‹ L'Occupation Internationale en Crète de 1900 à 1906Chapitre 63 sur 80 · ET NOUVELLE CONSTITUTION · texte numérisé non relu

ET NOUVELLE CONSTITUTION

Nous avons vu qu'à son arrivée en Crète, le prince Georges fut recu avec le plus vif enthousiasme. A son arrivée, chrétiens et musulmans l'avaient considéré comme devant établir enfin dans l’île un régime stable, susceplible d'apporter la paix. D'abord ces espérances ne furent pas déçues. Entouré d'un Conseil composé de 5 membres dont MM. Vénizélos, Foumis, et d'un musulman, le Prince poursuivit ses rélormes,animé d'un sentiment de justice et de bienveillance pour son peuple. Nous avons vu que des projets de travaux publics furent mis en exécution, et, s'il est vrai que les peuples heureux n'ont pas d'histoire, toujours est-il que de

1900 à 1904, il nous est impossible de noter un fait grave dans l'île. Tout fut calme depuis l'arrivée du Prince. À peine pourrait-on noter le départ des musulmans qui, voyant le pouvoir aux mains des chrétiens, ne crurent pas devoir rester dans l'ile.

Cependant, cette politique sage et libérale, que garda le Prince au début, ne fut pas de longue durée. Sa politique devint bientôt autoritaire. M. Vénizélos et les autres conseillers imbus d'idées libérales, furent éloignés et nous assistons dès lors à une série de luttes contre les Crétois suspects de vouloir prendre au sérieux le régime constitutionnel. Des campagnes électorales sont faites contre ces Crétois, ainsi rejetés dans l'opposilion, à l'aide de tous les moyens de pression officielle, y compris les interventions personnelles du Prince. Ce lui-ci prononce des sortes d’excommunications patriotiques, tandis que les évêques qui se lancent dans cette politique, fulminent des anathèmes religieux contre ceux qui voteraient pour les candidats libéraux. Les intérêts économiques du pays sont alors négligés ; les travaux publics, cependant si urgents, ne sont pas poursuivis et des tracasseries sont exercées contre les musulmans.

En présence d’une telle situation, la popularité qui avait accueilli le Prince diminue rapidement, le mécontentement augmente, sauf parmi ceux qui ont part aux prébendes gouvernementales et, finalement, les candi-

dats de l'opposition, ne pouvant lutter sur le terrain

PREMIÈRES DOLÉANCES DES CRÉTOIS 165 légal contre les moyens d'action et de pression employés par le gouvernement, se voient amenés, après quelques vaines démarches auprès du Prince pour obtenir un régime plus tolérable, à chercher leur voie dans les procédés de résistance, souvent employés par les - Crétois sous la domination turque. En effet, en 1904, avant le départ du prince Georges pour le Continent, des démarches furent faites auprès de lui par les chefs du parti hbéral crétois pour lui présenter des vœux et doléances au sujet du régime gouvernemental; vœux s'inspirant d’une manière générale de leur désir de voir ce gouvernement fonctionner dans des conditions de libéralisme et d'impartialité qui n’existaient pas suffisamment d’après les dires des pétitionnaires. ;

Une fin de non-recevoir fut opposée par le prince Georges à cette démarche. A la suite du départ du Prince, et de leur échec auprès de lui, trois des chefs du parti hbéral vinrent à Athènes pour tâcher d'intéresser le gouvernement grec et l'opinion publique à leur cause. L'accueil qu'ils y reçurent semble avoir élé assez indifférent. Ils revinrent en Crète et tentèrent l'échauffourée de Lakhous.

Mal préparé, le mouvement est étouffé par une énergique intervention de la gendarmerie, mais les chefs libéraux s'organisent pour un mouvement plus sérieux dont les prodrômes se firent sentir en finissant l'année 1904 et en commençant 1905.

Et nous arrivons aux événements de 1905. La paix de

l'île est terminée ; nous allons voir encore du sang versé et la Crète encore une fois va recevoir une modification de sa constitution.

Le voyage accompli en 1904 par le prince Georges, date à laquelle nous allons reprendre un à un les événements, n'élait pas le premier. Déjà en 1900 le Prince élait allé en Europe au sujet de la prolongation de ses pouvoirs et avait remis la question crétoise sur le ta-

pis.

$ 1. — Attitude des puissances au sujet de l'annexion

de la Crète à la Grèce.

La fin de l’année 1904 fut marquée par des démarches accomplies par le prince Georges de Grèce, en vue d'obtenir l'annexion de la Crète à la Grèce, ou, subsidiairement, le remplacement des troupes internationales par des troupes grecques. En effet, le 15 novembre 1904, le prince Georges, remettait à M. Delcassé une note dans laquelle il insistait sur la nécessité de l'annexion. Il affirmait que le peuple crétois n'avait accepté l'autonomie qui lui était offerte que comme une sorte de témoignage de reconnaissance envers les grandes puissances et que, par la suite, l'union de la Crète à la Grèce serait acceptée. Le Prince exposait, que, dans le cas, où les aspirations des Crèlois n'obtiendraient pas satisfaction, le découragement et le mécontentement succèderaient à l'enthousiasme des premières années et que de nouvelles difficultés ne tarderaient pas à surgir

ATTITUDE DES PUISSANCES 167 étant donnée la promptitude avec laquelle ce peuple manileste par des émeutes le ressentiment que lui causent ses déceptions. Le Prince déclarait que, si des troubles n'avaient pas éclaté déjà, il fallait en attribuer la cause au zèle avec lequel il s'était employé pour atténuer l'irrilation qui régnait dans le pays. Mais, étant donnée l'agitation des esprits, en présence surtout des deux votes consécutifs de la Chambre des députés, appuyés sur le sentiment général qui s'était prononcé pour l'union à la Grèce, 1l était impossible, sous peine de rouvrir de nouveau l'ère des révolutions, de ne pas accorder satisfaction aux légitimes revendications des Crélois. En conséquence, le Prince déclarait que, pour éviter que les difficultés actuelles ne devinssent imsurmontables, il fallait le plus tôt possible accorder salisfaction au peuple crétois et lui permettre de réaliser le vœu vers lequel ses aspirations tendaient depuis des siècles (L),

Mais les puissances étaient opposées à l'annexion. Elles ne voulaient pas non plus entendre parler du relrait des contingents internationaux ou de l'introduction des troupes grecques dans l'île. C'eût été asurer à la Grèce la haute main sur l'administration crétoise, et, d'autre part, violer ouvertement les droits de la Turquie. Celle-ci avait, d’ailleurs, fait connaître, par une

note remise le 24 novembre 1904 à M. Delcassé, par

(1) Livre Jaune, Affaires de la Crète, 1904-1905, p. 5.

168 DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE I Munir-Pacha, son ambassadeur à Paris, qu'elle n'hésiterait pas, au cas d'occupation militaire de l'île par la Grèce, à envoyer à son tour une force armée en vue de maintenir ses prérogatives et de défendre ses intérêts. La question de l'annexion fut examinée avec Ja plus grande attention par les quatre puissances protectrices; la note du marquis de Lansdowne, secrétaire d'Etat pour les Affaires étrangères d'Angleterre, est, à cet égard, des plus importante. Le gouvernement britannique estimait avec raison que l'annexion réclamée constituerait un manquement des puissances à leur parole.

À la vérité, le prince Georges invoquait un précédent, celui de la Bosnie et de l'Herzégovine, qui sont administrées par l'Autriche-Hongrie, aux termes du traité de Berlin et il revendiquait pour la Grèce un rôle analogue en Crète, mais il était facile d’apercevoir qu'aucune analogie n'existait entre les deux cas :; d'autre part, comment le sultan aurait-il pu renoncer amiablement au droit dont les puissances lui avaient récemment garanti le respect ? Tout ce que les puissances protectrices pouvaient assurer au H. C., c'était de ne pas annexer d'elles-mêmes et de ne pas autoriser l'annexion par une autre puissance sans le consentement des habitants de l'île. Le gouvernement anglais exprimait en même temps l'opinion que le temps était proche où les troupes internationales pourraient être retirées. La gendarmerie, possédant une force de près de 1 millier

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