LE PRÉTENDU « DÉPOT » DE LA CRÈTE AUX PUISSANCES
S affirmait nettement sympathique à la Grèce et manitestait en faveur de la levée du blocus.
En droit international, il n'est pas douteux que, dès le début de la guerre, les puissances auraient dû se retirer: leur présence n'a pu qu’entraver l’action des Grecs contre les Turcs pendant loute la période où les deux pays ont élé en lutte (1). La circonstance d’un prétendu dépôt qui aurait été consenti de la Grèce aux puissances était contraire à la réalité : la Turquie n'avait jamais accepté de procéder à ce dépôt. Il y avait là un simple état de fait arbitrairement créé et maintenu par les puissances sans l'assentiment de la population et contre le gré du seul gouvernement, celui du sultan, qui pût avoir des droits légitimes à faire valoir sur l'île. L’attitude des puissances a conduit heureusement à des résultats salisfaisants pour les Crétois, puisque, si elles s'étaient retirées, la guerre gréco-turque, terminée à l'avantage des Ottomans, eut permis à ceux-ci de consolider leur aulorité sur l'île.
Lorsqu'à la fin de cette guerre, il fut question d'une médiation entre les deux belligérants (mai 1897), les puissances sur l'initiative de l'Allemagne exigèrent l'évacuation de l'île par les troupes grecques et la reconnaissance du régime autonome de l’île par la Grèce. Celle-ci répondit, le 5 mai, par une note, où elle s'engageait à retirer son armée de l'île dans un court délai (2. Cette réponse
parut trop vague, et, sur de nouvelles observations, le
(1) CouTURIER. Page 148.
(2) lAvre Jaune, page 348, n° 658.
76 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE gouvernement grec dut donner son adhésion immédiate à la déclaration des grandes puissances, en date du 2 mars, d’après laquelle elles se disaient résolues à doter la Crète d'un régime autonome absolument effectif (1). Dès lors, le blocus fut levé : plus tard, la médiation des puissances aboutit au traité greco-turc du 6/18 septembre 1897, qui ne contient aucune allusion à la Crète. Celle-ci avait été évacuée par les troupes grecques et il s'agissait d'assurer son autonomie.
La France proposa le 26 mai 1897 d'en fixer les bases sur les 6 points suivants: 1° Désignation, dans le plus bre délai, par les puissances, d’un gouverneur provisoire civil appartenant à un état neutre ; 2° proclamation de l'autonomie et de la neutralisation de l'ile ; 3° constitution de ressources financières par la garantie des puissances donnée à un emprunt d'au moins 6 nullhons de francs, suivant les besoins ; 4° recrutement d'une gendarmerie forte ei, autant que possible, homogène par voie d’enrôlement volontaire, notamment en Suisse : °° rappel des troupes ottomanes ; 6° réunion le plus promptement possible, de l'assemblée crétoise. L'Angleterre et l'Autriche ayant présenté quelques observations, la France modifia sa première proposition et la renouvela ultérieurement sous la forme suivante : 1° Neutralisation de l'île, qui continue à faire partie de l'Empire
ottoman ; 2° désignation par les puissances d'un gou-
(1) Livre Jaune, page 359, n° 681.