HISTORIQUE RAPIDE DE LA CRÈTE DEPUIS L'ANTIQUITÉ JUS
QU'A NOS JOURS. — DOMINATION VÉNITIENNE. — DoMina- TION TURQUE. -— ROLE DE LA FRANCE A LA FIN DU XVI SIÈCLE.
La question crétoise est une de celles qui, dans les dernières années, suscita le plus de difficultés internationales. C’est à son occasion que se sont exercées le plus vivement les compétitions des grandes puissances. La cause de la plupart des difficultés qui ont surgi sur ce point provient de ce que la solution de la question crétoise a toujours été considérée comme étant plus ou moins liée à celle de la question d'Orient .Or, s’il est exact que, dans une certaine mesure, les deux problèmes soient entre eux dans un rapport intime, il n’en résulte pas comme conséquence nécessaire que le règlement des difficultés crétoises entraîne par là-même la solution de toutes les questions qui s’agitent au sujet de l'Empire ottoman. Les événements de Crète dépendent de ceux qui se déroulent dans l’Empire Ottoman en cé sens que l'affranchissement de l’île du joug turc se ré-
soud en un démembrement de l'Empire du sultan. Mais, la preuve qu'une solution au moins partielle peut être donnée aux difficultés crétoises, c'est que les derniers événements qui ont abouti à l'autonomie de la Crète n'ont occasionné aucune complication dans l'Empire Ottoman et n'ont point eu pour répercussion un soulèvement en Macédoine et dans les Balkans, contrairement aux appréhensions manifestées par quelques-uns. D'ailleurs, alors même que la question crétoise eût été envisagée d’une manière plus exacte, et comme indépendante des complications redoutées dans l'Orient, elle n'en aurait pas moins engendré les difficultés auxquelles nous avons assisté à la fin du xIx° et au commencement du xx° siècles, en raison des convoitises qu’elle excitait chez les grandes puissances. La situation exceptionnelle que l'île occupe, au point de vue stratégique, est de nature à expliquer ces convoitises. Toute puissance ayant des intérêts dans la Méditerranée est très facilement portée à s'assurer là une base pour ses opérations.
Sa situation, au milieu de la Méditerranée, dans le prolongement de la Grèce et en face de l'Asie Mineure, lui permet de barrer le passage de la mer Egée et de fermer la route à une flotte qui, venant du Sud, s’avancerait vers les Dardanelles et la Mer Noire. En raison de Sa position stratégique sur une route qui conduit à des ports de l'importance de celui de Constantinople, elle sera toujours convoitée par une puissance désireuse de conquérir la suprématie maritime dans la Méditerranée. Un in-