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L'Océan aérien

L'atmosphère terrestre, cette mince pellicule gazeuse, entourant de toutes parts le globe roulant qui nous porte, est en tout point comparable à un vaste océan, au fond duquel s'accomplissent les destinées de l'humanité : océan aérien, sillonné •comme les mers de courants violents, agité de remous tumultueux, secoué par les tempêtes, peuplé, comme l'océan liquide-, de plantes et d'animaux de toutes sortes, régi comme lui par les lois des fluides.

Dans l'orbe immense que la Terre accomplit, en une année, autour du Soleil, chaque région du globe — les contrées polaires exceptées — se présente 365 fois devant l'astre du jour et vient se réchauffer n,\: contact de ses fécondants ravons.

Tel est le phénomène qui donne lieu aux grands courants des enveloppes liquide et gazeuse de notre planète, comme aussi à la diversité des saisons et aux variations, rapides de notre climat.

Si les surfaces continentales étaient réparties d'une façoin uniforme ou même symétrique, l'étude de l'atmosphère et des lois de la Météorologie terrestre constituerait la science la plus simple du monde.

Malheureusement, il est loin d'en être ainsi, et, au surplus, la Physique nous enseigne que l'instabilité des molécules est la propriété caractéristique, la rèsrle pour ainsi dire de toute masse gazeuse; étudier Ips mouvements intérieurs de l'enveloppe atmosphérique, prévoir la naissance d'un

En cristallisant, prend des forme

courant amorcé par la chaleur solaire, prédire sa marche et sa direction, autant de problèmes qui peuvent se ranger parmi les plus ardus et le:; plus compliqués que notre science ait à résoudre.

Toutes les branches des connaissances humaines sont d'ailleurs intéressées à la solution de cette énigme posée à l'esprit humain depuis des siècles.

La Thermodynamique, c'est-à-dire la science de la chaleur, devra nous renseigner sur la quantité de calorique reçue du Soleil, 6ur ses effets au 6ein de la masse atmosphérique, sur la répartition des températures dans les couches d'air affectées.

L'Hydrostatique, en étudiant l'écoulement des fluides et les résistances dues aux frottements, devra nous dire ce que deviendront les grands courants aériens, pendant que la Physique générale s'occupera des lois de l'évaporation, de la distribution de l'humidité, de la formation des nuages, des pluies, de la neige, des tempêtes et des cy- i clones.

A l'Optique, le Météorologiste demandera l'explication des phénomènes lumineux : arcscn-ciel multicolores, crépusculc3 aux halos brillants qui accompagnent l'astre des nuits, ou couronne.- et incelantes provoquées par les jeux de la lumière solaire.

A l'Electricité et au Magnétisme il demandera la genèse des orages l'éclair et de la foudre, comme aussi celle de lueurs phosphorescentes qui s'allument aux lointains des régions polaires ;

la goutte d'eau

3 géométriques.

Cristal de neige vu au microscope.

la cause de

crépuscules où palpitent des teintes affaiblies d'opale, rayons brillants, banderoles tissues de fils éthérés, aurores aux draperies tremblotantes qui déploient la magie de leurs effets au sein des nuits arctiques.

A son tour, le Chimiste interviendra pour analyser les substances contenues dans l'atmosphère, étudier les causes de leurs variations et demander au Physiologiste d'en faire connaître les effets sur les êtres vivants.

A l'Astronome reviendra le soin de calcu 1er l'action des astres sur l'océan aérien, les vicissicitudes des saisons, les fluctuations des températures, des phénomènes électriques, des pluies, du climat, en rapport avec les variations incessantes de l'activité solaire. De même cependant qu'aucun problème ne pourrait se résoudre sans données préalables, aucune science ne saurait se constituer sans les faits et l'expérience. Pour arriver à des conclusions certaines dans ce domaine si étendu de la Physique du globe, il faut donc des observations nombreuses, et c'est au Météorologiste de les rassembler.

Elles ne lui manqueront pas, sans doute, mais depuis combien d'années sont-elles recueillies d'une façon systématique? Il y a quelque trente ans, a peine, on aurait pu comparer l'observateur des phénomènes de l'atmosphère à ces poissons aveugles, relégués au fond des abîmes mystérieux des mère et qui auraienteherché à se rendre compte des manifestations grandioses se déroulant à quel-

ques kilomètres au-dessus de leurs têtes.

Evidemment, pour nous aussi, ce qui nous intéresse davantage et nous touche de plus près, ce sont bien a les vagues de fond » de notre océan aérien, mais les effets ressentis ne dépendent-ils pas euxmêmes de causes trop éloignées de la surface terrestre pour que nous puissions en apprécier toute la valeur?

Sous ce rapport, toutefois, nous avons tenté de grands efforts. A côté d'un réseau d'observations méthodiques dont les mailles enlacent le globe entier et se resserrent chaque jour davantage, nos ballons-sondes et nos cerfs-volants commencent d'explorer pas à pas les hautes régions de l'atmosphère.

L'aviation elle-même nous sera d'une grande utilité pour recueillir des données positives sur les couches les plus basses, et si les progrès sont lents, les faits ne s'en accumulent pas moins d une façon à la fois sûre et persistante.

A l'heure actuelle où la Météorolosrie

se lance sur le chemin de nouvelles conquêtes, il m'a paru intéressant d'en expo- 6er les principes à mes nombreux lecteurs.

Loin de moi la prétention d'en aborder ici tous les sujets; en France comme à l'étranger, les Traités de Météorologie ne manquent pas. Les pages qui suivront seront, j ose l'espérer, la meilleure initiation à leur étude; puissent-elles contribuer à entretenir chez les plus humbles pionniers de la science météorologique le zèle persévérant qu'ils doivent posséder pour accomplir leur tâche obscure et quotidienne, susciter ici des efforts, là des vocations ; faire comprendre à tous que dans le grand livre de la nature ouve ri à nos yeux extasiés, se montre partout une Force puissante et mystérieuse qui règle la vie du ciron, comme celle des planètes ou des soleils lointains et qui, derrière les phénomènes grandioses que nous contemplons, nous apparaît toujours préionte en tous les points de ce vaste Univers.

F'iIOTOQRAPniE DE NUAGES (EFFET DE CONTRE JOUR). (Plioto Mcsmcmier.)

Photographie de nuages (cumulus).

(Cliché Quénisset.)

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