CHAPITRE VUl
cyclones, trombes et tempêtes.
Il n'est pas du tout nécessaire de faire une ascension pour assister parfois à des baisses considérables du baromètre. Quelle est la signification de ce phénomène; lépaisseur de la couche atmosphérique diminuerait elle par endroits 1
Il est bien évident qu'une telle hypothèse est tout à fait inadmissible, un vide dans l'océan aérien serait comblé immédiatement par 1 air environnant.
Il faut donc chercher une autre explication, et trouver une cause qui tende à délester le mercure et à agir en sens inverse de la pesanteur.
Une aspiration de l'air au-dessus du baromètre produirait le résultat cherché et c'est bien, en effet, ce qui se passe, ou à peu près, dans certaines circonstances.
imaginons un courant d'air, un vent plus ou moins violent : suivant qu'il mon-
tera ou qu'il descendra, la pression exercée sera tout à fait variable.
Mais un tel effet est toujours produit par une différence de densité des couche; d'air et c'est encore la chaleur qui finalement « fait les frais » du phénomène.
Dans les régions équatoriales, les fiuc tuations du baromètre sont tellement liéesà l'apparition du SoîeîT et à sa marche que l'appareil peut servir d'horloge.
Mais, alors qu'en la circonstance les oscillations sont toujours très faibles (3 millimètres environ), celles-ci devien nent tout à fait marquées dans les contrées plus voisines des pôles, là où les vents acquièrent de grandes vitesses.
Ce phénomène a lieu aussi quelque fois dans la région des calmes et presque tous les météorologistes s'accordent pour en attribtier la cause à réchauffement lo-
cal d une couche d'air saturée de vapeur d'eau.
Imaginons, en effet, une large surface
En vertu de la rotation de la Terre, les cyclones
de l'hémisphère Sud tournent dans le s.'ns des
aiguilles d'une montre-
Humide chauffée par les rayons solaires. Immédiatement l'équilibre sera rompu; nous avons vu qu'un courant ascendant transportera l'air devenu plus léger dans les régions supérieures plus froides où la vapeur se condensera. Mais cette condensation ne peut avoir lieu sans que la vapeur rende sa chaleur latente à l'air environnant qu'elle échauffera encore; et ainsi apparaîtront de nouvelles conditions pour la continuation de la marche ascendante de la colonne chaude.
De tous les points de l'horizon, au niveau du sol, accourront des masses d'air qui se précipiteront à leur tour dans cette cheminée d'appel et délesteront les baromètres situés dans la région. C'est pourquoi l'ensemble du phénomène caractérisé par cette baisse de la colonne mercurielle, a été appelé assez improprement d'ailleurs, dépression atmosph êrique.
A s'en tenir à un examen superficiel du phénomène, on pourrait croire que les vents doivent comme des rayons converger vers les centres de dépression ; en fait cependant, les choses ne se passent pas ainsi.
Le calcul montre qu'en vertu de la rotation de la terre, la direction de ces vents gagnant le centre s'oriente suivant des mouvements en forme de spirales, et le phénomène n'est pas sans analogie avec celui qui se passe dans les rivières où des filets d'eau animés de vitesses différentes, donnent naissance à un tourbillon.
Cette influence de la rotation terrestre est si marquée que toutes les dépressions atmosphériques tournent dans le sens des aiguilles d'une montre, dans l'hémisphère sud et dans un sens contraire lorsqu'elles ont lieu dans nos régions boréales, conformément à la théorie mathématique du phénomène.
Enfin pour peu que les impulsions de la masse centrale ne se contrebalancent pas d'une façon rigoureuse, tout le tourbillon aérien sera animé d'une vitesse de translation bien déterminée.
Telle est l'origine de ces grands mouvements cycloniques qui prennent naissance vers les calmes tropicaux et gagnent peu à peu les latitudes plus élevées.
Une région atmosphérique soumise à cette influence peut être en général représentée par un disque plat dont le diamètre atteint souvent 300 kilomètres, alors que la hauteur excède rarement 1 000 mètres.
Le mouvement contraire à lieu dans nos régions boréales.
(Voir la figure précédente.)
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Outre leur mouvement tournant les cyclones ont une vitesse de translation. Cette dernière, suivant que l'oa l'onsidère ia droite ou la gauche du cyclone s'ajoute ou se retranche à la vitesse de rotation et crée ainsi un
bord dangereux et un bord maniable.
Le vent y augmente d'intensité de la périphérie jusque vers le centre où il atteint souvent la vitesse de 50 mètres à la seconde.
Mais, au centre même, dans un cercle de 30 à 40 kilomètres de diamètre règne un calme caractéristique bien connu des navigateurs.
Un vaisseau abordé par un cyclone doit donc à tout prix s'éloigner de la zone dangereuse. S'il gagnait le calme central, sa position serait de courte durée, puisque, en vertu de la translation du cyclone, il serait vite atteint par les vents violents qui régnent sur le pourtour.
Buvs-Ballot et d'autres météorologistes, ont donné une façon très simple de reconnaître la route que doit suivre un navire ainsi menacé.
Si vous vous trouvez dans l'hémisphère boréal, faites face au vent, le centre du
cyclone est alors à votre droite; voulezvous éviter le centre et gagner la périphérie? il faut fuir sur la gauche.
Telle est la première règle à suivre, 1 examen de la marche du cyclone va nous en fournir une seconde.
Nous avons vu que toute dépression est animée, non seulement d'un mouvement de rotation sur elle-même, mais encore d'une vitesse de translation dans une direction bien déterminée, absolument comme une toupie qui se déplace en tournant autour de son axe.
Considérons un tourbillon atmosphérique marchant à la vitesse de 40 kilomètres à l'heure, avec un mouvement de rotation, en un point éloigné du centre, de 130 kilomètres dans le même temps.
Si le point de la circonférence est pris au nord du centre, pour obtenir la vitesse réelle, il faudra diminuer la vitesse théo-
Cette photographie prise en Amérique, donne une idée
de la violence des cyclones qui enlèvent des toitures et
éventrent les habitations.
rique du mouvement de translation, et efTorts, la frégate désemparée, sans gouuous auron6 : 130 - 40 = 90 kilomètres. vernail, sans voiles, se couchait sur bâbord, avec sa mâture en lambeaux, et son pont balayé par une mer furieuse.
Ce ne fut que deux heixres après que nous atteignîmes le centre du cyclone. Un calme subit succéda à la première crise de cette convulsion atmosphérique ; mais il fut de courte durée. Les vente qui nous avaient abandonnés au Sud reparurent à l'Ouest et au Nord avec la rapidité de la foudre. Nous entrions dans le deuxième segment du cercle d'ouragan. Pris par la gauche cette fois, notre bâtiment s'inclina de nouveau, ne pouvant résister à l'énorme pression qui le tenait couché sur le côté.
Les vents avaient donc suivi la marche indiquée par les météorologistes pour les ouragans de l'hémisphère austral.
Dans le sud, au contraire, les deux vi- Cette tempête fut marquée par un épi-
tesses s'ajouteront et nous aurons pour sodé étrange et lugubre, par une de ces un point : 130 + 40 = 170 kilomètres; un scènes à la fois fantastiques et nanavire a donc tout intérêt à se porter du vrantes, que l'implacable océan réserve, côte maniable du cyclone, comme disent comme une ironie suprême aux inforles marins, afin d'éviter son bord dangereux.
Dans l'hémisphère austral le demicercle dangereux se trouve placé inversement, ainsi qu'on l'a constaté bien des fois. On peut, d'ailleurs, se rendre comote de toutes ces circonstances par les descriptions de ces phénomènes redoutables que nous en ont laissées de nombreux témoins.
Le 17 décembre 1847, la frégate la Belle-Poule se trouva par le travers de l'île de la Réunion, engagée dans un cyclone terrible.
« La brise soufflait du Sud-Est; la mer était houleuse. Vers le soir, le baromètre descendit brusquement au-dessous des dernières limites marquées sur son échelle. Les vents, en fraîchissant, s'inclinèrent au sud, ils forcèrent progressivement et finirent par se déchaîner avec une irrésistible violence. A minuit, malgré les plus énergiques
Le centre du cyclone joue quelquefois le rôle d'aspirateur
et les maisons éclater. t.
tunés qu'il a plongés dans le deuil.
La corvette Le-Berceau, qui voyageait
de conserve avec la Belle-Poule, avait dis-
paru dans la tourmente. Echappés au leurs propres yeux les détails de cette indanger et parvenus à gagner avec une mû- descriptible scène de mer. L'amiral Dessure de fortune le lieu du rendez-vous, fossés, commandant alors la station de
fixé à Sainte-Marie-de- Madagascar, les marins de la Belle-Poule fouillèrent en vain toutes les criques et les sinuosités du rivage; en vain chaque jour ils interrogeaient de toutes parts l'horizon, dans l'espoir que la corvette, seulement emportée hors de €a route par la tempête, reviendrait au port.
Un mois s'était écoulé dans une profonde anxiété, et déjà l'attente avait fait place aux plus douloureux regrets, lorsqu'un matin la vigie signala, à l'Ouest, un navire désemparé dérivant vers la terre.
Ce n'était point un rêve. Le soleil était resplendissant, le ciel limpide et pur.
L'air échauffé vibrait à l'horizon. Toutes les longues vues, braquées dans cette direction, ne firent que confirmer la réalité de cette première nouvelle. Mais l'émotion devait bientôt devenir plus poignante. Ce n'était plus un navire en dérive qui nous apparaissait, c'était un radeau chargé d'hommes et remorqué par des embarcations sur lesquelles flottaient des signaux de détresse.
Les images, d'ailleurs, étaient nettes et arrêtées; les lignes se dessinaient parfaitementdistinctes.
A bord de la frégate, officiers, commandants, matelots, tous, pen-
Tornade observée lel7 mai 1898à\Vaynska (Amérique).
Effets d'un cyclone à Cravant (Loiret).
(4 juillet 1005). ^Photographie de M. Luzet.
l'Inde, fit appareiller à la hâte le premier steamer qui se trouvait sur rade, pour voler au secours de ces débris vivants que l'océan semblait nous renvoyer du fond de ses abîmes.
Le jour commençait à baisser; la nuit, comme sous les tropiques, tombait déjà sans crépuscule, quand Y Archimède arriva au but de sa mission. Il stoppa au milieu des épaves flottantes, et mit ses canots à la mer. Tout autour il continuait à voir des masses dhommes s'agiter, tendre les mains au ciel; on entendait déjà le bruit sourd et confus d'un grand nombre de voix mêlées aux battements des avirons dans l'eau. Encore quelques secondes, et nous allions serrer dans nos bras des frères arrachés à une mort certaine...
« Illusions des nuits, vous jouiez-vous de nous? »
Nos canots s'enfoncèrent dans les épaisses branches des grands arbres arrachés à la côte voisine, et entraînés avec tout leur feuillage dans les contre-courants qui remonte nt a u Nord.
Ainsi s'évanouit cette étrange vision.
Ainsi se dissipa la dernière espérance qu'un mirage trompeur avait, pour ainsi dire, évoquée du fond de l'océan.
dant plusieurs heures, sous le coup d'une Ainsi sombra de nouveau, sous nos yeux, hallucination fiévreuse, purent suivre de l'infortuné Berceau avec les trois cents
victimes englouties dans ses flancs ! » Tout 1 équipage avait été trompé, en effet, par un phénomène de mirage, et tous avaient été victimes d'une véritable illusion d'optique.
Les eliets des cyclones dépassent tout ce qu'on peut imaginer, et c'est surtout dans les Antilles, les côtes orientales de l'Amérique du Nord, l'océan Indien, les mers de Chine, qu'ils développent toute ,eur fureur.
Les villes sur leur passage sont souvent renversées, les villages entièrement rasés. On a vu des planches emportées par le vent avec une vitesse telle que plusieurs ont percé •les murailles, traversé des troncs d'arbres; des aieubles transportées d'une ile dans une auf,re, à une distance de 80 kilomètres; les vagues lincées à l'assaut les falaises, modifier en un clin d'œil l'aspect des côtes ; la mer démontée envahir d'immenses régions, transportant ies navires à une grande distance sur les terres où elle les abandonnait en se retirant.
Certains cyclones wnt restés célèbres dans l'histoire, celui du 10 octobre 1780 qui ravagea les Antilles, fit périr 9 000 personnes à la Martinique. A Saint-Pierre, les vagues enlevèrent d'un seul coup 150 habitations construites 6ur la plage. A Port-Royal, a. cathédrale, les églises et 1 400 maisons furent renversées.
Il est impossible, racontent des témoins, de décrire les scènes d'horreur qui -urent lieu à la Barbade.
Dans les Iles-sous-le-vent, l'ouragan déplaça des pièces de canon avec leur affût, et l'une d'elles fut transportée à une distance de 126 mètres.
Le 10 août 1831, la même région, vi-
Photographie d'une