, elle valut à son inventeur d’être persécuté comme sorcier.
(3) Le plus génial mathématicien qui ait jamais paru dans le monde (xix° siècle) ; il a été repoussé de son vivant par tous les corps constitués ; et depuis sa mort, ses ouvrages scientifiques ont été pourchassés et détruits par certains qui se sont approprié ses découvertes et par d’autres dont les théories étaient renversées par les siennes.
La même aventure est arrivée à un autre profond savant, ignoré des foules, Louis Lucas.
Et l’on a d’autant plus lieu d’admirer les progrès de la science moderne que, quand on jette un coup d’œil sur ses principes, sur sa base, sur sa philosophie, on est presque douloureusement surpris du néant dont elle semble avoir fait sa ligne de conduite au point qu’on a pu la définir : La science n’est que la classification de nos ignorances (J. Isoulet) ; et encore dire d’elle : La science est une erreur qui a réussi (X).
Car, pour qui examine son point de départ et sa méthode générale, un seul mot les résume : Rien !
Les officiels me trouveront dur : ils le sont assez à l’égard de l’occultisme qu’ils décrient sans en connaître le premier mot, pour que, à la rigueur, on puisse se permettre de leur dire des choses désagréables... Mais de tels procédés ne sont pas les miens, et en ceci, je suis simplement vrai, rigoureusement vrai.
Et je le prouve.
Toute la science moderne repose sur les bases fixées par Descartes.
Ces bases sont au nombre de quatre :
1° S’en tenir au certain : le certain est ce qui peut être absolument prouvé.
2° Diviser les difficultés pour les résoudre.
3° Partir du simple pour aller au composé.
4° Embrasser tous les points connus dans une vaste synthèse.
Ces principes sacro-saints ont donné tout ce qu’ils pouvaient donner et rien de plus. Ils ont laissé soigneusement de côté tout ce qui est transcendantal par rapport à l’homme. Examinons-les tour à tour.
I. La certitude. — Illusion que le plus hardi des cartésiens s’est chargé de dissiper. La certitude n’existe pas au sens absolu que nous entendons et qu’entendait Descartes qui se sert de ce mot dans sa phrase : Je pense , donc je suis. Félix Le Dantec, analyste implacable, 300 ans plus
tard corrigera : « Je pense, donc je change, donc, au sens absolu, je ne suis pas (1). »
En réalité, Descartes pressentait la faiblesse ou plutôt l'insuffisance de son argumentation, puisqu’il ajoutait, ce qu’on oublie le plus souvent : « Je suis et j’ai l’idée de Dieu — Dieu est véridique. » En effet, faire de la certitude une question de conscience, est « accrocher l’idée de notre existence à l’une de ses conséquences » ainsi que l a très bien vu Lacuria.
11 n’en est pas de même pour Dieu et pour l’homme. En Dieu, le Moi étant l’infini, le non-moi, qui est le fini , n’est que l'ombre produite par le Moi. Elle se trouve dessinée nettement par le Moi et ne peut donner lieu à aucune incertitude. Tandis que, pour l’homme, son Moi, qui est fini , n’est qu’un point dans l’espace. Lumineux par la conscience, ce point n’éclaire que lui-même et laisse régner autour de lui l’immense obscurité. Dans le nonmoi de l’homme se trouvent, outre les autres finis, l’indéfini et l'infini : l’infini qui est incompréhensible, et l’indéfini qui fuit et se dérobe sous la main qui veut le saisir. Or, si l’homme ne peut se rendre compte du non-moi, il reste isolé dans le point lumineux de sa conscience, environné d’une infinité d’incertitudes. La question, pour lui, n’est donc pas de sentir le Moi, mais d’en sortir et de poser un pied sûr dans le non-moi.
Donc, pas de certitude absolue possible, fondée uniquement sur la conscience. D’ailleurs, nos sciences expérimentales n’arrivent-elles pas à s’en passer très bien ? Tout est empirique dans leurs postulats initiaux. On s’est plu à faire remarquer que toute la géométrie est construite sur le point , qui est, par définition, « indivisible », donc immatériel. Et, contraste éloquent, c’est avec le
(1) Le 21 novembre 1909, aux fêtes jubilaires de l'Université de Bruxelles.
point matériel (puisque nous le divisons) que nous construisons nos figures qui ne sont qu’approximatives, tandis que c’est avec le point immatériel, ou idéal, que nous établissons nos calculs — lesquels nous donnent des résultats exacts, soit en mécanique, soit en physique. De même, la biologie est fondée sur Y hérédité, la chimie sur l’affinité, l’astronomie sur la gravitation et la physique sur des forces dont nous ignorons la provenance (1).
II. Diviser pour comprendre. — Pur vertige ! D’abord, pour diviser, il faut préalablement pouvoir tenir : d’où limitation formidable des objets de la science. Ensuite, l’ultime fragmentation d’une chose est à jamais incapable de rendre compte de l’essence de cette chose.
La vie, d’après Le Dantec, réside en dernière analyse dans la continuité et dans la transmission (2). Or, les œufs d’oursin fécondés artificiellement ne donnent lieu ni à Tune ni à l’autre : les produits meurent sans se reproduire . Et les passions humaines? Prenez l’amour, analysez-le : qu’en reste-t-il ? Or, l’amour, l’affinité, sont des forces qui groupent autour d’elles des éléments de leur choix. Si vous ne pouvez connaître ces forces, faute de pouvoir les diviser, à quelles pauvres réalités allez-vous exclusivement limiter vos recherches ! L’infiniment petit n’est-il pas l’infiniment misérable ? C’est spontanément que tout être tend vers la grandeur ! La grandeur trouve, dans sa complexité, dans sa puissance, de quoi parer à toutes les disgrâces. Tout ce qui est morcelé souffre. Tout ce qui est limité aspire à s’étendre. Tout ce qui est isolé tend à se réunir, c’est véritablement s’enfoncer dans la douleur que de s’enfoncer dans la petitesse.