L'ORGANISATION ADMINISTRATIVE
n'étaient nullement entretenues. Les anciennes routes pavées vénitiennes étaient devenues de véritables fondrières, aussi la tâche était-elle rude si l'on voulait mettre l'île à la hauteur des exigences de la civilisation moderne. Malheureusement, il faut bien le constater, au moment de la création de la nouvelle administration, tous les appétits se déclarèrent et il y eut une véritable curée d'emplois, tous plus grassement payés les uns que les autres et les travaux cependant si nécessaires, furent, nous le verrons, presque totalement négligés.
Les amiraux qui, avant l’arrivée du prince Georges Haut Commissaire, avaient la direction des affaires de l'île, nommèrent en décembre 1898 cinq conseillers ministres au petit pied, adjoints’ à son administration royale, qui furent chargés de l'Intérieur, des Finances, des Travaux publics, de l'Instruction publique, de la Sûreté générale avec appointements de 10.000 francs par an. Ces conseillers furent choisis parmi les avocats et les médecins qui avaient eu des relations avec les amiraux au cours de la dernière insurrection et leur avaient servi d'intermédiaires avec les insurgés. La fonction prineipale de ces conseillers consiste à élaborer des lois promulguées ensuite par le prince. Il convient d'ajouter, que tous les ans, en mars, 90 députés élus par le suffrage universel se réunissent pour un mois, discutent les lois faites par les conseillers et en proposent de nouvelles s'il y a lieu ; les conseillers n'ont donc pas à eux seuls la libre initiative des réformes. On créa en même temps
148 DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE I 5 préfectures et 14 sous-préfectures, une Cour d’Assises et une Cour d'appel, 4 tribunaux de première instance et 26 justices de paix. Un ancien procureur général grec fut chargé de l'organisation des tribunaux, il s'acquitta de cette tâche d’une facon remarquable. I fut remplacé, il y a peu de temps, par un instituteur qui continue à remplir les mêmes fonctions.
C'est donc là une autonomie des plus complètes qui à élé accordée à la Crète : aussi, convient-il de se demander quels résultats ont été obtenus. De l'avis même d'un habitant du pays, on est obligé d'avouer que l'on s'est trop pressé de donner aux Crétois la direction de leurs affaires et de leur livrer l'administration de leur pays sous le contrôle illusoire des consuls européens. Il eut élé préférable que l'organisation se fût faite progressivement sous la direction des commandants de secteurs militaires, qui auraient dû être maintenue, au heu de livrer à eux-mêmes des gens peu accoutumés à gérer des affaires publiques.
Le résultat que nous devons impartialement enregislrer, c'est que le peuple crélois, économiquement parlant, est plus malheureux que sous le régime turc. À cette époque, 1l y avait en Crète de 15 à 18.000 soldats vivant sur les ressources de l'ile, deux gouverneurs généraux, un civil et un militaire, de nombreux états-majors et fonconnaires de tous ordres, d'où un commerce plus important. Actuellement, le corps d'occupation ne compte que 2.000 hommes. Autrefois, les Crétois ne payaient pas