HISTORIQUE DE LA CRÈTE DEPUIS L'ANTIQUITÉ
térêt économqiue s'ajoute à cet intérêt stratégique. Les ports de l’île sont bien disposés et d'un accès facile. Elle possède des plaines d’une grande fertilité, notamment celle de Messara. Elle est habitée par une population que la disposition même de son sol a rendue facilement belliqueuse et jalouse de maintenir son indépendance. Un massif montagneux dont certains sommets dépassent 2.000 mètres traverse, en effet, l’île dans toute sa longueur, de l'Ouest à l'Est. Ce massif aux pentes escarpées et abruptes n'en possède pas moins des plateaux lertiles où une population chassée de la côte pourrait trouver des produits suffisants à son entretien. C’est à la configuration géographique du sol et aux facilités qu'il y à rencontrées pour la résistance à l'oppression que le Crétois doit son caractère rebelle à toute autorité et foncièrement attaché à l'indépendance.
Dès la plus haute antiquité, la Crète posséda une civilisation qui fut peut-être antérieure à celle d'Athènes et de Sparte. C’est même en Crète que l'histoire relate l'existence du premier état grec, le royaume de Minos. Cette civilisation si grande nous a été révélée par les récentes fouilles du D' Evans, qui a mis à jour les temples, fameux vestiges d'une antiquité raffinée. Par la suite, le développement de la civilisation grecque étouffa celle de la Crète ; d'ailleurs, jusqu'à la conquête romaine les principales villes de Crète furent constamment en guerre entre elles. Philippe IV de Macédoine fut même
obligé d'intervenir pour mettre fin aux luttes qui déchi-
raient le pays. Comme la race crétoise était éminemment guerrière, les principaux Etats grecs y recrutaient volontiers des mercenaires. Après la conquête de la Grèce par Rome, la Crète put, pendant quelque temps, conserver son indépendance. Mais ses habitants, n'ayant pu se débarrasser des habitudes de piraterie et de pillage qu'ils avaient contractées depuis une époque immémoriale, Rome ne tarda pas à s'émouvoir et, en 66 avant J.-C., la conquête de l'île fut entreprise et menée à bonne fin par Quintus Metellus, qui dut à son succès le surnom de Creticus.
Lors du démembrement de l'Empire, la Crète fut rattachée à l'Empire d'Orient. Les Sarrasins, comprenant l'importance de sa position stratégique sur la Méditerranée, s'y installèrent de bonne heure (823 après J.-C.) et ils établirent leur capitale à Candie, ville située au nord de l'île et à peu près à égale distanc entre ses deux extrémités est et ouest. La Crète redevint une province de l'Empire d'Orient en 961, après l'expédition de Nicéphore Phocas qui chassa les Sarrasins. Dès lors commence pour l'île une ère d'agitations incessantes, au cours desquelles elle passe sous la domination tantôt des Chrétiens et tantôt des Tures. Lors de Ja quatrième croisade et à la suite du partage de l'empire byzantin entre les Français et les Vénitiens, l’île est donnée à Boniface de Montferrat.